Deutéronome XXVIII
Toutes les doctrines essentielles du prophétisme paraissent dès les deux premiers prophètes qui nous soient restés, Amos et Osée : l'un plus laïque et plus préoccupé de justice sociale, l'autre plus religieux et plus préoccupé de morale et de Dieu. Tous deux appartiennent au prophétisme d'Israël, sinon par leur nationalité, — car Amos est né en Juda, — du moins par leur objet, qui est pour tous deux la régénération d'Israël. Israël, déchiré par ses révolutions, avait plus besoin de réformateurs et leur offrait aussi un terrain plus favorable que Juda, qui, à défaut d'une moralité bien haute, avait du moins, grâce au prestige légitimiste de sa royauté, le premier des biens poli-
tiques, la stabilité. Le propliétisme ne prendra son essor en Juda qu'après la ruine d'Israël. A Samarie, comme plus tard à Jérusalem, le rêve ou mieux le programme arrêté des prophètes est d'amener la réalisation de l'État modèle, de l'Etat conforme aux vues de Jéhovah, c'est-à-dire appuyé sur la justice.
A l'heure où paraît Amos, Israël était au plus haut point de puissance mondaine où il fût jamais monté. Le roi Jéroboam II (823-775 av. J.-C.) avait restauré à son profit une partie de l'empire de David. Il avait écrasé Moab, que son dieu Camoch n'avait pu sauver comme au temps du roi Média, et il avait fait taire dans la campagne de Hesbon « la joie des vergers et les chansons de la vendange ». Mais ses victoires sur Damas, Gaza, Tyr, Edom, Moab, ne sont pour le prophète que le signe avantcoureur des vengeances de l'Eternel suspendues sur Israël. Damas, Gaza, Tyr, Moab, Edom, viennent d'expier leurs atrocités passées et Israël, aussi coupable, doit expier à son tour. Il doit expier « parce qu'il vend la justice à
prix d'argent et le pauvre pour une paire de sandales^ » ; parce que ses nobles, couchés sur leurs lits d'ivoire, grincent de la lyre pour jouer les David et boivent le vin à pleines coupes sans souffrir de la misère de Joseph ^ Eh bien, à cause de cela, ils pourront se bâtir des maisons en pierres de taille, ils ne les habiteront pas ; planter des vignes délicieuses, ils n'en boiront pas le vin. Qu'ils aillent à Kalneh, à Hamath-la-Grande, à Gat des Philistins, voir le sort qui les attend! Ils partiront en exil en tête des exilés et leurs cris de plaisirs cesseront. €'est Jéhovah qui le jure, le dieu des armées : « Je déteste l'orgueil de Jacob, je hais ses palais. ^ » Et il assiégera sa ville, l'affamera, la videra, passera le niveau sur Israël, détruira ses sanctuaires et lèvera le glaive sur la maison de Jéroboam.
Il fallait un cœur hardi pour jeter ces cris à des vainqueurs, en plein triomphe : « C'était