IAHVÉ, LE CRÉATEUR, LE MAÎTRE DU MONDE
Je forme la lumière et je crée les ténèbres,
Je donne la prospérité et je crée l’adversité,
Cest moi qui ai fait la terre et créé les hommes, Cest moi, ce sont mes mains qui ont créé les cieux, Cest moi qui ai disposé toute leur armée,
Ma main a fondé la terre,
Et ma droite a étendu les cieux :.
Et après avoir créé le monde Iahvé l’a soutenu par sa force et par son pouvoir. Il veille sur la nature. C’est lui qui est assis au-dessus du cercle de la terre. Il appelle les étoiles par leur nom’, il commande aux nuées, il donne à la terre fécondité et prospérité‘. Il peut, s’il le veut, dissiper les cieux comme de la fumée ct faire tomber toute la terre en lambeaux comme un vêtement *.
Iahvé est avant tout celui qui, depuis le commencement des générations, dirige le cours de l’histoire. Et c’est ici le grand paradoxe de la prophétie : à l’heure où Israël était vaincu et foulé par les nations, le voyant proclame avec une audace splendide la puissance mondiale de Iahvé.
Les nations sont à ses yeux comme la goutte suspendue à un vase, Comme la poussière dans la balance ; Les îles ne pèsent pas plus devant lui que des grains de sable’.
Iahvé est le Saint. Nous retrouvons ici l’expression habituelle au premier Esaïe « le Saint d'Israël ° ». Mais le sens de cette expression est encore élargi. Iahvé n’est
1 Esaïe XLV, 7-12 ; XLVIII, 13. Conf. XL, 21, 22, 26, 28 ; XLIII, 7 ; XLIV, 24.
2 Esaïe XL, 22-26.
5 Esaïe XLIV, 3-4 ; XLV, 8.
4 Esaïe LI, 6.
5 Esaïe XL, 14-15.
6 Esaïe XL, 25 ; XLI, 14. 16, 20 ; XLIII, 3, 14, 15.
238 CHAPITRE VIIIL — LA PROPHÉTIE DEUTÉRO-ÉSAÏAQUE
pas seulement le Dieu inaccessible au-dessus du monde des créatures, il est le Dieu de l’univers, le maître du passé et de l’avenir, le commencement et la fin de l’évolution :. ;
À cette hauteur le nationalisme israélite devait finir par disparaître ; et la prophétie devait aboutir à l’universalisme absolu. L’universalisme était dans la logique de la pensée iahviste. Puisque Iahvé gouverne le monde conformément à la loi de la justice éternelle, il ne pouvait limiter son salut à un peuple privilégié. Et pourtant les nations n’avaient jusqu'ici qu’un rôle accessoire, elles n'étaient que des instruments pour le châtiment ou le relèvement d'Israël. L’humanité considérée dans son ensemble n’apparaissait qu’au dernier acte du drame pour le grand jour du jugement et de l’extermination. C’est le prophète de l’exil qui le premier a annoncé le salut pour toutes les nations. La loi de Iahvé fera l’unité des peuples. Jusqu’aux îles lointaines et jusqu'aux extrémités de la terre, les hommes adoreront le Dieu vivant et ils espèreront en lui.
Cest moi, c’est moi Iahvé !
Il n’y a point d’autre Dieu que moi.
Je suis le Dieu juste qui sauve.
Tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, Vous tous qui habitez aux extrémités de la terre, Car je suis Dieu et il n’y en a point d’autre. Tout genou fléchira devant moi,
Toute langue jurera par moi !?
C’est là déjà le programme évangélique, le Royaume de Dieu pour ceux qui viendront d'Orient et d'Occident, du Septentrion et du Midi. Israël est le témoin de Iahvé
1 Esaïe XLI, 4 ; XLIV, 1.
? Esaïe XLV, 21 à 24.