‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 99 sur 130 · L’ISRAEL DE L'AVENIR · texte numérisé non relu

L’ISRAEL DE L'AVENIR

fice pour le péché. L’animal se substituait à l’offrant’ et le sang versé rachetait l’homme de sa coulpe’. Le voyant de l'exil, s’élevant très fort au-dessus de ces cérémonies cultuelles, enseigne la valeur expiatoire des douleurs du juste. Et par là il a vraiment découvert la grande loi de l’évolution sociale et le secret merveilleux des fécondations de l’humanité… Il faut que le juste souffre pour sauver. C’est par le sacrifice du serviteur de Iahvé que se fera la rédemption du monde.

Après l’exaltation du juste serviteur commenceront les temps messianiques *. Les enfants d'Israël retournés en Palestine rebâtiront les murailles en ruines ; les cités désertes seront restaurées, elles déborderont d’habi-

1 Un texte assyrien décrit cette substitution avec un réalisme étrangement précis.

« Un agneau est le remplaçant de l’homme, Il offre l’agneau pour sa vie, Il offre la tête de l’agneau pour la tête de l’homme, Il offre la nuque de l’agneau pour la nuque de l’homme, Il offre la poitrine de l’agneau pour la poitrine de l’homme ».

Trad. par Ungnad, dans Gressmann, Altorientalische Texte, p. 101

2 Pour le sacrifice d’expiation et l’idée de substitution, voir Robertson Smith, Relig. der Semiten, p. 323 à 326.

Le bouc émissaire, instrument de l’expiation, n’est pas nécessairement un animal, il peut être aussi une personne ou même un homme- Dieu. Conf, Frazer, Le Rameau d’or, Trad. française, Paris 1908, Tome II, p. 251 à 259, 364 à 375. « Quelquefois les malheurs et les péchés de tout le peuple sont placés pour ainsi dire sur la tête du dieu mourant, afin qu’il les emporte à tout jamais avec lui et qu'après sa mort, le peuple se retrouve innocent ét heureux », p. 231.

L'idée que le sacrifice aboutit à l’exaltation de la victime était familière aux religions anciennes. Les légendes et les symboles des mystères aimaient à décrire cette apothéose sacrificielle. Par le sacrifice le dieu s’immole. Mais c’est pour renaître parfait dans sa divinité et pour créer autour de lui une vie nouvelle, Hubert et Mauss, Mélanges d'Histoire des religions, p. 103 à 122.

8 C’est à tort sans doute que la tradition chrétienne a identifié le juste souffrant d’Esaïe LIII avec le Messie. Et pourtant l’Ebed-Iahvé est un héros analogue au Messie, il vient lui aussi pour préparer l’ère nouvelle,

TR en

246 CHAPITRE VIII. — LA PROPHÉTIE DEUTÉRO-ÉSAÏAQUE

tants ! ; les campagnes arides deviendront un jardin de Iahvé fécondé par les eaux courantes, le myrte et l'olivier, le cèdre et l’accacia remplaceront les ronces et les épines ?. Sion, la cité de Iahvé sera magnifique et toute parée de saphir, de rubis et d’antimoine. La joie et l’allégresse éclateront au milieu d’elle. Une foule nombreuse et prospère chantera des cantiques d'actions de grâces *. Ce sera un peuple de justes, des disciples enseignés par Jahvé*.

Et les hommes de toute race et de toute civilisation viendront des contrées lointaines pour voir la gloire d’'Israël*. Les fils de l'Egypte et ceux de l'Ethiopie, et les Sabéens à la haute stature apporteront leurs tributs en Sion et ils se prosterneront suppliants :

Ce n’est qu’auprès de toi qu’on trouve Dieu Et il n’y a point d’autre Dieu.

Les rois de la terre eux-mêmes s’inclineront devant le peuple saint et aspireront à le servir. Des princes

1 Esaïe XLIV, 26 ; XLV, 13 ; LIX, 8, 14 à 21.

? Esaïe XLI, 19-20 ; LI, 3 ; LV, 12-13.

3 Esaïe LIV, 11-12. La nouvelle Jérusalem sera désormais la ville pavée de pierres précieuses :

« Les portes de Jérusalem seront bâties de saphirs et d’émeraudes,

Et toute l’enceinte de ses murailles sera de pierres précieuses,

Des pierres d’une blancheur immaculée formeront le pavé de ses [places. »

Tobit XIII, 21-22. Conf. Apoc. XXI, 19 à 21.

D’après les croyances populaires, les pierres précieuses et les métaux éclatants avaient quelque chose de divin. Ils représentaient la lumière des astres ; ils étaient comme des symboles de la divinité. H. Winckler, Die Weltanschauung des alten Orients, Leipzig 1904, p. 24 à 26.

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