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Évangile selon Loukas, II

ÉLIE

Schimeôn se trouvait, paraît-il, au temple, au moment où les parents d’Ieschou de Nazareth (Jésus-Christ) y apportèrent leur enfant nouveau-né, pour y accomplir les rites prescrits par le Lévitique.

Tout à son idée fixe, il prit l’enfant dans ses bras, et prononça ces paroles :

« Maintenant, ô maître, tu congédies ton serviteur en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut que tu prépares à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations, et gloire de ton peuple Israël. »

Puis, s’adressant à Myriam, la mère d’Ieschou :

« Celui-ci, certes, est mis pour letrébuchement et pour le relèvement de beaucoup en Israël, et pour signe de contradiction, — et une épée aussi traversera ton âme, — afin que sbient découvertes les pensées de nombreux cœurs. »

Il y avait pareillement Anna la prophétesse, fille de Phanuel, de la tribu d’Asùr, laquelle était déjà d’âge avancé, et avait, depuis son état de jeune fille, vécu sept ans avec son mari. Veuve de quatre-vingt-quatre ans, elle ne bougeait du

temple, servant nuit et jour en jeûnes et pneres. Celle-ci donc, survenant au même instant, louait aussi de son côté le Seigneur et parlait de lui à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem 1 . ».

Il se peut que cette anecdote, qu’on-ne trouve du reste que dans le moins historique des quatre évangiles orthodoxes, ne soit qu’une légende destinée à corroborer cette croyance qu’Ieschou de Nazareth était bien le Mesehiach (Messie) attendu par le peuple et prédit par les nabis.

Mais il se peut aussi qu’elle ait une base réelle, et que les propos incohérents tenus par les deux mystiques, propos que les parents d’Iesehou ne manquèrent pas de lui répéter plus tard, aient puissamment contribué à engendrer son délire.

D’ailleurs, si les propos de Scbimeôn, qui sans doute dut les tenir à l’égard de beaucoup d’autres enfants, visaient directement Iesehou, il n’en est pas de même de ceux de Hanna.

Il résulte simplement du récit de l’évangéliste

i. Évangile selon Loukas, II,

que, survenant au moment où Schimeon faisait allusion au Meschiach, la vieille folle se mit à délirer elle-même sur un sujet qui lui était, comme à tous les dévots de cette époque, des plus familiers.

Il est à remarquer que Hanna était veuve, et de plus âgée de quatre-vingt-quatre ans. C’est là deux conditions favorables à l’éclosion du mysticisme.

Le veuvage à pour effet un bouleversement dans la vie génitale. La femme, privée du coït, ou S’onanise ou vit dans la chasteté. Dans le premier cas, elle se fatigue et se détraque. Dans le second cas, elle résorbe des toxines génitales.

A ces causes, il faut ajouter le changement d’existence, la solitude, les soucis relatifs à la vie matérielle.

De là des désordres nerveux et mentaux, qui souvent aboutissent à l’hÿSléricisme, à l’hystérie, à la neurasthénie, à la tristesse chronique, à la mélancolie.

La veuve cherche à se consoler de la réalité dans le rêve, et celui qui s’offre le plus souvent à elle est le rêve religieux.

Les idées religieuses s’installent d’autant mieux en elle, que, dans les états morbides énumérés, sa suggestibilité est augmentée.

La vieillesse agit d’une autre manière. Il se produit dans les neurones du vieillard une modification chimique particulière, qui a pour conséquence la formation du pigment jaune.

Beaucoup de ces neurones dégénèrent, plusieurs disparaissent, d’autres fonctionnent mal; ce qui réduit d’autant le champ de sa conscience. Gomme le vieillard dispose de moins d’images et de moins d’idées, sa réflexion est moins profonde et moins étendue, moins longue aussi, car son cerveau se fatigue aussi vite que ses muscles, Or, quand la réflexion diminue d’intensité, la suggestibilité augmente. Aussi le vieillard se laisse-t-il facilement suggestionner, surtout par les propagandistes religieux, qui atténuent d’un peu d’espoir sa crainte de la mort prochaine.

Telle est la double raison pour laquelle on rencontre dans les églises tant de filles et tant de veuves, surtout tant de filles et de veuves âgées. Le cas de Hanna ne fait qu’illustrer une loi générale.

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