‹ Les prophètes de la renaissance ... Dante, Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange, Le CorrègeChapitre 43 sur 47 · LA HIÉRARCHIE DES TROIS MONDES ET SES APPLICATIONS · texte numérisé non relu

LA HIÉRARCHIE DES TROIS MONDES ET SES APPLICATIONS

Si Ton essaye de condenser les résultats identiques de l'intuition religieuse, de l'expérience humaine et de la sagesse réflective de tous les temps en un concept unique, dominant et résumant tous les autres, on trouve que c'est celui de la hiérarchie des trois mondes.

De tous temps, en effet, le sentiment intime, l'observation et la logique s'accordèrent pour admettre, au-dessus du monde visible et matériel, un monde invisible et spirituel qui l'anime et le dépasse, et, au-dessus de ces deux mondes, un système de forces et de principes qui les ordonne et les dirige. En un mol, pour expliquer la nature et l'humanité,

riiomme a toujours dû croire à un monde divin. Mais, aux difiérents âges de l'histoire, les sages et les peuples se sont fait des représentations diverses de ce monde divin et ont interprété autrement ses rapports avec les deux mondes inférieurs.

Pour le monde gréco-latin, le monde terrestre fut le principal. Il rapprocha les Dieux des hommes, il les mêla les uns aux autres, il relia et encercla les trois mondes par la chaîne de la Beauté. — Le christianisme accorda une importance capitale à la vie d'outre-tomhe et agrandit jusqu'à l'infini le domaine du ciel en l'éloignant de la terre. Aussi imprima-t-il à l'art une raideur ascétique et sévère. Pour un temps, la beauté physique disparut du monde. Par contre, le ciel du moyen âge se peupla de vertus, de beautés et de splendeurs spirituelles. — L'œuvre hardie et passionnée de la Renaissance fut, après avoir rendu ses droits à la Nature et à la Beauté, de faire descendre le Ciel chrétien vers la terre, de lui infuser la chaleur et le charme de la vie, sans le dépouiller de sa grandeur et de sa spiritualité.

Cette revivification du Divin par l'élan spontané de l'art, prouve à elle seule qu'un nouveau rapport devait s'établir, pour l'humanité entre les trois mondes au seizième siècle.

Mais ce n'est pas tout. Il y a un fait plus important encore, et nous touchons ici au ressort le plus protond de cet âge et de la nouvelle période qu'il inaugura pour l'humanité.

Cette époque devait faire une découverte qui ouvrit des horizons éblouissants sur l'univers infini, à travers un des arcanes les plus secrets

de la Nature. Par ses études d'histoire naturelle, ses expériences chimiques, physiologiques et médicales, Paracelse fut amené à comprendre que l'homme est, par sa construction corporelle et spirituelle, un véritable 7niroir du monde; que non seulement tous les éléments chimiques de la nature se retrouvent en lui, mais que, par son corps physique, son corps étliérique (ou vital) et son corps astral (ou son aura rayonnante) il reflète les trois mondes (naturel, animique et spirituel) avec Dieu en plus, qui se réflécliit dans son âme.. Car le moi conscient, qui forme son centre, représente en lui rélincclle divine.

Donc, chaque homme porte en lui-même les trois mondes. Dans les trois parties de son être, il possède une terre, une atmosphère et un firmament. Par eux, qu'il le sache ou non, il est en communication perpétuelle avec les parties correspondantes du Kosmos. C'est pourquoi l'homme, que Paracelse appelle un microcosme, est un extrait, un résumé et une -quintessence de l'univers qu'il nomme le tnacrocosme.

Découverte d'une portée incalculable, sur laquelle se fonde tout l'occultisme moderne, et qui servira sans doute de base à la science future.

