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la comprenant par une nouvelle voyance, la reflétant dans son âme et dans son organisation sociale, réalisera sa mission par un culte conscient du Divin.
Nous venons d'évoquer tes Idées-Mëres qui dominent la Renaissance italienne. La loi des Méta?no7'phoses, le mystère de r Éternel-Féminin et la Hiérarchie des trois mondes, nous apparaissent maintenant comme trois constellations qui se lèvent et luisent avec leurs satellites au-dessus des grands maîtres de cet âge. Il est vrai que ni Raphaël, ni Michel-Ange, ni même Léonard et le Corrège n'ont contemplé directement ces astres. Mais ces soleils nouveaux et puissants ont éclairé leurs œuvres, ils en ont vivifié les profondeurs. Leurs rayons divergents en ont réglé les rythmes variés et les harmonies grandioses.
Demandons-nous maintenant quelle sorte de leçon cette merveilleuse Renaissance donne encore au monde actuel. Car les semences qu'elle ajetées dans le monde sont loin d'avoir produit tous leurs fruits, et les astres qui se sont levés pour elle sont loin d'avoir montré toute la force de leur rayonnement. Ils se sont même voilés pour notre temps jusqu'à disparaître presque entièrement.
Si la Renaissance a si brillamment réussi, si elle a fait une œuvre immortelle comme l'antiquité et comme le christianisme, si elle commence une ère nouvelle de l'humanité destinée à synthétiser l'hellénisme et le christianisme par un nouveau con-
cept de la vie — c'est d'abord parce qu'elle eut à son service des génies de premier ordre, mais c'est aussi et surtout parce qu'elle a reconnu et glorifié dans son art la hiérarchie des trois mondes.
Cette hiérarchie signifie la domination du supérieur sur l'inférieur, de l'âme sur le corps, de l'esprit sur la matière, de l'invisible sur le visible. Sans doute la Renaissance fut grande parce qu'elle contenait mystérieusement en elle-même un certain nombre de sentiments et d'idées nouvelles. Mais ces sentiments et ces idées elle n'aurait pas pu les faire triompher, si elle ne les avait pas fait entrer dans les cadres infrangibles de l'univers. Parce que les trois mondes représentent la structure même du Kosmos, ils sont l'armature indispensable de la science, de l'art et de la vie. L'homme, étant lui-même l'image de l'univers par sa triple nature, ne peut ni posséder toutes ses forces ni comprendre le monde sans cette clef. Qu'il méconnaisse, qu'il veuille diminuer ou supprimer une des trois parties de son être et du monde, il ne produira rien de grand ni de fécond et n'enfantera que des œuvres avortées.
Tout homme, tout peuple, tout siècle qui ne réalise pas un équilibre et une harmonie des trois mondes est voué soit au désordre et à l'anarchie, soit à une piteuse médiocrité.
Or qu'est-il arrivé ? Depuis le xvf siècle jusqu'à nos jours cette harmonie a été profondément troublée. Par le travail prodigieux de la science uniquement occupée du monde visible, par le développement colossal de l'industrie qui con-
ceiîtF* les pensées et les ambitions sur les intérêts économiques, l'humanité est arrivée à une barbarie d'un nouveau genre qu'on pourrait appeler le matérialisme intellectuel. Le xvii% le xviii" et le XIX' siècle ont travaillé en sens contraire, par soubresauts, par à-coups, d'une manière discordante et chaotique. La pensée pure, la poésie et la musique se sont élevés aux plus sublimes régions de l'Ame et de l'Idéal, mais comme les puissances dirigeantes de la Science et de la Religion ne possèdent pas les clefs de l'initiation, dont la plus essentielle est la connaissance approfondie des trois mondes, les efforts de l'Art et du Génie n'ont agi que faiblement sur la vie sociale, et l'homme est resté l'être anarchique et capricieux qu'il demeure lorsqu'il ne vit que dans ses instincts. D'autre part, l'avènement de la démocratie dans la politique a produit, par l'irruption des masses dans tous les domaines, un véritable assaut contre tout idéal qui s'élève au-dessus de la médiocrité. Et l'élite, dont le rôle éternel sera de discipliner les masses en les éduquant, s'est laissé hypnotiser par ces foules aveugles en leur concédant la maîtrise qui lui appartient. Ainsi, au lieu d'élever graduellement les masses à sa hauteur, elle tend à s'abaisser à leur niveau.
