‹ Les prophéties et leur accomplissement littéralChapitre 32 sur 42 · PROPHÉTIES CONCERNANT MOAB · texte numérisé non relu

PROPHÉTIES CONCERNANT MOAB

Les prophéties qui concernent Moab ne sont pas moins nombreuses , et sont tout aussi remarquables. Nous n'examinerons pas celles qui , ayant rapport à son ancienne histoire et à ses anciennes querelles avec le peuple juif et les états voisins, étaient importantes alors, en tant qu'elles pouvaient tendre à raffermir la foi et à soutenir le courage des enfants d'Israël , mais ne sont pas

(55) Seetzen, p. 35-36. — (56) Burckhardt, p. 358, etc.

nécessaires aujourcriiui pour prouver l'inspiration divine des Ecritures. Les prédictions qui ont rapport à des faits connus et avérés sont si nombreuses qu'on peut presque dire qu'il n'y a pas un seul trait de la désolation actuelle de Moab qui n'ait été tracé par la plume du prophète juif.

« Quant à Moab , ainsi a dit l'Eternel des ar- ^ « mées 5 le dieu d'Israël : Malheur à Nébo , car « elle a été saccagée; Kirjathajim a été rendue « honteuse et a été prise : la ville forte a été ren- « due honteuse et effrayée : Moab ne se glori- « fiera plus. Celui qui a fait le dégât entrera dans « toutes les villes^ et pas une ville n'échappera; « la vallée périra et le plat pays sera détruit , a suivant ce que l'Eternel a dit : Donnez des ailes oc à Moab 5 car certainement il s'envolera, et ses « villes seront réduites en désolation sans qu'il y « ait personne qui y habite. Moab a été à son aise « depuis sa jeunesse, il a reposé sur sa lie; il n'a « point été vidé d'un vase dans un autre , et il c< n'a point été transporté. Mais voici, les jours « viennent, dit l'Eternel, que je lui enverrai des r^ gens qui l'enlèveront. Comment a été rompue ff cette verge et ce sceptre d'honneur ? Toi qui te « tiens chez la fille de Dibon , descends de ta « gloire et t'assieds dans un lieu de sécheresse; « car celui qui a saccagé Moab est monté contre c< toi et a détruit tes forteresses. Moab a été rendu « honteux, car il a été mis en pièces; Moab a été « saccagé et le jugement est venu sur le plat « pays, sur Holon et sur Jathsa, et sur Mephaa hat, et sur Dibon, et sur Nébo , et sur Belhdi- « blathajim, et sur Kirjathajim, et sur Beth-Ga- « mui , et sur Beth-Mélion , et sur Kéryoth , et « sur Botsra, et sur toutes les villes du pays de « Moab, éloignées et proches. La corne de Moab c( a été retranchée et son bras a été brisé , dit

238 MOAD. en. XI.

« I'Elerncl. HabilaMls de Moah^ (juiltez les villes « et demeurez dans les roehers, et soyez eomme « le pij;eon qui fait son nid aux eotés de Tentrée « des cavernes. Nous avons appris l'oryueil de « Moab, le très orgueilleux ^ son arroganee et son « orgueil, et sa fierté et son cœur altier. L'allées gresse et la gaîté se sont retirées loin du champ « fertile et du pays de Moab; et j'ai fait cesser le c' vin des cuves; on n'y foulera plus en chantant , « et la chanson de la vendange n'y sera plus « chantée. A cause du cri de Hesbon qui est par- « venu jusqu'à Elhalé, ils ont jeté leurs cris jus- « qu'à Jahats; même depuis Tsohar jusqu'à Ho- « ronajim; car aussi les eaux de Nimrim seront (c désolées. J'ai brisé Moab comme un vaisseau « auquel on ne prend nul plaisir. » — « Hurlez et « dites : comment a-t-il été brisé ? Moab sera exce terminé tellement qu'il ne sera plus peuple, « parcequ'il s'est élevé contre l'Eternel. » — «Les « villes d'Haroher seront abandonnées; elles dece viendront des prés de brebis qui y reposeront, ce et il n'y aura personne qui les épouvante. Moab ce sera un lieu de désolation à jamais ^^ »

Le pays de Moab était situé à l'est et au sud de la Judée sur les bords de la Mer-Morte, mer salée, et le sol, quoique plus diversifié, ne le cédait pas en fertilité , dans les endroits où les sables du désert et les plaines salines ne s'en sont pas emparés, au pays d'Ammon, et paraît avoir été puissant et très peuplé. Quant à l'ancienne grandeur de Moab, elle est attestée par une foule de preuves et de témoignages.