Or il se trouva que Léonard de Vinci fit la môme découverte, mais d'une tout autre manière et sans s'en rendre compte exactement. Le naturaliste très remarquable qu'il était y fut pour peu de chose. 11 fit l'ascension des trois mondes en artistevoyant. C'est en peintre psychologue qu'il fouilla la nature et l'homme. Chez l'homme, comme chez la femme, il découvrit les deux pôles de la vie dans

ie mystère du Mal et du Bien, qu'il symbolisa sous la figure de la Méduse et du Christ. Puis il tenta d'établir l'équilibre des deux pôles dans l'Eternel- Féminin, comme dans TEternel-Masculin, en peignant sa Joconde et son Précurseur. Subtiles analyses, étonnantes synthèses, merveilleuse alchimie psychique, dont personne, pas même leur auteur ne soupçonna la portée. Après avoir magistralement parcouru le monde de la nature et le monde humain, après avoir miraculeusement franchi le gouffre du Bien et du Mal, Léonard s'arrêta au seuil du Divin.

Perdu dans son rêve de beauté, Raphaël ne se tourmenta pas de ces problèmes ardus. Mais, parvenu à ses derniers jours, par une illumination subite, il traça des trois mondes une saisissante image dans son tableau de la Transfiguration. Là, les trois mondes n'apparaissent plus séparés par des cloisons étanches tels que Dante les a représentés dans sa Divine Comédie. Ils se montrent distincts et superposés, mais reliés entre eux par leurs forces internes et hiérarchisés dans un ensemble organique. La foule, qui se dispute au pied du mont Thabor, demeure dans les ténèbres, comme l'est restée jusqu'à ce jour l'immense majorité du genre humain. Seul un fou, un possédé guéri, reçoit, par une déchirure de son corps éthérique, un mince rayon perdu des mondes supérieurs. — Les trois apôtres élus, endormis sur la montagne, perçoivent le monde divin dans uo rêve, à travers la lumière astrale. — Le Christ transfiguré qui flotte au-dessus d'eux, dans une splendeur aveuglante, avec Elie et Moïse, nous montre leur

vision et figure, avec sa lumière propre et directe, la troisième sphère, le monde spirituel et transcendant.

Ce monde divin, où Raphaël ne pénètre que par courtes échappées, est en réalité le domaine propre du Corrège. Il s'y meut consciemment et avec aisance comme en son pays natal, car il sait qu'il en vient, qu'il y retournera et qu'en réalité il n'en e&t pas sorti. Son âme baigne dans cette lumière astrale, incréée et vivace, qui est l'âme subtile du monde. Il ne peut imaginer que des êtres qui lui ressemblent. Ses créations rayonnent de cette lumière intérieure qui leur jaillit par tous les pores. De là cette lumière diffuse dans ses tableaux. Ce n'est que rarement le clair-obscur, comme chez Rembrand, c'est-à-dire le lumineux sur le sombre, c'est d'habitude le clair sur clair, ou plutôt Teflulguration des couleurs par le bouillonnement de la lumière. Elle ne semble pas venir du dehors, mais du dedans de ses personnages. Même ses peintures païennes et voluptueuses, la Léda. VIo et VAîithiope en sont pétries et saturées, si bien que les corps de ces belles mortelles, possédées par un dieu, s'éthérisent en quelque sorte dans la lumière qui perle de leur chair comme une sueur ambrosienne.

Après avoir constaté ce fait dans l'ensemble de l'œuvre d'Allegri, examinons à la file trois de ses peintures les plus caractéristiques : la Nuit, tableau à l'huile, du musée de Dresde, puis deux de ses fresques de Parme, le saint Jean l'Evangé liste (dans la lunette au-dessus de la sacristie à l'église de

Saint-Jean) et l' Assonvption de la Vierge dans la coupole du dôme. Nous verrons que ces trois peintures expriment trois manifestations diverses de la lumière dynamisée dans les trois sphères du kosmos, dans le monde naturel, dans le monde humain et dans le monde de l'Esprit pur. Grâce à ses conceptions frappantes et à son art suggestif, le peintre nous laisse entendre que, sur ces trois plans, la lumière parle sur un autre' mode, par d'autres formes et se perçoit par des organes différents.

