Rois I, XVIII
dieu qui demande à ses serviteurs non des sacrifices, mais un cœur pur. Une belle page de la légende d'Élie, fuyant devant Jézabel, nous présente comme le symbole de cette transformation :
Et il alla dans le désert un jour de marche, s'assit sous un genévrier et implora la mort, disant : — C'en est trop, Jéhovah; prends ma vie, car je ne vaux pas mieux que mes pères...
« Et la voix de Jéhovah vint sur lui, et dit : — Que fais-tu ici, Elie?
(( Et il répondit : — J'ai été jaloux de jalousie pour Jéhovah, dieu des armées ; car les enfants d'Israël ont abandonné ton alliance, détruit tes autels, égorgé tes prophètes avec le glaive, et je suis resté seul, et ils me cherchent pour me faire mourir.
« Et Jéhovah dit : — Sors et tiens-toi debout sur la montagne, devant Jéhovah. Et voici que passait Jéhovah, et un vent, grand et violent, déchira la montagne et brisa les rochers devant Jéhovah ; mais Jéhovah n'était pas dans le vent. Et derrière le vent vint un tremblement déterre;
mais Jéhovah n'était pas dans le tremblement de terre. Et derrière le tremblement de terre venait une flamme; mais Jéhovah n'était pas dans la flamme.
(( Et derrière la flamme venait une voix douce et tendre ^ «
C'est cette voix douce et tendre qui va mêler désormais sa note aux tonnerres de Jéhovah et donner au prophétisme cet accent unique de colère et de tendresse qui allait finir par briser et par fondre le cœur de pierre de la vieille humanité.