‹ Les prophéties et leur accomplissement littéralChapitre 9 sur 42 · BABYLONE. CH. II · texte numérisé non relu

BABYLONE. CH. II

et commanda à scîs couiiisans de s'informer de la cause de tout ce limmlle. (On sait qu'il avait déjà été iiiterjompn dans sa débauche par une main qui traçait devant lui, sur la muraille, des caractères mystérieux.) Ainsi fut accomplie la parole de celui qui dit de Cyrus : «11 accomplira toute ma « volonté; je délie les reins des rois, afin qu'on «ouvre devant lui les portes, et que les portes « ne soient point fermées. » Dès que les Perses virent les portes du palais s'ouvrir , ils s'y précipitèrent avec fureur. « Le roi de Babylone en « ouït le bruit , l'angoisse se saisit de lui , » et il fut massacré , lui et tous ceux qui l'entouraient. Dieu avait calculé son règne et y avait mis fin ; son royaume fut divisé et donné aux Mèdes et aux Perses ; cette même nuit ^ « ses principaux, « et ses sages et ses gouverneurs dormirent d'un «sommeil perpétuel, et ils ne se réveillèrent « plus^^. »

« Les gens d'élite tomberont dans les places , « et on fera perdre la parole à tous ces gens de « guerre en ces jours-là. » Cyrus envoya des troupes de cavalerie dans les rues et places , avec Tordre de passer au fil de Fépée tous ceux qui s'y trouveraient ; et il fit une ordonnance en langue syrienne , par laquelle il commandait à tous les habitants de rester dans leurs maisons sous peine de mort. On obéit à ces ordres^\ — « Si je ne « te remplis d'hommes comme de grillons ! » L'armée perse pénétra dans la ville avec autant de facilité que des grillons , et ses nombreuses cohortes semblaient vérifier la comparaison faite par le prophète. Après la prise de la ville, Cyrus déploya toute la force de sa cavalerie devant les Babyloniens , au centre de leur capitale;

(59) Hérod., I. I, cli. cxcf. — Xénophon, Cyrop. VII, 434, 439.

(60) Xénophon, V, 439.

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quatre mille gardes se tenaient devant les portes du palais, et deux mille de chaque côté. Ceuxci s'avancèrent comme Tavant-garde de Cyrus , et deux mille lanciers le suivaient. A ces derniers succédèrent quatre corps de cavalerie , composés de IO5OOO hommes chacun , et à ceux-ci on réunit encore la cavalerie des Mèdes , des Arméniens, des Hyrcaniens, des Caduriens et des Sariens , « tous montés sur des chevaux et rangés « en hommes de guerre contre elle^*. «Le cortège se terminait par des files de chariots , quatre de front 5 qui formèrent Tarrière-garde de cette multitude. Cyrus passa plus tard en revue , àBabylone , toute sa puissante armée, qui consistait enl20,000 hommes de cavalerie, 2000 chariots et 600,000 hommes d'infanterie.^^ Ainsi Babylone, qui jamais n'était tombée au pouvoir d'un ennemi, fut emportée par surprise , et « remplie d'hommes comme « de sauterelles. » Les Saintes Ecritures ne racontent nulle part la manière dont Babylone fut prise , et elles ne font jamais allusion à l'accomplissement des prophéties ; mais il y a presque dans tous les détails un accord parfait entre les prédictions des prophètes et les faits racontés par Hérodote et par Xénophon.

Selon qu'il avait été prédit, dès que Cyrus se fut rendu maître de Babylone (Esaïe, xlv, 1 , 4 ^^), il prit possession de ses trésors cachés. Jamais avant lui aucun ennemi n'avait osé se présenter devant elle. Il ne semblait pas qu'un homme put s'emparer de la grande Babylone ; mais elle fut une conquête facile pour le « pasteur du Seigneur. » Et de même qu'aujourd'hui on peut reconnaître que le Seigneur est l'Éternel , par la

(61) Xénophon 1. VIII, p. 494, 405. — (62) Ibid. XIII, 494, 495. (63) Esaïe fit ceUe prédiction 260 ans avant la prise de Babylone, 250 ans avant Hérodote et plus de 358 ans avant Xénophon.

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parfaite concordance des descriptions des prophètes avec celles de tons les voyagenrs <pii visitent anjonrd'lini les restes de cette Babylone tonte désolée et détrnite; de même alors Cyrus, (pii contemplait depnis deux ans les murailles extérieures de lîabylone, et désespérait de la réduire même par la famine , put s'assurer que « le « Dieu d'Esaïe , qui l'appelait par son nom, était « l'Eternel , par les trésors cachés et les riches- « ses secrètement gardées , » qu'il lui remit ainsi entre les mains. Lors donc que l'heure de la destruction eut sonné, Babylone fut prise; et lorsque l'époque prescrite pour la durée de la captivité des Juifs se fut écoulée , Cyrus accomplit encore la volonté de l'Eternel et devint leur libérateur.

« Ainsi a dit l'Eternel k son oint, à Cyrus , du- « quel j'ai pris la main droite, afin que je terrasse « les nations devant lui. » Cyrus commença sa carrière avec une petite armée de Perses ; nonseulement il succéda à la couronne des royaumes de Médie et de Perse, qui se trouvèrent ainsi réunis en lui, mais les Hyrcaniens se soumirent volontairement à son autorité. Il subjugea les Syriens , les Assyriens , les Arabes , les Cappadociens , les Phrygiens , le Lydiens , les Cariens , le Phéniciens et les Chaldéens. Il régna sur les Bactriens , les Indiens et les Ciliciens , et son empire s'étendit sur la Perse, la Paphlagonie et sur d'autres nations encore ; il força les Grecs d'Asie, les Cypriens et les Egyptiens, à se soumettre à son autorité; c'est ainsi « qu'il terrassa les « nations ^\ »

« Voici, je vais susciter contre eux les Mèdes , « qui ne feront aucune estime de l'argent et qui

(6/i) Xénopbon, Cyrop,, 1. I, p. 45,

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« ne s'arrêteront point a l'or ^\ » Celui qui était appelé l'oint du Seigneur ne connaissait pas l'avarice; Xénophon le dépeint comme le modèle du guerrier sage et généreux. Ce n'était pas la possession des richesses de Crésus et des trésors de Babylone qui relevait le conquérant ^ c'était sa générosité. 11 disait que ses richesses ne lui appartenaient pas plus qu'à ses amis ^^ ; il prouvait que le but de sa vie était de savoir répandre et non d'accumuler des trésors^ et de pourvoir par là aux besoins de ses serviteurs. Il faisait si peu de cas de « l'or et de l'argent » que Crésus lui fit observer qu'il se rendrait pauvre à force de libéralités ^ au lieu de se rendre riche par ses grands biens. Les Mèdes , même à cet égard, étaient animés de l'esprit de leur chef, et Xénophon en raconte un trait remarquable ^' : Lorsque Cobryas , gouverneur assyrien dont le fils avait été tué par le roi de Babylone , reçut avec hospitalité Cyrus et son armée , celui-ci, avant de le quitter, demanda aux chefs des Mèdes et des Hyrcaniens si, après avoir donné aux dieux et à Tarmée ce qui leur revenait des trésors de Babylone , il ne serait pas convenable qu'ils abandonnassent leur part à Cobryas, en retour de sa généreuse hospitalité. Un cri unanime d'approbation fut la réponse qu'il reçut ; et l'un des nobles ajouta : « Cobryas a pu penser que nous étions pauvres parceque nous ne venions pas chargés de monnaies d'or, et que nous ne portions pas avec nous des coupes d'or, mais il apprencfra maintenant que l'homme peut être généreux sans avoir beaucoup d'or ^^ « Ils ne « s'arrêtaient point à l'or. » On peut aisément

(65) Esaïe, 13, 17. — (66) Xénophon, VIII, 516.— (67) Ibid., 482. (68) Xénophon, V, 289,

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croire que la reconnaissance, anssi hien que le désir (le la venijfeance, j)oila (lobryas à marcher contre Hal)ylone, elcernUui(]ni,])lns tard, pénétra le j)reniier dans le palais du roi. « Les jnije- « nients de rKternel sont un abîme » mais aussi ne sont-ils pas « toujours justes? » Sa main fut du nombre de celles qui immolèrent le meuitrier de son Ills.

A tous les faits que nous venons de citer, à l'appui de la yérité de la prophétie relative au siège de Babylone, il faut en ajouter un autre qui n'est pas moins remarquable , c'est que , d'après le portrait qu'ont fait de Cyrus les écrivains profanes, jamais il n'exista de roi ou de conquérant, soit avant soit après lui, qui ait eu plus de désintéressement et de grandeur d'âme , et une politique plus saine et plus morale , un plus haut degré d'intégrité , ni enfin , si l'on en excepte sa rigueur à l'égard des Babyloniens, plus de douceur et de générosité envers des ennemis vaincus. La beauté même de ce portrait a fait croirfe à certaines personnes qu'il était en partie imaginaire. Nous ne 'sommes pas de cet avis, vu surtout que le langage de l'auteur païen à qui nous devons ce portrait coïncide parfaitement avec les paroles du prophète. « Ainsi a dit l'Eternel à son oint, à Cyrus « que j'ai pris par la main droite; c'est moi qui ai « suscité celui-ci pour la justice et je conduirai « tous ses desseins. » Et, aussitôt après, le prophète ajoute : « Il rebâtira ma ville, et renverra « sans rançon et sans présents mon peuple qui y « avait été transporté , a dit l'Eternel des arec mées *^^ )) En effet, ce fut lui qui publia le premier édit en faveur de la restauration des Juifs et de la reconstruction du temple de Jérusalem.

(69)EsaïP, XLV, J, 12.

Et 5 loin d'exiger une rançon ou des présents , il donna l'ordre à ses généraux et aux gouyerneurs des yilles limitrophes de la Judée de fournir aux Juifs tout l'or et l'argent dont ils auraient besoin pour rebâtir le temple ^ ainsi que des bêtes pour les sacrifices; et cet ordre fut exécuté h la lettre. Avant de commencer le siège de Babylone^ Cyrus crut devoir s'assurer de l'appui des nations qui l'entouraient. Il lui fallut d'abord marcher contre les Egyptiens et les autres alliés de Crésus 5 qu'il vainquit après une guerre acharnée. Une fois soumis ^ les Egyptiens ^ qui avaient été les plus vaillants et les plus opiniâtres de ses ennemis, lui restèrent toujours fidèles. L'Ethiopie formait la limite de ses possessions à l'est. « Ainsi « a dit l'Eternel : Le travail de l'Egypte et le trafic « de Cus^ et les Sabéens, hommes de grande taille^ <( passeront vers toi et seront à toi : ils marchec( ront après toi. » (Esaïe^ xlv^ 14.)

c( Ils se prosterneront devant toi. » Lors de la magnifique marche triomphale qui eut lieu après la conquête de Babylone, et oii Cyrus apparaissait pour la première fois en public à la tête de son armée rangée en bataille, au milieu d'une multitude innombrable , au moment oii , sur son char, il eut franchi la porte du palais , tous les spectateurs, en l'apercevant, se prosternèrent devant lui pour l'adorer. Quelques historiens de l'antiquité prétendent que Cyrus fut le premier homme objet d'une semblable adoration, et c'est de là que vint, selon eux, la coutume parmi les peuples de l'Orient, et surtout chez les Mèdes et les Persans, de se laisser tomber ou de se prosterner devant les monarques. Que cette opinion soit fondée ou non., du moins elle vient à l'appui de ce qu'il y eut à la fois de remarquable et de mémorable dans l'adoration que l'on rendit à Cyrus.

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« Et ils le rendront hommage. » L'adoration, Dieu seul y a droit; mais l'adoration même ne put troubler la sérénité d'esprit qui distinguait Cyrus ; sa clémence et sa bonté brillaient d'un éclat plus vif encore que celui de son diadème. La plupart de ceux qu'il avait soustraits au joug du roi de lîabj lone , qui , orgueilleux comme Lucifer, s'était toujours montré sourd aux cris des opprimés et impitoyable envers ses prisonniers, vinrent sur son passage, à travers la foule frappée d'admiration, lui présenter des suppliques, chacun selon ses besoins. Ces suppliques étaient en si grand nombre que ne pouvant y faire droit simultanément , et voulant allier la miséricorde à la prudence , la générosité k la justice , il fit placer trois porte-sceptre aux trois côtés de son char, et leur donna l'ordre de publier, en son nom, qu'il autorisait tous ceux qui avaient des demandes à lui faire à s'adresser dans ce but à ses généraux ou à ses amis. Ces derniers étaient chargés de lui soumettre tous les cas dignes de son aftention. Telle fut la première conquête de Babylon e, tel en fut le premier conquérant; ainsi s'accomplit ce qui avait été prédit de l'un et de l'autre.

