IAHVÉ LE DIEU UNIQUE
pour cuire sa viande et son pain, de l’autre il fait son dieu, une statue recouverte de métal ; il se prosterne devant elle et il l’invoque en s’écriant : « Sauve-moi car tu es mon Dieu !”»
La ruine de Babel va démontrer l'impuissance de ces idoles. Les dieux protecteurs de la grande cité vont s’en aller en captivité, portés par des bêtes de somme.
Bel s’écroule, Nébo tombe, Leurs statues ont été chargées sur des animaux, sur des bêtes de [somme,
Vous les portiez jadis, maintenant elles accablent de leur pesant far- [deau lanimal fatigué,
Ils sont tombés, ils se sont écroulés ensemble,
Ils ne peuvent se sauver eux-mêmes,
Eux aussi sont allés en captivité !?
Cette polémique anti-idolâtrique tient une grande place dans la prédication deutéro-ésaïaque. Le iahvisme est devenu le pur monothéisme. Iahvé est Dieu et il n’y a point d’autre dieu.
Ainsi parle Iahvé, le roi d'Israël et son libérateur, IJahvé Sebaoth :
Je suis le premier et je suis le dernier,
Et hors de moi il n’y a point de Dieu !
Qui a parlé comme moi,
Depuis que j’ai fondé l’humanité des jours antiques ?.… — Vous m'en êtes témoins —
Y a-t-il un autre Dieu que moi !..®
1 Esaïe XLIV, 10 à 20. Nous avons vu comment dans la théologie d’Ezéchiel, les dieux païens étaient considérés comme des Béné- Elohim. Cette croyance se retrouve dans Esaïe XL, 26. Mais partout ailleurs le second Esaïe ne voit dans les dieux des nations que de vaines idoles. Conf. XL, 19-20.
2 Esaïe XLVI, 1-2.
3 Esaïie XLIV, 6 et 8.
236 CHAPITRE VIII — LA PROPHÉTIE DEUTÉRO-ÉSAÏAQUE
lahvé est le créateur du monde et le maître de la nature. Nous avons vu que la tradition d’une création métait pas étrangère à l’ancien iahvisme’. Mais c’est seulement à l’époque de l’exil que cette idée prend toute son importance théologique. Dans des descriptions éclatantes de couleur primitive le prophète raconte le mythe cosmogonique.
Lève-toi ! lève-toi ! revêts-toi de force Bras de Iahvé !
Lève-toi comme aux jours d'autrefois Dans les anciens âges !
N'est-ce pas toi qui abattis Rahab,
Qui transperças le monstre ?
N’est-ce pas toi qui desséchas la mer,
Les eaux du grand abîme ??
Tout ce que le monde renferme est l’œuvre du puissant démiurge. Il a créé la lumière, il a organisé la terre et les cieux.
1 Voir notre premier chapitre, p. 36-37.
2 Esaïe LI, 9-10.
« La création du monde par Iahvé est maintenant pour la première fois une doctrine fondamentale. Autrefois la puissance de Iahvé se manifestait surtout par la puissance d'Israël. Maintenant la gloire d’Israël est anéantie... et nous voyons apparaître cette conception de la nature d’après laquelle les cieux proclament la gloire de Dieu. « L’idée de la création et de la direction du monde par lahvé devient ainsi l’indispensable corollaire de la croyance en son action historique et en son triomphe futur ». Smend, A/{testamentliche Religionsgeschichte, p. 357-358.
Le document sacerdotal du Pentateuque débute par le récit des origines du ciel et de la terre. C’est là désormais le point de départ de toute théologie et de toute philosophie de l’histoire. Mais dans le C. S., la tradition populaire des luttes contre le Téhom est de plus en plus effacée. De même que l’esprit de Dieu planait sur le chaos, la doctrine religieuse du judaïsme, le strict monothéisme et la préoccupation sabbatique dominent les anciennes légendes cosmogoniques.