ISRAEL ET LE MAZDÉISME
le monde visible, et c’est lui qui le dirige et qui le perfectionne jusqu’au jour de l’anéantisséement de l'esprit mauvais Angra-Mainyous’ et de la frashôkéréti. Et le mazdéisme était aussi une religion messianique. L’histoire a ur but, l’univers tend vers une fin. C’est vers la justice que le Seigneur les mène. Et les justes doivent préparer la réalisation de cette fin, ils travaillent à l’achèvement du monde.
L'influence de l'Iran sur Israël devait être un jour très profonde. C’est au contact de la religion perse que vont apparaître les deux grandes doctrines juives : la doctrine de Satan et la doctrine de la résurrection”.
On pourrait expliquer ainsi l’instinctive sympathie des judaïtes déportés pour les conquérants iraniens. Mais cette explication n’est pas nécessaire. Le prophète acclamait surtout le vainqueur de Babel et le libérateur des peuples esclaves”.
Au reste, le Dieu d'Israël n’était pas seul à appeler
1 Le dualisme iranien est moins fondamental qu’il ne paraît au premier abord. (Les deux esprits dans Yasna XXX, 3-4). Angra Mainyous, bien que coexistant avec Ahoura lui reste cependant très inférieur en gloire et en puissance. Son règne n’est pas éternel. À la fin, le génie du mal sera vaincu. Qu’est-ce à dire sinon que le dualisme reste toujours subordonné au monothéisme. Voir Darmesteter, Ormuz et Ahriman ; V. Henry, Le Parsisme, Paris 1905, p. 62 à 67 ; Lehmann, Les Perses (dans Chantepie de la Saussaye).
? Pour l'influence du mazdéisme sur le judaïsme, conf. Bousset, Die Religion des Judentums, Berlin 1906, p. 571 à 592 et Die jüdische Apokalyptik, Berlin 1903 ; Sôderblom, La vie future dans le mazdéisme ; Bôcklen, Die Verwandtschaft der jüdischchristlichen mit der parsischen Eschatologie. J'ai étudié cette question dans mes précédents travaux : L'Evolulion de l'espérance messianique dans le christianisme primitif et der Ursprung der jüdischen Lehre von der Auferstehung.
# Il est probable cependant que le second Esaïe si bien informé des faits et gestes de Cyrus avait entendu parler de la religion mazdéenne.
234 CHAPITRE VIII. — LA PROPHÉTIE DEUTÉRO-ÉSAÏAQUE
le nouveau maître : Mardouk lui aussi devait se réjouir de sa victoire. Les prêtres babyloniens racontèrent plus tard comment les dieux provinciaux rassemblés par le dévot Nabounaïd dans l’enceinte de Babylone, se plaignirent de leur captivité.
Mardouk eut pitié d’eux. Il jeta les yeux sur toutes les: contrées d’alentour, il les fouilla du regard, il chercha un prince juste selon son cœur et qui pût lui saisir les mains. Il appela par son nom Cyrus, roi d’Ashan, et il proclama son nom pour la royauté de l'univers t.
Cyrus paraît avoir reconnu la protection des dieux de Babylone ; la ville prise, il sacrifia à Mardouk : et Mardouk le grand seigneur se réjouit et il bénit le roi Cyrus et Cambyse son fils et toute son armée°…
Mais qu'y a-t-il de commun — à part la terminologie ° — entre ces adulations sacerdotales et la grande espérance d'Israël ? Et en quoi Iahvé ressemblerait-il à Mardouk ? Les dieux des nations ne sont pas des dieux... Et le prophète décrit avec une impitoyable ironie la fabrication de l’image divine : l’homme abat un cèdre dans la forêt. D’une partie du bois il chauffe le four
1 Winckler, X. I. À. T., 3, p. 113 à 115. Maspéro, Hist. ancienne III, 634 ; Jeremias, Das À. T. im Lichte des A. O., p. 572.
De même, Mérodak-Baladan avait été appelé par Mardouk « Îe berger qui rassemble les dispersés ». Gressmann-Ungnad, Altorientalische Texte Tübingen, 1909, p. 135 à 138. Le prince de Babylone était toujours l’élu de Mardouk. La cérémonie d’intronisation consistait à saisir les mains de la statue de Bel Mardouk.
2 « Le clergé, quelles qu’aient pu être ses relations avec Nabounaïd, se tournait vers le soleil levant. De ce que les prêtres font de Cyrus un fidèle du culte babylonien, il ne s’ensuit pas qu'il Pait
été. » Th. Nôldeke, Eludes sur la Perse ancienne, trad. française, I. p. 36-37.
3% Quand le prophète appelle Cyrus « l’Oint de Iahvé » et « celui que IJahvé appelle par son nom », c’est une ancienne conception
israélite qu’il développe à la manière orientale et babylonienne.