BABYLOINE. CH. II
par l'effet du temps et de la dévastation. Les faces méridionales et septentrionales en sont trèsescarpées '^ C'est ainsi que le tem])ie de Bel « s'est incliné. »
« J'étendrai ma main sur toi^ et Je te roulerai c( en bas du haut des rochers , et je te réduirai « en montagne embrasée. » — On trouve sur le sonmiet de la colline d'énormes fragments de constructions en briques , sans formes arrêtées , et qui ont été converties en des masses complètement vitrifiées '^^ Quelques-uns de ces énormes fragments ont douze pieds de haut sur vingt-quatre de circonférence , et comme la construction en brique encore debout est parfaitement conservée , le changement qui s'est fait dans ces fragments ne peut être attriljué qu'à l'ardeur d'un feu égal à celui de la fournaise, ou plutôt qu'aux effets de la foudre ^\ — Ces ruines sont entièrement fondues , ce qui porterait à croire que le feu a été employé comme moyen pour la destruction de cette tour. — L'action du feu sur ces débris , dit Buckingham, s'est prolongée après leur chute, et , suivant l'expression de Keppel , cette ruine ressemble à ce que les Ecritures avaient annoncé d'elle , qu'elle deviendrait « une montagne embrasée. » Dans la prophétie contre Babylone , il est clairement annoncé que le feu sera employé contre elle; Jérémie l'indique évidemment quand il dit : « Comme (c dans la subversion que Dieu a faite de Sodome « et de Gomorhe. » Et nous savons que « l'Eternel fit pleuvoir des cieux sur ces villes du soufre et du feu, )) — « Ses portes qui sont si hautes seront ft brûlées ; ainsi les peuples auront travaillé pour « néant, et les nations pour le feu, et elles s'y
(79) Porter, vol. II, p. 310.
(80) Ricb, p, 36. — (81) Mignan, p. 207.
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« seront lassées ^\ » — On peut retrouver dans beaucoup de ces fragments sans formes les effets graduels de la puissance consumante; on voit dans bien des endroits cette teinte verdâtre que l'on aperçoit dans les masses vitrifiées des verreries; en même temps que l'on distingue ces traces du feu (et quel feu ! ) qui a précipité ces masses de leur immense élévation , on peut encore remarquer les restes de ciment qui, s'étant durcis avec les briques, sonnent comme du verre. En examinant la base de la muraille encore debout, on trouve qu'elle n'a point été atteinte par ce changement et qu'elle est toujours dans son état primitif; ce qui me porte à conclure, continue sir R. K, Porter, que le feu est venu d'en haut , et que la ruine est tombée d'une plus grande élévation que celle du fragment encore debout. Le feu qui a pu produire de tels effets a dû être plus fort que celui de la plus ardente fournaise , et d'après l'apparence de la fente que présente le mur , et l'aspect des substances vitrifiées, je serais porté à attribuer cette catastrophe à l'action de la foudre; des ruines produites par l'explosion de quelque matière combustible présenteraient une tout autre apparence ^'\
Les masses tombées démontrent clairement que l'action du feu a été d'une longue durée après la destruction de l'édifice ; car chaque partie de la surface a été également soumise à son influence; dans beaucoup d'endroits les formes se sont arrondies et on ne peut distinguer une masse de l'autre par aucune apparence de meilleure conservation ^\ Les hautes portes du temple de
(82) Jérém., LI, 58. — Keppel, p. 194, 195.
(83) Sir R. K. Porter, vol. II, p. 312, 313.
(84) Buckingham, vol. II, p. 376.
