‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 17 sur 110 · Amos, VIII · texte numérisé non relu

Amos, VIII

clavagiste de Tyr et des îles grecques; plus loin^ un Etat puissant, Damas, et plus loin encore la formidable Assyrie, avec leurs vastes armées, leurs guerres d'extermination, leurs effrayants systèmes de déportation et de transportation en masse, jetant déjà une ombre de mort au-dessus de ce chaos de peuplades anarcliiques. Des dieux aussi méchants et aussi bornés que les hommes : la religion devenue une école de prostitution dans le temple d'Astarté, de férocité sur les autels de Moloch; le culte oscillant entre des pratiques niaises et des pratiques atroces; la divination, la sorcellerie, l'imposture, étroitement liées à tous les cultes. Et quand le prophète de Jéhovah ramenait les yeux sur son peuple même, l'anarchie politique et morale : Israël divisé contre lui-même et ne se retrouvant que contre Juda; les révolutions militaires élevant et renversant les rois dans le sang, et toutes les horreurs du régime prétorien dans un royaume de quelques lieues carrées. Dans les heures intermittentes de paix, la force aussi absolue maîtresse que dans la guerre, l'oppres-

sion du pauvre par le riche, et pis que tout, la justice vendue aux puissants. Dans les temples, toutes les nouveautés des peuples étrangers; dans Jéhovah même nul secours; son culte réduit à une pure idolâtrie, un rituel de sacrifices et de jeûnes, sans vertu morale : nulle part une voix qui parle avec autorité. C'est alors qu'éclata la puissance morale enfermée dans l'exclusivisme de Jéhovah.

La cruauté, la sottise, l'iniquité de ces temps n'étaient, certes, point pires que celles des siècles qui avaient précédé en Israël et dans le reste du monde sémitique, ni pires non plus que celles qui régnèrent plus tard en Grèce et à Rome dans les plus beaux siècles de la littérature et de l'art. Le génie du prophétisme fut de s'étonner de la férocité humaine comme d'une chose contre nature et contre raison. Devant les iniquités du monde, le cœur des prophètes crut saigner de la blessure d'un Dieu, et leur cri d'indignation rendit l'écho d'une colère divine. Il y a eu en Grèce et à Rome des riches et des pauvres comme sous le roi Jéroboam, et les

classes s'y sont entr 'égorgées durant des siècles, sans que du tumulte de la lutte jaillît un cri de justice et de pitié. Les peuples sont nés et ont péri, vivant au jour le jour, à la merci des accidents et des appétits de l'heure, sans comprendre qu'à une nation, pour vivre et mériter de vivre, il faut un idéal qui fixe sa destinée et faute duquel elle s'en va à la dérive, sans lendemain, sans force et sans raison de durer, « avec son avenir pendant devant elle comme un haillon ^ » ! Et c'est pour cela qu'aujourd'hui ces vieilles paroles heurtées et sauvages sont plus vivantes et répondent mieux au cri de nos âmes modernes que tous les chefs-d'œuvre classiques de l'antiquité, et que ces feuilles volantes, jetées au hasard de l'actualité, il y a vingt-six siècles, chez deux tribus semi-barbares, sont devenues une œuvre d'éternité.

Page 1