‹ Les prophètes de la renaissance ... Dante, Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange, Le CorrègeChapitre 32 sur 47 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LE CORRÈGE ET LE GÉNIE DE L'AMOUR i

Le grand Amour est une résurrection

par le sacrifice.

Le Roi-Mage et les deux Archanges de la Renaissance, dont nous avons scruté la pensée intime, tentèrent la synthèse du monde antique et du christianisme par trois voies différentes : Léonard par le génie de la science et de la divination qui pénétrait

1. Antonio Allegri (dit le Corrège) a joui de son vivant et après sa mort d'une grande renommée, mais on peut dire que longtemps son être intime et la profondeur de sa pensée n'ont été pénétrés ni soupçonnés par personne. Ses plus fervents admirateurs, Raphaël Mengs et les frères Garrache n'ont vu que son ctiarme extérieur et sa séduction irrésistible. Il a fallu qu'une femme amoureuse de son génie s'en mêlât pour prouver que le peintre des Grâces était aussi le plus merveilleux peintre de l'Ame et qu'une philosophie particulière de l'amour et de la religion ressortent de son œuvre. On a écrit des bibliothèques sur les fresques de Raphaël et de Michel-Ange au Vatican. Mais personne ne s'était avisé de découvrir les grandes idées cpii se dégagent comme une ronde majestueuse et comme une sorte de symphonie picturale des coupoles de l'église Saint-Jean et du Dôme de Parme. C'est ce qu'a fait, avec sa divination féminine et sa passion de disciple enthousiaste, Marguerite Albana dans son livre Le Corrège, sa vie et son œuvre, Daais l'étude sommaire qu'on va lire, je me suis efforcé de mettre en lumière le côté ésotérique et occulte de la vie d'Allegri, en me servant du flambeau éclaireur fourni par son plus lidèle et plus génial interprète.

jusqu'aux arcanes des causes premières ; Raphaël par le Génie de la Beauté qui joint les contraires dans lliarmonie divine des formes ; Michel-Ange par la force de la Volonté et le génie de l'Individualité qui s'identifie à la fois avec la révolte humaine et la puissance divine.

Ils aboutirent à des résultats très divers.

Léonard, après avoir approfondi le mystère du Bien et du Mal dans l'homme comme dans la femme et Téternelle contradiction entre l'humain et le divin, finit par trouver leur harmonie dans la représentation d'un être idéal : VAndrogyne^ fusion parfaite derEternel-Masculin etde rElernel-Féminin, projection de son expérience personnelle et de sa vie intérieure. — Mais ce ne fut là que la vision d'un idéal lointain encore inaccompli dans l'humanité.

Raphaël, doué d'une merveilleuse intuition du Beau, l'appliqua à l'histoire profane et sacrée et réalisa momentanément l'union de l'hellénisme et du christianisme par la grâce plastique des formes. Platon et l'Eglise semblent conciliés dans l'Ecole d'Athènes et dans la Dispute du Saint-Sacrement. Mais ce n'est qu'une harmonie extérieure, une trêve. Les deux fresques se regardent et se sourient au Vatican; mais la dispute continue dans la réalité et redevient une bataille.

Michel-Ange, avec son individualité formidable de Titan-prophète, en arrive finalement à la condamnation de l'humanité rebelle, perdue dans le mal et à l'abdication de la volonté humaine devant la toute-puissance de Dieu. Par sa double nature et son double effort, il annonce à la fois la réaction mystico-cléricale qui prévaudra pendant deux

siècles dans le gouvernement de l'Europe et l'aVonement de Tâge révolutionnaire par l'individualisme effréné qui se prépare à rompre toutes les chaînes. Les deux mondes, qui se combattaient en lui, comme les deux jumeaux dans le ventre de la femme biblique, vont être plus séparés que jamais et s'attaqueront, aux siècles suivants, avec de bien autres violences dans le domaine de la pensée, de Tart et de la vie. En sera-t-il toujours ainsi? Sont-ils vraiment destinés par la nature des choses à une lutte éternelle, qui s'accroît à chaque étape de nouvelles armes et de nouvelles fureurs ?

A cette question, un artiste solitaire de la Renaissance italienne qui vivait à l'écart de tous les autres et dont la personnalité presque insaisissable se dérobe dans Tombre, mais dont l'œuvre a laissé derrière lui un sillage de lumière, semble répondre ceci : « Ce que la Science, la Beauté et la Force ont commencé, l'Amour seul peut l'achever. Mais ce ne sera pas l'amour terrestre, qui n'est que désir, violence, égoïsme. Ce ne sera pas même l'amour qui, né des sens, aspire à s'élever pour se grandir. Ce sera l'Amour immense, universel qui descend d'en haut pour féconder le monde, l'amour qui comprend et partage tout par sympathie, l'amour vraiment divin qui donne sans mesure et ne demande jamais rien pour lui-même. A celui-là il sera permis de tisser et de tendre les chaînes invisibles qui rattacheront de nouveau le Ciel à la nouvelle Terre, Seule la beauté de l'Ame peut

rendre aux hommes l'harmonie perdue par le déchaînement des sens et les fureurs de la haine. »

L'artiste qui parle ainsi par son œuvre est Antonio AUeg'ri, dit le Corrège.

J'ai appelé Léonard, Raphaël et Michel-Ange les Archanges de la Renaissance, parce qu'ils furent porteurs de flambeaux surhuniains. Mais, en regardant de près ces êtres merveilleux, on devine quand môme que ces hommes durent acquérir leur génie par un long travail en de précédentes existences terrestres. Rien de pareil chez le Corrège. Il serait difficile de lui supposer une incarnation antérieure dans notre monde. Il nous apparaît comme une âme séraphique venue d'une sphère supérieure, d'une planète éthérée, éclairée par un soleil immaculé. Ame descendue pour une fois sur la terre afin d'apprendre à y connaître la souffrance humaine. Cette souffrance il voulut la traverser luimême afin de mieux pouvoir la soulager chez les autres. Elle put l'atteindre, mais sans troubler sa nature sublime et son calme transcendant. Il devait la supporter avec la même douceur qui lui avait fait accepter son incarnation. Et, malgré son martyre secret, il devait s'en aller, comme il était venu, dans un sourire.

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