‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 92 sur 110 · Coup d'œil sur Vhistoire du peuple juif [pi · texte numérisé non relu

Coup d'œil sur Vhistoire du peuple juif [pi

Joseph Salvador naquit à Montpellier, le 5 janvier 1796, d'Ayen Salvador et d'Elisabeth Vincens. Il descendait, comme Spinoza, d'mie de ces vieilles familles juives espagnoles chassées par Ferdinand le Catholique. Salvador est la traduction espagnole du nom juif Josué ou Jésus, le Sauveur^ et suivant une tradition répandue parmi les juifs du Sud, les Salvador, passés d'Afrique en Espagne au xi® siècle, n'étaient rien moins que les descendants des Sauveurs d'Israël, les Maccabées.

Sa mère, Elisabeth Vincens, était catholique. Elle avait été élevée chez un vieux parent, le docteur Tornatori, qui était lié avec la famille Salvador. Les deux jeunes gens s'étaient ren-

contrés chez le docteur au moment de la Révolution. Le docteur était libre penseur et audessus des préjugés de race; l'amour l'est plus encore : les deux jeunes gens s'épousèrent. De cette union naquirent deux fils et une fille.

Joseph Salvador reçut l'éducation juive, mais il trouvait à son berceau même une tradition de tolérance qui devait le suivre jusqu'au bout. C'est sans doute surtout au souvenir de sa mère qu'il doit cette charité de jugement qu'il a portée dans tous ses ouvrages, et qui est d'autant plus frappante que la nature même de son œuvre et de la mission qu'il s'était donnée semblait y offrir plus d'obstacles. Joseph Salvador, en effet, n'est point dans la situation de l'historien neutre et désintéressé qui parle de croyances étrangères et lointaines, pour lesquelles il n'a que des sympathies et des antipathies purement intellectuelles : il est, avant tout, homme d'action, prêtre et apôtre, il prépare un avenir, et il lutte, au nom d'un idéal qui doit durer, contre un idéal qui doit passer.

Pourtant, dans toute l'étendue de son œuvre,

la critique la plus susceptible, — et Dieu sait si la critique religieuse peut l'être et si elle l'était vers l'an de grâce 1822, — ne put relever la moindre parole, la moindre allusion volontairement offensante aux doctrines dont il annonçait la fin et l'insuffisance. Jamais ses adversaires, si bruyants et si indignés qu'ils fussent, n'eurent le plaisir de pouvoir se dire insultés dans leurs croyances, et leur polémique fut réduite à se rejeter sur l'outrage latent et l'insulte par induction, si elle ne voulait pas échouer sur la plage aride et dangereuse de la discussion pure.

Le père de Joseph Salvador présentait déjà lui-même cette alliance de convictions religieuses profondes et de large tolérance. On. nous dit qu'il « pratiqua et conserva jusqu'à la fin de ses jours les traditions autoritaires d'un véritable chef de tribu », mais cette autorité ne prétendit jamais envahir le domaine inviolable des sentiments : il respecta chez les siens la même largeur d'affections qu'il avait montrée lui-même. Un de ses fils, M. Benjamin Salva-

dor, s'allia, avec le plein assentiment du patriarche, à une vieille famille protestante des Cévennes, de sorte que Joseph Salvador trouvait autour de lui, et sans sortir du cercle étroit de la famille, cette réconciliation universelle des religions qu'il rêva pour toute la famille humaine.

Du lycée, Joseph Salvador passa à l'école de médecine de la Faculté de Montpellier. En 1816, h vingt ans, il fut reçu docteur en médecine. Sa thèse avait pour sujet : V applicatio7i de la physiologie à la pathologie^ et dénotait, nous assure son biographe, une maturité précoce. Peu de temps après, il se rendit à Paris pour achever ses études médicales.

Sa carrière était toute tracée, quand se produisit l'incident qui « changea sans retour sa direction première et le précipita, comme à son insu, à trois et quatre mille ans d'aujourd'hui, à travers le camp des Hébreux, au pied du mont Sinaï et dans la Jérusalem des Prophètes* ». Il nous a laissé lui-même le récit

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