‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 92 sur 130 · JUSTIFICATION D’'ISRAEL · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION D’'ISRAEL

N’aurait-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand même les mères oublieraient, Moi je ne t’oublierai pas‘:

L'alliance que Iahvé a jurée ne saurait être brisée comme un lien fragile. C’est une alliance éternelle. Elle est plus ferme que le fondement des montagnes, plus durable que l’univers.

Iahvé te rappelle comme une femme délaissée et affligée… Pour un moment je t’ai abandonnée...

Dans l’ardeur de ma colère je t’ai caché mon visage,

Mais dans mon amour éternel, j’ai eu compassion de toi. Quand les montagnes chancelleraient,

Quand les collines s’ébranleraient,

Mon affection pour toi ne chancellera pas,

Et mon alliance de paix ne sera pas ébranlée,

Dit celui qui t’aime, lahvé:.

Au reste le rétablissement d'Israël est conforme à la justice de Dieu. Les Israélites ont le droit pour eux. La puissance babylonienne représente le règne de la force et de l’iniquité. Il faut que la cité orgueilleuse et voluptueuse reçoive son salaire. Ilahvé brise le joug qu’elle faisait peser sur les peuples ; il la dépouille de ses parures et de ses richesses. Et la fille des Chaldéens s’assiéra dans la poussière, elle entrera en silence dans les ténèbres, et il n’y aura personne pour la sauver*,. A cause de sa justice Iahvé a frappé Sion, à cause de sa justice il la délivrera de ses ennemis. Et ici paraît une grande idée essentielle à la piété juive, l’idée de la justification de la communauté devant les nations. Dieu ne peut abandonner pour toujours son peuple aux inju-

1 Esaïe XLIX, 14-15.

2 Esaïe LIV, 6, 8, 10.

# Esaïe, XLVIII.

230 CHAPITRE VIII. — LA PROPHÉTIE DEUTÉRO-ÉSAÏAQUE

res des payens. La cause d'Israël est la cause de la vérité, la cause de Iahvé. Il faut que la vérité triomphe, il faut que la gloire de lahvé soit manifestée’.

Et le prophète s’exalte à cette pensée, il chante déjà l'hymne de la délivrance, le cantique nouveau en l’honneur du Dieu juste qui sauve :

Qu'ils sont beaux sur les montagnes

Les pieds du messager de bonnes nouvelles Qui annonce la paix,

Du messager de bonnes nouvelles

Qui annon»ce le salut,

De celui qui dit à Sion :

Ton Dieu règne !

Eclatez ensemble en cris de joie

Ruines de Jérusalem !

Car Iahvé console son peuple.

Iahvé délivre Jérusalem ;

Jahvé déploie le bras de sa sainteté

Aux yeux de toutes les nations ;

Et toutes les extrémités de la terre verront Le salut de notre Dieu !?

Tous les déportés de Juda ne partageaient pas cet enthousiasme. Beaucoup parmi eux s'étaient accoutumés à l'exil, et la nostalgie de la patrie palestinienne avait cessé de les tourmenter. C’étaient des douteurs au col raide et au front d’airain. Ils refusaient de voir les signes des temps et ne croyaient plus à la parole de Iahvé*. C’est à ceux là aussi que le prophète s’adresse : le libérateur est à la porte. lahvé a suscité Cyrus pour accomplir ses desseins. Les victoires et les conquêtes du grand Achéménide sont l’œuvre du Dieu tout puissant.

1 Esaïe XLV, 19 à 22 ; XLVI, 12-13 ; LI, 4 à 8. ét Esare NE 17:1910:

3 Esaïe XLVIII, 1 à 11.

CYRUS L'OINT DE IAHVÉ 231 Le dr PR LP AN Po Ce Te D M A

Qui la suscité de l’Orient

Celui que suit la victoire ?

Qui lui livre les peuples

Et lui soumet les rois ?

Il fait voler leurs épées en poussière,

11 rend leurs armes semblables à la paille emportée par le vent. Qui a fait cela, qui l’a accompli ?

Celui qui appelle les générations à l’être,

Moi, Iahvé, qui suis le premier

Et le même jusqu'aux derniers âges !.

Les prophètes du vi: et du vire siècles avaient eux aussi considéré les grands conquérants et les conducteurs de peuples comme les principaux acteurs de l’épopée divine. Esaïe appelait Assour la verge de la colère de Dieu, et Jérémie saluait en Naboukodorosor le serviteur de Ilahvé. Mais pour le prophète de l’exil Cyrus est beaucoup mieux qu’un instrument inconscient des jugements de Dieu, il est celui que Iahvé a appelé par son nom, il est le Messie.

Ainsi parle Iahvé à son oint Cyrus,

Que j'ai saisi par la main droite

Pour terrasser les nations devant lui,

Et délier les ceintures des rois :

Je marcherai devant toi,

J’aplanirai les monts,

Je briserai les portes d’airain.….

Afin que tu saches que je suis Iahvé, le Dieu d'Israël, Qui t’appelle par ton nom...

Je t'ai désigné avant que tu me connusses.

Je suis lahvé et il n’y en a point d’autre ; Hors de moi il n'y a point de Dieu.

Je t'ai oint avant que tu me connusses !2

1/Esaïe XLI, 2 à°4, 2-Esaie XV, 1'à 5.

232 CHAPITRE VIII, — LA PROPHÉTIE DEUTÉRO-ÉSAÏAQUE

Cyrus va donc devenir un fidèle iahviste. Il ne connaît pas encore le Dieu qui le dirige et qui prépare sa marche triomphale ; mais bientôt il saura que le Dieu d'Israël est le seul vrai Dieu et il lui rendra hommage en renvoyant les exilés en Palestine et en relevant les murailles de Jérusalem.

Je dis de Cyrus : Il est mon berger, Et il accomplira ma volonté.

Il dira à Jérusalem : « Sois rebâtie ! »

Et au temple : « Sois fondé !.… »

C’est moi qui ai suscité Cyrus dans ma justice. Il rebâtira ma ville,

Et renverra mes exilés,

Sans rançon ni présent.

Cest lahvé Sebaoth qui le dit !:

En acclamant le roi vainqueur avec ces cris d’allégresse le prophète avait-il le pressentiment d’une parenté spirituelle entre le iahvisme et le mazdéisme. Par la pureté de son culte et l’idéalisme de sa morale la religion de Zoroastre devait parler au cœur des iahvistes. Une grande pensée monothéiste domine les Gathas : Abhoura-Mazda est le Dieu juste, pur et saint ; il est aussi le Dieu invisible et spirituel qui ne se laisse pas représenter sous forme d’idole”. C’est Ahoura qui a créé

2 Esaie XLIV/:28: XLV-"13:

2 Ce n’est qu'à l’époque de l’empire perse et certainement sous l'influence babylonienne que nous trouvons des représentations d’Ahoura. (Conf. l’image d’Ahoura dans les bas-reliefs de Persépolis). Au reste il y a dans l’Avesta bien des traces d’animisme, de totémisme et de magie. Mais la tendañce monothéiste n’en est pas moins évidente. De Harlez à dit : « I1 faut distinguer dans l’Avesta trois courants d’idées très différents qui s’entrecroisent et entre lesquels les rédacteurs de ses livres cherchent à établir une union souvent impossible, On y trouvera. en effet, les restes d’un polythéisme à peine déguisé, un dualisme très nettement caractérisé, un monothéisme qui cherche à dominer le tout et à le faire plier aux exigeances de ses doctrines ». Traduction de l’Avesta. Introduction.

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