On rencontre à chaque instant dans les plaines les vestiges de quelques grandes villes; sur toutes les eminences , partout oii une ville a pu être

(57) Jérémie, XLVÏII, j, 2, 8, 9, 41, 12, 17, 18, 20-25, 28, 29, 33, 3/|, 38, 39, li% — Esaïe, XVII, 2. — Sophonie, il, 9.

bâtie, on en retrouve quelques traces. Et comme la terre y est susceptible de la plus riche culture, on ne saurait douter que ce pays, maintenant désert , n'ait offert jadis un tableau non interrompu d'abondance et de fertilité ^^ La configuration des champs est encore visible , ainsi que des restes de grands chemins, oîi Ton voit encore des fragments de pavés romains , et où se sont conservées quelques-unes des bornes miîliaires qui y furent plantées du temps de Trajan, de Marc-Aurèle et de Sévère. Esaïe fait allusion à la fertilité d'Hesbon^^; partout où l'on cultive le blé , la récolte est abondante , et rien ne saurait mieux peindre la richesse du sol que le seul fait qu'un grain de froment d'Hesbon pèse plus de deux grains de l'espèce ordinaire, et que i'^pi en contient plus du double. Il n'y a pas de province en Europe où les villes soient aussi pressées que les ruines le sont dans le pays de Moab. Burckhardt fait nombre d'environ cinquante villes ruinées dans l'étendue de Moab ; il parle de traces nombreuses de champs enclos, et s'accorde avec Irby et Mangles quant à son ancienne population.

Nous avons donc plus de preuves qu'il ne nous en faut sur l'état florissant de cette contrée et de ce peuple , et cela k une époque postérieure de plusieurs siècles au temps où les prophéties publiaient les jugements de Dieu contre elle, pour bien nous démontrer qu'il eût été impossible à l'homme d'imaginer qu'elle put jamais être réduite à l'état de désolation complète et entière dans lequel elle demeure depuis un si grand nombre d'années.

« Les villes de Moab seront réduites en désola-

(58) Voyages des capitaines Irby e tMangles, p. 370.

(59) Esaïe, XVI, 8-10.

240 MOAB. cil. XI.

«tion; pas une n'écha|)|)era. Moab s'cMivolera. » El loules les villes de Moab ont disparu. Yolney indi(|ue le pays de Moab sur la carie (jui aeeompa^nie ses voyages par ces mots : Villes ruinées, 11 lire ses délails sur ces ruines des Arabes erranls, et la vérité de ce qu'il avance a été constatée par le témoignage de plusieurs voyageurs européens dignes de foi, qui depuis lors ont visité cette région. Le pays tout entier est couvert de ruines , et Burckliardt , qui eut à essuyer beaucoup de périls dans ce pays désert et dangereux, parle en particulier de l'état actuel de différentes villes nommées dans l'Ecriture. Les ruines d'Elhalé , d'Hesbon , de Mélion , de Médaba, de Dibon et d'Harolier sont là pour faire ressortir la yérité de l'histoire des enfants d'Israël *^.. on pourrait ajouter, pour confirmer la divine autorité des Ecritures, et pour prouver que « les prophètes ont parlé comme ils étaient poussés par le Saint-Esprit. »

Tout ce qui est digne d'attention a été décrit non-seulement par Burckliardt, mais aussi plus récemment par les capitaines Irby et Mangles qui^ de concert avec Bankes et Legh, ont parcouru toute cette région déserte. Les jugements prédits sont tombés avec une telle violence sur toutes les villes de la terre de Moab que , malgré tout leur désir et toute leur curiosité , nos infatigables voyageurs n'ont pu découvrir , dans une multitude de ruines, que fort peu de débris assez bien conservés pour mériter une mention particulière. C'est de leurs témoignages réunis que l'on lire les détails suivants.

Parmi les ruines d'El Ael ( EShalé ) se trouvent un nombre de grandes citernes, des fragments

(GO)Buickharclt, Voyïigcs t n Arabie, Introd., p. 38.

241 MOAB. CH. XÎ.

d'édifices et de fondements de maisons. A Heshban ( Hesbon ) sont les raines d'une grande et ancienne cité, avec les débris d'un temple et de quelques édifices ; un petit nombre de colonnes mutilées sont encore debout, et l'on voit plusieurs puits très profonds creusés dans le roc. Les ruines de Médaba ont près de deux milles de circuit; on y voit le reste des murailles de maisons particulières, et près délaies fondations d'un templeavec deux colonnes, mais pas un seul édifice entier. L'objet le plus intéressant est une immense citerne en pierre de taille; et comme il n'y a aucun cours d'eau à Médaba , les Arabes pourraient encore en tirer parti , s'ils voulaient se donner la peine de déblayer les décombres qui en obstruent les approches , afin que les eaux puissent s'y rendre; mais un tel travail dépasse de beaucoup les vues d'Arabes vagabonds^*. Les ruines de Deban (Dibon ), situéesau milieu d'une belle plaine, sont d'une étendue considérable, mais n'offrent rien d'intéressant ^^. Celles de Myoun ( le Seth-Mehon de l'Ecriture ) sont indi quées par leurs sources d'eaux thermales ^', Il ne reste plus rien de remarquable de cette ancienne ville ni d'Araayr (Haroher), si ce n'est ce qu'elles ont de commun avec les autres villes de Moab, leur entière désolation. L'étendue des ruines de Rabba, autrefois la résidence des rois de Moab, suffit pour attester son ancienne importance, quoique l'on ne puisse rien distinguer parmi ces ruines, excepté les restes d'un palais ou tempi e, des murs duquel on retrouve encore une partie, ainsi que la porte d'une autre habitation, et un autel solitaire. Il y a quelques vestiges d'ha-

