‹ Les prophètes de la renaissance ... Dante, Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange, Le CorrègeChapitre 46 sur 47 · UNE JOURNÉE A LA VILLA D'ESTE · texte numérisé non relu

UNE JOURNÉE A LA VILLA D'ESTE

Il faut laisser tomber les flots 1 M™» DE Bkacmont {Montmorln) .

II est des lieux prédestinés qui semblent construits par la nature pour figurer certaines Idées-Mores aux yeux de l'hunaanité. La magie de ces paysages ne leur vient pas seulement des traditions historiques, des légendes et des souvenirs qui les ont imprégnés de leurs parfums subtils. On dirait que ces sanctuaires naturels ont été sculptés d'avance par les dieux qu'on y révère pour leur servir de demeure. Tel le plateau de la chaîne arabique, oii se dressent, entre le fauve désert et la verte vallée du Nil, la grande pjTamide et le sphinx de Gisèh.

Tel aussi le rocher posé comme un autel au centre de FAttique, qui présente au ciel de l'Hellénie, comme une offrande votive, l'Acropole et le Parthénon. Tel encore le mont Saint-!\Jichel qui élève hardiment la forteresse de la chevalerie et le sanctuaire de l'Archange au-dessus des fureurs de l'Océan.

Les sites merveilleux, les monuments de tout âge, les ruines célèbres, foisonnent aux environs de Rome, mais on y trouverait difficilement un lieu plus suggestif que l'ancien temple de Vesta, appelé aussi temple de la Sibylle, dont on admire l'élégante colonnade semi-circulaire, au-dessus de la cascade de Tivoli. L'âme y est submergée par la surabondance des souvenirs et par une harmonie grandiose de la nature et de l'art. On respire dans cette retraite choisie du rêve, une mélancolie somptueuse qui attriste et console à la fois et que domine un grand mystère.

Avant de sortir des montagnes sabines, le clair et bleu torrent de l'Anio aux blanches écumes tombe dans un gouffre au milieu d'une forêt de pins. 11 se précipite en deux jets dans l'abîme rocailleux et forme des chutes nombreuses dans ses volutes sonores, pour se déverser par une dernière cascade dans la campagne romaine, où il va rejoindre le Tibre, non loin de son entrée dans la Ville Eternelle. Au pied de cette montagne, boisée d'olive-< raies et de vignes, l'emperdur Hadrien fit construire la fameuse villa Adriana, dont les monuments épars dans une circonférence de s*pt milles reproduisaient les édifices qui avaient le plus frappé l'imagination du prince, au cours de ses voyages.

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On retrouvait là la ville égyptienne de Cajiope et le temple de Sérapis, les portiques du Lycée, les jardins de l'Académie et le Prytanée d'Athènes ; plus loin, un coin de Tliessalie, la fraîche vallée de Tempe, sainte patrie d'Orphée, avec ses bosquets et ses temples et un ruisselet qui figure le Pénée ; plus loin encore, l'Enfer et ks Champs-Elysées, grottes d'ombres et d-e fantômes; enfin un stade, un théâtre et, sur une hauteur, le palais impérial, d'où le César contemplatif pouvait embrasser d'un seul coup d'œil toutes ces merveilles avec le panorama des montagnes de Tivoli, qui, pour lui, représentaient la chaîne du mont Olympe.

Aujourd'hui, tout cela n'est plus qu'un amas de ruines envahies par la végétation luxuriant-e, où les yeuses poussent sur les murs croulants tandis que les branches grimpantes du lierre retombent dans des salles gigantesques par les crevasses des voûtes efl"ondrées. Et pourtant, dans leur misère et dans leur majesté, ces restes défigurés évoquent encore à nos yeux, par une synthèse magnifique, toute la splendeur évanouie du monde gréco-latin.

