‹ Les prophètes d'Israel (volume 2)Chapitre 97 sur 110 · Du 20 février 1823; Gabriel Salvador, p · texte numérisé non relu

Du 20 février 1823; Gabriel Salvador, p

« Ce saint prophète n'approuvait pas la guerre » qui allait éclater entre les Juifs et le roi de » Babylone. Il se prononçait hautement contre la » rupture et prédisait dans les rues et les carre- » fours, et jusque sur les parvis du Temple, les » calamités qui en seraient l'inévitable consé- » quence. Les partisans de la guerre ne man- » quaient pas de le signaler comme un mau- » vais citoyen, comme un fauteur de troubles » et de conspirations. Le roi ne put résister à » leur demande. Jérémie fut jeté en prison. »

Ici le rédacteur du Constitutionnel était beaucoup meilleur prophète qu'il n'imaginait: il ne songeait qu'au menu fretin de Sainte-Pélagie ; mais c'était une dizaine de jours à peine après cet article, le 4 mai 1823, que le vicomte de Foucault (( empoignait

L'éloquent Manuel de ses mains auvergnates. »

Le bruit s'apaisa peu à peu, mais reprit de plus belle, quand parut l'édition refondue de 1828. La première édition contenait dans la partie relative à la Législation une note consa-

crée à l'examen « du jugement le plus mémorable de l'histoire, celui de Jésus-Christ* ». Cette note n'avait point frappé l'attention du public à la première édition : publiée comme chapitre spécial dans la seconde édition, elle fit scandale et donna lieu dans la presse religieuse à un remarquable débordement d'éloquence.

La thèse de Salvador était la suivante : on ne peut reprocher aux Juifs d'avoir mis Jésus à mort, parce que Jésus avait commis des actes qui, suivant leur loi, étaient punis de mort; et il fut jugé selon les formes, de sorte qu'il n'y eut d'arbitraire ni en droit ni en fait. Tant que Jésus se contenta de prêcher, de tonner contre la dépravation des grands, de présenter des idées nouvelles ou de prêter une forme nouvelle aux idées déjà répandues, il resta libre, et ceux même qu'il attaquait ne l'inquiétèrent pas, parce qu'il restait dans le droit hébreu. Mais dès l'instant qu'il parlait de lui-même comme d^un être surnaturel, comme d'un Dieu, comme des-

cendu du ciel, il tombait sous le coup de la loi, car il portait atteinte au dogme essentiel du Mosaïsme en ramenant les dieux de chair et d'os.

« Que la loi fût bonne ou mauvaise, ce » n'est pas ce que j'examine; qu'on doive plain- » dre l'aveuglement des Hébreux de n'avoir pas » reconnu un Dieu dans Jésus, ou qu'on puisse » s'étonner qu'un Dieu en personne qui aurait )) voulu se faire comprendre n'ait pas été com- » pris, ce n'est pas non plus ce que j'examine. » Mais dès qu'ils ne découvrirent en lui qu'un » homme, un citoyen, les Juifs le jugèrent-ils » d'après la loi et les formes existantes? Voilà » ma question ^ »

Autour de ce chapitre se livra une bataille acharnée qui fit couler beaucoup d'encre en l'an de grâce 1828. Dupin, dans la Gazette des Tribunaux du d 3 novembre, avait rendu hommage à la science et au bon goût de Fauteur. VAmi de la Religion prit feu : « L'auteur attaque les fondements de la religion chrétienne, il

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