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LÉGISLATION CULTUELLE. LES. EXPIATIONS

Le quatorzième jour du premier mois ce sera la Pâque, elle durera sept jours. Le nasi offrira en holocauste sept taureaux et sept béliers sans défaut, et un bouc comme sacrifice expiatoire. Pour la fête du quinzième jour du septième mois auront lieu les mêmes holocaustes et les mêmes expiations',

Comme on le voit, les sacrifices sanglants, surtout les sacrifices d’expiation prennent une importance chaque jour grandissante. Les épreuves que Juda venait de traverser avaient fort développé le sentiment du péché. Iahvé était irrité contre son peuple ; il fallait à tout prix conjurer son courroux. D’autre part, à mesure que le culte se compliquait, se développait la préoccupation de la pureté rituelle, car l’adorateur se savait exposé à bien des défaillances involontaires, à des péchés par imprudence. Le mouvement syncrétique du vi siècle avait encore favorisé ces tendances”, et des pratiques très anciennes de purification et d’expiation par le sang d’un animal sacré (taureau, bouc, bélier), avaient trouvé droit de cité dans la religion iahviste.

En cela Ezéchiel était bien l’homme de son temps, et en cela aussi il devait exercer une influence profonde

1 Ezéchiel XLV, 21 à 25. Sur la législation d’Ezéchiel voir les études de À. Westphal, Les Sources du Pentateuque, 11, p. 353 à 381 et Jéhovah, p. 641-656.

1 Rappelons-nous quelle grande place le sentiment du péché parait avoir tenu dans la religion babylonienne. Conf. les Psaumes de pénitence. Zimmern, Babylonische Hymnern und Gebete et M. Jastrow, Die Religion Babyloniens und Assyriens, II, p. 137.

2 Comme l’a fait remarquer Robertson Smith, dans ces temps de crise et de décadence des peuples la foi aux religions nationales est ébranlée. Les hommes reviennent aux pratiques et aux superstitions primitives. Le culte devient pour eux un moyen mystique pour rétablir l’union de l’humain et du divin. Alors ont commencé les religions des mystères qui étaient essentiellement des religions d’expiation. Die Religion der Semitlen, p. 274, 275.

sur ses contemporains et pour les générations qui vont suivre. La Loi de sainteté (Lévitique XVII à XXVD et le Code sacerdotal sont nés dans la même atmosphère spirituelle que le code Ezéchiel. Ils en reproduisent les principales conceptions en les adaptant toujours mieux aux conditions de la communauté juive.

C’est un effort magnifique que celui des scribes de l'exil préparant ainsi dans le recueillement un programme de réformes, élaborant les lois du peuple nouveau et le plan de la ville qu’ils vont reconstruire. On n’appréciera jamais trop haut importance d’une telle œuvre. Malgré ses lacunes et ses erreurs, elle était pour Israël et pour le iahvisme un stade nécessaire dans l’évolution.

Et d’abord Israël devenait la nation sainte de Iahvé rigoureusement séparée de tout élément payen et étranger.

« Fils de l’homme, tu diras aux rebelles, à la maison d’Israël : Ainsi a dit le Seigneur Iahvé : « C’est assez de toutes vos abominations, maison d'Israël. Vous avez introduit les fils de l’étranger incirconcis de cœur et incirconcis de chair pour qu’ils fussent dans mon sanctuaire afin de profaner ma maison. Ainsi parle le Seigneur Jahvé : Aucun fils d’étranger, incirconcis de cœur et incirconcis de chair, n’entrera dans mon sanctuaire, aucun des fils d'étrangers qui sont au milieu des enfants d'Israël’, Vous serez saints pour moi, parce que moi, Ilahvé, je suis saint et que je vous ai séparés des nations pour que vous soyez à moi ?.

1 Ezéchiel XLIV, 7 à 9. Nous avons vu comment la religion judaïte du vu siècle avait été hospitalière pour les cultes des nations. Non seulement le temple s’ouvrait aux spectateurs non ïisraélites, mais même parmi le personnel du sanctuaire, il y avait des prêtres étrangers. Conf. II Rois XXIII, 5. Pour la situation religieuse des étrangers en Israël, voir Bertholet : Die Stellung der Israeliten und der Juden zu den Fremden, p. 65 à 79.

