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LA CONSERVATION DU IAHVISME

du passé. Ils transcrivent et complètent les paroles des prophètes, ils racontent les origines de leur peuple et l'histoire des rois d'Israël et de Juda. Et les réformateurs préparent avec ferveur les législations de l'avenir.

Ainsi se fondait, au sein de l’épreuve, un peuple nouveau. Les riches, les membres de l’ancien parti aristocratique et militaire se mêlèrent aux Babyloniens et se laissèrent probablement assimiler, mais les fidèles et les purs s’exaltèrent dans leur foi et dans leur espérance.

Cette conservation miraculeuse du iahvisme au milieu de la ruine nationale est due en grande partie à l'influence du prophète Ezéchiel.

Ezéchiel était un prêtre sadokide déporté à Babylone à la suite de Jojaqim. La cinquième année de l'exil, Ilahvé lui était apparu sur les bords du Kébar et lui avait dit :

Fils de l’homme, je t’établis comme une sentinelle sur la maison d'Israël. Tu écouteras la parole qui sort de ma bouche et tu les avertiras de ma part. Quand je dis au méchant : Tu mourras ! si tu ne l’avertis pas, si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie mauvaise et pour lui sauver la vie, ce méchant mourra dans son iniquité, mais je te redemanderai son sang,

1 Ezéchiel III, 17-18. C’est une opinion presque traditionnelle de considérer Ezéchiel comme un prophète de cabinet.

« Comme prophète, Ezéchiel enseigne encore ; mais activité littéraire l’emporte chez lui sur celle du prédicateur. IL est, à notre connaissance, le premier des prophètes en chambre qui écrivent des visions d’apocalypse. Beaucoup de ses oracles n’ont jamais été prononcés, et il travaille les tableaux de ses visions. » Loisy, La religion d'Israël, p. 214.

I1 est certain qu'avec l’exil, la manière prophétique change. Les circonstances ne permettent plus la grande prophétie politique. Il n’y a plus de luttes nationales, plus d’adversaires puissants à dénoncer, plus de partis à combattre. Mais Ezéchiel n’en est pas moins de - la race des anciens prophètes ; c’est un propagateur, un réformateur,

Ainsi un prophète s’était élevé au milieu des déportés. Iahvé n’avait pas abandonné les siens et sa parole pouvait se faire entendre sur la terre d’exil comme dans le sanctuaire de Sion‘. Mais le message annoncé par Ezéchiel était dur à écouter. Au lieu de promettre la délivrance et la prochaine restauration, le prophète s’efforçait de détruire les dernières espérances de ses compatriotes, et il prophétisait la ruine complète de Jérusalem et l’anéantissement des restes de la monarchie judaïte. IL faut que le châtiment annoncé par les prophètes s’accomplisse. Le peuple n’a pas été amélioré par l’épreuve. Il a méconnu la puissance et la sainteté de son Dieu ; il s’est endurci dans son infidélité.

L’impiété, le vice, l’iniquité sont pires que jamais. Les enfants de Juda se sont prosternés au pied des idoles sur toutes les collines ; ils ont sacrifié sous l’arbre vert et dans le bosquet touffu. Bien plus ils ont souillé le temple de Iahvé par des cultes abominables. A l’entrée du sanctuaire s’élève l’idole de la jalousie (Astarté ?), dans une chambre, près du parvis, les anciens de la maison d'Israël se livrent aux pratiques des mystères égyptiens ; plus loin des femmes pleurent la mort de Tammouz, et des hommes adorent le soleil en se prosternant du côté de l’Orient.

Les chefs du peuple se sont livrés à la cupidité. Ils sont les mauvais bergers qui se paissent eux-mêmes au lieu de paître le troupeau. Princes, guerriers, prêtres et prophètes se rendent coupables de toute espèce d’iniquités et d’impuretés. Ils ont rempli le pays de leurs violences. On opprime l’orphelin et la veuve, le pauvre et

un conducteur de foules. II ne se contente pas d’annoncer la cité de Javenir et de la décrire ; il en prépare de tous ses efforts la réalisation prochaine.

1 L. Gautier, La mission d’Ezéchiel, Lausanne, 1891, p. 63 à 84.

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