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LA PIÉTÉ DE JÉRÉMIE

disait les anxiétés de son âme, et il trouvait auprès de lui la force et la volonté. Avec Jérémie nait la vraie prière qui est une conversation intime, une communion de l’âme avec son Dieu.

Tu sais tout, Ô Iahvé, souviens-toi de moi, ne m’oublie pas, Venge-moi de mes persécuteurs !… Pourquoi ma souffrance est-elle continuelle, Et ma plaie douloureuse ne peut-elle pas se guérir ? Serais-tu pour moi comme une source trompeuse, Comme une eau dont on n’est pas sûr ?

Et Iahvé m'a dit :

Si tu restes attaché à moi, je te répondrai et tu te tiendras devant [moi..

Et je serai avec toi pour te délivrer. dit lahvé!.

Jérémie prépare la piété du judaïsme comme le Deutéronome en préparait l'Eglise et le culte. Il nous a ouvert la source de la poésie religieuse telle que nous la trouvons dans les plus beaux psaumes”. Les anavim des temps qui vont suivre parleront la langue du grand prophète et ils se poseront les mêmes problèmes.

Le plus douloureux de ces problèmes — d'autant plus douloureux que l’ancienne conception des rétributions collectives commençait à être ébranlée — était celui des malheurs du juste. Pourquoi le juste souffre-t-il, tandis que les méchants vivent heureux et puissants ? Bien des fois cette question avait labouré l’âme de Jérémie :

1 Jérémie XV, 15, 18 à 21.

2 Conf. ces paroles du Ps. LXXIII où nous retrouvons tout l’ardent mysticisme de Jérémie :

Quel autre ai-je au ciel que toi, Avec toi je ne désire rien sur la terre, Ma chair et mon cœur peuvent se consumer, Dieu sera toujours le rocher de mon cœur et mon partage... Pour moi être uni à Dieu, c’est mon bonheur, En Adonaï Iahvé je mets ma confiance.

Ps, LXXIII, 25, 26, 28.

Tu es trop juste, Ô Iahvé pour que je conteste avec toi. Je. veux pourtant t’adresser la parole sur tes jugements, Pourquoi la voie des méchants est-elle prospère ? Pourquoi les perfides vivent-ils en paix ?...t

Longtemps, la sagesse populaire avait répondu en bravant l'expérience : Le juste est heureux, le méchant est malheureux. Les justes descendent au shéol vieux et rassasiés de jours, les méchants descendent au shéol avant le temps. Ceux qui labourent l’iniquité et qui sèment la douleur les moissonnent. La justice de Iahvé peut parfois être lente et tardive, l’heure du châtiment viendra ; ils périront par le souffle de Iahvé, ils seront consumés par le feu de sa colère.

Mais entre la théorie et les faits l’écart était trop grand. « Au jour du malheur le juste souffre et le méchant est épargné ! » Pour une âme affamée de justice le spectacle du monde était étrange et décevant”.

De là, l’angoisse de Job, sa sublime incertitude et ses indignations. Les sages d’Idumée pleurent en se frappant la poitrine et cherchent en vain dans leurs longs discours à expliquer la cause de si grandes douleurs. Et le juste souffrant se tourne éperdu vers Iahvé, le prend à témoin et proteste de son innocence :

As-tu des yeux de chair ?

Vois-tu comme voient les mortels 2.

1‘ Jérémie XII, 1-2; comp. XV, 18 et XX, 11 à 13.

2 Pour se consoler des iniquités et des misères présentes, la conscience hébraïque ne pouvait espérer une vie éternelle où l’homme recevrait la sanction de ses actes. Pour les prophètes comme pour la conscience populaire, le schéol est le pays des ombres, l’empire du silence et de l’oubli,

« Je vais descendre aux portes du schéol.….

Je ne verrai plus Iahvé, Ilahvé,

Sur la terre des vivants. »

Esaïe XXXVIII 10, 11.

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