Mais un autre spectacle, une sensation bien différente noi*s attend là-haut, si, remontant le chemin qui s'iosinue dans la gorge autour de la cascade, dépassant le temple de la Sibylle et le bourg de Tivoli, nous gagnons la hauteur où s'élève l'incomparable villa d'Esté, qui domine au loin la campagne romaine de sa blanche façade et de ses terrasses fleuries. A la villa Adriana, nous errions à travers un dédale de ruines dans les champsélysées de l'antiquité. Ici, nous entrons de plain-" pied dans les jardins enchantés de la Renaissance.

Un coup de baguette nous a transportés dans le cadre parfait d'un décaméron idéal au xvi* siècle.

Je me souviens comme d'un songe lointain, mais toujours présent à ma mémoire, d'une après-midi de printemps passée, il y a une dizaine d'années, dans ces jardins suspendus au rebord des montagnes sabines, où le sourire de la nature et celui de l'art se fondent sous l'azur diaphane du ciel romain et réalisent une sorte de paradis terrestre. J'avais résolu de passer là mon avant-dernière journée romaine et d'y faire mes adieux à l'Italie que je n'espérais pas revoir.

Du balcon de la villa royale, j'avais gagné la grande terrasse du bas par une série de platesformes. L'escalier rectiligne traverse un bois de myrtes et de lauriers roses. On descend lentement, car l'œil charmé hésite entre les belles plantes qui vous frôlent et vous parlent et la beauté du panorama qui, de toutes parts, surgit et s'étale. A chaque petite plate-forme, on fait une halte. A chacune, on rencontre de frais bassins et des jets d'eaux argentines. A chacune, des touffes de myosotis, de violettes ou de verveines s'offrent dans les grands vases de marbre, de granit ou de porphyre. On voudrait s'arrêter à chaque marche, car à toutes le paysage varie ses lignes infinies d'une grâce élégiaque et majestueuse. Enfin on atteint la grande terrasse inférieure, le joyau de la villa, le centre de sa magie unique et personnelle. Ici l'eau abondante de l'Anio, venue des monts sabins, est captée en divers canaux et en un grand bassin rectangulaire. D'un vert foncé ou d'un bleu d'outremer, l'onde vivace y circule. Ivre encore de son mouvement

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antérieur, elle bouillonne çà et là ou sommeille rêveuse, mais prête à repartir pour des courses nouvelles. Autour de ces bassins, se dressent des cyprès gigantesques, quatre ou cinq fois centenaires, plus grands que les plus hauts peupliers. Leurs troncs ont la couleur du basalte ; le soleil, qui fouille leur feuillage sombre, y jette des stries d'or et des vols de colombes blanches y roucoulent ou s'en échappent dans un joyeux va-et-vient. Ces cyprès géants, dont chacun est une forêt, ressemblent à de sages vieillards qui gardent jalousement ces bassins de marbre oii le tumultueux Anio s'apaise un moment. Ils ont l'air de dire à leurs protégées : « Ne fuyez pas si vite, belles nymphes, vous dont les eaux nourrissaient nos racines. Attardezvous encore un peu. Car notre vieillesse se rajeunit dans le miroir magique de vos yeux. Car tout y devient plus beau, plus aérien en s'y réfléchissant, les frondaisons, les fleurs et les visages. »

Tel est le cadre, aujourd'hui déserte, oii se mouvait l'élite de la société, au temps de la Renaissance, quand le cardinal d'Esté eut édifié ce lieu de délices, fait pour la vie contemplative et amoureuse. Là dut se rencontrer la fleur des princes, des savants, des artistes et des grandes dames de Rome, de Florence et deNaples. Maint couple heureux ou malheureux, illustre ou obscur, ébaucha ici, sur un mode ou sur un autre, l'éternel rêve de la Vita Nuova. Là durent se promener le cardinal Bembo et Lucrezia Borgia, Michel-Ange et Vittoria Colonna, Raphaël et son Inconnue. Ils se sont assis sur ces bancs de marbre, à l'ombre de ces chênes verts. Si le Tasse, au lieu de sf^ trouver dans le cadre étroit de Ferrare, avait