« Qui ne retourne point à vide ^^. » Les murailles de Babylone étaient incomparablement les plus élevées et les plus fortes qui eussent jamais été construites par l'homme. On leur avait donné cette prodigieuse hauteur afin qu'il n'y eût pas la moindre possibilité que Babylone fut prise. Et cette confiance semblait pleinement justifiée lorsque, retranchés dans leurs forteresses, les habitants de Babylone, qui ne voulaient pas courii' la chance d'une bataille, se moquaient de l'innombrable multitude quientourait leur ville, et se

(70) Jéiém'c, L, 9.

voyaient ainsi hors de l'atteinte de tous les dards desParthes. Toutefois, quoique cette orgueilleuse assurance que la yille ne pourrait jamais être prise semblât presque devoir se réaliser, Babylone fut assiégée plusieurs fois après la prédiction du prophète , et jamais sans succès. Il est vrai que d'abord Cyrus en leva le siège , mais ce ne fut que pour y revenir « avec les nations qu'il avait « suscitées contre elle ; et il ne retourna point à « vide. » Cette prophétie se trouve ainsi accomplie non-seulement par lui, mais encore par tous ceux qui lui succédèrent. Babylone tomba devant quiconque leva le bras contre elle.

Et cependant sa grandeur ne s'effaça pas, sa gloire ne disparut pas tout-à-coup. Cyrus ne fut pas son destructeur; il essaya au contraire de lui conserver, par des institutions sages, la prééminence parmi les nations ; il la laissa à son successeur dans toute sa force et toute sa magnificence. Mais, après s'être révoltés contre Darius , les Babyloniens se préparèrent à soutenir un nouveau siège et défièrent toute la puissance réunie de l'empire perse. Déterminés à ne pas se rendre, et résolus à ne pas céder même à la famine, ils eurent la cruauté de mettre à mort toutes les femmes de la vilk , k l'exception de leurs mères et d'une seule femme, la plus chérie dans chaque famille , pour cuire le pain. On rassembla toutes les autres et on les étrangla ^\ « Ces choses t'arriveront en « un moment , en un même jour, la privation « d'enfants et le veuvage; elles sont venues sur tt toi dans tout leur entier, pour le grand nombre « de tes sortilèges et pour la grande abondance « de tes enchantements. Et tu t'es confiée en ta « malice. » Certes ces choses vinrent sur eux

(71) Hérodote, 1, III, cb. cl ; t. III, 160, édit. Foui.

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dans tout leur entier , lorsqu'ils étranglèrent leurs femmes et leurs enfants de leurs propres mains. Et ee fut encore cette fois « subitement, » en un c( même jour, » que toutes ces victimes périrent; le veuvage fut si général que plus tard il ft\llut rassembler des provinces éloignées 50,000 femmes pour remplacer celles qui furent alors massacrées. La « privation d'enfants» fut d'autant plus sentie que ce furent les mères qu'on épargna et qui restèrent pour les pleurer. Ils se confièrent en yain « k leur malice; » car en devenant ainsi les instruments de l'exécution d'un des jugements qui devaient fondre sur eux , ils ne diminuaient pas la grandeur de leurs iniquités; et c'était à cause de ces iniquités mêmes que d'autres malheurs allaient fondre sur Babylone. Les habitants se croyaient en état de défier la famine. Le stratagème de Cyrus ne pouvait plus être un piège pour eux; il leur était facile de déjouer un semblable projet; cependant ce ne fut «pas en vain y> que Darius assiégea Babylone. .

Dans le vingtième mois du siège , un Perse , couvert de marques de mauvais traitements , le corps ruisselant de sang , le nez et les oreilles coupés , se présenta seul devant une des portes de Babylone ; objet digne de pitié, il devait être sinon un gi^and criminel , du moins la victime d'une affreuse cruauté. Il s'était échappé du camp; ce n'était pas un déserteur obscur, qu'on aurait naturellement repoussé loin des murs de la ville; c'était Zopyre, un des principaux seigneurs du royaume de Perse. Il assura aux Babyloniens qu'il n'avait pas reçu ce traitement comme châj timent d'aucun crime, mais que ces blessures dont son corps était sillonné n'étaient autre chose que les traces du déplaisir et de la colère du roi , parcequ'il lui avait donné le conseil de lever un

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siège dont il considérait la réussite comme impossible. Cet avis avait , dit-il , réveillé toutes les craintes et blessé Torgueil du monarque , et toute sa fureur s^était épuisée sur son fidèle conseiller. Pour un esprit altier comme le sien^ la honte était pire que la souffrance , et il venait maintenantsejoindre aux rebelles, le cœur brûlant du désir de la vengeance. « Je viens, leur dit-il, vous faire un grand bien , et en même temps un grand mal à Darius , à son armée et à toute la Perse. L'outrage que j'ai reçu ne restera pas sans vengeance ; car je connais ses projets et je vous les communiquerai. » Avec de telles promesses et de telles paroles , les Babyloniens ne songèrent pas à douter seulement de la sincérité de Zopyre , ni de son dévouement à leur cause, puisque cette cause semblait s'identifier à son espoir de vengeance. Il ne voulait que combattre contre leurs propres ennemis. Sur sa demande, on lui confia sans hésitation un commandement militaire. Ce n'était pas alors une vertu que de pardonner le mal , et la vengeance était en honneur. Zopyre fit espérer aux Babyloniens qu'il parviendrait bientôt à se venger de celui qui l'avait si cruellement fait souffrir. A leur grande joie , dix jours après son arrivée dans la ville, une occasion favorable se présenta; il fit une sortie par la porte de Sémiramis, tomba sur un détachement de l'ennemi et lui tua 3,000 hommes; et, sept jours plus tard , deux fois autant périrent près de la porte de Ninias. Les habitants de Babylone sentirent alors renaître leur courage et leur ardeur.

Les louanges de Zopyre étaient dans toutes les bouches ; on lui accorda un commandement supérieur; mais pendant vingt jours les Perses, devenus plus craintifs, ne prêtèrent nulle part le

Ô2 iiAnvLONE. en. n.

liane à une attaque; au bout de ce temps Zopyre se montra digne d'une conliance plus j,^rande encore par une sortie qu'il lit faire par la porte de Chaldée, et dans laquelle il tua i,0()0 soldats ennemis. Pour le récompenser de pareils services, et pour prouver la haute estime qu'on avait pour sa lidélitc, sa bravoure et son habileté , non-seulement on lui accorda le commandement en chef de l'armée ^ mais encore on lui confia le poste le plus important et le plus honorable de Babylone, celui de gardien des murailles ''.

Darius, comme pour se mettre a l'abri de ces surprises et de ces pertes inutiles, se rapprocha des murs de la ville. On les garnit de troupes suffisantes pour résister aux attaques, mais la perfidie de Zopyre, dont les Babyloniens et les Perses ne se doutaient pas plus les uns que les autres , se fit alors connaître. A peine l'ennemi s'était-il approché , à peine les citoyens étaient-ils arrivés sur les murailles , que Zopyre , à qui était confiée la garde des portes , fit ouvrir celles qu'on appelait Cissiènes etBélides, et auprès desquelles les troupes d'élite des Perses étaient stationnées '^ C'était un piège préparé d'avance; Darius en connaissait seul le secret ; Zopyre l'avait conçu et c'était de lui-même et de son plein gré qu'il s'était mutilé. A la gloire d'un tel dévouement on ajouta de grands honneurs et d'immenses richesses ; et on lui accorda le gouvernement de Babylone exempt de tout tribut.

On avait arrangé d'avance le nombre d'hommes qu'il fallait sacrifier, la position que les troupes devaient occuper, et l'intervalle entre les sorties était aussi fixé. Darius sacrifia aussi facilement la vie de 7,000 hommes que Zopyre s'é-

(72) HérocL, ch. clh-clvii, p. 166-173. — (73) Ibid. ch. clviii^

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tait infligé des Ijlessures incurables. «C'est ainsi, dit Hérodote, que Babylone fut prise une seconde fois. » Et ce fut ainsi que la parole de Celui qui voit la fin dé toutes choses dès le commencement fut une seconde fois accomplie contre Babylone : « Il ne retournera point a yide. »

Babylone fut prise une troisième fois par Alexandre-le-Grand. Mazœus, général perse, lui rendit la ville, et il y entra à la tête de son armée rangée en ordre de bataille '\ Encore une fois elle c( fut remplie d'hommes ; » chacun d'eux « fut <( rangé en homme de guerre contre elle. » Le siège d'une ville défendue par d'aussi superbcA fortifications'^ aurait été une entreprise difficile et pénible, même pour le conquérant de l'Asie; mais les habitants de Babylone se précipitèrent sur les murailles en toute hâte pour voir leur nou veau roi , et ils échangèrent sans lutte le roi de Perse pour le roi de Macédoine. Babylone fut ensuite prise par Antigone , par Démétrius , par Antiochus-le-Grand et par les Parthes. Ainsi , quel que fut le roi ou la nation qui marchât contre elle , « personne ne retourna à vide. »

Chaque pas de la décadence de Babylone est raccomplissement d'une prophétie. Conquise la première fois par Cyrus '^ , elle cessa d'être ville impériale et ne fut plus qu'une ville tributaire. « Descends, assieds-toi sur la poussière, « vierge , fille de Babylone, assieds-toi à terre ; il « n'y a plus de trône pour la fille des Chaldéens.» Après la révolte des Babyloniens contre Darius, les murs furent baissés et les portes détruites ". «La muraille même de Babylone est renversée.»

(7A) Quadrato agmine, quod ipse ducebat, velut in aciem irent, ing:redi svios jubet. Quint. Gurt. 1. V, ch, m. (75) Tam munilae urbis. Ibid. — (76) Hérod. I, c\Li. (77) Rérod., III, cl.

''>î OAWYLONK. CH. II.

Xerxès, a])rès sa relraite ij;ii()iiiii)ieiise(ie la Grèce, pilla le temple de Babylone'% dont les idoles en or étaient seules estimées à ,500,000,000 de tVaiics, et s'empara en outre de vastes trésors. « Je punirai aussi Bel a lîabylone et je tirerai hors « de sa bouche ce qu'il avait englouti. » — «Je pute nirai les images taillées de Babylone^'^ )>

Alexandre-le-Grand entreprit de rétablir Babylone dans sa gloire première, et eut l'idée d'en faire la métropole d'un empire universel; mais pendant que plusieurs milliers d'hommes étaient employés à rebâtir le temple de Bélus et à réparer les quais de l'Euphrate ^% le conquérant du monde mourut à la fleur de son âge et k l'apogée de sa grandeur. « Prenez du baume pour « sa douleur , peut-être qu'elle guérira ; nous ^< avons traité Babylone, et elle n'est point guéce rie ^*.

Patrocle, gouverneur de Babylone sous Séleucus , l'un des successeurs d'Alexandre , ayant appris que son ennemi Démétriùs s'approchait rapidement h la tête d'une armée considérable , et n'ayant lui-même qu'un petit nombre de troupes à sa disposition , n'osa pas l'attendre , mais donna l'ordre aux Babyloniens de quitter la ville et de « fuir au désert^-. » De son côté , il alla camper avec son armée dans les marais de l'Euphrate , persuadé qu'il y serait plus en sûreté que derrière les murs de Babylone. A son entrée dans cette ville , Démétriùs , qui y était arrivé avec la rapidité d'un torrent qui se déborde , la trouva complètement déserte. « Voici, il montera comme un « lion monte , à cause du débordement du Jour-

(78) Hérod., I, cLxxxiii. — (79) Jéiémie, LI, 4/i, 47, 52.

(80) Arrian., 1. VII, c. xvii. —Stiabon, XVI, p. 738.

(81) Jérémie, LI, 8, 9.

(8?.) (I)u-j^ctv^'£;TriV £p*/;p.cv. Dlod. Sic. t. VIII, l. xix,423, 4^4-

cil. ïî. BABYLONE. 55

« clain vers la demeure forte , et en un moment je « le ferai courir sur elle^\ »

Baby lone ne tarda pas à revoir ses habitants ^ mais le voisinage de la ville de Séleucie lui fut désormais fatal , en lui enlevant une partie de sa population. Tel était en effet, comme Pline le rapporte 5 et comme Font depuis longtemps observé les auteurs chrétiens, le but que s'était proposé le fondateur de Séleucie, et c'est surtout à la fondation de cette ville qu'il faut attribuer le déclin de Babylone**\ Ptolémée Evergète, qui étendit ses conquêtes au-delà de l'Euphrate , fit transporter en Egypte 2,500 idoles , au nombre desquelles il s'en trouvait plusieurs que Cambyses, roi de Babylone, avait autrefois enlevées aux Egyptiens^".

