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II. — Dêbora

La seconde des prophétesses de la Bible est la fameuse Débora.

Gomme beaucoup de prophètes, elle apparut à une époque de calamité publique. Les Benê- Israël étaient tombés aux mains d’Iabin, roi du Kenaân, qui les opprimait et les pressurait.

Debora signifie l-abeille.

Peut-être était-ce le véritable nom de la prophétesse, car les noms d’animaux n’étaient point rares chez les Benê-Israël.

Peut-être était-ce un de ces surnoms que les nabis se donnaient parfois, ou qu’on leur donnait. Et celui-ci eût été particulièrement bien appliqué à cette femme active, industrieuse et cruelle, dont la bouche distillait le miel de la poésie.

Elle habitait la province montagneuse et viticole d’Éphraïm. Qui dit montagne dit isolement et ignorance, qui dit vigne dit alcoolisme et dégénérescence mentale. Aussi verrons-nous plusieurs prophètes sortir de la montagne d’Éphraïm.

A cette époque, les Benê-Israël n’avaient point de tribunaux, et les particuliers chargeaient les personnes les plus considérables de la tribu de régler leurs différends. On s’en rapportait

de préférence à celles qu’on croyait douées d’une clairvoyance particulière. Telle qui devinait les pensées ou paraissait prédire l’avenir, semblait toute indiquée pour rendre la justice, et l’on s’adressait à la prophétesse ou à la pythonisse, comme ailleurs aux sybilles cuméenne, érythréenne, samienne, cumane, phrygienne, hellespontiaque ou aux druidesses hurlantes des bords de la Loire.

L’arbitre siégeait probablement les jours de foire et de marché, et rendait ses sentences en présence du peuple. De là, pour lui, la nécessité de se tenir en plein air, faute de salles assez spacieuses, que le climat du Kenaân eût du reste rendues inutiles.

Il s’installait sous un arbre, et l’on allait trouver Débora sous son palmier de Rama, comme plus tard on alla trouver saint Louis sous son chêne de Yincennes.

« Débora, prophétesse, femme de Lappidoth, lit-on dans le livre des Juges , jugeait en ce temps Israël. Elle résidait sous le palmier de Débora, entre Rama et Bethel, dans la montagne

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d Éphraïm. Vers elle montaient pour les jugements les Benê-Israël ‘. »

J’ai dit que les dégénérés constituaient, dans la machine sociale, des organes utiles. Ils jouent le rôle de déclics. Ils jouent parfois aussi celui de soupapes de sûreté. Quand l’oppression devient trop grande, quand la pression de la vapeur sur les parois de la chaudière menace de faire sauter la machine, ils suscitent les révoltes et les insurrections.

Déhora souleva contre Iabin une partie des Benê-Israël.

Elle s’adressa à un nommé ou surnommé Baraq, c’est-à-dire la Foudre.

« Débora manda Baraq, fils d’Abinoam, de Qédesch en Naphtali, et lui fit dire :

« Voici ce que t’ordonne lahvé, l’Elohim d’Israël : Marche au mont Thabor, et avec toi prends dix mille hommes des Benê-Naphtali et des Benê-Zeboulon. Au Nahal-Qischon, je t amènerai Sissera, le chef de Barmée d’Iabin,

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ses chariots, ses bandes, et je le livrerai en tes mains.

« Si tn viens avec moi, je marcherai; mais

si tu ne viens pas, je n’irai pas, lui répondit Baraq. »

— « J’irai, repartit Débora, seulement il n’y aura pas pour toi. de gloire dans ton chemin, car c’est dans la main d’une femme qu’Iahvé aura livré Sissera. »

Se levant, Débora se rendit à Qédeseh, ainsi que Baraq.

Baraq appela Zeboulon et Naphtali à Qédeseh.

A sa suite marchèrent dix mille hommes.

Avec Baraq se tenait Débora h »

Elle-même entraînâtes montagnards d’Éphraïm, les Beniaminites, les juges de Makir, les chefs d’Issakar. Les tribus maritimes de Dan et d’Ascher, polies par le frottement des races, plus civilisées et moins impulsives, restèrent auprès de leurs vaisseaux. Sissera s’avança contre les rebelles.

« Lève-toi, dit Débora à Baraq, car voici le

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