I, Schemouël, i
J’aborderai, à propos de cette prédiction, un sujet considéré comme scabreux. Je pourrais m’en excuser. Je ne le ferai pas; estimant que la pudeur, telle qu’elle est comprise de nos jours, est un sentiment ridicule au premier chef.
On sait qu’il y a deux morales, la morale scientifique, qui a sa source dans la raison et qui s’appuie sur l’observation des phénomènes sociaux, sur la sociologie, et la morale traditionnelle, qui a sa source dans les sentiments et s’appuie sur les dogmes.
La morale traditionnelle admet que certaines parties du corps sont honteuses, qu’elles doivent être cachées au regard, et qu’on n’en doit point parler. Ces parties seraient honteuses, parce qu’elles sont le siège d’une volupté qui est condamnée par certaines religions, surtout par la religion catholique.
La morale scientifique estime que la volupté sexuelle n’est pas plus condamnable que la volupté provoquée par les saveurs, les parfums et la musique, et elle s’en remet à l'hygiène et à l’esthétique pour déterminer quelles parties du corps doivent être cachées au regard, et com-
ment doivent être réglées les fonctions sexuelles.
Or, en cette matière, les hygiénistes condamnent le défaut, l’excès et la perversion, également nuisibles à la santé de l’individu et de la race, mais conseillent l’exercice normal et modéré, nécessaire au bon équilibre des fonctions et des facultés. Les esthéticiens d’autre part et les plus grands artistes estiment que le corps de l’homme ou de la femme est un tout harmonieux, et qu’il n’y a lieu de cacher aucune de ses parties. La ridicule feuille de vigne est aujourd’hui condamnée, et une admirable poésie de Théophile Gautier en a fait justice.
Dans ces conditions, la pudeur doit être ramenée à de plus justes limites. Elle ne doit s’appliquer qu’à ce qui est laid. C’était du reste ainsi qu’on la comprenait avant le triomphe du christianisme. Les anciens voulaient que les gens difformes et les vieillards se couvrissent le corps, mais, en revanche, ils faisaient courir nus sur le stade des jeunes hommes et même des jeunes filles, des vierges, qui, étant belles, ne songeaient nullement à s’en offusquer.
Au surplus, la pudeur chrétienne va directe-
ment contre son but. Elle conduit à des excitations et à des perversions dont nous n’ayons que trop d’exemples.
D’ailleurs, ce sentiment qui, ainsi compris, est l’œuvre de la suggestion, s’éveille et s’éteint par suggestion le plus aisément du monde.
Nous autres médecins, nous savons bien que si, interrogeant une femme sur ses fonctions sexuelles, nous usons de circonlocutions, nous lui suggérons aussitôt le sentiment que nous paraissons éprouver, et que le rouge de la honte lui monte aussitôt au visage. Si, au contraire, nous employons froidement le mot propre, elle répond, la plupart du temps, sur le même ton et sans aucune gêne.
Ceci dit, je reviens à la stérilité de Hanna et à sa guérison.
Il est évident que la stérilité de la femme due à l’absence, à l’atrophie ou à la dégénérescence sclérokystique des ovaires, à l’antéflexion congénitale de l’utérus, aux atrésies du col, aux malformations du vagin empêchant la copulation, ou à l’incongruence des deux éléments sexuels mâle et femelle,
ne saurait être modifiée par suggestion.
Mais peut-être n’en est-il pas de même de la stérilité due aux salpingites ou aux métrites, les premières déterminant un boursouflement de la muqueuse salpingienne qui en arrive à fermer l’isthme, les secondes des sécrétions mortelles pour les zoospermes ou une turgescence de la muqueuse utérine qui empêche la nidation.
C’est qu’en effet il s’agit là de maladies inflammatoires, et que, par l’intermédiaire des neurones vaso-moteurs ou trophiques, il semble qu’on puisse agir par suggestion sur les tissus enflammés.
Bien mieux, il existe une stérilité d’origine nerveuse. D après la théorie de Pflüger, reprise par Eugène Coulonjou 1 , le follicule ovarien en voie de croissance déterminerait une compression et peut-être une irritation chimique des filets nerveux centripètes qui l’entourent. Les ondulations nerveuses ainsi produites gagneraient la moelle, puis reviendraient à l’ovaire
1 . Eugène Coulonjou. Sur S aménorrhée d Archives de neurologie, octobre 1899 .
’origine nervéuse t
par les nerfs vaso-moteurs. Il en résulterait une vaso-dilatation intense, qui aurait pour conséquence la rupture des vaisseaux et des follicules ovariens et une hémorrhagie entraînant l’ovule dans l’utérus. L’ovulation, d’une part, la menstruation, del’autre, seraient donc sous l’influence directe dusystème nerveux. Un grand nombre de faits plaident en faveur de cette manière de voir.
Pour ce qui est de la menstruation, Eugène Coulonjou cite cinq cas d’affections mentales compliquées d’aménorrhée. Chez une maniaque, les menstrues étaient supprimées à chaque accès.
Une violente terreur -ou un grand chagrin peut aussi les interrompre brusquement ou déterminer une métrorrhagie. Enfin, on peut faire cesser ces deux états morbides par suggestion, ainsi que l’ont montré Auguste Voisin % Burot % Journée 3 , Marandon de Montyel 4 , Lie-
1. Auguste Voisin. Communication à la Société médicopsychologique. Séance du 29 novembre 1886.
2. Burot. Gi'ande hystérie guérie par l’emploi de la suggestion et de l’autosuggestion. Revue de l’hypnotisme, 1891.
3. Journée. Petite hystérie et troubles dysménorrhéiques traités par la suggestion hypnotique. Revue de l’hypnotisme,
4. Marandon de Montyel. Deux cas de fausse grossesse . Revue de l’hypnotisme, 1897, p. 289.
LÉS PROPHÈTES JOlFS
plaide en faveur d’une anomalie mentale chez beault, Bernheim, Dècle, Edgard Bérillon % André Gascard 1 2 , Bugney, Milne Bramwell, Jules Voisin, Paul Joire.
D’ailleurs l’ovulation pouvant se produire sans la menstruation, et une aménorrhéique pouvant être fécondée, il ne suffit pas de prouver qu’on peut agir par suggestion sur la fonction cataméniale, pour qu’il soit démontré qu’on peut agir de même sur la stérilité.
Mais il y a d’autres preuves. On sait que les névroses produisent des effets fâcheux sur 1 ovulation, et il existe des cas nombreux où des altérations subites du système nerveux ont enrayé soudain la fonction ovarique. Marandon de Montyel a constaté que les familles où les affections mentales sont héréditaires se distinguaient par une fréquence plus grande de la stérilité (1 sur 7), ce qui, soit dit en passant,
1. Edgard Bérillon, XVI» session de l’Association pour 1 avancement des sciences médicales. Séances des 22 et 24 septembre 1887.