A une époque plus rapprochée, environ 1 30 ans avant l'ère chrétienne, Phrahates5roi des Parthes, s'étant vu obligé , comme le rapporte Justin , de marcher contre les Scythes qui ravageaient son territoire, délégua son autorité entre les mains d'un certain Himère. Cet homme, que sa beauté seule avait recommandé à la faveur de Phrahates , oublia son origine obscure et ses devoirs de gouverneur , et opprima cruellement les Babyloniens et les autres peuples soumis à ses caprices ^^. Phrahates périt dans son expédition contre les Scythes, et son oncle, qui lui succéda, étant mort en combattant les Thogares, Mithridate-le-Grand, son fils, fut aussitôt proclamé roi de Parthie.

(83) Jérémie, L, 44-

(84) In solitudinem rediit exhausta vicînitate Seleuciae, ob id conditae a Nicatore. Plin. Nat. HisUy 1. VI, c. xxxvi.

(85) Hiéron, t. V, p. 706, in Dan., XI, 8.

(86) Phrahates, cum adversuseos proficisceretur, ad tutelam regni reliquit Himerum quemdara, pueritiœ sibi flore conciliatum , qui lyrannica crudelitate, oblitus et vitae praeteritae, et vicarii officii , Babylonios, multasque aUas civitates importuné ve*avit. Justinus, 1. xLii, p. 268.

5C ItABYLONE. CH. 11.

Diodure de Sicile parle, par inadvertance sans doide, deEvenicieou Hunièrc comme d'un roi des Parlhes, ajoutant toutefois qu'il était Hyrcanien de naissance : mais ce qu'il rapporte de sa cruauté envers les Babyloniens prouve abondamment que les jugements prononcés par les prophètes contre Babylone continuaient de recevoir leur pleine et entière exécution. « En méchanceté., dit cet historien, il surpassa les tyrans les plus cruels : il n'est pas de supplice imaginable auquel il n'ait eu recours. Sans la plus légère cause , il fit charger de chaînes un grand nombre de Babyloniens, et les envoya avec leurs femmes et leurs enfants en Médie , ordonnant qu'on vendit tout ce qu'ils possédaient, et, au besoin, qu'on les vendît euxmêmes comme du butin. Il incendia le forum de Babylone ainsi que plusieurs temples de cette ville dont il détruisit la plus belle partie ^^ »

« Il n'y a plus de trône pour la fille des Chal- « déens, car on ne parlera plus de ta mollesse et « de ta délicatesse. Mets la main aux meules, et « fais moudre la farine, etc. » Cette prophétie est également interprétée par Grotius et Lowth de la manière suivante , mais sans que ces deux au-

^^y) 'On Eù'/ifjLspoç 6 Twv Ilapôtov pacùsuç, 'Yp>caviGÇ wv to -^cvc; , wpxTT/Ti ^£ UTTspêaXXtov -Travra; tgu; {^,v/ip.ov£ucty.£vcuç Tupav-

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êjXo)v'.wv xai £7:t rai: Tuy^cuo-atc atTiatç 7ravot>c'.cu; £;av5'pa7rcâ''.(7a(j.&vcc zl; Ty;v Mvi^tav i'^zTzeu.'^z 7rps(rraEa; XaîpuTTtoXr.cat (*) xai TTiÇ BaêuXoivoç tyiv à'YOpay )cai riva t<ov Upojv £V£T:p'/)(T£ , /.y.i to x-paTi(rrcv rri; ttcXec; di£cpOctp£. Diod. Sic, vol. X, p, 128, traduit ci-dessus. — Ce passage de Diodore est cité par Usher et Tévêque NewtoB, etc., au sujet de la désolation de Babylone et des cruautés

(*) Xy.fjpy. est un terme qui s'applique aux dépouilles prises AUX vivants par opposition à a/y/a, dépouilles des morts. Scap. Le mot composé dont se sert Diodore dénote que les captifs euxmêmes étaient vendus comme du butin et que, par conséquent, ils étaient soumis à la sei-vitnde la plus abjecte, à la spoliation la plus absolue.

teurs fassent de rapprochement entre le fait de l'esclavage ou de la servitude des Babyloniens et la prophétie elle-même. ^ Prépare-toi pour des offices servîtes ^\ De maîtresse de plusieurs royaumes 5 tu deviendras une vile esclave; tes enfants seront , dans leur captivité , employés à moudre la farine : et cette occupation était considérée comme la plus basse de toutes (voir Exode, xi; Juges, XVI521). Elle correspondait anpistrinum^ emploi de celui qui tournait la meule chez les Romains^^. » Himère, le plus cruel des tyrans, qui exerça toutes les cruautés imaginables envers les Babyloniens , et qui en réduisit un grand nombre en esclavage , dut nécessairement les soumettre aux travaux les plus vils de cet état. ((Je ferai cesser l'arrogance de ceux qui se ((Conduisent avec fierté, et j'abaisserai l'orgueil « de ceux qui se font redouter. »

Dans «leur fuite soudaine » à l'approche de

auxquelles ses habitants furent exposés; mais ces auteurs n'y ont pas vu de rapport direct à telle ou telle prédiction. La traduction latine , à laquelle ils ont recours, ne dit pas, comme le fait Toriginal , que le tyran donna l'ordre de vendre les dépouilles ou les exilés eux-mêmes en guise de butin. Cela pourtant est digne de remarque; car Low th, qui ne s^appuie pas du témoignage de Diodore ni de celui d'aucun autre auteur, interprète ainsi qu'il suit ces paroles du Prophète : «Découvre tes tresses, » — « tes cheveux tomberont sur tes oreilles, ils ne seront plus tressés ni retenus par un diadème; tn seras privée de toutes les parures, de tous les ornements dont tu étais vaine, parcequ'ils étaient étaient les marques de ta qualité; les personnes du plus haut rang elles-mêmes perdront ce qui faisait leur joie : elles seront menées en captivité dans un état abject et couverles de haillons. » Voilà comment cet habile commentateur expliqua ces paroles avant qu'aucun rapprochement n'ait été établi entre le fait en question et la prophétie dont il est l'accomplissement. Et ce commentaire s'est vu confirmé plus de cent ans après par les mots omis dans la traduction du texte grec, mots que Ton trouve dans toutes les éditions anciennes ou modernes des ouvrages de Diodore.

(88) Para te servilibus ministeriis. Grot. — Esaïe, XLVIÏ , 1, 2.

(89) Lowth. — Esaïe, XIII, IJ.

58 BAftVLÔNE. CM. a.

Déinélriiis , quelques-uns des habitants de Bahylone quillèrent l'Euphrale et se réfugièrent au désert; d'autres passèrent le Tigre pour se rendre dans la Susiane. Quant à Patrocle et àsessoldats, ils trouvèrent leur salut au milieu des marais, des fossés et des rivières qu'ils furent obligés de franchir dans leur retraite précipitée. Après avoir réduit un grand nombre de Babyloniens à l'esclavage 5 Himère les exila en Médie , « pays situé au-delà du Tigre, du Choaspe et des rivières qui en sont tributaires ; » mais d'abord il ordonna que l'on vendît leurs effets précieux; aussi bien, les ornements riches et éclatants de la fille de Babylone ne convenaient plus à de malheureux exilés, ni à l'état abject et aux travaux auxquels ils étaient soumis: Les ordres de leurs gouverneurs étrangers recevaient leur exécution ; mais il avait été depuis longtemps écrit de la fille des Chaldéens : « Découvre tes tresses, déchausse-toi, « trousse-toi, passe les fleuves , etc. Et tu as dit : « Je serai reine à toujours; tellement que tu n'as « point mis ces choses-là dans ton cœur , tu n'as « point pensé à ce qui t'arriverait unjour ^^.w

Xerxès, roi de Perse , dépouilla les temples de Babylone des idoles qui s'y trouvaient. Elles étaient en si grand nombre que leur poids en or s'éleva à 400,000 livres. Nous avons dit plus haut que Ptolémée Evergète, ayant étendu ses conquêtes au-delà de l'Euphrate, en rapporta à son retour précipité en Egypte, oîi il avait été subitement rappelé, 2,500 idoles.

Lorsque les Babyloniens abandonnèrent leur ville natale pour s'établir à Séleucie, qui était à environ seize lieues de Babylone, et lorsque plus tard ils se virent obligés de se rendre en Médie

(90) Esaïe, XL VII, 2, 7.

CH. II. ÔABYLÔNE. 59

avec tout ce qu'ils possédaient ( Tiavoi/aouc; ) ^ il est probable que ^ malgré les difficultés du transport ^ ils ne laissèrent pas derrière eux leurs dieux domestiques. On doit supposer au contraire qu'après avoir vu brûler leurs temples, les Babyloniens, toujours idolâtres, et condamnés désormais à un esclavage et à un bannissement perpétuels,emmenèrentun grand nombre de leurs idoles dans le pénible pèlerinage qu'ils firent vers la terre d'exil, au pays lointain de leurs ennemis. Aussi avait-il été écrit : a Leurs faux dieux ont « été mis sur des bêtes et sur des chevaux; les <c idoles que vous portiez les ont chargés, elles <( ont été un fardeau aux bêtes lassées. Elles ont «été renversées, elles sont tombées ensemble <i sur leurs genoux, elles n'ont pu éviter d'être « chargées. »

«Et elles-mêmes sont allées en captivité^*. » La Médie fut dès le commencement appelée à prendre part au siège de Babylone; car l'esprit de Dieu était tourné contre Babylone pour la détruire. Et quand les temps furent accomplis, c'est-à-dire 308 ans après le siège de cette ville, et 582 ans après la prophétie , les Babyloniens furent en effet « envoyés captifs « en Médie.

Himère, natif d'Hyrcanie, et à peine alors au sortir de l'enfance , dut à sa beauté {flore pueritiœ) d'être nommé gouverneur pendant l'absence du roi. Oubliant son origine, il abusa tellement du pouvoir auquel il avait été subitement élevé, qu'il surpassa tous les tyrans en cruauté. Et si, d'un côté , sa méchanceté raffinée ne faisait que remplir la coupe d'amertume préparée de longue date aux Babyloniens, de l'autre, onpeutlui appliquer à lui-même lesparoles du prophète : « Si les

(91)Esaïe, XLVI, j, 2.

GO nAHYLONE. CH. 11.

« plus j»ol ils (III lrc)U|)eau,clit-il, ne les tiaînentpar «terre, et si on ne détruit leurs cabanes sur c( eux*-^*! » Sa jeunesse et la cause ridicule de son élévation au pouvoir nous le montrent indubitablement comme « le plus petit du troupeau, » et en exécutant « la résolution que TEternel avait « prise contre Babylone, » on ne peut nier « qu'il « ne les ait traînés par terre, qu'il n'ait détruit « leurs cabanes sur eux. »

Il les renvoya de Babylone avec tout ce qu'ils possédaient. Mais cette émigration forcée avait été précédée, comme elle fut suivie, d'une émigration volontaire de la part d'un grand nombre de Babyloniens qui s'établirent à Séleucie, selon ce qui avait été prédit : « Tant les hommes que <( les bêtes se sont enfuis et s'en sont allés ^\ »

Avant la destruction du temple de Bélus , bâti dans le principe pour fixer la race humaine dans les plaines de Shinar, avant que les temples des dieux et les riches palais des habitants de Babylone eussent été la proie des flammes, on conçoit que les Babyloniens n'aient pu se décider à s'en éloigner. Mais le jugement de Dieu devait s'appesantir sur leurs temples magnifiques , non moins que sur eux-mêmes et sur les vains objets de leur coupable idolâtrie. Les devins, les astrologues, ceux qui faisaient des pronostics mensuels, ne purent détourner des habitants les calamités qui s'amoncelaient sur leurs têtes, car le temps était venu ou les temples des Babyloniens ne devaient plus leur servir de lieux forts et de retraites , oîi tous leurs efforts , soit pour soustraire à leur sort les malheureux habitants , soit pour sauver leurs demeures, devaient être aussi inutiles que leur science était yaine. En effet, il est expressément

(92) Jérémie, L, 45. — (93) Ibid., 3.