Nous avons vu, il est vrai, dans la dernière guerre, qui a soulevé la moitié du monde en un magnifique élan pour la Justice et la Liberté, que ces masses sont capables de sublimes élans à certaines heures. Mais elles ne l'ont été q-ue parce que leurs guides, représentés par un certain nombre
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d'individualités supérieures, ont su réveiller en elles Tétincelle divine. Grâce à ce sursaut, l'impérialisme prussien, dernière et monstrueuse incarnation des antiques tyrannies, a pu être vaincu. Mais il n'était pas encore à terre que les forces du mal, qui s'agitent toujours dans les bas-fonds de l'humanité suscitaient le bolchevisme, cette autre forme du matérialisme qui remue les masses humaines avec le levier de l'envie et la chimère de l'égalité absolue. Cette ruée de la bête humaine déchaînée, qui menace d'envahir le monde entier, est la résultante du matérialisme et du nihilisme intellectuel, cultivé par une soi-disant élite qui s'est répandue dans la foule en y fomentant tous les bas instincts, à partir de la seconde moitié du xix* siècle.
Le sens de la Nature s'est corrompu ; le sens de l'Ame s'est oblitéré; le sens du Divin s'est presque éteint. Des trois mondes l'homme n'en voit plus qu'un, le monde matériel. Voilà pourquoi l'individu déconcerté a perdu sa gouverne, les pouvoirs sociaux leur autorité, la science et l'art leur inspiration supérieure. De là le chaos intellectuel et l'anarchie morale dans laquelle nous nous débattons.
Comment en sortir? — Il faut reconstruire simultanément la hiérarchie des trois mondes dans l'individu, dans la société et dans la science par un nouveau mode d'éducation morale, d'initiation intellectuelle et d'illumination spirituelle. L'individu, la société et la science forment un tout solidaire. Chacune de ces trois sphères ne peut déployer ses facultés d'une manière normale que
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si elle rencontre dans les deux autres la trinilé organique qu'elle possède en elle-même. L'individu le plus génial demeure un impuissant et un déclassé dans une société anarchique. La société la plus riche en éléments qui n'est pas gouvernée par une élite supérieure, périclite et déchoit. La science la plus avancée, qui n'est pas illuminée par la sagesse, pousse l'individu à la révolte et la société à l'anarchie.
La lumière descend d'en haut dans les profondeurs. Elle ne vient pas d'en bas. La nature est aristocratique et l'univers est une hiérarchie. Malheur à ceux qui ne cultivent pas en eux-mêmes et dans les autres la hiérarchie des trois mondes. Car c'es.t la loi divine. La servir, c'est travailler à la manifestation de Dieu ; la combattre c'est l'obscurcir.
La condition initiale et capkale d'une telle réforme de l'éducation serait une réconciliation intelligente et désintéressée de la Science et de la Religion en la personne de leurs plus hauts représentants. Mais il est à craindre qu'elle n'aura pas lieu de sitôt, à cause de l'abîme qui sépare ces deux mentalités, de leurs rancunes héritées d'une histoire sanglante et de l'âpre jalousie avec laquelle ces deux pouvoirs se disputent l'empire des âmes. Le pl«s grand des obstacles à leur entente est, chez l'une comme chez l'autre, cette paresse d'esprit qui préfère se heurter à toutes les pierres du chemin plutôt que de sortir de son ornière. Il faudra peut-être encote un nouveau cataclysme aussi grand que celui que nous venons de traverser pour
réconcilier la Science et la Religion devant l'horreur de k souffrance humaine.
En attendant, un grand rôle ne revient-il pas à l'Art qui jouit de toute sa liberté et qui voit s'ouvrir devant lui les routes infinies de la nature, de l'histoire et de la légende? Ne pourrait-il pas en les fouillant faire rejaillir les grandes sources de la terre et du ciel, et redevenir ce qu'il fut aux grandes époques, l'Art initiateur et sauveur ?
A cette question, les maîtres du passé et les signes précurseurs de l'avenir répondent ceci ;
« îl y a trois instruments magiques pour pénétrer les arcanes de la Vie : le Flambeau de l'Amour qui crée l'enthousiasme, la Lyre de l'Harmonie, dont le rythme ordonne la Beauté, et le Caducée d'Hermès aux deux serpents entrelacés et affrontés, qui dirige les âmes quand elles descendent dans la chair et les ramène vers les Dieux après la mort. Les charmes du Flambeau et de la Lyre régnent sur les mondes inférieups. Seul le sceptre ailé d'Hermès conduit au monde divin et permet de commander aux deux autres. Jusqu'à ce jour le Flambeau et la Lyre ont suffi, à l'artiste et au poète pour leurs incantations. Mais maintenant les puissances du mal so7it si fortes, elles ont tellement épaissi leurs ténèbres que le caducée d'Hermès, ie sceptre de la science intégrale, pourra seul les percer et les vaincre.
Or donc, chassez le doute qui ronge vos cœurs
et paralyse vos bras. Le Flambeau et la Lyre sont les dons des Dieux ; le sceptre d'Hermès est le prix de la volonté. Il n'appartient qu'à celui qui sait le conquérir — et pour le saisir il faut la Foi. »