‹ Les prophètes juifsChapitre 14 sur 136 · Spinoza, Traité théologico-politique , p · texte numérisé non relu

Spinoza, Traité théologico-politique , p

ver tout de forces surnaturelles : les hautes pensées, les grandes résolutions, les inventions utiles et surtout les songes à vives images venaient d’ün dieu. Les hommes supérieurs se vantaient eux-mêmes de relations avec la divinité. Sous les récits merveilleux de la Bible, il faut chercher des faits naturels et simples exprimés selon les habitudes des peuples.

Pour lui, comme pour Spinoza, les miracles donc sont des faits naturels et simples, dénaturés dans leurs causes, leur but, leurs circonstances et leur signification par l’imagination et le sentiment des narrateurs.

Vers la même époque, Friedrich Schleiermacher, à l’exemple de Julianus l’Apostat, oppose le quatrième évangile aux Synoptiques, et Ferdinand de Baur débarrasse la morale d’Ieschou de Nazareth des additions dogmatiques postérieures

Heinrich Paulus distingue, dans toute narration, l’élément objectif et l’élément subjectif, le fait en lui-même et la façon dont il s’est réfracté dans le cerveau humain. Pour lui, les Évangiles sont des histoires écrites par des hommes cré-

dules, sous l’empire d’une vive imagination et d’un goût très vif pour le merveilleux.

Enfin, au milieu de ce siècle, le dopteur Astruc montre que la Genèse est une ■esinpilation de deux ou trois mémoires rédigés par des auteurs différents, et sépare les documents élohistes des documents jéhovistes.

Actuellement, l’école rationaliste se divise en deux écoles secondaires.

Pour les disciples d’Ernest Renan, la Bible \ serait un mélange de faits historiques et de { légendes, où les faits historiques tiendraient la première place.

Pour Maurice Yernes — et il est vraiment curieux de retrouver, chez ce distingué critique, ce souci de l’allégorie, de l’anagogie, des sens psychique et pneumatique de la Bible, qui fut celui d’Origenès, de Philôn et des théologiens du moyen âge — pour Maurice Yernes, élève de John Toland, de Harry Saint-John de Bolinghroke et de David Strauss, la Bible serait une a œuvre philosophique et littéraire, un tissu de fables et de légendes, où la trame de l’histoire serait à peine perceptible.

Voici, par exemple, son opinion sur les écrits des prophètes :

« Nous sommes arrivés à nous poser la question suivante : Pouvons-nous conserver un noyau résistant, à l’abri des atteintes de la critique, ou devons-nous considérer toute la collection prophétique comme un assemblage de pièces composées en toute liberté d’après un thème fourni par les souvenirs du passé national? Nous avons personnellement soutenu la seconde de ces alternatives parce que, en présence des motifs de doute et d’hésitation qui se produisaient à chaque page, il nous semblait impossible de tracer une ligne de démarcation entre les portions authentiques et les portions inauthentiques. »

Voilà qui est clair. Le doute n’étant point, pour Maurice Vérnes, le « mol oreiller » dont parle Montaigne, il l’abandonne pour se reposer en cette certitude que la collection prophétique est une œuvre de la basse époque, et, selon son expression même, « le commentaire libre de l’histoire d’Israël écrit sous l’inspiration des vues

théologiques de la Restauration 1 » qui suivit Fexil de Babylone.

Les théologiens de la Restauration veulent, croit-il, adresser des leçons à leurs contemporains, et « ils les donnent sous le couvert d’hommes du passé, que, par une fiction très ingénieuse, ils replacent dans les circonstances mêmes où iis sont censés avoir vécus. »

Si les écrits des prophètes sont des compositions littéraires, leurs biographies sont, pour Maurice Yernes, de pures légendes.

Celles de Schemouël, d’Éliyahou, d’Élischa, par exemple, seraient « dues à des théologiens juifs, vivant à une époque où la nation avait perdu son indépendance et s’en consolant par d ingénieux commentaires sur le passé national 2 ».

J’ignore quelles considérations historiques ou linguistiques ont conduit Maurice Yernes à soutenir une thèse qui présente du moins l’immense avantage de supprimer purement et sim-

1. Maurice Vernes, Article Prophètes de la Grande Encyclopédie.

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