CH. II. CABYLONE. 61

rapporté qu'Himère mit le feu au forum et à plusieurs temples 5 et qu'il détruisit la plus belle partie de la ville. « Voici , ils sont devenus comme « de la paille ; le feu les a brûlés ; ils ne délivreront « point leur âme de la violence de la flamme^. «Ainsi, a dit l'Eternel , les peuples auront tract vaille pour néant , et les nations pour le feu , et «elles s'y seront lassées^". » — «Je punirai aussi « Bel à Babylone, et je tirerai de sa bouche ce qu'il « avait englouti 5 et les nations n'aborderont plus « vers lui®^. »

« C'est la vengeance de l'Éternel; vengez-vous « d'elle, faites-lui comme elle a fait. » — « Malheur « à eux, car le jour est venu et le temps de leur « visitation. On entend la voix de ceux qui s'en- « fuient et qui sont échappés du pays de Babylone « pour annoncer dans Sion la vengeance de l'Eter- «nel notre Dieu, la vengeance de son temple. « Rendez-lui selon ses œuvres , faites-lui selon « tout ce qu'elle a fait, car elle s'est élevée avec « fierté contre l'Eternel, contre le Saint d'IsraëP'. « Mais je rendrai à Babylone et à tous les habi- « tants de la Chaldée, à vos yeux, tous les maux « qu'ils ont faits dans Sion, dit l'Eternel. »Le Dieu fort des rétributions , l'Eternel ne manque jamais à rendre la pareille^^ Les faits relatifs au siège de Jérusalem et à la captivité des Juifs se sont, comme nous l'avons vu, substitués aux prédictions , et nous pouvons désormais établir un parallèle entre la conduite des Babyloniens et le châtiment qu'elle leur attira.

« Et l'Eternel envoya contre lui des troupes de « Chaldéens, et des troupes de Syriens, et des « troupes de Moabites , et des troupes d'Ammo- « nites , et il les envoya , dis-je , contre Juda pour

(94) Esaïe, XL VII, 14. — (95) Jér., LI, 58 — (96) Ibid., LI, 4^4. (97) Jér., L, 15, 27, 28, 29. — (98) Ibid., LI, 2/i, 56.

62 MAnYLONK. eu. II.

« le (^étnlire'^^ » Aussilôl que le jour de la rétribution fut arrivé 5 la plupart des j^Mandes nations comprises entre l'Egypte et la mer Caspienne, entre la Lydie et le golfe Persique , marchèrent d'un commun accord contre Babylone. « Nebuc( cadnetzar, roi de Babylone , vint contre Jéru- « salem, lui et toute son armée , et il campa con- « tre elle , et ils bâtirent des forts tout autour , et «la ville fut assiégée *^^ » Cyrus , après avoir réuni les nations de l'Asie contre Babylone ^ alla camper autour de ses murailles; en un mot, il fit le siège de cette ville qui avait été si longtemps la terreur des nations. «Ils prirent donc le roi, et « le tirent monter vers le roi de Babylone à Ribla, « oil on lui fit son procès , et on égorgea les fils de « Sédécias en sa présence... Le prévôt de l'hôtel « emmena aussi Séraja , premier sacrificateur ; et « Sophonie , second sacrificateur ; et les trois « gardes des vaisseaux. Il emmena aussi de la « ville un officier qui avait la charge des gens de « guerre , et cinq hommes de- ceux qui étaient « près de la personne du roi qui furent trouvés « dans la ville ; de plus le secrétaire du capitaine « qui tenait les rôles du peuple , du pays et « soixante hommes d'entre le peuple , qui fu- « rent trouvés dans la ville. Nebuzar-Adan les « mena au roi de Babylone... et le roi de Baby- « lone les frappa et les fit mourir. » Or, pendant la nuit oil Babylone fut prise, le roi fut mis à mort avec un grand nombre de ses principaux officiers. Et le massacre des gouverneurs d'Israël fut amplement vengé par Darius, qui, selon Hérodote, fit empaler 3,000 des plus notables habitants de Babylone*^'. «Et toute l'armée qui « était avec le prévôt de l'hôtel démolit les mu-

(99) II Rois, XXIV, 2. — (100) Ibid., xxv. (lOJ) II, Rois, XXV, 6, 7, 10, 15, 21.

CH. il. BABYLONE. 63

« railles de Jérusalem tout autour. » C'est ainsi que plus tard Darius démolit à son tour les murailles de Babylone. « Nébucadnetzar emporta aussi « à Babylone des vases de la maison de l'Eternel, « et il les mit dans son temple à Babylone^^ » Cyrus, Xerxès etDarius s'emparèrent successivement des trésors du temple de Bélus. Ces princes, adorateurs du feu , furent les instruments de la vengeance prédite contre le temple de Babylone au sujet de la destruction de celui de Jérusalem ; enfin Bel fut dépouillé de tout ce qu'il contenait d'objets précieux, ses idoles furent brisées, et ce qu'il avait englouti lui fut arraché de la bouche. « Nebuzar-Adan , prévôt de l'hôtel, officier du c( roi de Babylone, entra dans Jérusalem, et il « brûla la maison de l'Eternel , et la maison « royale , et toutes les maisons de Jérusalem , et « il mit le feu à toutes les maisons des grands'. » Himère, vice-gouverneur du roi des Parthes, incendia le forum et quelques-uns des temples de Babylone , et détruisit la plus belle partie de la ville. « Ils continuèrent de plus en plus à comet mettre de grands crimes... ils se moquaient des « envoyés de Dieu, etc.. C'est pourquoi il fit ve- « nir contre eux le roi des Chaldéens, etc.. il les « livra tous entre ses mains ^ » Les Juifs captifs « furent les esclaves du roi des Chaldéens et de ses « enfants. On ne laissa pour labourer la terre et « tailler la vigne que les plus pauvres des habi- « tants du pays, et eux aussi furent les serviteurs « du roi de Babylone. » Voyons maintenant ce qui arriva aux conquérants, après avoir été eux-mêmes vaincus par Cyrus.

Ce prince déclara lui appartenir les biens ainsi que les personnes des Babyloniens. Après la prise

(402)11, Chron., xxxvi, 7.

(1) II RoiSj XXV) 8, 9. — (2) II, Chron., xxxv, 1/i, 16, 17.

fii BABVLONi:. CH. îï.

ile leur ville, il exigea cjifils lui livrassent leurs armes sous peine de mort. Un autre décret les obligea à cultiver la terre, à j)ayer le tribut, à servir ceux dont ils devenaient la propriété; et Cyrus voulut que les Persans et leurs alliés parlassent en maîtres à leurs nouveaux esclaves. Dans une allocution qu'il fit à ses généraux, il maintint que tout leur appartenait par droit de conquête , comme par une loi éternelle ; qu'ils pouvaient parconséquent se considérer comme les possesseurs légitimes d'un pays vaste et fertile, et d'un peuple qui le cultiverait à leur profit.

Après avoir vécu pendant plusieurs années dans cet état de dépendance, les Babyloniens finirent par se révolter contre leurs oppresseurs, et s'exposèrent de la sorte à un « esclavage » aussi humiliant et aussi pénible que celui qu'ils avaient autrefois imposé à leurs ennemis. Ils avaient soumis les Juifs « à une dure servitude , » ils n'en avaient pas eu pitié , mais « les avaient asservis. » Cyrus à son tour, afin de s'assurer de la soumission des Babyloniens , les réduisit à l'état le plus misérable. Le peuple idolâtre avait autrefois exercé d'indicibles cruautés contre les adorateurs du Dieu d'Israël, et maintenant de pareilles cruautés étaient exercées contre lui par les adorateurs du feu et les ennemis de l'idolâtrie. Et si jadis Israël fut traité sans miséricorde , aujourd'hui c'est Himère qui n'a « pas de pitié » pour les habitants de Babylone. Babylone qui avait mené Judas en captivité, « qui frappait avec fureur les peuples de coups qu'on ne pouvait détourner.^ » devient elle-même v ictime de la colère qu'elle avait provoquée; elle est sans cesse frappée de coups, comme l'aire oii l'on bat le blé. Elle continua de gémir dans cet état, et d'être l'opprobre des nations pendant les quatre cents ans qui s'écoule-

CH. if, BABYLONE. 65

rent depuis que Cyrus en fit la conquête^ jusqu'au jour oil ses habitants, condamnés à expier le crime qu'avaient commis leurs ancêtres en détruisant le temple du Seigneur, se virent eux-mêmes réduits à l'esclavage et chassés de Babylone à la lueur de leurs temples incendiés.

C'est ainsi que cette ville aux palais dorés , et qui avait jadis fait la loi à Jérusalem, fut pendant plusieurs siècles dans un état voisin de sa ruine. En vain Cvrus voulut lui rendre son ancien éclat en y fixant le siège de son empire ; les rois de Perse, ses successeurs, préférèrent habiter Suse, Persépoiis ou Ecbatane, villes situées dans leur propre pays. Les successeurs d'Alexandre ne s'occupèrent pas non plus d'achever ce que ce conquérant avait fait pour rendre à Babylone sa prééminence et sa grandeur; et, après la subdivision de son immense empire, Babylone se vit préférer Séleucie, même par les rois d'Assyrie durant leurs excursions en Chaldée. C'est ainsi que sous la domination persane et , plus tard , sous la domination des Grecs , les habitants , suivant l'exemple de leurs rois, abandonnèrent la ville de Babylone comme si vraiment ils se fussent dit : « Laissez-la, « et nous en allons chacun dans son pays, car sa « condamnation est parvenue jusqu'aux cieux et « s'est élevée jusqu'aux nues. » (Jér., l.)

Mais il y avait des malédictions prononcées contre la terre de Chaldée aussi bien que contre sa capitale , et, en examinant leur accomplissement , nous parviendrons à connaître toute l'étendue de la désolation actuelle de Babylone.

« Ils viennent d'un pays éloigné , du bout des « cieux, pour détruire le pays. Car de grands rois « aussi et de grandes nations les assujétiront. » Les Perses, les Macédoniens, les Parthes, les Romains, les Sarrazins et les Turcs, sont les princi-

f)fi nABTLONR. r.rtft. n.

paiix i)eu|)l('s (jui out successivemont régné sans |)it ic sur la I orn» de Hahylone. Cyrus ot Darius, rois de Perse, Alexandre-lc-Grand^Sélcurus, rois d'Assyrie, Demetrius et Antiochus-le-Grand, Trajan , Sévère, Julien et Héraclius^ empereurs de Rome, et le vietorieux Omar, successeur de Mahomet, Holagouet Tamerlan, voilà les grands roisquiont tour h tour asservi et détruit tout le pays, et qui ont exigé un tribut inoui dans l'histoire des nations de la terre. Plusieurs de ces peuples n'existaient pas au temps des Babyloniens, et d'autres étaient entièrement inconnus à l'époque delà prophétie ; cependant il est facile de voir maintenant que la plupart de ces rois et de ces nations « sont venus « d'un pays éloigné , du bout des cieux. »

« Ils sont cruels, ils ne sont que fureur et ardeur « de colère pour réduire le pays en désolation. » Les Perses exerçaient à Tenvi , avec les Parthes, leur cruauté contre leurs ennemis vaincus. Trois mille Babyloniens furent empalés par l'ordre de Darius. Les conquérants de Macédoine n'étaient guère portés à la miséricorde ; Antigone et Séleucus se disputèrent longtemps la possession de la Chaldée; et après la longue domination des Seleucides les Parthes, connus parleur cruauté, y commirent toutes sortes d'excès. Au deuxième siècle de l'ère chrétienne, les Romains, venus « d'un pays « éloigné , » continuèrent à « réduire le pays en « désolation, » et accomplirent aussi la parole du prophète. « Sous le règne de Marcus , les généraux romains pénétrèrent jusqu'à Ctésiphon et à Séleucie. La colonie grecque les reçut en amis; ils attaquèrent en ennemis la capitale du roi des Parthes ; mais les deux villes subirent le même sort. Le sac et l'incendie de Séleucie et le massacre de 30,000 de ses habitants ternirent la gloire du triomphe. Séleucie ne se releva plus

après cette chute; mais trente-trois ans plus tard Ctésiphon avait recouvré assez de force pour soutenir un siège que lui fit Tempereur Sévère. Ctésiphon fut trois fois assiégée et trois fois prise par les prédécesseurs de Julien \ » Et lorsque Julien vint y mettre le siège, sa colère ne fut pas apaisée, et la cruauté de son armée ne fut pas diminuée par la résistance que les habitants de Ctésiphon firent éprouvera 60,000 assiégeants. L'empereur Julien abandonna les champs de l'Assyrie aux dévastations de la guerre, et le philosophe se vengea ainsi sur un peuple innocent de la rapine et de la cruauté que son orgueilleux maître avait exercées dans les provinces romaines.

