LE PÉCHÉ DE JÉRUSALEM ET LE CHATIMENT
l'étranger ; on vend la justice, on commet adultère, on ne respecte plus les liens de famille ; et dans tout le pays le sang innocent est répandu.
Fils de l’homme, dis à Jérusalem : Tu es une terre qui n’a pas été purifiée, qui n’est pas arrosée par la pluie au jour de la colère. Ses princes' conspirent dans son sein ; comme un lion rugissant qui déchire sa proie, ils dévorent les gens ! Ils enlèvent biens et richesses, ils font nombre de veuves. Ses prêtres violent ma loi et profanent mes sanctuaires ; ils ne distinguent pas le sacré du profane, ils n’enseignent pas à faire la différence entre le pur et limpur, ils détournent les yeux de mes sabbats et je suis déshonoré au milieu d’eux. Ses chefs sont là comme des loups qui déchirent leur proie ; ils versent le sang et font périr les hommes pour gagner de l’argent. Et les prophètes leur plâtrent tout cela de vaines visions, d’oracles menteurs. Le peuple du pays se livre à la violence et commet des rapines ; ils oppriment le faible et le pauvre et vexent l'étranger contre toute justice... Aussi vais-je verser ma colère sur eux et les consumer par le feu de mon courroux ?.
Jérusalem est une prostituée. Ezéchiel reprend cette image traditionnelle des prophètes et la développe avec un puissant réalisme. Jérusalem est la sœur de Samarie et la sœur de Sodome.
Telle mère, telle fille ! Tu es bien la fille de ta mère qui a abandonné son mari et ses enfants. Votre mère était une Hittite et votre père un Amoréen. Ta grande sœur, qui demeure à ta gauche, c’est Samarie avec ses filles. Ta petite sœur, qui demeure à ta droite, c’est Sodome avec ses filles. Tu n’as pas seulement marché dans leurs voies, commis les mêmes abominations, c'était trop peu : tu as été encore plus vicieuse qu’elles. Par ma vie, dit le Seigneur Ilahvé, Sodome ta sœur et ses filles n’en ont pas fait autant que toi
1 Avec Reuss, Les Prophètes, I, p. 72 et Bertholet, Das Buch Hesekiel, T'übingen, 1897, p. 118, nous lisons nasi au lieu de nabi. Cette lecture est conforme à celle des Septante. C’est la seule qui donne au texte un sens normal.
2 Ezéchiel, XXII, 24 à 31.
et tes filles. Et Samarie n’a pas commis la moitié autant de péchés que toi. Tu as fait absoudre tes sœurs par toutes Îles abominations que tu as commises,
Samarie et Jérusalem sont les deux sœurs courtisanes Ohola et Oholiba. Depuis leur première jeunesse elles font le métier de prostitution. Elles se sont abandonnées à tous les débordements et ont forniqué avec les étrangers venus d'Egypte et d’Assyrie. Oholiba, la cadette, est encore plus déréglée que son aînée. Après avoir courtisé les enfants d’Assour, elle s’est enflammée pour les Chaldéens. Et maintenant elle va recevoir le salaire de ses débauches. Ses amants vont s’élever contre elle, ils la dépouilleront, ils découvriront sa nudité et l’on verra la honte de ses souillures *.
Comme Jérémie, le prophète met toute sa passion à maudire le peuple coupable et à dénoncer ses infidélités et ses crimes. La nécessité morale du châtiment s’impose à lui avec tant de force qu’il semble en avoir oublié tout sentiment naturel d'amour et de pitié. Cette race adultère était pourtant sa race ; les enfants de Juda étaient chair de sa chair et sang de son sang. Jérusalem n’est qu’un cep de vigne destiné aux flammes, un bois qui n’est plus bon qu’à être brûlé. Iahvé allumera le feu et il consumera tout. Et le prophète reçoit l’ordre de ne pas se lamenter sur la ruine de la patrie. À ce moment Iahvé Jui enlève par une mort soudaine celle qui fait les délices de ses yeux. Mais il ne prendra point le deuil et il ne laissera pas couler ses larmes. De même les déportés d'Israël ne doivent pas pleurer, se voiler la face et manger le pain d’angoisse le jour où les jugements de Dieu s’accompliront, où
1 Ezéchiel XVI, 44 à 51.
? Ezéchiel XXIII.