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pu lire sous une de ces charmilles à son Eléonore ses vers enflammés sur les amours de Renaud et d'Armide ou sur k mort de Glorinde, peut-être que la hautaine princesse n'eût pas su lui résister. Ce furent ces mêmes rideaux de roses grimpantes et et de mauves glycines qui dérobèrent aux regards curieux tant de baisers furtifs et d'étreintes brûlantes. Et quand, au bord de la grande balustrade, les couples languissants reportaient leurs yeux vers l'immensité de la campagne romaine jusqu'au port.d'Ostie et à la mer, ils pouvaient calmer leurs regards ardents et inassouvis en se repaissant des plus grandes tragédies de l'histoire et revivre leurs propres amours dans tous ces grands amours passés.

La villa d'Esté est un séjour enchanté, où la nature est intelligemment comprise et si délicatement cultivée qu'elle répond aux pensées de l'homme et lui confie ses plus intimes secrets. Savamment caressée par lui, elle le caresse à son tour et lui parle. A force de m'identiûer avec le génie de la Renaissance, il me semblait ce jour-là que j'entendais chuchoter les eaux, les fleurs et les statues de la villa merveilleuse et que ces déités anciennes m'adressaient leur message dans un langage naïf.

Les eaux des bassins, des jets d'eau et des fontaines tissaient un chant mélancolique. Elles disaient en gloussant et en murmurant : « Nous sommes toujours les sources cristallines, les nymphes qui jaillisseat des entrailles de la montagne et s'alimentent des eaux pures du ciel. Mais les hommes acharnés à leurs machines ne savent plus nous comprendre. Ici, nous coulons encore

heureuses et limpides, mais dans vos campagnes et vos villes, ils nous torturent et nous jettent leurs fanges. — 0 voyageur, qui passes dans cet asile sacré, prête l'oreille à nos voix et viens causer avec nous... car bientôt nous nous tairons. »

Et les touffes de fleurs, serrées en larges bouquets dans leurs urnes de marbre, les rouges pivoines, les bourraches bleues, les tendres violettes et les pâles asphodèles disaient tristement : « Nous sommes toujours les filles chéries de la terre. Le soleil et les astres font toujours éclore nos calices et nos corolles étoilées. Mais les hommes ne savent plus nous interroger et nous comprendre. Autrefois nous leur portions bonheur quand ils nous respiraient ou se couronnaient de nos guirlandes. Nous aimions à fleurir le front des vierges et à mourir sur le sein des femmes. Mais aujourd'hui on nous froisse sans nous aimer. — 0 voyageur qui passes, recueille nos derniers parfums, car bientôt nous nous flétrirons. »

Et les statues cachées dans les bosquets disaient d'une voix sévère : « Nous sommes à peine tolérées dans ce monde hostile, nous les ombres des dieux et des déesses. Jadis nous étions mariées à la nature; il nous fut permis d'habiter les éléments. Maintenant on nous relègue dans les froids musées. Ici nous n'entendons plus les causeries des beaux amants et des sages couronnés de fleurs du temps jadis, qui nous faisaient palpiter et vivre. — 0 voyageur qui passes, recueille nos derniers soupirs, car bientôt nous serons brisées. »

A ce moment j'étais parvenu à l'extrémité de la terrasse, et mon regard embrassait le vaste demi-

cercle des montagnes du Latium, depuis la pyramide bleuâtre du Soracte jusqu'à la masse fauve et imposante des hauteurs de Frascali. Le soleil flamboyant se couchait derrière Oslie, sous un voile de pourpre. Au-dessus de lui, un cortège de nuages semblait charrier les divinités de l'Olympe sur des roues de feu. D'un bout à Fautre, l'immense campagne romaine rutilait et se soulevait une dernière fois sous le baiser du dieu triomphant.

