‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 88 sur 110 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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son audace n'était pas au-dessus de ses forces. \J Histoire du peuple juif^ de M. Graetz, en douze volumes, est devenue en Allemagne le livre classique sur la matière et est arrivée à sa troisième édition. L'auteur, dans ces six mille pages in-8°, suit l'histoire des Juifs depuis l'an 1400 avant le Christ, date supposée de la sortie d'Egypte, jusqu'à larévolution de 1 848. M. Graetz a plusieurs des qualités de premier ordre nécessaires pour une pareille lâche : l'étendue de l'érudition, la puissance de combinaison, la force créatrice; dans l'exposition, une clarté remarquable et souvent une éloquence qui, pour être parfois un peu déclamatoire, n'en produit pas moins un effet réel, au moins sur la généralité des lecteurs. Quoique juif de naissance et même rabbin de profession, M. Graetz conserve dans son jugement, même quand il se trouve en face de textes bibliques, une liberté d'allures qui a souvent scandalisé ses coreligionnaires

1. Geschichte der Juden von den aeltesten Zeiten bis auf die Gegenwartj von Dr. H. Graetz, 12 in-8°. Leipzig, i872, seq.

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orthodoxes, et à laquelle ils se sont faits à la longue, en soupirant. Mais il a aussi les défauts de ses qualités, quelques-uns d'ailleurs inévitables dans un domaine si étendu et si neuf : son érudition, très sûre en général en tout ce qui touche les sources juives, suffisante dans l'usage des documents classiques, ne peut guère, parla force des choses, qu'être de seconde main dans la plupart des autres sources, et Dieu sait si elles sont nombreuses; l'archéologie est à peu près complètement laissée de côté. La sagacité même de l'auteur et l'ingéniosité rare de son esprit lui rendent aussi plus^ d'un mauvais service : dans le silence des textes, un indice lui suffit pour combler des siècles de vide, et l'hypothèse joue dans ses vastes constructions un rôle trop considérable pour la solidité de l'édifice et la sécurité du lecteur. L'hypothèse, on le sait, est une brillante ouvrière et qui va vite en besogne. Quel dommage que ses œuvres durent si peu ! Mais il faut nous dire que, si M. Graetz avait attendu pour écrire son Histoire que tous les matériaux voulus eussent été réunis, analysés,

passés au crible, il ne l'aurait jamais écrite. Ces inégalités d'érudition et ces témérités de méthode sont le prix nécessaire dont se paye toute synthèse, surtout au début de la science. Ces synthèses prématurées, quand elles sont faites avec la puissance qu'offre l'œuvre de M. Graetz, n'en sont pas moins d'incomparables instruments de progrès; car, en traçant les lignes générales de l'histoire, en dressant les cadres que la recherche ultérieure devra remplir, elles suscitent dans toutes les directions un vaste travail analytique qui, plus tard, rendra possible une nouvelle synthèse plus solide, destinée elle-même à lancer de nouveaux courants d'analyse. Telle a été, il y a cinquante ans environ, V Histoire de rinde ancienne de Lassen; telle est l'œuvre de M. Graetz, qui, par l'étendue de la matière, dépasse celle de l'illustre sanscritiste et lui est de peu inférieure par la puissance d'érudition et de combinaison.

Le livre de M. Graetz n'est connu en France que des spécialistes ; il est cependant de nature à être goûté du public français, car l'auteur,

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comme je l'indiquais plus haut, est un des rares savants allemands qui sachent écrire à la fois pour les érudits et pour le public. Tout ce qui est discussion et dissertation pure a été rejeté à la fin en appendices, et le récit se déroule d'un cours uniforme et régulier, sans être brisé à chaque instant par les épisodes de la polémique scientifique ou ralenti par les hésitations et les arrêts de la discussion. Nous n'avons pas en français d'ouvrage analogue : la grande Histoire de Basnage s'arrête à la fin du xvii^ siècle et, malgré la science et la conscience de l'auteur, ne peut représenter que l'érudition et le point de vue de la science d'il y a deux siècles. C'est donc un véritable service que M. Wogue, l'éminent traducteur du Pentateiique^ a rendu au public assez étendu qu'intéresse la grande histoire générale, en entreprenant une traduction de l'œuvre de Graetz. Ce n'est point une traduction complète : à tort ou à raison, on a cru que la bonne volonté du lecteur français n'irait jamais jusqu'à douze volumes : l'édition française n'est qu'une réduction et doit com-

prendre six volumes. Le premier s'arrête au retour de Babylone; le second s'arrête à la dernière révolte de la Judée, celle de Barcochebas; le troisième raconte la dispersion et la période talmudique; le quatrième conduit jusqu'aux croisades ; les deux derniers vont des croisades à 1848. Cet abrégé, encore très nourri, comme on voit, et dont les réductions portent surtout sur les discussions scientifiques, a été fait par M. Graetz lui-même, et par suite, reproduit exactement la pensée de l'auteur.

