RELIGION MISSIONNAIRE
au milieu des hommes. Toute son histoire est une manifestation de la puissance divine. Et c’est en voyant les grandes choses que le Saint a accomplies pour son peuple que les rois de la terre et toutes les nations cornaîtront la vérité.
Voici tu appelleras des nations que tu ne connais pas,
Et des nations qui ne te connaissent pas accourront vers toi, A cause de Iahvé, ton Dieu,
Du Saint d'Israël qui te glorife ! !
Les anciens prophètes avaient annoncé eux aussi que Sion deviendrait le centre du monde et que le Messie serait l'arbitre des nations. Mais chez le second Esaïe le peuple élu de Dieu cesse d’être le but unique de l’évolution, il est plutôt l’instrument du salut, il est le propagateur qui doit apporter à l'humanité la loi de Dieu, il est le héros qui doit conquérir le monde à Iahvé. Ici pour la première fois est proclamé l’idéal d’une religion missionnaire.
Et nous voici introduits dans ces pages sublimes et mystérieuses que l’on a appelées les oracles de l’Ebed- Jahvé. XLII, 1 à 4; XLIX, 1 à 6; EL, 4 à 9 ; LII, 13 à LIIT, 12. Iahvé a élu son serviteur dès le sein maternel ; il l’a appelé par son nom, il l’a instruit comme on instruit un disciple, puis il la envoyé à travers le monde pour accomplir son œuvre et pour annoncer la bonne nouvelle de la délivrance. À l’encontre des dominateurs et des conquérants, qui ont asservi le monde par la violence, il sera le messager humble et pacifique, le représentant de l’idée. Il enséignera la justice et la paix.
Voici mon serviteur que je prends par la main, Mon élu en qui mon âme se complaît.
1 Esaiïie LV, 5.
240 CHAPITRE VIII, — LA PROPHÉTIE DEUTÉRO-ÉSAÏAQUE
Sur lui j’ai mis mon esprit,
Pour qu’il annonce la justice aux nations.
I1 ne crie point, il n’élève point la voix,
Il ne fait pas entendre ses clameurs dans la rue,
Il ne brise point le roseau froissé,
Il n’éteint point la mèche qui fume encore.
C’est en toute vérité qu’il proclame le droit.
11 ne se lassera pas, il ne se découragera pas, Jusqu'à ce qu’il ait établi la justice sur la terre..."
Le serviteur de Iahvé sera comme une lumière au milieu des nations. Il éclairera ceux qui marchent dans les ténèbres, il rendra la vue aux aveugles et la liberté aux captifs. Après avoir rassemblé les tribus de Jacob et rétabli les membres dispersés d'Israël, il portera la parole de Iahvé jusqu'aux îles lointaines et jusqu'aux extrémités de la terre.
Mais pour accomplir sa mission divine il faut que le serviteur souffre opprimé et persécuté par les hommes. Iahvé le livre sans défense aux outrages et aux crachats. Il sera le juste frappé et humilié, le martyr du iahvisme*.
Qui a cru à ce qui nous avait été annoncé,
Et à qui s’est révélé le bras de Iahvé ?
Il poussait devant lui comme une faible plante, Comme un rejeton qui sort d’un sol aride.
Il n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, Et son aspect n'avait rien pour nous plaire.
Méprisé et dédaigné des hommes,
1 Esaïe XLII, 1 à 4.
? Cest ici la solution du plus angoissant problème que la conscience hébraïque ait agité, C’est la réponse à la question de Job: « Pourquoi la souffrance ? » Les prophètes avaient enseigné que les malheurs d'Israël étaient le juste châtiment envoyé par Iahvé au peuple infidèle. Puis Jérémie et Ezéchiel avaient fondé la doctrine des rétributions individuelles. Et le second Esaïe affirme : Les douleurs du juste sont nécessaires au salut de l’humanité,