‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 104 sur 110 · Augebal iras quod soli non cessissent. (Tacite · texte numérisé non relu

Augebal iras quod soli non cessissent. (Tacite

claires et en métaphores plus retentissantes, le drame de pensée déroulé au fond des consciences. L'épopée judéo-romaine, comme l'appelle Salvador, symbolise en traits de flammes l'épopée judéo-païenne et le heurt des deux âmes; mais de ces deux épopées, le vainqueur de l'une est le vaincu de l'autre ; c'est le Panthéon qui brûle dans l'incendie du Temple, et le cri qui retentit dans le sanctuaire, à la veille de la catastrophe, « les dieux s'en vont ! » prophétisait pour le vainqueur qui en triomphe, et non pour le vaincu qui en gémit.

« Les fils d'Abraham étaient un peuple voué » à une idée ou à une école, en même temps » qu'un peuple de fait ou une nation. Ils résis- » talent pour une cause qui relevait en général » du seul domaine de l'esprit, et se fiaient à )) l'énergie de leur volonté encore plus qu'à la » force du glaive.

» Aussi, à l'heure où nous verrons les con- » quérants universels appliqués à briser leur » état politique et à renverser les murs de Jéru- » salem, l'école juive, de son côté, cédant à

» une impulsion spontanée, offrira le singulier » spectacle au monde de se dédoubler elle-même » afin de mieux faire face à son ennemi. La plus » grande partie de cette école reste exclusive- » ment fidèle, dans l'intérêt de l'avenir, au prin- » cipe constitutif de l'avenir et songe avant tout » à se défendre; ce sont les Juifs proprement » dits. Une autre partie, au contraire, se dégage » de toutes les formes nécessaires à la défense, » transige sur le principe, sïdentifie aux » croyances étrangères et s'organise de manière » à devenir un instrument actuel d'attaque et » d'invasion ; ceux-là sont les nouveaux Juifs » propagateurs du christianisme de Josué ou » Jésus, fils de Marie ^ »

Telle est, au point de vue de l'histoire universelle, l'importance religieuse de la chute de Jérusalem. En brisant le lien matériel qui rattachait encore l'Église naissante à la synagogue, elle ouvre le monde à la forme chrétienne du judaïsme et déchaîne la propagande qui va

raliser le polythéisme; d'autre part, en interdisant à jamais à Israël les ambitions matérielles et les rêves de grandeur politique, elle le force à se renfermer définitivement dans la vie idéale, à se réserver tout entier la conservation de la vérité entière. Un jour viendra, à la longue, où le judaïsme paganisé, après avoir vaincu le paganisme, se retrouvera en présence du judaïsme pur d'où il sort. Ce jour est venu, selon Salvador; et ce qui doit arriver de ce contact nouveau, il essaye de le percer dans son dernier ouvrage, Paris ^ Rome et Jérusalem.

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