Isaïe, XXII, 15 sq
transposition repose, comme on voit, sur l'assonance de noms de Yaqim et d'Élyaqim, et c'est tout; car tout le reste diffère. En effet, Ménélas et Alcime sont des grands prêtres : Shebna et Elyaqim sont des vizirs ; Ménélas et Alcime sont les créatures de l'idolâtre : Shebna et Élyaqim sont les ministres du roi national, les élus du plus pieux des monarques, Ezéchias ; Alcime est, dès le début, aussj odieux que Ménélas au peuple, il est le chef des apostats et des hellénisants [Maccabées 1) : Élyaqim est l'espoir et l'orgueil du parti jéhoviste.
Autre exemple. — Un rêve qui passe sans cesse devant l'imagination des prophètes, c'est la réunion des deux branches de Jacob, séparées par le schisme, c'est la réconciliation d'Israël et de Juda; et lorsqu'lsraël succombe et que Salmanasar enlève Samarie, c'est le retour d'Ephraïm, le retour à Jérusalem des tribus rebelles et proscrites, éclairées par leur malheur. « En ce tempslà, dit Jérémie, la maison de Juda ira avec la maison d'Israël; je redeviens pour Israël un père et Ephraïm m'est un premier-né... Tous vien-
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dront chanter sur la maison de Sion. » Que Rachel ne pleure plus à Rama sur ses enfants qui ne sont plus : <( Epargne à ta voix les lamenta- » tions et les pleurs à tes yeux, car ils revien- » dront. » Or, ils ne sont revenus qu'une fois, dit M. Havet; c'est quand Jean Hyrean, le fils de Simon Maccabée, prend et ruine Samarie, l'antique rivale de Jérusalem. Ici encore l'auteur est le jouet d'un nom propre. Il n'y a rien de commun entre Samarie, la capitale des rois d'Israël, le centre des dix tribus, et la Samarie d'après l'exil, peuplée de colons assyriens, étrangers à Israël par l'origine, par la race, par la religion, objet d'horreur et de haine pour les vrais Juifs. Quand Hyrean saccage Samarie, ce n'est pas pour ramener des frères à la maison paternelle, et ses publicistes rédigeant les bulletins de victoire n'ont pas songé à chanter sur Samarie en flamme les joies de la famille retrouvée : ce sont là des raffinements de civilisation qui ne datent que de ce siècle.
Je me suis étudié dans cette discussion à rester sur le terrain même où se plaçait M. Havet, sans faire appel à d'autres arguments ni d'autres faits que ceux mêmes qu'il maniait. Mais le terrain qu'il a choisi était artificiellement limité : M. Havet, historien de l'hellénisme dans ses rapports avec le christianisme, n'était point hébraïsant, et ne connaissait bien de l'histoire du peuple juif que les temps voisins de la période chrétienne; on peut dire que dans le problème qu'il agitait, il n'avait considéré que deux éléments : les Prophètes d'une part et, de l'autre, Josèphe et le livre des Maccabées. C'était trop peu. Plus au courant de la littérature juive dans son ensemble, il se serait arrêté devant le Livre
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de Jésus, fils de Sirach*, et se serait demandé pourquoi ce livre, qui est antérieur d'une vingtaine d'années aux Maccabées, et qui donne la nomenclature des écrits bibliques, connaît tous les prophètes, sauf Daniel. Peut-être serait-il arrivé à la conclusion que le Livre de Jésus est apocryphe; mais encore fallait-il d'abord l'établir, pour infirmer son témoignage, à moins de vouloir soustraire la Bible aux règles ordinaires de la critique philologique. Plus intéressé à l'histoire ancienne d'Israël, avant de chercher dans les Prophètes l'écho défiguré de l'histoire récente, il se serait demandé quel rapport il y a entre les Prophètes donnés comme anciens et l'histoire ancienne, et peut-être cet examen Taurait-il conduit à reconnaître qu'ils parlent comme s'ils vivaient dans le temps où ils se placent et que leur voix sonne comme celle de l'histoire même. Malheureusement, M. Havet venait du dehors : c'était un philosophe grec de la bonne époque, un stoïcien déporté dans le xix" siècle,