Les Perses purent contempler du haut des murs de Ctésiphon la désolation de tout le pays environnant \ La violence avec laquelle les Romains exercèrent leur vengeance contre les habitants de la Chaldée souleva « l'ardeur de leur colère , » et ces deux causes se réunirent pour rendre la désolation du pays plus complète et plus générale. La vaste étendue de territoire qui ^se trouve entre le Tigre et les montagnes de Médie était couverte de villages et de villes, et le sol généralement fer tile était encore enrichi par une bonne culture : mais à l'approche des Romains cet aspect riant fut tout-à-coup changé. Partout sur leur passage, les habitants, désertant leurs villages, se réfugiaient dans les villes fortifiées ; on chassait le bétail , on mettait le feu à l'herbe et au blé déjà mûr ; et dès que les flammes qui interrompaient les progrès de Julien eurent diminué, il ne vit plus autour de lui que le triste spectacle d'un désert aride et embrasé ^. Mais la seconde ville de la province , grande , populeuse et bien fortifiée ,

(3) Gibbon, vol. I, ch. viii, p, 212 — {H) Ibid., II, xxiv, 369. (5) Ibid., vol. II, ch. xxiv, p. 374.

(>f> HAnVLOE. Cil. II.

clierchn cii vain à résisler à une; allacjuc violente et désespérée; on parvint h faire une; large brèelie aux murailles; les soldais de Julien se préeipitèrent avec impétuosité dans la ville ^ et après que le soldat eut assouvi toutes ses passions désordonnées, Périsabor fut réduite en cendres, et on planta les machines qui devaient servir à l'assaut de la citadelle sur les murs encore fumants des habitations des citoyens ^ Lorsque, dans la suite, les Romains, sous la conduite d'Héracliu.*', arrivèrent jusque devant la capitale royale de Destagered, et se répandirent sur toute la Chaldée, jusqu'à Ctésiphon, ils incendièrent tout ce qu'ils ne purent pas emporter, afin de faire subir à Chosroës le même traitement qu'il avait si souvent fait éprouver aux provinces de l'empire romain; ce qui aurait pu être juste, dit Gibbon, si cette destruction s'était bornée aux objets de luxe et de magnificence royale , et si la haine nationale , la licence militaire et le fanatisme religieux ne s'étaient pas réunis pour détruire avec une rage égale les demeures et les temples des habitants innocents ^ La race féroce des Abassides, dont le but principal était partout le meurtre et le pillage, furent longtemps en possession de la Chaldée, et Bagdad, sa nouvelle capitale , située à peu de distance de Séleucie et de Ctésiphon, fut pendant 500 ans le siège de leur gouvernement et de leur empire ^ « Leurs poignards, leurs seules armes, furent brisés par i'épée d'Holagou , et excepté le titre d'assassins il ne reste aucun vestige de ces ennemis de l'humanité^. » Ainsi de toutes les manières cette parole s'est réalisée : « Il en exterminera les méchants *^. »

(6) Gibbon, 361.

(7) Ibid., XLVi, V. IV, p. 441. — (8) Ibid., II, V, 338.

(o) Gibbon, vol. VI, cb. lxiv, p. 278. — (40) Esoïf, XIII, 9.

Ce furent ensuite les Tartares Mogols qui prirent possession de la terre de Babylone, et qui continuèrent cette œuvre de désolation.

Après un siège de deux mois, Bagdad fut prise et saccagée par les Mogols , sous les ordres de Holagou Khan, petit-fils de Gingis Klian *'.

Et ïamerlan, autre dévastateur fameux, soumit à son autorité tout le pays voisin du Tigre et de l'Euphrate, depuis la source jusqu'à l'embouchure de ces rivières, et fit élever sur les ruines de Bagdad une pyramide de 90,000 têtes *\ Enfin, avec une cruauté toujours croissante , les Turcs , les Sarrazins, les Kourdes et les Tartares sont devenus « les armes de l'indignation du Seigneur, « tirés de l'arsenal qu'il avait ouvert , car l'Eter- « nel des armées avait une entreprise à exécuter « dans le pays desChaldéens. Ainsi il a dit: Détrui- « sez et qu'il n'y ait rien de reste. L'épée est sur « les Chaldéens ; l'alarme est au pays et une « grande destruction. J'allumerai aussi le feu en « ses villes, et il dévorera tous ses environs, y^

« LaChaldéesera abandonnée au pillage et tous « ceux qui la pilleront seront rassasiés, dit l'Eter- « nel. L'épée est sur ses trésors et ils seront pil- « lés. Tu étais assise sur plusieurs eaux, abondante « en trésors; ta fin est venue, et le comble de ton « gain deshonnête. » Après avoir pris Babylone subitement et par surprise, Cyrus devint possesseur « des trésors cachés et des richesses secrè- « tes. » Lors de son entrée publique dans Babylone, tous les officiers de son armée, soit Perses, soit alliés, portèrent, parson ordre, des robes magnifiques, celles des officiers supérieurs étant de couleurs variées et richement brodées d'or et d'argent; ce fut ainsi qu'on déploya «les ri-

(11) Gibbon, VI, lxiv, 278. — (12) Ibib., lxv, 312, 322.

70 IJABYLONE. Cil. II.

c( chesses cachées. « Lorsque ensnile Jes trésors de liahylone lonibèreiit entre les mains (run autre puissant nionanjue, Alexandre-le-Grand , il donna à chaque cavalier macédonien six mines (ce qui é(]uivaut après de 400 francs), et à chaque soldat, et à chaque cavalier étranger deux mines ou 125 fr. et il accorda h chaque homme de son armée ime gratification égale a deux mois de sa paie. Demetrius commanda à ses troupes de piller Babylone a leur profit *".

Mais ce n'est pas seulement à ces deux époques que tous ceux qui « l'ont j^illée ont été asc( souvis. » C'était l'abondance de ses richesses qui attirait les spoliateurs. Plusieurs nations vinrent d'un pays éloigné « et aucune ne retourna à « vide. » La richesse du sol créait bientôt un nouveau trésor jusqu'à ce que de nouveau « Té- « pée vint sur eux , et ses richesses furent pil- « lées. » Pendant deux siècles , jusqu'à la mort d'Alexandre , ce pays fut la proie des Perses et des Grecs; ensuite il fut livré aii pillage des Parties; et plus tard les Romains, « nation venue des (c bouts des cieux, » prirent à tâche de le saccager. Au dire de ces célèbres conquérants du monde, il ne s'agissait que de le contraindre à la soumission et de lui ôter les moyens de commettre des pillages ; c'était là leur prétexte et la cause de leur colère ; du reste il entrait dans leur politique, à l'égard des provinces de leur empire , de protéger tous les habitants vaincus dès qu'ils se soumettaient à leur joug ; mais la Chaldée, en raison de son extrême éloignement, ne s'étant jamais soumise entièrement à son autorité, et les limites de l'empire romain ayant été fixées par Adrien à la rive occidentale de l'Euphrate, sur les frontières

(13) Plularqne, lie de Démétrius,

CH. n. BABYLONE. 71

même de la Clialdée, ce peuple malheuieux n'obtint jamais leur protection et fut toujours exposé aux spoliations des Romains.

Lorsqu'il s'agit d'expliquer les paroles de l'Ecriture sainte, le témoignage de Gibbon est aussi peu suspect que celui des auteurs païens, et pour employer ses propres expressions: « Cent mille prisonniers et un riche butin furent la récompense des soldats romains, lorsqu'ils s'emparèrent de Ctésiphon, au deuxième siècle, sous les ordres des généraux de Marcus. » Julien, qui au quatrième siècle se yit obligé de lever le siège de Ctésiphon, ne manqua pas deprouverpar sesactes la vérité de cette divine parole qu'il rejetait; car il soumit la Chaldée à sa puissance et en enleva les trésors. Il abandonna Périsabor aux flammes; il fit partager entre ses troupes l'immense quantité de provisions et d'armes qui s'y trouvait ; il en réserva une partie pour le service public , et fit ensuite jeter dans l'Êuplirate ou dans les flammes tout ce qui lui semblait inutile *^. 11 récompensa ses soldats en leur donnant à chacun 100 pièces d'argent, et leur dit: « Vous voulez des richesses? elles sont entre les mains des Perses ; nous vous proposons leurs dépouilles comme prix de votre valeur *^. » L'ennemi fut vaincu après un ru<te combat , et le butin était tel qu'on devait s'y attendre, d'après les richesses et le luxe d'uncamj) oriental : c'étaient « de grandes quantités d'or et « d'argent, des armes magnifiques, de riches équi- «pements, des lits et des tables en argent mas- «sif^D

Lorsque , sous Héraclius , les Romains ravagèrent la Chaldée, quoique Dastagered eût été dépouillé d'une grande partie de ses trésors, il

(14) Gibbon, voJ. I, cb. VIII, p. 211, — (15) Ibid., 36/|. (16) Ibid., 369.

72 BABVLONE. CH. II.

parait qu'il en resta cependant assez pour surpasser leurs espérances et pour assouvir leur avarice'^ Ainsi les actions de Julien et les paroles de Gibbon nous font bien voir comment « la Chaldée a été en désolation,» comment « l'épée a été sur ses trésors, » et comment d'année en année et de génération en génération il y a eu un bruit de guerre et de violence dans le pays, et comment « tous ceux qui l'ont pillé ont été assouvis. »

Mais il nous reste encore k donner d'autres détails sur l'accomplissement de ces paroles prophétiques; et, de même que deux grands peintres peuvent rivaliser par la beauté du coloris et par la vérité avec laquelle ils reproduisent la nature, quoique les traits qu'ils choisissent soient différents ; de même, dans la description qu'il fait du sac de Ctésiphon, Gibbon semble, dansson tableau historique, rivaliser avec Volney, et vouloir rendre autan t que lui témoignage à la vérité des prophé ties de l'Ecriture. « La capitale fut prise d'assaut, et le désordre et la résistance du'peuple semblaient aiguiser le sabre des vainqueurs, qui criaient dans un transport religieux : « Voici le palais blanc de Choroès, c'est ici la promenade de l'Apôtre de Dieu. » Les pauvres voleurs du désert se virent tout-à-coup « enrichis au-delà de leurs espérances» ou de leur imagination. Chaque chambre révélait un nouveau trésor caché avec soin ou étalé avec orgueil. La variété des étoffes et la splendeur des ameublements dépassaient (dit Abulféda) tous les effortsde l'imagination, et un autre historien tâche de définir ces masses énormes de richesses en disant qu'on y avait trouvé trois mille milliers de pièces d'or. Une des chambres du palais était couverte d'un tapis de soie ayant 90 pieds de long et

(17) Gibbon, vol. I, cb. viii, p. 36P.

eu. H. BABYLONE. 73

autantde large, llreprésentaituiî paradis OU jardin. Les fleurs 5 les fruits et les arbrisseaux étaient représentés par un tissu d'or et par les couleurs des pierres précieuses, et le grand carré était entouré d'une riche broderie verte nuancée. Le farouche Omar partagea le butin entre ses frères de Médine. On détruisit le tableau , mais les matériaux dont il était composé avaient un si grand prix que la part d'Ali fut vendue 20,000 dragmes. Un mulet chargé de la tiare et de la cuirasse de Chosroes ayant été surpris par l'ennemi, ce riche trophée fut présenté au commandant des croyants, et le plus grave de ses conseillers se permit un sourire ïorscpi'il vit la vénérable barbe et la singulière figure du vieillard couvertes de la dépouille du £;rand roi *^

Le témoignage des voyageurs modernes vient encore nous prouver que partout oii se trouve un trésor, l'épée de l'ennemi ne manque pas d'être « sur lui, » et que le pillage n'a pas encore cessé dans le pays de Babylone.

A l'occident de Hillah, sont deux villes €|ue les Perses et les Shiites considèrent comme consacrées à la mémoire de deux de leurs plus saints martyrs; « ce sont Meshed Ali et Meshed Housein , enrichies naguères par la dévotion des Perses, mais maintenant dépouillées de leurs trésors par les féroces Wahabis *^

Et aujourd'hui qu'après plusieurs siècles de spoliations les trésors de Babylone ont eu leur fin , la terre elle-même ne manque pas de montrer <( ses richesses cachées, » comme preuve de leur ancienne abondance. Dans les ruines de Houmania, près de celles de Ctésiphon, on a découvert

(18) Gibbon, vol. Ill, ch. n, p. 1^51.