La Nuit de Dresde représente la Madone avec l'enfaftt Jésus et les bergers dans la cabane de Bethléem. « Au premier coup d'œil, ce tableau nous donne la sensa+ion d'une lumière blanche, éclatante, qu'on apercevrait dans la nuit noire, et qui fait dans les ténèbres comme une tache éblouissante. Elle ne part point d'un flambeau, elle vient de l'enfant Jésus couché dans sa crèche, au bras de sa mère, au centre du tableau. On ne voit point la figure du nouveau-né, mais sa mère, humble et souriante, courbée sur lui, le couve du regard; elle est comme inondée de son rayonnement. Le vif éclat qui part de l'enfant se répand de tous côtés, illumine les anges qui flottent au-dessus du groupe et les bergers à gauche. Ils disent par leur attitude : « Quelle lumière ! quel éclat divin » ^

Ce tableau représente un miracle, c'est-à-dire un fait exceptionnel et rare, mais du même coup il l'explique pour qui sait comprendre le mystère à travers l'esthétique du maître. Ici le Divin, ou la

*. Le Corrège, sa vie et son œuvre, par Marguerite Albana, Mignaty.

lumière spirituelle rayonne à travers le corps pliysique de l'enfant Jésus, et cela au moyen de son corps élliérique qu'elle électrise et fait rayonner comme un corps astral. Par la, elle touche physiquement les assistants et pénètre dans leur conscience par la vue. C'est de la lumière éthérique condensée, éparpillée dans les ténèbres. C'est du Divin perçu dans la chair par l'émotion humaine. Regardons maintenant la fresque peinte dans la lunette en demi-cercle, au-dessus de la sacristie, dans l'église de Saint-Jean l'Evang-éliste, à Parme. « L'apôtre, sous la fig-ure d'un beau jeune homme, est assis par terre, à demi couché, appuyé contre le mur. Il semble avoir sa première inspiration. On dirait qu'il entend des voix. Un rouleau de papyrus est appuyé sur ses genoux, et il paraît sur le point d'v inscrire quelque chose d'un style qu'il tient de sa main droite. L'immobilité, le calme profond, le ravissement de l'extase se peignent dans l'attitude et dans les traits du Voyant. Une harmonie céleste pénètre son corps et les ondes d'une musique séraphique font frémir les boucles blondes et légères de sa chevelure, qui flotte sur ses épaules. Toute l'attention est attirée par la tête merveilleuse de l'apôtre, tournée vers le spectateur et qui regarde en haut, par ses yeux grands ouverts, puissants et radieux, qui semblent absorber toute la lumière d'une vision éblouissante. Le ciel, Tinfini est dans ce regard ardent. Pour lui plus de mystère, il a tout pénétré. Il voit briller devant lui l'archange de feu qui tient le livre aux sept sceaux et qui lui parle. L'amour est sa parole, la beauté son enveloppe, la lumière son regard. Dans cette contem-

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plation, l'apôtre jouit delà paix dans l'Eternel, voit Dieu lui-même. Tout passe et tout périt, lui seul il vit toujours. Dieu est lumière, la lumière est Dieu. Il regarde l'ange, il écoute sa parole et transmet le verbe vivant '■ ».

Ce tableau peint le reflet d'une vision astrale dans les yeux d'un Voyant en extase . Nous percevons une réfraction de la lumière spirituelle dynamisée par son regard, qui nous la renvoie.

Dans la coupole de Saint-Jean, qui représente l'apparition du Clirist ressuscité et transfiguré au vieillard de Patmos, le peintre a tenté de nous transporter à la source même du Divin, dans la troisième et suprême sphère de la vie et de nous donner en même temps une idée de son action sur les deux mondes inférieurs. Il l'a fait autant que l'art pictural le lui permettait. La lumière spirituelle est représentée, ici par le Christ ressuscité et transfiguré, qui s'élance d'un mouvement vertigineux vers le sommet de la voûte. Partant de lui, cette lumière redescend pour frapper directement les apôtres, portés sur des images, qui représentent le monde animique et la transmettent aux Pères de l'Eglise placés dans les pendentifs. Pour ceux-ci, qui ne voient plus la vérité directement, ils la discutent intellectuellement et la transmettent en commandement, à la foule. — Il est évident que la vérité perd en unité, en force et en éclat, à mesure qu'elle descend dans les mondes inférieurs pour s'y répandre, qu'elle se pulvérise en se fractionnant à travers tous ces prismes,

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