L'HISTOIRE D'ISRAËL ET M. RENAN
dans la tradition, de si tranchant et de si accusé ; il a affaibli les contours et embrumé les traits. Il me semble pourtant difficile de ne pas voir dans Moïse, dès que Ton reconnaît son existence et son rôle politique, le fondateur ou au moins le précurseur du jahvisme. Etant donné la psychologie religieuse du Sémite, la délivrance d'Israël ne pouvait se faire que par un dieu purement Israélite, et l'Exode suppose un dieu d'Israël, soit à l'heure de la conception, soit à l'heure du triomphe, que Jahvé ait fait l'Exode, ou que l'Exode ait fait Jahvé. Ce dieu, certes, n'est point celui que Moïse fait parler dans notre Bible ; il ne connaît encore ni la Loi, ni le Code, ni la morale duDeutéronome ; mais c'est déjà le Jahvé, au nom duquel les premiers prophètes lutteront contre Baal.
Avec Saûl et David, M. Renan nous fait entrer en pleine histoire, et nous sortons de la pénombre légendaire. On sait le succès de son David. M. Renan s'est attaché avec amour à démolir la figure messianique et à retrouver le vrai David, c'est-à-dire un fondateur d'État à
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l'orientale, sans parole, sans pitié, sans scrupule, et qui n'est devenu l'idéal de la royauté sainte que par ce seul fait de hasard qu'il a donné au futur judaïsme sa future capitale, Jérusalem. Peut-être par instant, l'auteur, en voulant ramener le ton de l'histoire à sa vraie note, l'a-t-il forcé dans l'autre sens. Sans doute, le pauvre David aurait été fort étonné et aurait bien ri avec ses joyeux Gibborim, le verre en main, si le prophète Gad ou Nathan, levant la main vers la colline du Calvaire, avait évoqué devant lui la pâle figure pendue au gibet et lui avait dit : « Voilà ton fils et ton image. « Qu'il y ait eu du bandit dans David, peut-être : tant pis pour lui et ceux qui ont eu affaire avec lui dans le temps jadis : qu'importe à la postérité ? N'a-t-elle pas toujours eu le droit d'incarner son idéal où il lui plaît, et qu'importe à quel nom elle l'attache ? David, pour son bonheur, fut connu d'elle, non par les livres historiques et la chronique écrite, mais par la légende orale. Elle ne se rappela que le charme et la grâce, et la transfiguration commença.