‹ Les prophètes d'IsraëlChapitre 3 sur 24 · PRÉFACE. VIT · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VIT

Tandis que le Catholicisme entrait en luUe avec la science, il entrait aussi, chose plus dangereuse, en lutte avec la conscience. Gomme il avait pris peur de la vérité, il prit peur de la justice. Après avoir en somme, pendant des siècles, relevé l'idéal de TOccident, protégé les faibles et les souffrants, établi un peu de paix, d'ordre et même de justice dans la férocité du moyen âge, inspiré aux individus des merveilles de dévouement et de charité, de tous les préceptes descendus de la montagne il ne se souvint plus que d'un seul : « Bemdez à César ce qui appartient à César; » mais ^i laissait à César de déûnir le droit de César, et, ani lieu de fortifier la jiHstice, se crut appelé à justifier la force. Et quand les rêves d'égalité el de fraternité humaine, portés à l'Occident par le Ghcistianieme primitif, voulurent refaire la réalité, ils 1a»ouvèrent devant eux l'Église qui se dressait Tonathème aux lèvres. Il anriva ainsi que l'Église, découronnée dans l'ordre de science, se trouva découronnée dans l'ordre de conscience : car n'ayant point su prendre la direction des hommes dans la voie du bien penser, elle n'avait non plus su la garder dans la voie du bien faire.

Pourtant ce débridement, chacun le sent, ne peut durer. L'âme moderne est meilleure que ses doctrines et, sous Técume de la surface, la source d'idéal coule aussi profonde que jamais. Elle sait bien que ce ne peut être là le dernier mot de l'émancipation de la pensée et qu'il y a là un sophisme qui la déshonore et la tue. La poussée qui porte au mysticisme une partie de la jeunesse n'est qu'une première réaction de la conscience, qui cherche une issue vers l'air pur ; réaction stérile, car le mysticisme est la mort de l'âme, mais qui annonce les révoltes fécondes. Revenir en arrière, se courber de nouveau sous le joug qu'elle a brisé, l'âme moderne le voudrait qu'elle ne pourrait. Elle sait qu'elle ne peut renier la science; et elle sait aussi qu'elle ne peut être sauvée que par une affirmation de la conscience que la science ne peut dicter et qui doit s'imposer à la science.

Or, les vérités qui nous sauveraient ne sont pas à découvrir. Elles courent les rues, mais anémiées et

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