‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 70 sur 110 · Voir plus haul, pages · texte numérisé non relu

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ligion de l'Etat, mais par là même, absorbé par la caste sacerdotale, tombe dans la forme et risque de perdre la vie morale intense qui seule en fait une chose divine, une lumière pour l'âme et l'esprit, un instrument de vertu. Ce dédain au contraire devient plus qu'une trahison, il devient un non-sens, s'il se prêche à des hommes à qui l'on veut arracher leur dieu et les symboles de leurs ancêtres, s'il s'affiche à l'heure où le culte est proscrit par l'étranger, cette heure où les esprits les plus libres considèrent comme le premier devoir de se rattacher avec orgueil aux formes persécutées, qui deviennent comme le drapeau de la conscience.

Lorsqu'on lit Jérémie, l'accord entre la parole du prophète et les événements historiques dont elle est le retentissement porte un accent de vérité si vivant que l'on s'étonne que le scepticisme puisse s'attaquer à l'ensemble de l'œuvre. J'ai cité ailleurs cette prophétie frappante datée de l'avènement du dernier roi de Juda*, Sédé-

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cias, à l'occasion du faux affranchissement des esclaves. Dans un élan de générosité, peut-être arraché par le danger extérieur, les grands propriétaires avaient rendu la liberté à leurs frères esclaves : le lendemain ils regrettaient l'entraînement de la veille, l'acte d'affranchissement était aboli et Jérémie s'écriait : « Vous avez fait retourner vos frères dans l'esclavage, vous avez refusé de proclamer leur liberté : eh bien! moi, parole de Jéhovah! je proclame la liberté contre vous à l'épée, à la peste, à la famine! » Restez au siècle de Sédécias, tout est clair, simple, nécessaire. Le code mosaïque, qui vient d'être promulgué il y a vingt ans sous Josias, proclame que tout esclave hébreu sera libre de droit au bout de six ans de service; la question sociale est à^l'ordre du jour : sous la pression du danger extérieur et de la prédication prophétique, le programme de réforme passe un instant de l'idéal dans la réalité. Le lendemain, les égoïsmes révoltés prennent leur revanche, car ils ne comprennent pas qu'une société assise sur l'écrasement des masses est une société condamnée.

et le prophète entonne le chant de deuil. Le cri de Jérémie sort des profondeurs de Juda à l'agonie. Transportez cette scène et ce cri dans la Judée séleucide, tout devient faux. La législation mosaïque était déjà depuis plus de deux siècles le code national, il n'y a pas trace d'une guerre des classes depuis le retour de l'exil, et la révolte des Asmonéens est d'un bout à l'autre une révolte religieuse et nationale, non une révolte sociale et servile.

Il faut pourtant qu'il y ait dans les prophètes des traits qui puissent s'appliquer au siècle de notre ère, car autrement on ne concevrait pas l'erreur d'un esprit tel que M. Havet. Il y en a en effet au moins un qui s'applique réellement au 11^ siècle : c'est une interpolation reconnue il y a longtemps et qui se détache de l'ensemble par son accent qui détonne : c'est l'accent de la prophétie précise et détaillée, le signe même auquel se reconnaît l'apocryphe. C'est une prophétie d'Isaïe contre l'Egypte, annonçant qu'un jour il y aura dans le pays d'Egypte cinq villes qui parleront la langue de Canaan et qui jureront par le nom de Jéhovah, et l'une d'elles s'appellera ville du soleil (xix, 19).

Josèphe avait reconnu sans hésiter, dans ce passage, une allusion au temple qui fut élevé par un réfugié juif, Onias, au milieu du ii^ siècle, dans le nome d'Héliopolis {Ville du Soleil)^ et il en conclut que le Prophète avait prédit l'établissement de ce temple six cents ans d'avance. M. Havet, partant du principe exact qu'en littérature prophétique une prédiction exacte est postérieure à l'événement, en conclut qu'Isaïe est postérieur à Onias : il fallait en conclure seulement que le verset qui contient cette prédiction précise est du siècle et qu'il est interpolé.

C'est ce verset, je suppose, qui a créé l'illusion d'optique qui a disposé M. Havet à voir partout se lever des allusions au siècle et à voir dans tous les faits historiques de l'époque ancienne cités par les Prophètes ce qu'il appelle des « transpositions » de l'époque maccabéenne. Je donnerai deux exemples de fait qui donneront une idée et du procédé et de l'illusion. Yoici un de ceux que M. Havet lui-même considère comme le plus curieux et le plus probant

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de tous. Une révolution ministérielle du temps d'Ézéchias avait renversé le « chef de la maison du roi » ou préfet du palais, une sorte de grand vizir, un politicien nommé Shebna, et l'avait remplacé par le candidat de la réforme religieuse et sociale, Elyaqim. Un éloquent factum d'Isaïe annonce la chute de Shebna et l'ascension d'Élyaqim*. M. Havet, sur la foi de saint Jérôme qui transforme le « chef de la maison » en u grand prêtre », voit ici une révolution sacerdotale. Or, l'an 162, le jeune Antiochus Eupator, forcé de lever le siège de Jérusalem, emmenait prisonnier, puis mettait à mort le grand prêtre Ménélas, créature des Syriens, exécré du peuple et que les Syriens rendaient responsable de leur échec. A sa place ils élevèrent un nommé Alcime (forme gréciséede Yaqim). Le nom de Yaqim, selon M. Havet, a rappelé au publiciste celui de l'Elyaqim des Rois, et par suite il a assimilé Ménélas à l'adversaire et au prédécesseur d'Élyaqim, Shebna. Toute cette

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