L'UISTOIRE D'ISRAËL ET M. RENAN
Elle se rappela Jonathan et l'idylle de l'amitié; elle se rappela le jeune héros libérateur, l'aventurier généreux épargnant son persécuteur ; puis le vieux roi fuyant devant son fils pour le pleurer bientôt, le Pater Dolorum. Elle mit sur ses lèvres toutes les douleurs et tous les sanglots de son cœur et couronna en lui la souffrance. Pourquoi nous scandaliser du choix étrange et crier à la comédie? N'est-ce pas vous-même, ô maître, qui nous avez appris les coups de magie de l'Idéal et comment Maya, rillusion, est toujours, comme aux temps de Bouddha, la mère du monde ? L'humanité qui attend son Messie sur la foi de David et de la Sibylle, l'humanité ne s'est pas trompée pour cela, et, quand nous lui aurons montré avec des textes que l'un n'est qu'un bandit et l'autre qu'une ombre, elle écoutera et nous laissera dire, parce que ce ne sont point des textes qu'elle demande et qu'elle ne croit pas aux scribes. Le vrai David, c'est celui qu'elle s'est fait à elle-même avec ses tristesses et pour
ses espérances. Qu'importe à quelle branche
s'accroche l'âme qui sombre, si elle y trouve un appui, fût-ce une branche de mancenilier ? Qu'importent les démentis curieux de l'histoire aux nécessités et aux affirmations du cœur humain ? Que les morts aient été de leur vivant ce qu'ils voudront ; dans leur vie d'outretombe, et dans leur poussée sur l'avenir, ils sont ce qu'on les croit; et nous aurons beau dire que l'histoire est la résurrection du passé : pour l'humanité, elle est plus que cela : c'est la prophétie de l'avenir.