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LA THÉOLOGIE D'ÉZÉCHIEL

dévastées'. Le pays qui environne la montagne sainte connaîtra le bonheur et la splendeur du jardin d’Eden. Les animaux sauvages auront disparu ; une pluie de bénédictions fécondera la terre ; les champs seront fertiles et les arbres donneront leurs fruits en abondance. Il n’y aura plus d’iniquités, de guerres, de violences et rien ne troublera plus l’union du peuple et de son Dieu,

C'était là depuis Amos et depuis Osée le cadre classique de la prédication prophétique. Amour de Iahvé et infidélité d'Israël, châtiment du peuple et restauration messianique, Ezéchiel a repris ces antithèses fondamentales et les a développées avec une parfaite logique. Mais à côté de ces éléments traditionnels, il y a chez le prophète de l'exil des tendances nouvelles. Nous sommes ici au premier stade de lévolution vers le judaïsme. Ezéchiel était l’homme qui pouvait donner à la religion d'Israël une pareille orientation. Esprit systématique, le plus grand théologien de l’Ancien Testament, il nous a laissé une doctrine de Dieu beaucoup plus développée et plus dogmatisée que celle des anciens prophètes.

Comme Esaïe, Ezéchiel affirme l’absolue souveraineté de Iahvé au-dessus du monde des créatures charvelles et passagères. La toute puissance est lattribut divin par excellence. Et lorsque le prophète ‘entend la voix qui l’appelle : « Fils de l'Homme ! » il sent toute sa faiblesse et toute son indignité, et il se prosterne la face contre terre. Iahvé est la force suprême du monde, et il ne se manifeste pas seulement à Jérusalem sur la montagne du temple, mais il suit les enfants de Juda

1 Ezéchiel XXXVI.

2 Ezéchiel XXXIV, 25 à 29.

sur la terre d’exil ; et partout où il veut, il fait briller l'éclat de sa gloire.

Cette idée dominante de la théologie d’Ezéchiel s’exprime avec les images concrètes de la pensée populaire. Le prophète a vu de ses yeux la majesté du Dieu d’Israël. Porté sur un chariot fantastique et sur les ailes des chérubins à quadruple face, assis sur un trône de saphir et environné d’une lumière éclatante Iahvé s’avance à travers l’espace :.

Ces monstres célestes à l’aspect animal et humain, ces formes baroques en dehors des conditions de toute plastique, cette profusion orientale de pierres précieuses et de métaux éclatants, étaient tout à fait en dehors des conceptions de l’ancien Israël. Nons constatons les traces évidentes de l'influence des mythologies d'Orient, surtout de Ia mythologie babylonienne. L’imagination des Israélites avait été certainement frappée par ces symboles de la force qui abondaïent dans la sculpture assyro-chaldéenne, les lions qui gardaient les portes des villes et des palais, les génies à corps d'homme et à tête d’aigle, à tête d’homme et à corps de taureau”. Ezéchiel paraît aussi s'être inspiré des conceptions de la mythologie astrale. Iahvé est le Dieu du ciel, et quand il apparaît à ses serviteurs, c’est au milieu de toutes les splendeurs du firmament. Les quatre animaux nous rappellent les quatre coins du

1 Kzéchiel I et X.

2 F, Delitzsch Asurbanipal und die assyrische Kultur seiner Zeit.

Faut-il parler d’une influence directe ? Ezéchiel ne devait-il pas instinctivement se garder de tout emprunt à l’idolâtrie babylonienne. Ne serait-ce pas dans le temple de Jérusalem qu'il aurait trouvé l’idée première de ses symboles. Conf. les chérubins de l’arche et du sanctuaire salomonien. (Ces chérubins n’ont que deux ailes). L'architecture et la décoration hiérosolymite du vi siècle devaient se ressentir des influences orientales.

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