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Bolus, encore HcImmiI <hi teiJi]>s d'IIéiodolo^ oui été (( brûlées »; U^s énormes IVijgmenls vilrifiés qui tonihèreni lors^jue « Bel se lui ineliîté » sont eneore (M)ueliés sur ses liantes ruines. «La main « (le TElejnel a été étendue sur lui , et il l'a roulé (V en bas du haut des rochers, et il a été réduil « en montagne embrasée. »
« Et on ne pourra prendre de toi aucune pierre «pour servir d'angle.^ ni aucune pierre pour « servir de fondement; car tu seras réduite en «ruines perpétuelles , dit l'Eternel. » — Les restes ruinés de Sion seront rebâtis , ses désolations seront relevées; Jérusalem sera habitée de nouveau, sur remplacement même de Jérusalem; mais il n'en sera pas de Bel comme de Sion, ni de Babylone comme de Jérusalem; car de même que les monceaux de décombres saturés de nitre qui couvrentlaplace de Babylone ne peuvent pas être cultivés ^^5 de même les substances vitrifiées qui couvrent le sommet de Birs Nimroud ne peuvent être reconstruites. Il est vrai qu'elles sont composées des matériaux les pFus durs, des éléments les plus indestructibles; mais quoiqu'elles aient formé autrefois les tours les plus élevées du temple de Bélos, elles sont maintenant hors d'état d'être taillées ^ et ne peuvent plus « servir d'angle ni servir de fon- « dement ». Et les briques qui font encore partie de la muraille solide ^ et qui ne sont ni fondues ni brûlées , sont cependant si fortement cimentées que^ selon M. Rich^ il serait impossible de les en détacher entières ^^; ou, comme le dit le capitaine Mignan , il ne serait pas possible d'en détacher une seule ^^ — Malgré tous mes efforts je ne pus en détacher une seule ^% dit Por-
(85) Rich, }>. 16. — (86) Rich, p. 36.
(87) Mignan, p. ^06. — (8b) Porter, vol. II, p. 311.
ter; et Buckingham , voulant assigner une raison à la disparition totale des murailles , et en parlant du Birs Nimroud , dit : Les seules briques dont on puisse se servir se trouvent dans les ruines des grands monuments deMujélibé, de Kar et de Birs Nimroud, et il est si difficile, ou plutôt si impossible de les extraire entières, à cause de la force du ciment, qu'il est très probable qu'on n'a jamais eu recours à ce moyen tant qu'il est resté des pans de murailles; quelquefois encore on creuse la rive occidentale du fleuve pour en extraire des briques, mais la dépense est considérable et le résultat très peu satisfaisant^^. — On ne trouve pas une seule brique entière dans les environs de la tour ®^.
Ces témoignages réunis , sans aucune allusion à la prédiction, en sont le meilleur commentaire. Ainsi, tandis qu'il a été dit de Babylone qu'elle <( serait rasée au loin » , et que véritablement dans bien des endroits il «n'y a rien de reste», cependant de la « montagne embrasée » , dont les ruines suffiraient à elles seules pour la construction d'une ville magnifique, on ne retire pas une seule pierre pour placer à l'angte , ni pour servir de fondement.
« Mérodac est brisé » . Mérodac était un nom ou un titre donné aux princes et aux rois de Babylone; l'Écriture sainte y fait allusion deux fois. Elle parle de Mérodac-Baîadan, fils de Baladan, roi de Babylone, qui tenait les rênes du gouvernement; et d'Evil-Mérodac, qui vivait du temps de Jérémie. De ce que ce nom de Mérodac est associé à celui de Bel, ou du temple de Belus, et de la ressemblance du jugement prononcé contre eux (l'un devait être c( incliné » et l'autre
(89) Buckingham, voU II, p. 332. — (90) Porter, II, 329.
1^8 ÏJAOYLONE. en. II.
w brisé) » , on peut raisonnableinenl conclure que Mérodac était le nom de quelque autre f^rand édifice de Bahylone; et en même temps, d'après ridentité de ce nom avec celui des rois de lîabylone, et même avec celui d'Evil-Mérodac, qui vivait du temps de Jérémie, il est assez probable que le prophète voulait parler du palais même des princes. Il est plus que vraisemblable qu'après le temple païen, qu'après le siège d'un culte corrompu et destructeur, c'était sur la demeure royale du tyran qui opprimait si cruellement le peuple d'Israël et qui faisait trembler toute la terre , que tomberait plus particulièrement la malédiction de Dieu. En effet, en seconde ligne, et inférieur seulement en grandeur aux ruines de Birs-Nimroud , vient le Mujélibé ou Màkloubé, que les voyageurs regardent comme l'ancienne résidence des rois de Babylone.