Le premier volume comprend en somme la plus grande partie de ce qu'on est convenu d'appeler l'histoire sainte. Je regretterai, je l'avoue, que la publication ait commencé par ce volume : c'est naturellement celui où le public aura le moins de neuf à apprendre et il eût beaucoup mieux valu commencer par le second, ou, mieux encore, par le troisième, et prendre à la dispersion, c'est-à-dire précisément au point où, dans l'opinion générale, il n'y a plus d'histoire juive. Le lecteur, introduit dès l'abord dans la région des terres inconnues, aurait mieux

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compris, et dès les premiers pas, tout ce qu'il y a de nouveauté et d'originalité dans l'œuvre de M. Graetz. Sur l'histoire sainte proprement dite, M. Graetz perd ses avantages; le sujet n'est pas neuf, on a trop écrit depuis un siècle, les maigres documents historiques que fournissent les textes sacrés ont été trop longtemps tournés et retournés dans tous les sens par des nuées d'érudits dont tous n'étaient pas des esprits médiocres. Un sujet si rebattu ne peut se rajeunir que de deux façons : soit du dedans, en y portant quelque principe rénovateur, en faisant circuler un souffle nouveau dans ces vieux matériaux épuisés; soit du dehors, en faisant converger sur les textes bibliques toutes les lumières que fournissent de jour en jour les découvertes accumulées sur les civilisations voisines dont l'histoire a été à quelque moment mêlée intimement à celle d'Israël : Egypte, Phénicie, Assyrie.

M. Graetz certainement n'a aspiré ni à l'un ni à l'autre de ces objets. Bien quïl n'ignore ni ne repousse les secours de l'égyptologie, de l'assyriologie, de l'archéologie phénicienne, les don-

nées de toutes ces sciences nouvelles ne se sont pas fondues assez intimement dans sa pensée avec les données traditionnelles pour rajeunir de beaucoup le champ stérilisé des vieilles discussions. Tous ces mondes, qui, dans la réalité, ont eu des actions et des réactions si puissantes et si fécondes sur le monde hébreu, se présentent dans le livre de M. Graetz avec des contours indécis et flottants, et le lecteur ne sent pas le contrecoup des impulsions et des répulsions qui, continuées pendant des siècles, ont fini par former cette chose si complexe et si simple à la fois qui s'appelle « la conscience d'Israël ». Je ne veux point dire que la chose fût aisée : toutes ces sciences d'hier, qui un jour nous donneront le commentaire perpétuel de la Bible, sont encore dans l'enfance : Phénicie, Egypte, Assyrie commencent à peine à bégayer leurs premières révélations. Il faudra bien des stèles de Moab, bien des sarcophages d'Eschmunazar, il faudra creuser bien des ruines et bien des tombes pour rendre à la vie tous ces dieux et toutes ces déesses de Phénicie et de Canaan,

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dont le spectre traverse la Bible et croise Jéhovah. Que de feuillets, que de chapitres de l'Exode enfouis dans le Delta, entre le Nil et le torrent d'Egypte, dans cette terre légendaire où dort l'empire des amis de Joseph, les Hycsos, un instant troublés dans leur sommeil par la pioche de Mariette; ou encore dans les monticules qui recouvrent les trésors de Ramsès, la cité dont la plainte monta jusqu'au Seigneur ! Que d'énigmes du Livre des Rois, que de cris d'Isaïe et de Jérémie, dont l'histoire sommeille sur la brique des tablettes assyriennes et sur les cylindres de Babylone !

En attendant que tous ces débris se relèvent pour reformer le décor biblique, à défaut des matériaux du dehors, c'est à l'esprit intérieur à agir. Mais M. Graetz ne semble pas avoir apporté une conception nouvelle etpersonnelle. M. Graetz est rationaliste, ce qui est peut-être une mauvaise condition pour comprendre la formation des choses en matière de religion. Le rationalisme, cet épouvantail de l'orthodoxie, est une chose bien différente de l'esprit historique qui

seul est fécond et auquel il est peut-être plus contraire que la critique croyante.

