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LE SERVITEUR DE IAHVÉ

morceaux hymniques XLII, 1 ; XLIX, 1 à 4, se laissent appliquer au peuple considéré dans son ensemble. Nous aurions ici la description symbolique de la nation élue, aves ses souffrances, avec ses luttes et ses fautes ', mais surtout avec ses grandes espérances d’avenir et sa mission prophétique dans le monde.

D’autres fois le serviteur n’est plus qu’une minorité, un petit troupeau de justes. Au sein de l’épreuve, l’élite s’est dégagée de la masse. Le prophète et ses disciples sont désormais l’Israël selon l'esprit, héritiers des promesses, prémices du peuple de lavenir ?

Mais dans les derniers poèmes L, 4 à 9, LIT, 13 à LIITI, 12, l'enthousiasme du voyant grandissant de plus en plus, son héros devient vraiment une personne unique. Le juste au visage défait qui marche obscurément sur la voie douloureuse, l’agneau de Dieu qui se laisse conduire silencieusement au supplice n’est plus une collectivité, c’est un individu. (Il meurt et il est enseveli).

Aussi de nombreux critiques ont-ils vu ici une allusion à quelque personnage de l’histoire. Le serviteur de Jahvé serait un prophète mis à mort par ses compatriotes ou par les payens. Ou bien il représenterait les malheurs de Jérémie”, ou de Zorobabel… C’est beaucoup préciser des textes volontairement vagues. Il ne faut pas perdre de vue la manière lyrique et apocalyp-

1 Dans Esaïe XLII, 18 à 25, le prophète nous décrit un serviteur endurci et rebelle qui ferme obstinément son cœur aux avertissements et aux appels de son Dieu : « Qui est aveugle, sinon mon serviteur, et sourd, sinon le messager que j’envoie ? »

2 Esaïe XLIV, 1 à 3 ; XLIX, 5-6. Le serviteur qui doit relever les tribus de Jacob et ramener Israël encore dispersé n’est autre que le groupe des iahvistes enthousiastes qui préparaient le retour, L. Gautier, L’Evangéliste de l'exil, St-Blaise, 1911, p. 25 à 33 ; Budde, Die Ebed-Jahwe Lieder.

8 Duhm, Loc. cit,

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244 CHAPITRE VIII. — LA PROPHÉTIE DEUTÉRO-ÉSAÏAQUE

tique du prophète de l’exil. Il n’apporte pas de dogmes établis, il n’expose pas une eschatologie précise. On ne saurait dire si le martyr du chap. LI, 13 à LIIT, 12 appartient au passé ou s’il appartient à l’avenir. Le serviteur reste toujours un personnage aux contours incertains. Or, cette incertitude des contours jointe à la profondeur des symboles est le trait caractéristique de l’apocalyptisme. L’Ebed-lahvé est un héros d’apocalypse. |

Gunkel et Gressmann‘ ont cherché l’origine mythologique d’Esaïe LIIT ; et avec beaucoup de hardiesse et d’ingéniosité, ils ont rappelé les mythes payens du dieu mourant, en particulier le mythe d’Adonis-Tammouz, si populaire chez les Sémites *. Il convient peut-être de ne pas insister trop fort sur de tels rapprochements. Dans son zèle monothéiste et dans sa polémique contre les idoles, le prophète n’a sans doute pas songé à s’inspirer directement des légendes polythéistes et naturistes.

Cependant, c’est bien dans les conceptions religieuses de l’ancien Orient qu’il faut chercher la solution du mystère. Le poète de l’'Ebed-lahvé écrivait en ces temps anxieux où les âmes demandaient aux pratiques du culte et aux rites expiatoires le secret de la délivrance et de la paix. Pour effacer la coulpe et pour détourner le châtiment divin les prêtres avaient institué le sacri-

1 Gunkel, Zur religionsgeschichtlichen Versländniss des N:°T., p. 78-79 ; Gressmann, Der Ursprung der israelitisch-jüdischen Eschatologie, p. 302 à 303. Conf. Zimmern, K. 1. A. T°, p. 384 à 387 ; À. Jeremias, Das A. T. im Lichte des A. O., p. 575-576, Babylonisches im NeUT 5 0p: 19,120;

2 Tammouz, tué par Ishtar à la fleur de l’âge, était chaque année célébré par des pleurs et par des chants. Nous avons vu que son culte était pratiqué en Juda au vu‘ siècle. Ezéchiel VIII, 15 et Zacharie XII, 10 à 14. Voir Zimmern, K. 1. À. T®, 397 à 399.

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