— Non, me dis-je à part moi, les eaux, les fleurs et les statues en ont menti. Ni l'antiquité, ni la Renaissance ne sont mortes, elles tressaillent toujours dans les libres de la nature et de l'humanité. Biles sont là, dans oe tableau, vivantes, indestructibles.

Et voici que mes yeux tombèrent sur un vase de fleurs, qui sortait d'une haie de buis, tout près de moi. Ce vase contenait, au milieu de quelques myosotis, un magnifique exemplaire de cette fleur étrange qu'on rencontre aussi, comme un grave symbole, dans les plus beaux jardins du monde, à Corfou et aux îles Borromées, et qu'on nomme fleur de la passion. On a cru y retrouver tous les instruments du supplice de Golgotha. Son stigmate triangulaire figure en efiet la croix ; ses étamines noires ressemblent à des marteaux; les taches de son calice largement ouvert font penser à des clous; et les extrémités jaunâtres de ses feuilles d'un bleu sombre rappellent la couronne d'épines. Cette fleur tragique jetait une note funèbre dans ce concert de langueurs et de voluptés expirantes. Après les fleurs d'amour et de joie, la fleur de la passion voulut aussi me parler et me dit : « Mes sœurs heu-

relises peuvent mourir en souriant; moi je leur survis comme la plus vivace, et je pleure en silence sur la douleur du monde. A cette heure, la joie et la beauté ont quitté la terre. Le seul Dieu qui règne encore est celui qui est mort sur la croix. Il faut savoir souffrir et mourir pour retrouver le ciel. »

A peine le soleil eut-il disparu que tout s'assombrit. Brusquement un voile gris s'étendit sur la villa d'Esté et sur ses alentours. Les énormes cônes noirs des cyprès prirent un aspect lugubre et ne semblèrent plus que des fantômes géants, gardiens d'un champ funèbre. Une teinte cadavérique s'étendit sur les bassins et les statues. Au haut de l'escalier, la féerique villa avait pris l'aspect d'un mausolée couronnant un cimetière abandonné.

Je me hâtai de quitter le jardin enchanté, qui, à cette heure, avait perdu toute sa magie, et je regagnai en hâte Tivoli. Là, je voulus faire une dernière visite à la cascade et entendre ce que disait à la nuit le Teverone. C'est le nom que le peuple romain a donné à l'antique Anio.

Traversant le pont qui enjambe le torrent, audessus de la cataracte, je descendis par le sentier en spirale dans le gouffre jusqu'à la grotte de Neptune. Le crépuscule était venu. A peine une lueur mourante du jour éclairait-elle encore les parois de la caverne creusée par les eaux dans les entrailles du mont. La cataracte mugissait dans les ténèbres avec un rhombe terrible. On aurait pu se croire dans un de ces abîmes de l'Enfer du Dante, oïl les démons font rage. Comme je cherchais un

coin pour m'asseoir dans les anfractuosités du roc, une chauve-souris s'en échappa en me frôlant. Je ne sais pourquoi, la sinistre rôdeuse nocturne me fit penser à une curieuse poésie sur l'Ame humaine de l'empereur Hadrien, le constructeur de la villa d'en bas, qui jadis résidai-t en ces lieux et avait pris possession de toute la montagne de Tivoli comme d'un sanctuaire consacré à ses souvenirs et à sa gloire. Jamais on n'a mieux décrit les errances inquiètes de l'âme après la mort que dans ces petits vers énigmatiques : Animula vagiila^ blandula.... Ils ont Tair de sillonner les ténèbres d'un vol sournois et saccadé, comme la petite bête hybride et ailée du crépuscule.

Petite âme vagabonde et luisante, hôtesse et compagne du corps, — flamme ou petite étincelle — ensevelie sous les ténèbres — fumantes de lenfer, hélas ! je suis emportée — comme une vaine image, fable de l'ombre — ou noire épouse pleurant — son corps comme un mari défunt. — Je me condamne à la peine de naître, — ni vivante ni morte, — pareille à la chauve-souris, — après la chute du jour divin, — je me traîne nocturne et ennuyée — jusqu'à la résurrection de Lucifer (l'étoile du matin) donec resurget Lucifer.