{1^) Géographie de MaliC'B nui, vol. II, p. 119, ^i Voyage de Buckingham en Mésopotamie^ vol. II, p. 246.

7i lUBYLONE. CH. II.

pai hasard, lii o mars 1812, des pièces d'argent qui sortaient des bords du Tigre. Examen fait par des personnes qu'avaient envoyées dansée but les ofliciers du pacha de Badgad, il se trouva que c'était environ 6 à 700 lingots d'argent, ayant chacun un pied et demi de long, et qui furent enq3ortés. On trouva aussi un pot de terre conteaant plus de 2,000 pièces de monnaie grecque, toutes en argent. — M. Rich, autrefois chargé d'affaires de la Compagnie des Indes à Bagdad, en acheta plusieurs, et elles font partie de sa précieuse collection, dont le gouvernement anglais a depuis lors fait l'acquisition , et qui est déposée au Musée Britannique ^^

Parmi les ruines de Ctésiphon , les habitants du pays ramassent souvent des pièces d'or , d'argent et de cuivre qu'ils vendent facilement à Bagdad ; il paraît même que quelques riches Juifs et Arméniens , qui sont chargés de faire des collections pour des consuls français et allemands, font fouiller parmi ces ruines et y trouvent souvent des médailles, des monnaies et d'anciens bi- Jous. On m'a assuré que ces fouilles ne sont jamais sans résultat. Ne semble-t-il pas vrai que << tous ceux qui la pilleront seront assouvis ? »

L'histoire ancienne du pays de Babylone peut être terminée par les paroles mêmes des prophètes : il n'en était pas pour eux comme pour les historiens profanes , qui n'osèrent décrire sa fertilité, même au commencement de sa décadence, parcequ'ils disaient qu'elle surpassait tout ce que l'on pouvait croire. Ceux qui rapportent les paroles que « l'Eternel prononça contre Babylone » le font sans crainte, quoiqu'il fallait que 2/i00 ans s'écoulassent avant que

(20) Voyage du capitaine Mignan, p. 53 et 7^%

cette prédiction fût entièrement accomplie.

« Je punirai le pays des Chaidéens, que je ré- « duirai en des désolations éternelles. » — « Re~ « tranchez de Babylone celui qui sème , celui qui «tient la faucille au temps de la moisson. » — « La sécheresse sera sur ses eaux et elles tari-

« ront. » — «Elle sera la dernière entre les

« nations ^ elle sera un désert , un pays sec ^ une « lande. Elle ne sera plus habitée à jamais; il n'y « demeurera personne ^ et aucun fils d'homme n'y « habitera. » — «J'enverrai contre Babylone des « vanneurs qui la vanneront. La terre en sera « ébranlée et en sera en travail , parceque tout « ce que l'Eternel a résolu a été exécuté contre « Babylone , pour réduire le pays en désolation , « tellement qu'il n'y ait personne qui y habite. » La terre de Chaldée devait être une désolation éternelle; après avoir été ravagée et dépouillée pendant des siècles ^ toute « son excellence » a disparu 5 et elle est devenue stérile et déserte, comme elle l'est encore. Rauwolff , qui visita cette contrée en 1574 , en parle comme d'un « sol si sec 5 si stérile , qu'il est impossible de le labourer^*. » Tousles voyageurs modernes s'accordent à porter le même témoignage.

« La terre de Babylone sera vannée , aucun fils « d'homme n'y habitera; elle sera un désert et un « pays sec 5 une lande. »

D'un côté, près du site d'Opis, « le pays environnant paraît être un vaste désert de sable , un sol aride; par-ci parJàseulement on aperçoit quelques signes de végétation et un peu d'herbe^'. » De l'autre côté, entre Bussorah et Bagdad, sur les rives du Tigre, tout le pays est un désert; l'absence complète de tout^ culture , l'aspect stérile ,

(21) Voyage de îlauivolff, Ray. 1693, p. 164.

(22) Buckingham , vol. II, p. 156.

7() JJABYLONE. CH. II.

;iri(le et sauv.Mf^e de la terre , fornu» nn contraste frappant avec les riches et cléliciens(^s descriptions de IMicrilnre Sainte. En traversant ces immenses déserts , oii ne se trouvent point de sentiers, les indigènes sont obligés de s'orienterpar les étoiles^". La surface du pays est plate, et présente aux regards une vaste étendue de plaine sur lacpielle on ne voit que de loin k loin des troupeaux de chameaux à demi sauvages; à peine aperçoit-on quelques petits arbustes. Cette immense lande n'est bornée que par rhorison^\

Au centre du i^ays, toute la contrée qui s'étend depuis Bagdad est une plaine oii l'on ne distingue pas le moindre vestige de végétation. En sortant des portes de Bagdad , le voyageur a devant lui la vue d'un désert aride, un pays plat et stérile. Toute 1^ contrée entre Bagdad et Hillah est parfaitement plate , et , à l'exception de quelques endroits près de ce dernier lieu, un désert inculte^". 11 est facile de voir, par le nombre des canaux qui traversent ce pays et qui sont maintenant à sec, qu'autrefois il était dans un état bien différent, et, à en juger d'après les monceaux de terre couverts de fragments d'édifices et de tuiles, que tout ce désert était jadis peuplé... Aujourd'hui ses seuls habitants sont les Arabes-Sobéides'^.. De tous côtés, aussi loin que l'œil peut atteindre, on ne voit qu'une vaste solitude ^^ — La richesse du pays a aussi complètement disparu que si le « balai de la désolation « l'avait parcouru du nord au midi. Depuis les environs de Babylone jusqu'aux extrémités du

(23) Mignan, p. 5.

(24) Ibid., p. 31-32. — Buckingham, p. 240 ; vol. I, p. 260.

(25) Mémoires de Rich, p. 4.

(26) Travaux de la Société de littérature de Bombay, vol, I , p^ /^28. — (27) f^cyage de Keppely p. 87.

CH. II. BABYLONE. i >

territoire on ne voit qu'un triste désert. On est des heures entières sans rencontrer une seule habitation ^^ — «La terre de Babylone est en déso- « lation^ il n'y a personne qui y habite. » — Les Arabes seuls la parcourent , et chaque homme que l'on rencontre dans ces déserts semble être un ennemi. La terre de laChaldée est maintenant le repaire des bêtes sauvages; mais le voyageur les voit avec moins d'effroi qu'il n'envisage un animal plus sauvage encore^ l'Arabe du désert. — Souvent il est parfaitement impossible de traverser le pays. — Lorsque Ton compare ces belles descriptions des riches récoltes de Babylone^ quand le blé rendait un ^ deux et trois centuples, avec l'état actuel du pays^ on est frappé de voir combien sa désolation a été grande. On ne distingue plus ses canaux que par leurs bords tombés en ruines^^.

Le sol de ce désert^, dit le capitaine Mignan^ qui le traversa à pied^ et qui en un seul jour rencontra quarante ruisseaux^ son sol est composé d'une terre glaise mêlée de sable; il s'échauffe tellement aux rayons du soleil que vers midi je trouvai qu'il était impossible de marcher sans beaucoup souffrir. Celui qui a traversé ces vastes régions a cheval sait combien elles sont tristes et monotones^ même pour le cavalier^ et peut s'imaginer combien elles le sont davantage pour le voyageur à piecP^

Que les temps sont changés! Dans ce pays qui donna au monde les premières notions d'astronomie 5 oil l'on apprit pour la première fois à remarquer le mouvement des astres, la marche des corps célestes, le misérable habitant ne sait plus s'orienter au milieu de ces vastes solitudes que pai

(28) Voyage en Babylonie, par sir K. Porter, vol, lî, p. 285e

(29) Migiian, p. 2. — (30) Ibid., p. 2, 31-34.

^^ BAKYLONE. (Ai. il.

les él()il(^s du v'w\ ! Là oil la eullure avait atteint son plus haut defjré de perfectionnement , et oii le ljlé i'af)poitait nn et deux centuples, on ne trouve plus maintenant qu'une immense plaine sans vé- Jactation. « J.e semeur et celui qui tient la faucille ^( ont été reti anches du pays de Babylone. » Lk oii l'on amassait des trésors incalculables et une surabondance de provisions, « le vanneur a « vanné, » les spoliateurs « ont pillé, » et ils ont « vidé le pays. » Lk oii des milliers de laboureurs, k Tombre de beaux palmiers, arrosaient leurs champs au moyen de leurs nombreux canaux , le voyageur s'arrête maintenant et ne trouve plus que quelques faibles arbrisseaux; il ne sait aujourd'hui où poser le pied sans douleur, il cherche en vain k s'abriter du soleil brûlant de midi , en poursuivant son chemin dans ce pays, maintenant « un désert, un pays sec, une lande. » Le silence et la solitude ont remplacé le bruit des riches et populeuses cités , car les anciennes villes de Babylone sont « en désolation ; il n'y demeure « personne, et aucun fils d'homme n'y habite^*. »

(31) Le péché a causé la désolation de la Ghaldée, comme il eau sera finalement celle de tout pays qui ne voudra pas se repentir. Mais « le jugement habitera au désert, et la justice se tiendra en Carmel. » Il en sera ainsi non-seulement en Judée, mais chez toutes les nations que la parole de Dieu aura éclairées, que son esprit aura renouvelées. « La paix sera Teffet de la justice et le labourage de la justice produira le repos et la sdreté à toujours. » Il est consolant de détourner pour un moment les yeux du spectacle de désolation que la Chaldée présente en expiation des péchés de ses habitants, et de s'arrêter à ces autres passages de TEcriture qui sont comme les avant-conreurs du jour de lumière dont seront suivies les ténèbres où se trouve plongé depuis tant de siècles ce pays si plein d'iniquités qu'il a fallu le purifier par le jugement. Déjà de sourdes convulsions, devançant la guerre de principes dont ce monde doit être inévitablement le théâtre, semblent indiquer que le temps n'est pas éloigné où ce qui n'est encore que vision sera réalité. « Et je dis à l'ange qui parlait avec moi : Où emportent-elles l'épha ? Et il me répondit ; C'est pour lui bâtir une maison au pays de Shinar, laquelle étant bâiie, il sera posé ià sur sa base (Zacharie, V, 10, 11). Le prophète

c( Ses villes seront en désolation. » — Le cours du Tigre qui traverse la Babylonie^au lieu d'être comme autrefois embelli par de riches et grandes villes 5 n'est plus marqué que par les emplacements « d'antiques ruines ^^. » Sitace, Sabata^ Narisa^ Fuchera, Sendia , n'existent plus ^\ Des monceaux de décombres indiquent la place supposée d'Artémite ou Destagered.

- Les jardins autrefois si magnifiques sont cachés sous l'herbe 5 et un monceau plus élevé que les autres indique l'ancienne résidence royale ^\ Des monticules et des décombres de diverses grandeurs et de diverses hauteurs (près d'Houmania) s'étendent de tous cô tés ^^ Une muraille soutenue par seize bastions est tout ce qui reste d'ApoUonia^^.

La superbe Séleucie n'est maintenant qu'une scène de désolation. Il n'y reste pas un seul édifice 5 mais tout le pays environnant est couvert de ses décombres. Aussi loin que l'œil peut s'étentre 5 dit le major Keppel , l'horizon est borné par une ligne de monticules ; tout cet endroit est un désert plat". Sur la rive opposée du Tigre ^ oii se trouvait autrefois Ctésiphon sa rivale , outre des fragments de murs 5 des décombres de briques et des pierres 5 et des restes de grands édifices

s'explique clairement : c'est au pays de Shinar, non pas dans la ville de Babylone. Bâtir, établir, poser une base semblent équivaloir ici à bénir, reconstruire sur une fondation nouvelle et indestructible. Mais du reste il est dit, sans métaphore, « que tous les bouts de la terre verront le salut du Seigneur. Toute la terre se réjouira ; les endroits solitaires en seront aises, le désert même en aura de la joie et fleurira comme la rose. »

(32) Voyez la Carte des Voyages du major Keppel.

(33) Plan des environs de Babylone^ et dans Touvrage du major Rennell : Géographie d'Hérodote^ p. 335.

(34) Keppel. vol. I, p, 267.

(35) M^gnan, p. 49. — (36) Keppel, p. 276. (37) Keppel , p. 125.

