‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 83 sur 130 · LA SANCTION INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

LA SANCTION INDIVIDUELLE

seulement dans la vie de certaines nations voisines où ennemies de Juda, il juge vraiment tous les peuples depuis le nord jusqu’au pays de Koush ; il est le maître de tous les hommes. Ii voue à la destruction Tyr et l'Egypte et les livre à Naboukodorosor, roi de Babel. Et le monde saura qu’il est le Seigneur Tahvé*,

Les âmes étaient inquiètes et les anciennes doctrines du jugement de lahvé et des rétributions collectives ne leur suffisaient plus. Dans le malheur les enfants de. Juda avaient appris à douter. D’aucuns osaient même dire : La voie de Iahvé n’est pas droite !. Et de nombreux « pourquoi ? », tout le problème de la théodicée hantent l’esprit d’Ezéchiel : Que le péché d’Israël accu: mulé de génération en génération reçoive son châtiment, et même que Iahvé endurcisse son peuple et lui fasse commettre des crimes contre nature” pour le frapper ensuite plus impitoyablement, cela est normal et conforme à la justice. Mais que les déportés souffrent sur une terre étrangère à cause des idolâtries de Manassé, voilà ce que le prophète ne peut plus admettre. La tendance individualiste que nous avons vu se dessinér avec Jérémie se précise. A plusieurs reprises, Ezéchiel affirme le caractère personnel de la rétribution. Chacun doit porter la peine de son péché.

Pourquoi dites-vous : « Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées ». Je suis vivant, dit le Seigneur Iahvé. C’est la personne coupable qui mourra. Le fils ne portera pas l’iniquité de son père et le père ne portera pas l’iniquité de son fils. La justice du juste sera sur lui et la méchanceté du méchant sera sur lui, Si le méchant revient de tous les péchés qu’il a commis, s’il observe toutes mes lois, et pratique la droiture et la

1 Ezéchiel XXV à XXXII, XXXV. 2 Ezéchiel XXII, 25-26.

justice, il vivra. Si le juste se détourne de sa justice et commet l’iniquité, toute sa justice sera oubliée parce qu’il s’est livré à l'iniquité et au péché, et à cause de cela il mourrat.

Cette doctrine, malgré ses insuffisances psychologiques — elle ne paraît pas tenir compte du fait de l’hérédité et des conséquences sociales de l’acte moral — n’en était pas moins une grande conquête de la religion. La loi brutale de solidarité nationale est brisée. Et maintenant il y a une espérance pour le juste souffrant. Jahvé ne l’abandonne pas au jour du malheur. Quant au pécheur qui se repent et qui mène le deuil sur ses fautes, lahvé veut lui pardonner. Iahvé veut le sauver ! Le péché de Jérusalem est irrémissible — Noé, Daniel ct Job ne pourraient sauver le peuple par leur justice — mais celui qui se convertira et qui reviendra de sa voie mauvaise sera sauvé. lahvé ne veut pas la mort du pécheur, maïs sa conversion et sa vie”.

1 Ezéchiel XVIII, 2, 4, 19 à 21. La doctrine des rétributions nationales passe désormais au second plan. Pourtant chez Ezéchiel la coexistence de l’ancienne et de la nouvelle interprétation est très sensible. C’est à Jérusalem, c’est à Juda considéré comme collectivité que le prophète adresse ses menaces. Mais la conception individualiste l'emporte. Ce n’est pas à cause des crimes des ancêtres, mais bien à cause des péchés du temps présent que le peuple a été anéanti. La génération nouvelle ne valait pas plus que l’ancienne et IJahvé a agi justement en les frappant.

« La maison d'Israël dit : La voie du Seigneur n’est pas droite ? Est-ce ma voie qui n’est pas droite, maison d'Israël ? Ne sont-ce pas vos voies qui ne sont pas droites ? C’est pourquoi je vous jugerai chacun selon ses voies, maison d'Israël, dit le Seigneur lahvé ! » (Ezéchiel XVIII, 29-30).

? Comme dans la prophétie d’Osée, Iahvé est le Dieu miséricordieux qui rappelle à lui l’infidèle. Cependant nous ne retrouvons plus ici les appels si profondément humains de l’époux qui veut sauver quand même l’épouse qu’il a aimée, mais l'idée dogmatique de l’honneur de Dieu. C’est par égard pour son nom que Iahvé a contenu sa fureur et n’a pas complètement anéanti son peuple. Cest pour que son saint nom ne soit pas profané aux yeux des nations

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