2 Lévitique XX, 26.

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D’après le Code sacerdotal, Iahvé aurait jalousement conservé la race élue à l’abri de tout contact avec les peuples, et pure de toute souillure payenne.

Et c’est déjà une église et une église fermée que Moïse a rassemblée au désert autour du tabernacle.

Cet exclusivisme fanatique devait trouver son application dans Îes réformes d’Esdras et de Néhémie :

Séparez-vous des goïm du pays et des femmes étrangères 1, Ceux. qui étaient de la race d’Israël s'étant séparés de tous les étrangers. ?

Il ne fallait rien moins que cela pour défendre le vrai iahvisme contre les influences profanes et toutes les infiltrations du dehors.

Israël est une théocratie, c’est-à-dire une société religieuse ayant à sa base la thora rituelle et sacerdotale. Nous sommes loin du grand rêve idéaliste de Jérémie et de Palliance entre l’âme humaine et le Dieu vivant. Des institutions compliquées et des cérémonies très exactes ont matérialisé la religion. Mais le fidèle se sent rattaché à Iahvé par un très grand nombre d’actes cultuels et d’observances de toutes les heures. La dévotion juive, ce grand jeu de patience auquel Pélite d'Israël va se consacrer pendant des siècles, affirmait la souveraineté et la présence continuelle de Iahvé dans la vie du peuple et de l’individu.

En s’extériorisant la piété avait perdu sa spontanéité, l'élan libre et joyeux. L’enthousiasme moral du iahvisme devait s’affaiblir, et faire place au formalisme et à la pratique de l’opus operatum. Pourtant les prescriptions éthiques et altruistes du Deutéronome n’ont pas

1 Esdras X, 10.

2 Néhémie IX, 2.

222 CHAPITRE VII. — EZÉCHIEL ER DORLE CEE RTE ES AN RU EE ES OS, QE EE SRE HE AR ER RE

disparu. Elles conservent leur importance. La loi d’Israël ordonne toujours le respect de la personne humaine, la charité, la bonté envers le faible. Et malgré la confusion du moral et du rituel, c’était encore un très beau programme de pureté et de justice.

Le judaïsme devait aboutir à la piété des Pharisiens et du Talmud, c’est-à-dire à la religion de la lettre et du geste sacré. Or c'était contre une telle religion que les prophètes avaient protesté. La thora sacerdotale était une décadence du prophétisme. Et il y a un abime entre la prédication d’Amos de Tékoa et les ordonnances du Lévitique. Pourtant il ne faut pas trop s'arrêter à cette opposition. La religion des prophètes m'était qu’un idéal’. Il fallait appliquer cet idéal à la vie, l’adapter aux conditions d’une société religieuse. Cest le travail difficile entre tous que les légistes de l'exil ont accompli. Ils ont fait de l'esprit iahviste une force active et une puissance réelle.

En eux s’unissaient l’ancien et le nouveau, les traditions du passé et les révolutions de lavenir… Ils ont codifié les vieilles coutumes et les pratiques des sanctuaires. Ils n’ont éliminé que ce qui était manifestement souillé d’idolâtrie et d’immoralité. Comme la remarqué Wellhausen, « le culte était l’élément payen dans la religion de Iahvé »”. Il s'était lentement organisé sur les bamoth de Palestine sous les influences locales et Iles importations étrangères. En vain les

1 C’est pour cela que Loisy refuse de parler de la religion des prophètes. « Attendu qu’il n’y a pas eu de religion des prophètes, mais une critique des prophètes sur un culte fort mêlé d’idolâtrie et de superstition ; c’est ce culte qu’il faut comparer à celui du Code lévitique pour apprécier équitablement ce dernier ». Loisy, La Religion d'Israël, p. 230-231.

? Wellhausen /sraelitische und jüdische Geschichte, p. 188-189.

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