LE LIVRE DES CONSOLATIONS
Le second Esaïe
Mais nulle part la parole des prophètes ne s’est exprimée avec des accents aussi profonds et aussi passionnés que dans l’œuvre du second Esaïe.
Voici l'heure de la délivrance. Le temps de servitude est fini, l’iniquité de la nation est expiée. Iahvé va ramener les captifs, il va les rétablir dans la terre de Palestine ; il conduira lui-même à travers le désert la caravane du retour.
Une voix crie : Préparez dans le désert le chemin de lahvé, Aplanissez dans les lieux arides
Une route pour notre Dieu !
Que toute vallée soit exhaussée,
Que toute montagne et toute colline soient abaissées ; Que les coteaux se changent en plaines,
Et les défilés étroits en vallons !
Alors la gloire de Iahvé sera manifestée,
Et au même instant toute chair verra
Que la bouche de Iahvé a parlé !…
Monte sur une haute montagne,
Sion, pour publier la bonne nouvelle ;
Elève avec force ta voix,
Jérusalem, pour publier la bonne nouvelle.
1 Les chap. XL à LVI d’Esaïe apparaissent au premier abord comme une œuvre d’un même style et d’une même inspiration. Cependant, un examen plus approfondi de la question a révélé des différences considérables.
Le cadre d’'Esaïe XL à LV. c’est le cadre exilique. Nous sommes au vi‘ siècle, Babylone va tomber devant Cyrus. Bel, Nabou sont impuissants à protéger leur cité. Le prophète s'adresse aux exilés et les console. La délivrance est proche. Les campagnes palestiniennes m’apparaissent encore que dans un vague lointain par delà les déserts ; mais le prophète et ses disciples préparent le retour des déportés.
Avec Esaïe LVI à LXVI, nous sommes en Judée, au milieu des cités en ruines. La communauté juive est faible et découragée, elle attend en vain le salut. Le prophète vient censurer les péchés du peuple :
228 CHAPITRE VIII. — LA PROPHÉTIE DEUTÉRO-ÉSAÏAQUE
Dis aux villes de Juda : Voici votre Dieu !.…. . Comme un berger il paîtra son troupeau,
Il prendra les agneaux dans ses bras,
I] les portera sur son sein,
Il conduira les brebis qui allaitent?.
On a fort justement appelé les oracles deutéro-ésaiaques le livre des consolations. « Consolez, consolez mon peuple. » Iahvé cesse de s’irriter et de menacer la nation pécheresse. Il est déjà le Père céleste, le Dieu qui essuie les larmes, le Dieu qui relève et qui sauve. Iahvé va rétablir Israël. Il le fera non pas seulement à cause de son honneur, ou pour manifester sa puissance, mais à cause de sa miséricorde et de son amour.
Dès les temps antiques, lahvé a aimé Abraham et génération après génération il reste l’ami des enfants d'Abraham”. Jamais il n’abandonnera son peuple :
Sion dit : « Jahvé m’a délaissée, Le Seigneur m’a oubliée !
Une femme peut-elle oublier l’enfant qu’elle allaite ?
oppression des riches, indifférence de la grande masse ; maïs surtout il vient annoncer la venue du jour de Iahvé et le prochain accomplissement des promesses. Son idéal est plus étroit et plus judaïque que celui du second Esaïe. IL n’est plus question du serviteur de lahvé et de son œuvre mondiale, mais de la vengeance de Iahvé détruisant les ennemis de son peuple et de la restauration merveilleuse de la nouvelle Jérusalem.
Nous voyons dans cette dernière partie d'Esaïe, l’œuvre d’un prophète palestinien qui vivait à Jérusalem dans la seconde moitié du v* siècle (entre le temps de Zorobabel et le temps d’Esdras). Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire d'admettre avec Cheyne (Einleitung in das Buch Jesaia, p. 314 à 389), une pluralité d'auteurs. Malgré leur allure fragmentaire, il y a dans ces prophéties une incontestable unité d'esprit. Voir Marti, Das Buck Jesaia ; Cornill, Einleitung in das A. T. 6° édit. ; Lucien Gautier, Introduction à l'A. T.
1 Esaïe XL, 3 à 5 ; 9-11.
2 Esaïe XLI, 8-9.