^><> HAHYLONE. Cil. II.

rocouverts de inonceanx de terre, on trouve un iiia{;ni(i([U(^ UKUiunieut de i'auti(|uité parl'ititeuient eonservé , un grand et bel édiliee qui présente de front un mur de ;30() pieds de long, orné de '( rangs d'arcades ; l'arche du milieu, qui a 8(i j)ieds de large et plus de IGO pieds de hauteur, est soutenue par des murailles de IG pieds d'épaisseur, et conduit à une salle profonde de lôG pieds, largeur du biitiment'". Une grande partie de la muraille du fond a été détruite et le toit aussi, mais ce qui en reste paraît plus vaste que l'abbaye de Westminster "^ On suppose que c'était le superbe palais de Chosroës; mais aujourd'hui la désolation y règne. — Le plus petit insecte ne saurait trouver parmi les ruines de Ctésiphon le moindre brin d'herbe où il puisse se réfugier , ou la moindre goutte d'eau pour se désaltérer^^. Derrière le palais on trouve des monticules de terre de deux milles de circonférence, ce qui indique bien la destruction complète d'un lieu autrefois consacré au luxe et au plaisir. M^is , dit le capitaine Mignan , telle est l'étendue de ces monticules irréguliers qu'on seraitpîusieurs mois à en prendre les dimensions avec exactitude^'.

Les villes plus modernes qui florissaient au temps des califes sont également en ruines '*^ Il est vrai que le second Bagdad n'a pas encore subi le sort du premier; et Hillah, ville comparativement moderne, située près de l'emplacement de Babylone dont il ne reste pas le moindre vestige, existe encore de nos jours. Mais la première de ces villes, après avoir été pillée, dévastée, opprimée pendant plusieurs siècles, a été graduellement réduite à un état de pauvreté comparatif et

(88) KeppeJ, ISO. — (39) Mignan, p. 79.

(40) Buckingham , p, 441. — (41) Mignan, p. 81.

(42) Mignan , p. 82,

ne possède aucun moyen de défense '". On dit en suite des habitants de Hillah que si l'on pouvait les assimiler en quelque chose aux anciens Babyloniens^ ce serait par leur vie désordonnée^ qui les distingue même du peuple immoral qui les en toure"^'*; rien dans leur conduite ne fait espérer qu'ils cherchent à s'amender, et que la malédiction qui pèse sur eux à cause de leurs péchés soit jamais leyée de dessus leurs têtes. Il n'y a pas plus de 20 ans que les Wahabis ont ravagé et pillé les villes de la Chaldée; et même en 1823 la ville de Shehreban fut saccagée par les Kourdes et réduite en désolation"^". On trouve sur toute la surface du pays des traces de villes ruinées à une époque plus ou moins récente. Les progrès de la destruction se font encore sentir; dernièrement des jardins qui ornaient les rives du Tigre ont disparu, et il n'est cjue trop littéralement vrai que « les villes de la Chaldée sont en désolation ; » car toute la contrée est couverte de débris de villes grecques , romaines et arabes , maintenant confondues dans une masse uniforme de décômbres^^ Mais au milieu de toutes ces villes en ruines , la grande capitale de la Chaldée, la ville la plus puissante et la plus célèbre du monde, porte plus que toutes les autres l'empreinte de la malédiction du ciel. Nous avons déjà décrit succinctement la décadence progressive et prédite de la grande Babylone. Dans les premières années de l'ère chrétienne, elle était habitée en partie, et il y avait dans l'intérieur des murailles un vaste espace en culture ^^ Elle ne cessa de décliner à mesure que Séleucie acquérait de l'importance , et cette der-

(43) Voijage de sir K. Porter, vol. II , p. 265-266.

(44) Keppel, vol. I, p. 182-183. — (45) Keppel, p. 272 el 27<s.

(46) Malle-Brun, voi. II, p. 119.

(47) Diod. Sic, t. II, p. 35.

82 «AnVLOXE. CH. II.

uièic ville iinit \)^y être la pins c()nsi(léral)le. Au dcnixièiiKî siècle il ne restait de lîabylone que les nuijs. Elle devint peu-à-peu un grand désert, et au <(uatriènje siècle ses murailles servirent d'enceinte pour enfermer les bêtes féroces comme dans un parc, et elle fut convertie en un lieu de chasse pour les plaisirs des monarques persans. Le nom même de Babylone disparut, et il s'écoula une longue suite de siècles pendant lesquels il ne fut point parlé de ses restes mutilés, ni de ses ruines désolées. Elle fut longtemps au pouvoir des Sarrazins, et nous avons fait voir clairement que toute la désolation que le Prophète avait annoncée est venue fondre sur elle. Car les témoignages des anciens historiens sur les faits qui confirment les prophéties relatives à la prise de ces villes par Cyrus ne sont pas plus positifs que ceux des voyageurs modernes sur sa ruine complète et finale. On est parvenu à établir parfaitement l'identité de son assiette ^% et l'accomplissement de chaque grand fait et de chaque petit détail est si clairement prouvé qu'il suffit d'avancer ces faits pour réduire au silence tous ceux qui voudraient les contester. Ce n'est pas seulement la désolation générale de la Babylonie que le Seigneur annonça par la bouche des prophètes. Ils ne virent pas avec moins de clarté l'histoire future de Baljylone , depuis l'apogée de sa gloire jusqu'à sa désolation , qu'ils n'ont vu et qu'ils n'ont décrit Babylone tombée, telle qu'on vient de la décrire au dix-neuvième siècle de l'ère chrétienne^^; et maintenant que « la fin est venue sur Babylone » et qu'une longue suite

(48) Rennel, Géographie d'Hérodote, p. 349. — Voyage de Keppel, p. 171.

(49) Le major Rennel consulta Niebuhr, Ives, Irwin, Okar, ïhévénot, Delia Valle, Texeire, Edrisi, Abulfeda et Balbi; on peut maintenant ajouter à ces noms ceux de MM. Rich, K. Porter, Frf dericb, Keppel, Kinnier, Buckingham et Mignan.

CH. If. BABYLONE. 83

de siècles a accompli sa désolation, la plume et le crayon des voyageurs se réunissent pour confirmer ce qui avait été annoncé dès le commencement parla bouche des prophètes.

La vérité rejette toujours le secours de Terreur ; mais dans le cas actuel la démonstration serait affaiblie et détruite même, si Ton cherchait à s'éloigner le moins du monde des faits précis; car, si les prédictions s'accordent littéralement avec quelque chose, c'est avec la réalité telle qu'on la trouve : en s'éloignant de celle-ci on s'éloigne aussi de celles-là, et la moindre fausseté serait aussi injurieuse que coupable. Mais à côté des faits, tels qu'ils se présentent, toute exagération est impossible, et toute fiction pauvre et inutile. Il aurait été impossible à l'imagination de se représenter un contraste plus grand ou une destruction plus complète que celle que l'Eternel a fajt venir sur Babylone. Et quoique la plus grande ville sous le soleil ne soit maintenant qu'un monceau de décombres, il n'y a pas un seul endroit sur la terre plus clairement décrit que ne l'est la scène de la désolation de Babylone par la bouche du prophète. On n'aurait pu trouver des mots propres à peindre cette scène plus clairement que ceux qu'Esaïe a employés il y a 2, 500 ans en parlant de la « charge» qui pèse encore sur la Babylonie.

La multiplicité des prophéties et le nombre des faits sont tels qu'il est difficile de les arranger avec assez d'ordre et de précision pour lier chaque prophétie au fait qui atteste son accomplissement. Tous ceux qui ont visité Babylone s'accordent à dire que la désolation est précisément telle qu'elle avait été prédite. En général, ils savent faire l'application des grandes prophéties , et souvent dans les détails ils adoptent sans s'en douter les paroles même de l'Ecriture divinement inspirées.

^^< ijahvlom:. cii. n.

l}al)yloiio est conipUHeuKMil déserte. KllejfesI plus (ju(î nioneeaux de Jiiiiu^s, nix^lee, le- (liiile au loniljeau, foulée aux |)i<»ds, sans liahitation; ses londenients sont tombés, ses niuiailles sont renversées, ses plus maj,^niliques édilieesont roulé en bas du haut des rochers. La viHe d'or a disparu, les vers la couyrent et rampent sur elle; les Arabes n'y dressent point leurs tentes, les bergers n'y mènent point paître leurs troupeaux. Les bétes sauvages y habitent, les chats-huants y demeurent: elle est devenue l'habitation des hiboux, la demeure du dragon, un désert, un pays sec, une lande, une montagne d'embrasement, un étang d'eau. Elle a été pillée, vidée, on ne lui a point laissé de reste; elle n'est tout entière que désolation; quiconque passe auprès d'elle est étonné.

« Babylone sera réduite en monceaux. » — Babylone, leplusgrand des royaumes, n'est plus que la plus grande des ruines. On voit de tous côtés d'immenses ruines de temples, de palais et d'habitations humaines de toutes espèces. Elles forment une longue ligne de ruines qui ressemblent plutôt à des collines naturelles qu'à des monceaux recouvrant de grands et beaux édiiîces^^Ces bâtiments autrefois l'orgueil des rois ne sont plus qu'un tas de décombres. Toute la surface du pays est couverte de vestiges de constructions ; dans quelques endroits on trouve des pans de murailles très bien conservés, dans d'autres rien qu'une longue suite de monceaux sans formes et de diverses grandeurs. Il serait impossible de fonder une théorie sur ces multitudes de monticules allongés allant du nord au sud, croisés par d'autres allant de l'ouest a l'est, et ne se distinguant

(50) Porter, vol. II , p. 294 et 297.

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des ruines des canaux que par leur forme et leur nombre. Certainement la plus grande partie de ces monticules sont des restes d'édifices autrefois alignés et formant des rues entrecoupées à angles droits "*. — Les monceaux que l'on distingue le plus facilement sont doubles et en lignes parallèles; chacun a plus de vingt pieds de long^ et ils sont séparés les uns des autres, ce qui ne laisse aucun doute que ce ne fut là des rangées de maisons, ou des rues tombées en ruines^^.

Telle était la forme des rues de Babylone conduisant aux portes de la ville. Il y a aussi dans quelques endroits deux canaux profonds et trois monticules en lignes parallèles; le monticule du centre est ordinairement plus grand et plus élevé que les deux autres ; il paraîtrait que ce sont les décombres de deux rues parallèles, une rangée de maisons plus profondes formant la division, ayant deuxfacades et faisant ainsi une habitation double.

Le temple de Bélus, les deux résidences royales,les rues de la ville , les habitations particulières , tout cela est réduit « en monceaux, » et la seule différence qui existe entre eux vient de la différence et de la grandeur des monticules ; les uns paraissent semblables à des montagnes, les autres s'élèvent à peine au-dessus du niveau du sol. « Babylone est tombée, » et tombée tellement a la lettre que la personne qui, debout sur le sol, contemple ses nombreux monticules, séparés les uns des autres par un creux étroit, a de la peine à distinguer les restes d'une rue des restes d'un canal; à peine peut-il dire : Ici s'écoulait la multitude, là s'écoulaient les eaux. «Babylone est tombée; » et ses ruines ne peuvent être couchées plus bas qu'elles ne le sont maintenant. « Elle a

(51) Voyage de Buckingham en Mésopotamie^ vol. II, p. 298,

(52) Buckinghani, p. 299.

86 BABYLONE. Cil. II.

été brisée, ses fondements sont tombés; »> ils ne soutiennent plus ses ruines. Ses palais , ses temples, ses rues et ses maisons sont ensevelis sous des masses de décombres "% et la vue de Babylone, telle qu'elle a été dépeinte sur les lieux me mes, ne présente plus à l'œil qu'une scène de complète désolation et des monceaux qui peuvent attester que Babylone est « descendue au sépulcre. »

« Qu'elle n'ait rien de reste. » — De grands monceaux de ruines sont tout ce qui reste maintenant de l'ancienne Babylone. Toute sa grandeur a disparu , ses trésors ont été pillés , son excellence s'est évanouie, on cherche même des briques parmi ses monceaux , oii l'on sait ne pouvoir trouver autre chose , et depuis un grand nombre de siècles Babylone a été sur la surface du sol une carrière que chacun est libre d'exploiter. Sans faire allusion à la prophétie , le capitaine Mignan parle d'un monticule faisant partie des ruines du palais , qui a 90 verges de large et 45 de haut. Le sol est extrêmement mou et fatigant pour les pieds ; il ne semble pas qu'il reste les moindres matériaux propres à la construction. Il ne reste plus une colline , excepté une assez élevée , sur la surface de laquelle on peut trouver des morceaux de briques , des tuiles , du bitume , de la chaux, du verre, des coquillages, et quelques fragments de nacre et de perles; fragmens inutiles, même aux gens les plus pauvres. « Aussi a-t-elle « été prise ; qu'elle n'ait rien de reste. » Ala fin du dernier siècle, un voyageur traversal'emplacement de l'ancienne Babylone sans même s'en douter ^\

« Je la réduirai en marais d'eaux. » — Le sol est

(53) Voyage de Porter, p. 294.