Le rationalisme, comme cette dernière, accepte les données générales de la tradition et les successions qu'elle présente, et réduit sa tâche à donner un air raisonnable aux détails : il modifie la forme des faits, mais non le fond; il expurge soigneusement les miracles toutes les fois qu'il en rencontre un et croit avoir tout fait quand il a soufflé sur la poésie de l'histoire. Par exemple, M. Graetz ne croit pas que Dieu soit descendu sur la crête du Sinaï et ait jeté du sein de l'orage, au peuple tremblant au pied de la montagne, les dix formules impérissables : il croit, ou semble croire, car il ne s'exprime pas ici d'une façon très claire, — qu'un orage se produisit au moment où Moïse allait promulguer les Lois, — soit hasard, soit que l'habile politique eût choisi son moment, — et que du fond de l'orage descendirent des paroles distinctes, que le peuple, frappé de stupeur, prit pour une voix divine. Les hommes du xvni® siècle n'auraient guère dit autrement. Ce Moïse

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équivoque, vaguement apparenté à Robert Houdin, sera une sorte de sacrilège pour les croyants et un contresens pour l'historien des idées. La poésie y sombre, sans profit pour la vérité : car, le rationaliste, en jetant au vent les splendeurs de la tradition, en garde précisément tout le fond et reste inconsciemment sous le joug qu'il a cru secouer, tandis qu'il ne faisait que le dépouiller de tout ce qui le pare et le divinise. Pour riiistorien, en effet, le miracle qui est la pierre d'achoppement n'est point dans le détail magique de la scène : il est ailleurs et plus haut et sur un domaine bien plus large ; il est dans cette idée essentielle, qui domine toute la Bible et toute l'histoire traditionnelle, que, dès la sortie d'Egypte, dès Moïse, Israël s'est trouvé en possession d'un corps de doctrines religieuses et morales, identiques aux doctrines qui l'ont dominé dans les derniers temps du royaume de Juda et surtout au retour de l'exil. La fiction biblique est non pas dans tel ou tel miracle, mais dans le dualisme de deux forces hostiles et nettement opposées dont la lutte consciente

aurait rempli l'histoire d'Israël, dès Moïse, et même, si l'on veut aller jusqu'au bout de la tradition, dès le temps des patriarches. La grosse question n'est point de savoir si les Hébreux se sont mouillé les pieds dans la mer Rouge : c'est de savoir si la « conscience d'Israël » était déjà pleinement formée, ne fût-ce que dans quelques âmes d'élite, dès l'époque reculée où la Bible la voit et la salue. Pour qui a le sentiment des devenirs de l'âme et qui écoute l'accent de la Bible, il éclate d'une vérité inéluctable que cette « conscience », du moins dans sa plénitude dernière, est une chose récente et des derniers temps, et que c'est dans l'orgueil et l'ivresse de son récent triomphe, acheté chèrement au prix de l'écroulement national, qu'elle a transporté par arrière ses luttes et ses aspirations dans les périodes anciennes de l'histoire, en l'incarnant dans les grandes figures qui surnageaient dans la légende.

Ainsi se forma cette merveilleuse épopée biblique, exemple unique d'une histoire refaite à coup d'idéal. A cette poésie, la science tend à

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présent à en substituer une autre, moins haute d'expression, car il n'y a plus d'Isaïe ou d'Ézéchiel pour la dire, mais qui n'a pas dû lui être inférieure, puisque c'est la poésie de l'histoire même. Au lieu du drame uniforme déroulé d'âge en âge, au lieu de la lutte continue entre les deux adversaires, coexistant depuis des siècles dans le sein d'Israël, comme Jacob et son frère dans le sein de Rachel, nous assistons à un lent et pénible enfantement de la raison et de la conscience humaine, depuis l'instant où les patriarches erraient au désert emportant leurs téraphins^ jusqu'au jour où, triomphantes, elles transfiguraient dans une lumière divine tout le passé du monde et tout son avenir. Que d'étapes dut franchir la pensée d'Israël pour arriver des dieux inconnus qu'adoraient ses ancêtres au dieu fort et jaloux avec qui il fit alliance et qui le tira de la maison d'esclavage ! Et de là au dieu Un des prophètes, au dieu de justice et d'amour, au dieu de promesses réparatrices, d'espérance universelle et de bonté pour tous, au dieu sans culte d'Isaïe!

Un système qui ne reconnaît point toutes ces étapes, si libre qu'il soit dans le détail, est sous le joug théologique dans l'ensemble; avec conscience ou non, c'est la négation de l'esprit historique, et il relève de la révélation. M. Graetz s'engage si loin dans cette voie qu'il va jusqu'à faire de Samuel un précurseur d'Isaïe dans la condamnation du culte, considéré comme cérémonial vide: « Le Seigneur, dit Samuel, se réjouit-il des holocaustes et des sacrifices autant que de l'obéissance à la parole du Seigneur? — « Ne m'apportez plus de vaines offrandes, disait Isaïe; votre encens est une abomination à mes yeux... Quand vous tendez les mains vers moi, je me cache les yeux pour ne point voir, car ces mains sont pleines de sang. » M. Graetz ne songe pas qu'au moment même où le rédacteur de la Bible met ces paroles, qui ont en effet l'accent d'Isaïe, dans la bouche de Samuel, Samuel vient de maudire Satil pour avoir eu pitié, et met le couteau à la main pour immoler Agag au nom du Seigneur. Entre Samuel et Isaïe, il y a des siècles, dans l'ordre des