Le palais du roi des Babyloniens rivalisait presque en grandeur avec le temple de leur dieu. Il y a eu même diversité d'opinions à ce sujet; cependant Fentière désolation est la même pour les deux : l'un « s'est incliné » , et l'autre a été « brisé. » Les deux palais de Babylone avaient de belles fortifications ; le plus grand était entouré de trois hautes et larges murailles ^\
Lors de la prise de la ville par Démétrius, il s'empara d'un des châteaux par surprise et en chassa la garnison , qu'il remplaça par 7000 hommes de ses troupes ^^ Il ne put se rendre maître de l'autre palais. Ces faits nous prouvent quelles en étaient encore la grandeur et la force , 300 ans après la prédiction. La solidité des constructions aurait dû en assurer Pexistence pendant des siècles entiers, et il n'y eut jamais un
(91) Diod. Sic, 1. II. — Héiod., 1, I, ch. clxxxi.
(92) Plutarque, Vie de Démétrius.
contraste plus frappant qu'entre l'ancienne magnificence de ces palais et leur désolation actuelle. On voit encore quelques pans des murailles qui environnaient ce site , et qui servent à en établir l'identité avec Mujélibé, comme le nom de Mérodac s'identifie avec celui du palais. « 11 a été^ « brisé; ^) d'oîi lui vient le nom de Mujélibé, qui signifie renversé ^ détruit. Sa circonférence est d'environ un demi-milte , et son élévation de 140 pieds; mais c'est un monceau de décombres dans lequel il est impossible de distinguer quelque forme que ce soit^\
On a pu s'assurer qu^il existait des chambres ^ des corridors, des cellules de grandeurs diverses, et construits de différents matériaux ^\ C'est le repaire des bétes sauvages et des fouines. « Les « animaux féroces s'entre-répondront dans ses pa- « lais désolés , et les dragons dans ses maisons de « plaisance.» — On rencontre à chaque pas parmi €es ruines des reptiles venimeux ^". — Les côtés ont été creusés par l'effet du temps, et les grandes pluies ont formé plusieurs canaux qui se sont réunis et forment des ravines dont le sol est profondément pénétré ^^; les côtés de la ruine offrent des creux faits par les pluies ^^ — « On t'a fait <^ descendre au sépulcre au fond de la fosse.»
« Ceux qui te verront te regarderont , et te « considéreront , disant : N'est-ce pas ici cet « homme qui faisait trembler la terre, qui ébran- « laities royaumes^^?»Il suffit de regarder, d'examiner avec attention la vue de l'emplacement de Mujélibé, pour se convaincre que le palais de ces rois orgueilleux comme Lucifer, qui s'élevaieut
(9a) Delia Valle. — Buckingham, vol. Il, p. 273.
(94) Buckingham, vol. Il, p. 274 — (95) Mignan, p, 468.
(96) Rich, p. 29. •— (97) Mignan, p. 167.
(98) Esaïe, XIV, 16.
i(K) iJAiiVLo-Mî:. cil. 11.
au-dessus des étoiles du Dieu fort, a a éU; renversé, « foulé et lu'isé"'*. » — Kn me pronuMi.'int au milieu de ees [)ierres et de ees immenses IVaf^ments, en contemplant la sublimité de ces ruines gigantesques , je me reportais naturellement, dit ie capitaine Mignan/a ces temps d'ancienne s])lendeur, où de larges murailles s'élevaient orgueilleusement sur ce même site ; je me disais : Autrelois ces salles résonnaient de chants joyeux; ici se donnaient des festins magnifiques, ici retentissaient des yoix qui ont depuis longtemps cessé de se faire entendre sur la terre. Ce monceau était jadis le séjour du luxe et de la débauche; maintenant il n'offre plus qu'une désolation complète et une. preuve de la justice des jugements du ciel. Il est solitaire ; la cabane du berger ne vient pas même égayer cette affreuse solitude. — « On a « fait descendre ta magnificence dans le sépulcre, « avec le bruit de tes instruments ; tu es couché « sur une couche de vers , et la v ermine te
« couvre '^^. »
« Il n'y aura aucune muraille de Bat>ylone , << quelque large qu'elle soit , qui ne soit entière- « ment rasée. » —Telle était, au rapport des an-
(99) C'est à Tobligcance de sir Robert Porter que Tauteur a dà de pouvoir faire graver, d'après des dessins faits sur les lieux, les vues de BirsNimroucl et de Mujélibé. Ses Voyages en Perse^ en Babylonien etc. coiitiennent quatre vues de chacun de ces objets et Fou peut voir combien elles sont « abaissées et tombées en ruines. » On en trouve aussi de petites esquisses dans les Mines de l'Orient (Vienne) , dans les mémoires de Rich sur les ruines de Babylone, et dans les voyages de M. Buckingham, et encore dans les voyages du capitaine Mlgnan. Le lecteur curieux peut rapprocher le Mujélibé du magnifique tableau de la fête de Belsçatzar, de Marlhi. L'emplacement, car il n'y a plus de palais, est toujours le muiie. Tout le monde a entendu parler du temple de Bélus ; or l'imagination no saurait pas pins en exagérer la magnificence qu'elle ne pourrait se former la moindre idée de ce qu'il était jadis d'après ce qu'il en reste.