(61) Burckhardt, p. 366. — Seetz^n, p. 37. — Voyages des capitaines, p. 411. —(62) Voyages des capitaines p. 452. — SeeUen, p. 38. (63) Burckhardt, p. 365. — Irbyet Mangle^, p. 454.

5iî? MOAB. eu. XI.

hilalions parliciilièi es, mais rien (rentier. La ville, n'ayant point de sonrces d'canx, avait deux puits dont le phis profond a été creusé dans le roc , et plusieurs citernes *^\ Le mont Nébo était entièrement nu lors du passage de Burckhardt, et on n'a pu déterminer l'emplacement de l'ancienne ville. « Nébo a été saccagée. »

Une circonstance remarquable, c'est que toutes ces \illes ont conservé leurs anciens noms, qu'elles sont partout distinguées par leur désolation complète, et que chacune d'elles a été l'objet d'une prophétie particulière; cependant elles ne formaient que le plus petit nombre des villes de Moab; ainsi toutes fournissent d'incontestables preuves de la vérité des prophéties, puisqu'elles sont toutes abandonnées , « sans qu'il y ait personne qui y habite » . Il n'y a pas une seule des anciennes villes de Moab qui soit habitée. La seule ville qui existe est apjyelée Kerek ; il ne paraît pas, d'après ses monuments ou son nom, qu'elle ait existé du temps des Israelites ; et Seetzen qui l'a visitée dit que dans son état actuel de ruine on ne peut la regarder que comme un hameau. Les habitations n'ont qu'un étage ^^ Les ruines en général ont été mutilées et ne sont plus qu'une masse informe. Plusieurs même n'ont jamais été examinées en détail. Quelquefois cependant on trouve des vestiges de temples , de mausolées , des ruines d'édifices très considérables construits en pierres énormes ; quelques-unes d'entre elles ont vingt pieds de long, et la largeur d'une seule suffit pour l'épaisseur des murs : on rencontre des jardins en terrasses , des colonnes de marbre couchées sur la terre, ayant trois pieds de diamètre, et des restes de colonnes moins grandes et de plusieurs

(6/j) Seetzen, p. 3A. — Burckhardt, p. 377. ~ (G5) Seelzen.

citernes creusées dans le roc. Lors donc que les villes de Moab existaient dans toute leur gloire ,, quand son arrogance et sa fierté étaient à leur plus haut point, il eût été impossible àriiomine d'imaginer qu'il pût jamais devenir la proie de la désolation. Qui est-ce qui aurait pu se douter que ces villes si nombreuses, qui avaient déjà existé depuis un si grand nombre de siècles, dont la position était si belle, les sites si variés, les unes fortifiées par leur assiette naturelle, d'autres par toutes les ressources de l'art, celles-ci assises au fond des vallées fertiles auprcs de sources abondantes, et celles-là entourées de citernes creusées dans le roc même , qui est-ce qui aurait pu croire que toutes ces villes auraient à subir le même sort, qu'elles seraient toutes réduites en désolation sans qu'il y ait personne qui y habite ?

Tous ces indices d'une longue prospérité auraient rendu ce fait impossible et incroyable J" si ce pays avait appartenu à un autre peuple , et si ce n'était pas la parole de notre Dieu qui eût dit: « Malheur à Moab, car elle a été saccagée ! »

« La vallée aussi périra , et le plat pays sera « détruit. » Moab a été plus d'une fois le champ de bataille des Arabes et des Turcs, et quoique les premiers en soient restés maîtres, cependant tous les deux ont contribué à sa désolation. Les différentes tribus d'Arabes qui le traversent constamment sont en hostilité permanente avec les

chrétiens et les Turcs, et en outre perpétuellement en guerre l'une contre l'autre. Ainsi on ne pense jamais à cultiver le sol ou à tirer partie des avantages naturels que le pays possède en si grande abondance. La propriété est sous la garde de la force et non delà loi; ainsi les vastes plaines offrant, excepté de loin à loin, l'aspect le pins aride, l'œil attristé n'est récréé que par quelques bos-

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