(54) Travaux de la Société littéraire de Bombay^ vol. I, p. 180. (Voyez Voyage dans les Indes, par Cunningham, 1785.)

CH. II. BABYLONÊ. 87

quelquefois couvert de mares d'eau ^^ Les ouvriers qui 5 afin qu'elle n'ait rien de reste , fouillent pour y chercher des briques ^% travaillent sans s'en douter à l'accomplissement des prophéties ; les excavations qu'ils laissent deviennent des étangs qui sont remplis par les débordements de l'Euphrate et oîi l'eau séjourne toute l'année,

(c Assieds-toi sur la poussière , assieds-toi à « terre 5 fille de Baby lone.» — La surface des monticules, seuls restes de Babylone, consiste en édifices écroulés , réduits en poussière ; il est littéralement vrai que^ parmi les ruines des habitations et des bâtiments publics, on ne peut s'as-^ seoir ou se reposer que dans la poussière. « Ta « honte sera découverte. » — Notre route , dit le capitaine Mignan , nous conduisait à travers une grande masse de monceaux , décombres qui couvrent le site de l'ancienne Baby lone. Il m'est parfaitement impossible de donner une idée juste de la scène de désolation et de solitude que j'avais devant les yeux^^ « Assieds-toi sans dire « mot 5 et entre dans les ténèbres. » — Le silence du tombeau règne parmi ces ruines '^ — Babylone est une scène de tranquillité , une solitude sublime ^^.

« Elle ne sera plus habitée à jamais. » — D'après le témoignage de Rauwolff, il paraît que déjà au deuxième siècle on n'y voyait pas une seule habitations^; maintenant l'œil parcourt un désert aride oîi les ruines seules indiquent « qu'il ait « jamais été habité. » Il est impossible, dit le major Keppel, de contempler cette scène, et de ne

(55) Buckingham, vol. II, p. 296. — (56) Mignan, p. 213.

(57) Mignan, p. 116.

(58) Porter, vol. II, p. 294.

(59) Ibid., p. 407.

(60) Ibid., p. 174.

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pas être IVappé de rexacUludc avec lacjuelle oui été accomplies les prophéties d'Esaïe et de Jéré mie, de ne [)as voir qu'eu elTet « elle ne devait « plus être habitée, » et que les Arabes lie devaient plus y dresser leurs tentes; qu'elle devait être réduite en monceaux , et ses villes en désolation , en lieu sec et en désert"^*. Babylone est jnéprisée également par les Ottomans , les Israelites et les (ils d'IsmaëP^ Elle est devenue une capitale « sans « habitants et déserte. » — « Elle ne sera point « habitée k jamais. »

« Même les Arabes n'y dresseront point leurs « tentes, ni les bergers n'y parqueront point leurs ce troupeaux. » — La prophétie annonça qu'Ammon deviendrait un lieu de repos pour les chameaux et un parc de brebis, que la Philistie ne serait que cabanes de bergers et parcs de brebis ; mais une bien plus terrible désolation devait fondre sur Babylone; un sort plus affreux encore l'attendait. Un Arabe même n'y dresserait point sa tente , n'y mènerait point paître ses troupeaux ^ ce qui indique une solitude complète , un abandon entier. Il est d'usage dans ces contrées que les bergers abritent leurs troupeaux dans les édifices ruinés ^^ Mais il n'en est pas ainsi de Babylone. Au lieu d'en emporter les briques, le berger pourrait avec facilité se construire un abri au milieu des ruines , s'y garantir des bêtes féroces , et faire un parc pour ses brebis parmi les monceaux de Babylone : l'Arabe, qui le traverse sans crainte, pourrait y dresser sa tente de nuit ; mais rien ne saurait les y porter ni Fun ni l'autre ; c'est la crainte superstitieuse des mauvais esprits , bien plus que la crainte mieux fondée des bêtes féroces, qui empêche les Arabes d'y dresser leurs tentes, — Le

(61) Keppel , vol. I, p. 397. — (62) Ibid. , p. 234. (63) Mignan, p. 225.

capitaine Mignan s'y était fait accompagner d'Arabes complètement armés, «mais rien ne put les engager à y passer la nuit , à cause des esprits malfaisants. 11 est impossible de déraciner cette idée de l'esprit d'un peuple extrêmement superstitieux; et dès que le soleil eut disparu derrière le Mujelibé, quoique la lune YÎnt éclairer la route de ses pâles rayons , le capitaine se vit forcé 5 bien à regret , d'obéir aux ordres de ses guides ^\ — ^Les gens du pays assurent qu'il est très dangereux d'approcher de ces monceaux après la nuit tombée., à cause de la multitude de mauvais esprits cjuiles fréquentent^".

« Mais les bétes sauvages des déserts y auront <( leurs repaires , et ses maisons seront remplies « de bêtes hideuses ; les chats-huants y habiteront «et les chouettes y danseront. » — Et en effet on y trouve beaucoup d'antres de bêtes féroces et un grand nombre de tuyaux de porcs - épies; tandis que les excavations les plus basses sont des mares d'eau , les plus élevées sont occupées par des chats-huants et des chauves-souris ^^. — Ces souterrains , au-dessus desquels s'élevait peut-être la demeure de la royauté , ne sont plus que des cavernes de refuge pour les jackals et d'autres animaux; les abords sont encombrés d'ossements de brebis et de chèvres 5 et il en sort une odeur isi fétide qu'on n'a nulle envie de pénétrer dans ces repaires^^ Le roi des animaux se promène sur l'emplacement de cette Babylone que le roi Nabuchodonozor avait élevée pour sa propre gloire; et le temple de Bélus , chef-d'œuvre de l'art d^s

(64) Mignan, p. 225, —(65) Ibid., p. 201, 235. — Rich, p. 27. — Buckingham, vol. II, p. 342.

(66) Buckingham, vol. II, p. 30.

(67) Poller, vol, II, p. 342.

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lioninios , est maintenaiit l'anlre du lion et du tif^re. Sir Rolx^rt Ker Porter vit sur les hauteurs deux niaguiliques lions et il distinj^nia sur le sol niaréeaf^eux Tempreinte de leurs immenses griffes '^". Le major Keppel vit également les marques des pieds d'un lion. C'est aussi la retraite des jackals , des hiènes et d'autres bétes malfaisantes^^. Les animaux sauvages sont en grand nombre sur le Mujélibé , aussi bien que sur le Birs Nimroud. Le monticule était couvert de grand trous ; nous entrâmes dans quelques-uns et nous les trouvâmes remplis de carcasses et de squelettes d'animaux récemment tués. L'odeur des bêtes sauvages était si forte que la prudence prévalut sur notre curiosité ; nous ne pûmes douter de la nature féroce des habitants de ces cavités , et nos guides nous assurèrent que toutes les ruines abondent en lions et en animaux sauvages. C'est ainsi que la prédiction divine se trouve accomplie à la lettre ; les bêtes sauvages des déserts y ont leur repaire, les maisons sont remplies de bêtes hideuses , et les bétes sauvages des îles s'entre -répondront les unes aux autres dans les palais désolés "^^ .

« La mer est venue sur Babylone ; elle a été « couverte de la multitude de ses flots.» — On ne découvre plus aucune trace de la rive occidentale de l'Euphrate. La rivière s'étale sans obstacle , et jusqu'au moindre vestige de bords et de digues, tout a été emporté. La surface généralement marécageuse n'offre aucun signe d'anciennes habitations^*; des marécages et des étangs sillonnent, pour ainsi dire, le terrain; pendant un certain

(68) Sir R. K. Porter, p. 387.

(69) Voyages de limier^ p. 273.

(70) Keppel, vol. I, p. 173 et 180.

(71) Buckingham, vol. II, p. 178,

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temps après le débordement de FEuphrate 5 tout ce pays a Tair d'un vaste marécage '^ Dans ces moments les ruines de Babylone sont submergées et inaccessibles, les vallées, dans plusieurs endroits, étant devenues des marais'^". Ainsi d'un côté, tandis que Babylone est couverte de la multitude des flots, de l'autre elle présente à l'œil un contraste frappant par les hautes ruines qui s'élèvent aux rayons d'un soleil ardent, et par les monceaux de décombres qui , répandues sur une plaine aride et brûlante , semblent prouver que Babylone est devenue « un pays sec , un désert , « une lande. » Une partie de la rive occidentale du fleuve est un vaste marécage , l'autre est un désert aride ^^.

« Elle ne sera tout entière que désolation , elle « ne sera plus habitée à jamais. » — Des ruines composées, comme le sont celles de Babylone, de monceauxde décombres saturés de nitre ne sont pas susceptibles de culture''^ ; ainsi les matériaux des édifices de Babylone semblent, en se décomposant, condamner la terre à la stérilité. La partie de la plaine oii Ton trouve des vestiges de bâtiments , aussi bien que celle où il n'y en a jamais eu , est entièrement dépourvue de toute apparence de végétation. Le sol paraît aride comme s'il avait été inondé plusieurs fois, en sorte que toute la terre productive semble avoir été emportée par les eaux; sa surface composée moitié de sable, moitié de terre glaise, peut être comparée aux bords de la mer à la marée basse ^^. Babylone, qui avait dit dans son orgueil : « Je serai reine à toujours, » n'est plus appelée la

(72) Rich, ps 13.

(73) Buckingham, vol. II, p. 302.

(7 A) Mignan, p. 439. — (75) Rich, p. 16. (76) Sir R. K. Porter, vol. II, p. 392.

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reine des royaiiuies ; elle « n'est (oui entière que i^ désolation. »

c( lîel s'est ineliné. » — J.e t(^nij)le de Hé!usou de tiaal, dont il est clairement i)arlé ici, avait, selon le major llennel, 500 pieds , et selon Tiideaux, ()00 ])ieds d'élévation; il était, d'après le calcul le plus bas , plus élevé que la plus haute des pyramides d'Egypte.

Le monceau le plus élevé que l'on distingue sur l'emplacement de Fancienne Babylone, le Birs Nimroud, est regardé comme les ruines du temple de Bélus. Ce monceau occupe un plus grand espace de terrain que celui où se trouvait jadis le temple , parcequ'en tombant les pierres se sont éloignées de leur véritable assiette. Les ruines ne sont donc plus sur leur ancienne base, mais elles sont couchées par terre et forment une masse énorme. Au premier coupd'œil elles présentent l'idée d'une colline, avec une forteresse placée sur son sommet ''^j et même, quelque singulier que €ela puisse paraître , le père Emmanuel parle des ruines qui se trouvent aussi sur cette sommité , sans avoir remarqué l'élévation extraordinaire du monticule qui les porte. Il est presque inutile de faire remarquer que tout le monticule est en lui-même une ruine. Et pour démontrer que c( Bel s'est incliné » il suffit de mettre sous les yeux du lecteur le dessin ci-joint, pris des Voyages de sir K. Porter, et qui fait voir la différence entre l'ancienne élévation du temple et la hauteur de ses ruines actuelles '^^

(77) Mignan, p. 192.

(78) Porter, vol. II, p. 323.

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Elévation de Birs Nimroud (du côté du nord) suivant Strabon et Hérodote.

Entree ?i supposée. -

Les lignes pointées indiquent les ruines actuelles.

800 pieds PLAN DE BIRS MMROUD.

«Bel s'est incliné. » — D'abord composé de huit tours s'éleyant les unes au-dessus des autres , le temple de Béius ne présente plus que l'aspect d'une colline irrégulière ^ dont chaque côté a une élévation différente. Ce n'est plus qu'une masse sans forme. Le côté oriental présente deux étages de collines; le premier s'élève à une hauteur de soixante pieds; il est partagé au milieu par un profond ravin qu'y ont creusé les pluies de plusieurs siècles. Le sommet de ce premier étage forme une plate-forme inclinée graduellement jusqu'à la base du second étage^ qui semble s'élancer hors du premier en forme de cône^ son sommet étant orné d'un fragment d'édifice semblable à une tour en briques. Depuis la base de la colline jusqu'aux fondements de cette ruine l'élévation est d'environ 200 pieds ^ et depuis le bas de la ruine jusqu'à son sommet on compte 35 pieds de hauteur. A l'occident ^ toute la masse qui s'élève de la plaine ne présente qu'un immense monticule ayant la forme d'une pyramide irrégulière ; ses flancs sont creusés çà et là ,

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