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âmes, comme dans l'ordre des temps : qu'aurait compris le sombre voyant du temps des Juges au cri sublime du fils d'Amoz : « Le Seigneur des armées les bénira disant : soyez bénis, Egypte, mon peuple! Assyrie, oeuvre de mes mains! Israël, mon héritage! »

L'intérêt réel de l'histoire sainte est de suivre dans un petit peuple, qui ne différait en rien extérieurement des innombrables tribus qui l'environnaient, l'éclosion et l'épanouissement de croyances et d'espérances qui répondaient si bien à l'instinct secret de l'humanité que le seul écho, souvent ffaibli, des paroles bibliques, porté à l'Occident par les fidèles du Christ, à l'Orient par Mahomet, a remué et en partie renouvelé la conscience antique. C'est là qu'il faut se placer pour apprécier exactement ce qu'on a appelé d'un mot trop mystique la mission d'Israël. Prosémites et antisémites, amis et ennemis du peuple juif, dans tous les camps et dans tous les temps, se sont accordés à faire à ce peuple une place à part, d'élection ou de réprobation, — bien à tort; de nos jours, on

croit tout résoudre avec un mot nouveau qui est en voie de faire grande fortune, ce mot de race\ le plus vide et le plus creux de tous les mots, quand il s'agit des choses de Tesprit. Par la race, par le sang, les Arabes du désert étaient frères des Hébreux de Canaan : c'était aussi le même sang qui coulait dans les veines des fondateurs de Babylone et de Ninive : comment se fait-il donc que ce soit un rameau infime et sans culture de cette immense race sémitique, qui avait produit les civilisations raffinées de Ninive, de Babylone, de Tyr, de Saba,. de Carthage, qui ait inauguré ce mouvement aussi contraire à l'esprit de la race sémitique qu'à celui de la race aryenne ? C'est qu'en réalité k race n'est là pour rien. Israël n'a point été ce qu'il est, ni fait ce qu'il a fait, ni duré à travers toutes les forces de destruction, par l'effet d'une mystérieuse vertu de race, mais par la seule vertu d'un livre : il est ce que la Bible l'a fait.

i. Voir le chapitre suivant : Race et tradition.

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Iln'e&t point le produit d'une race, mais d'une tradition, élément bien autrement puissant et résistant, quand c'est une tradition qui arme pour la vie et pour la lutte morale, et qui va dans les voies mêmes que cherche l'inconscient de la conscience humaine. Israël n'est que le premier converti de la Bible, et il y a à parler, non d'une mission du peuple juif, mais de la mission du livre juif. Mais si Israël est le fruit de la Bible, la Bible elle-même d'où vient-elle?

Ici nous reviendrons à la révélation : non point au sens ancien du mot, non point à la révélation venant du dehors et d'en haut, mais à la révélation intérieure, éclatant dans quelques solitaires qui ont refait l'âme humaine autour d'eux,, après des luttes et des martyres dont il ne reste qu'une ombre pâle dans la tradition historique. Pendant que les douze tribus sémitiques établies aux bords du Jourdain s'entre-déchiraient dans toutes ces tragédies sanglantes dont les ombres passent encore sous nos yeux dans la Bible et dans tous les accès de fureur et de luxure du monde ancien, il se trouva par accident que le

cri de la raison et de la conscience moderne éclatait dans le cœur de quelques inconnus sublimes, que l'on a appelés les Prophètes ; et ce cri était si puissant qu'après des luttes sans nombre il remplit les rochers de la Judée, et que de là la brise des vents l'a porté et le porte encore sur des terres lointaines. Dans les pays protestants, où la parole biblique a agi directement pendant trois siècles, la lutte entre la tradition mythologique et l'esprit moderne a été pour cela moins meurtrière et moins funeste, parce que cet esprit se retrouvait dans cette parole : le dieu des Prophètes n'est que la raison humaine projetée au ciel.

RACE ET TRADITIOiN '

Les sciences historiques, dans ce siècle, ont vécu sur une idée, celle de race. Quand on ne vit que d'une idée, à la fin on en meurt. Cette idée de race, après avoir renouvelé, ou pour mieux dire, créé l'histoire moderne, avait depuis longtemps déjà commencé à la stériliser et à la fausser : elle a fait son temps et doit faire place à une idée nouvelle, celle de tradition.

C'est dans le premier quart du siècle que l'idée de race s'est constituée et formulée. La découverte du sanscrit et la création de la gram-

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