I, 109; Josué, XXIV
comme on le dit : Jéhovah est le législateur, mais le législateur consenti. Le prêtre n'a nul pouvoir : il est l'iiomme du culte et du sacrifice, rien de plus : il n'est ni juge, ni législateur. La justice est aux mains des anciens, c'està-dire du peuple, et la source de la loi n'est pas tarie avec la révélation première, car le droit de l'inspiration reste toujours ouvert : (( Lorsque l'Eternel, dit Moïse, suscitera parmi vous un prophète du même genre que moi, vous Fécouterez : vous écouterez toutes les paroles prononcées au nom de Jéhovah \ » C'est en vertu de ce principe que parlent les Prophètes : tout homme sur qui tombe l'esprit de Dieu, quel qu'il soit, roi ou berger, parle, prêche et est prophète en Israël.
Ces principes, transportés dans le détail de la loi et mis en action dans l'histoire du peuple, donnent une législation supérieure à tout ce que l'histoire ancienne présente et à laquelle nos législateurs modernes pourraient encore demander
d'utiles inspirations^; et d'autre part ils jettent dans la vie de la nation un principe d'idéal; Israël, comparant la loi qu'il a reçue à celle des autres peuples, se reconnaît peuple élu entre tous, peuple-exemple.
« Ainsi Moïse avait brisé la division fondamentale des castes et ce système de théocratie^ qui consiste dans le droit exclusivement réservé à une classe privilégiée de faire parler la céleste intelligence. Sa législation y avait substitué la Nomocratie^ si l'on veut me passer cette expression, c'est-à-dire le gouvernement de la loi : laquelle loi était toute dans l'intérêt de ce peuple proposé pour enseignement à l'humanité entière; laquelle loi consacrait à chaque mot le droit du peuple, sa légitimité, sa sainteté, laquelle enfui confiait son développement aux hommes sortis du giron national, qui répondaient le mieux à ces trois conditions : les
1. La législation mosaïque protège le coupable qui a expié : « afin que ton frère ne soit pas humilié devant toi » (DeutcTonome, xxv, 3). Nos lois et nos mœurs ont oublié ce principe.
plus intelligents, les plus prudents, les plus riches en bonne renommée'^ . »
A l'époque où paraissait VEssai de Salvador, l'état des esprits ne permettait guère une appréciation exacte de la valeur ou des faiblesses de l'ouvrage. L'esprit scientifique, qui commence à peine maintenant à pénétrer les études religieuses, était alors absolument nul. Une théorie religieuse, quelle qu'elle fût, était une arme de combat, que l'auteur le voulût ou non, et on la jugeait, non d'après sa valeur propre, mais d'après sa force d'attaque ou de résistance. Libéraux ou cléricaux, tous acceptaient la question dans les termes où la posait Lamennais '^ : « La question qui agite la société est de savoir qui l'emportera de l'athéisme ou de la religion. » Salvador n'avait aucune intention de se jeter dans la mêlée des partis ; mais il ne dépendait pas de lui d'être neutre. Dans le camp