(-100) Esaïe, XIV, 11.
CH. II. BABYLONË. fOl
ciens historiens, la largeur de ces murailles , que six chariots pouvaient y passer de front. Elles subsistaient plus de mille ans après la prédiction ; on les mettait encore au nombre des sept merveilles du monde , bien des siècles après que la prophétie en eut annoncé la destruction. Mais qu'y a-t-il de plus étonnant pour nous aujourd'hui, et quel événement aurait pu paraître plus invraisemblable à un habitant de Babylone, au temps de la gloire et de la puissance de cette ville , que la destruction de ces murs fameux, destruction si complète qu'à peine peut-on en retrouver quelques traces certaines. « Tous les historiens s'accordent, dit M. Rich, quant à la hauteur de ces murailles, qui était de cinquante coudées; ayant été réduits à cette mesure, après avoir eu la prodigieuse hauteur de 350 pieds, par Darius Histaspe, lors de la révolte de la ville. Je n'ai pas été assez heureux pour en retrouver les moindres vestiges parmi les ruines de Hillah; ce qui me paraît assez extraordinaire , puisque nous savons qu'elles restèrent debout longtemps après la destruction de la ville, qu'elles servaient de clôture au parc des animaux, et que saint Jérôme nous dit qu'elles étaient en assez bon état à l'époque oil il vivait*^*. »
Ce fut dans le seizième siècle qu'elles furent vues pour la dernière fois par un voyageur européen ( du moins autant que l'auteur a pu s'en assurer). Il sera intéressant pour nous de suivre la marche de cette destruction , et de voir comment et quand elles furent détruites , ainsi que la ville dont elles avaient été si long-temps l'orgueil et la puissance.
«Pendant le temps que nous y restâmes, dit
(101) Rich, p. 4?, M.
n)2 «ABVLONE. Cil. II.
Rauwollï, j\3xaniinai cette élévation, et je découvris (jifil y avait deux luui ailles, l'une derrière l'autre (Hérodote rapporte qu'il y avait une muraille intérieure et une extérieure), séparées par un fossé, et s'étendant parallèlement au loin, et que d'espace en espace il y avait des ouvertures qne l'on pouvait considérer comme ayant été au trefois des portes. Ainsi j'ai tout lieu de croire que c'étaient là les anciennes murailles de la ville, et que les ouvertures indiquent la place des anciennes portes, au nombre de cent. Et ce qui donne du poids à cette opinion , c'est que je vis en quelques endroits, sous le sable qui couvre presque entièrement ces élévations, des restes de vieux murs*^^ »
Les villes de Séleucie, de Ctésiphon, de Destagered, de Kufa, et beaucoup d'autres de ces environs, et les villes modernes de Meschid-Ali, de Meschid-Tessein et d'Hillah, ainsi que d'autres villes, villages, et caravansérails sans nombre ,^ ont été construits probablement avec les matériaux des murs de Babylone^*^ Comme la ville, « ils ont été pillés jusqu'à ce qu'il n'y en ait rien de « reste. » Les pluies d'une longue suite de siècles et les débordements réguliers de l'Euphrate ont aussi probablement emporté les décombres et les débris des murailles dans le fossé d'oîi elles avaient été tirées jadis, jusqu'à ce que le sable du désert les eiit nivelées avec la plaine, et leur emplacement fait aujourd'hui partie du désert ; c'est ainsi que «les larges murailles de Babylone ont « été rasées. » Ne pouvons-nous pas dire d'après ce témoignage que les hautes murailles sont tombées , que la ville qui était l'orgueil des nations a été désolée , que le sol le plus fertile a
(102) Collection de Voyages, par Ray, p. 177, 178.
(103) Voyages de sir K K. Porter, vol, II, p, 338.