Comme enveloppé par le bruit des eaux, qui semblaient vouloir m'entraîner dans leur chute, je m'étais répété ces vers mélancoliques, et je pensais : 0 décevante histoire, ô éternelle incertitude des philosophies et des religions ! L'empereur Hadrien fut un grand érudit et l'un des hommes les plus intelligents de son époque. Il avait parcouru tout son empire en artiste et en penseur. Il avait inspecté Delphes, Athènes, Eleusis, Memphis et ïiièbes. Il

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avait fouillé la Grèce, l'Afrique, TEspagne et les Gaules. Partout il avait fait bâtir des monuments gigantesques qui bravent lés siècles. 11 avait édifié pour lui-même le plus colossal des tombeaux, qui subsiste encore et dont on a fait le château Saint- Ange. Mais quand, au bord de l'autre rive, il méditait sur son sort d'outre-tombe, cette élégie crépusculaire est tout ce qu'il sut découvrir ou soupçonner sur la destinée de sa pauvre âme d'empereur, battue par les vents du Tartare. 11 la voyait emportée par la tempête sous l'image d'une chauve-souris !

Je sortis de la grotte pour échapper à ces images lugubres, à ces tristes pensées.

Une heure après, j'étais debout au-dessus du goufire, sur la petite terrasse de l'ancien sanctuaire de la Sibylle. La nuit avait tout confondu en masses noires, mais la lune ascendante détachait, audessus de l'abîme, comme une lanterne, l'élégante colonnade semi-circulaire du temple de Vesta. Dans les profondeurs, la voix de l'Anio tamisée par la distance roulait majestueuse et grave.

Alors un autre souvenir me vint. Il y a de cela une centaine d'années, Chateaubriand passait ici avec son amie M""* de Beaumont déjà presque mourante. Leur voiture s'étant arrêtée sur le pont, l'illustre écrivain proposa à la frêle malade de visiter la cascade et de descendre dans la grotte de Neptune. Elle fit un effort pour se soulever, mais, se sentant trop faible pour marcher, se laissa choir au fond de la berline en disant : « Il faut laisser tomber les flots ! »

Ah ! quelle résignation mélancolique dans ce cri d'une femme sur l'insaisissable bonheur dans la fuite

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du temps, véritable cri d'une âme qui a cherché la paix dans un autre cœur, mais qui n'a trouvé de patfie ni sur la terre, ni dans le ciel. Et Chateaubriand lui-même a-t-il gardé de ce paysage et de cet épisode une foi plus vive, une certitude plus consolante? Voici ce qu'il en disait plus tard: « Flots qui vous précipitez dans cette nuit profonde, disparaissez-vous plus vite que les jours de l'homme ou pouvez-vous nous dire ce que c'est que fhomme, vous qui avez vu passer tant de générations? »

Ainsi, après deux mille ans de christianisme, l'homme n'en sait pas plus long sur le destin de l'âme et sur son au-delà. Au contraire, on dirait plutôt qu'il a reculé du demi-jour du doute dans les ténèbres de la négation. Et pourtant il y a eu des Temples, des Prophètes, des Voyants et des Sibylles. Que diraient-ils aujourd'hui?

Telles furent mes pensées à la fin de cette journée passée à la villa d'Esté. Le lendemain, en faisant mes adieux à Rome, à ses fontaines et à l'Italie, je ne cessai pas de rêver aux paroles de la tendre et malheureuse amante à son illustre ami, au moment de défaillir et de quitter ce monde. Et depuis lors, chaque fois que j'évoquais dans ma mémoire le site de Tivoli, j'entendais planer sur le rhombe monotone de la cataracte, dans le goulfre harmonieux, les mots fatidiques de M™* de Beaumont, qui s'appliquent à toutes les choses humaines : « Il faut laisser tomber les flots I »

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