‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 90 sur 110 · Écrit en · texte numérisé non relu

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Kochebas, des croisés et de Saladiii; l'Allemagne est le porte-drapeau de la race aryenne devant les usurpations de la race sémitique qui se relève de son écrasement.

\Jesprit historique est une belle chose : mais il est plus facile d'abuser du mot que d'user de la chose. Il faut une étrange ignorance des choses et une singulière docilité aux mots pour faire du Juif le type du Sémite. Le judaïsme est né dans un milieu sémitique, mais il est la réaction la plus absolue qu'il soit possible d'imaginer contre la religion, les mœurs, les traditions qui régnaient dans ce milieu : c'est la protestation vivante de l'homme de l'humanité contre l'homme de la tribu. Ici se révèle le danger social contenu dans ce mot de race, quand il est ramassé des mains de la science par les demi-conscients de la politique et jeté de là dans les masses. Par lui toute lutte prend un caractère de haine intime et inexpiable, parce que les combattants se persuadent qu'il y a entre eux, non une hostilité d'un instant et d'accident, mais irrémédiable et fatale. La

guerre est entre eux inévitable et éternelle, si la cause est toujours présente et plonge de tout leur passé dans tout leur avenir. Ce sont deux organismes, deux instincts, deux âmes inconciliables qui sont aux prises : ce ne sont plus deux hommes, mais deux vertébrés d'ordre différent. L'extermination rapide ou lente peut seule mettre un terme à la lutte. Ainsi, pendant la guerre de Sécession les savants du Sud publiaient des Manuels d'anthropologie où le singe occupait la place intermédiaire entre le noir et l'homme.

Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que dans la logomachie sanglante du siècle, la science, en subdivisant les races et les instincts de race, subdivise aussi les haines et les fatalités de guerre et de destruction. L'Allemand conduit les Aryens à l'assaut du monde sémitique ; mais les Aryens se subdivisent en races secondaires qui doivent à leur tour se haïr, se combattre et s'exterminer, de par l'hostilité secondaire de leurs instincts : race germanique contre la race slave; race germanique contre la race latine.

L'humanité n'est plus qu'un réseau sinistrement régulier de haines et de sous-haines, tressé par la hiérarchie des races et dévidé par la science et la guerre.

Si la forme de la pensée humaine, dans les époques historiques, était en effet une fonction irréductible de la race première, l'état de guerre permanente, sans autre terme que l'extermination, serait le lot inévitable de l'humanité. Il n'en est pas ainsi, heureusement, et au milieu des causes infinies de lutte qui s'agitent entre les peuples civilisés — lutte pour les débouchés et les subsistances, froissements d'orgueil, querelles métaphysiques — les vagues et obscures antipathies de race n'occupent plus qu'une place infime; et ce que l'on prend pour telles n'est que le choc de traditions qui se heurtent.

Or le choc de traditions, si anciennes et si enracinées qu'elles soient, ne peut produire un état de guerre sans cesse renaissant, parce que deux traditions opposées, mises en contact, finissent toujours par s'adapter l'une à l'autre,

si elles sont également fortes et saines, ou bien l'une se convertit à l'autre. La loi de l'équilibre de température règne dans le monde moral, autant que dans le monde physique. La lutte des races ne peut se dénouer que sur le champ de bataille et par l'extermination; la lutte des traditions, portée quelquefois sur le champ de bataille, ne peut se dénouer définitivement que dans les profondeurs de la pensée et de la conscience. L'extinction d'une tradition n'entraîne point l'extinction de la race qui la portait, mais son renouvellement moral, et en général le rajeunissement de ses forces et de ses destinées.

Il n'est point juste d'apprécier une théorie scientifique d'après le bien ou le mal qu'elle fait dans le monde. La vérité, maniée par des inconscients ou des habiles, peut être aussi meurtrière que l'erreur. Cependant, en histoire, quand une théorie qui n'a pas été inventée avec des arrière-pensées d'édification ou de bienfaisance, mais est le produit naturel et spontané

de la recherche désintéressée, se trouve lever

le doigt dans la voie du progrès, il y a grande chance pour qu'elle soit la vérité même. Le mouvement de l'humanité présente n'est que la résultante d'impulsions accumulées, des mouvements condensés de siècles d'histoire et de préhistoire, et la fusion des races dans l'unité de tradition a dû être l'instinct du passé, puisqu'elle est la conscience de l'avenir.

A ce signe, les paroles prononcées au cercle Saint-Simon sont vraies de la vérité suprême. Quelques-unes d'entre elles pourraient être la délivrance pour des millions d'opprimés, et du même coup le commencement du relèvement pour leurs oppresseurs. Dans le mouvement antisémitique de Russie, c'est l'idée vague d'une opposition de race qui a ensauvagé les antipathies nées de causes purement économiques, politiques et sociales. Or, la masse des Juifs de Russie appartient à un fonds russe (slave et tartare) ; la Russie a affaire là, non pas à une race, mais à une tradition, qu'elle peut neutraliser dans ce qu'elle a de dangereux en supprimant les causes artificielles qui ont créé ce

danger (l'isolement, le parcage, la mise hors du droit commun), et qu'elle fera bien de s'assimiler en ce qu'elle a de bienfaisant et de puissant. Que cette notion nouvelle entre dans sa pensée et une de ses plaies et de ses hontes sera à la veille de s'effacer.

Dans la constitution des nations modernes la race est de même Télément secondaire et inférieur. On se rappelle avec quelle éloquence M. Renan a montré la France formant l'indissoluble alliage de sa nationalité par la fusion de dix éléments hétérogènes, fondus dans la flamme de l'âme, sous le vent de l'histoire en marche. Une nationalité est d'autant plus accusée que plus d'éléments s'y sont mêlés, chacun apportant au creuset la qualité de son métal, l'un sa résistance, l'autre son éclat :

Très ignis torti radios, très alitis austri Miscebant operi, flammisque sequacibus iras.

Parmi les autres nationalités européennes, une des plus fortes, c'est-à-dire une de celles qui présentent avec la plus grande variété d'ap-

titudes la cohésion la plus parfaite est bien celle du peuple anglais. Or, voici ce qu'écrivait il y a deux siècles l'auteur de Robinson Crusoe^ répondant aux attaques des Anglais pur sang contre l'invasion de l'élément hollandais, venu à la suite de Guillaume d'Orange :

« Ces héros qui méprisent les Hollandais et raillent tous ces étrangers nouveaux venus, oublient qu'eux-mêmes sont descendus de la pire race de drôles qui aient jamais vécu : un horrible ramassis de bandits errants et de propres à rien, saccageant les royaumes et dépeuplant les villes ; le Picte, le Breton tatoué, le Scot traître, amenés ici par la faim, le vol et la rapine; des pirates norvégiens, des Danois flibustiers, dont la progéniture aux cheveux rouges reste partout et qui, joints aux Français de Normandie, composent la race d'où viennent vos Anglais pur sang^ ». Compliments de satiriste à part, reste un fonds de vérité historique qui explique la grandeur même de l'Angleterre. Une race ne

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