‹ Les prophéties et leur accomplissement littéralChapitre 37 sur 42 · UI · texte numérisé non relu

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mettre à ses hivers d'en rompre les vives arêtes, d'en amoindrir le haut relief? Tout se tait; car dans cette solitude la chouette seule a conservé son cri plaintif, et l'Arabe passe en regardant avec indifférence des travaux si habilement exécutés, en pensant avec mépris à l'inutilité de tant d'efforts, pour un but qu'il ne cherche même pas à comprendre.

« On les appellera le pays de méchanceté. » Strabon fait remarquer le contraste qui existe entre l'humeur tranquille des citoyens de Pétra et le caractère turbulent des habitants étrangers ; la bonne intelligence qui régnait parmi le peuple faisait l'admiration d'Athénodore. L'or pur est changé ; on ne trouve plus maintenant un semblable peuple. Burckhardt, quoiqu'il voyageât comme les Arabes , vivant dans leur société , se soumettant à toutes leurs privations , parlant parfaitement leur langue et connaissant toutes leurs habitudes , se vit réduit sur la terre d'Idumée à la seule condition qui garantit la vie du voyageur du désert; il se dépouilla de tout ce qui pouvait attirer l'attention ou exciter la cupidité, et cependant on lui prit jusqu'aux lambeaux d'étoffe dont il s'était enveloppé les chevilles des pieds, blessés par le voyage ^^ Les Arabes de cette contrée ont la réputation , dit-il , d'être des voleurs entreprenants. De même, un Motselim , qui était au service depuis vingt ans , assura les capitaines Irby et Mangles et les voyageurs qui les accompagnaient ( en présence du gouverneur de Jérusalem ) que les Arabes d'OuadiMousa **sont une race cruelle et traîtresse." Il ajouta qu'ils ne se feraient pas scrupule de se servir du sang des Francs pour en composer un remè-

(32) Burckhardt, p. 438.

282 ÉDOM. CH. XII.

de. Ils purent s'assurer que cette réputation de méchanceté et de cruauté n'était pas exafjérée, nonseulement par les dangers qu'ils eurent eux-mêmes à essuyer, mais encore en apprenant sur les lieux que plus de trente pèlerins venant de la Barbarie avaient été massacrés a Pétra, l'année précédente, par les lialjitants d'Ouadi Mousa ^". Les Arabes des déserts limitrophes, comme nous l'avons déjà vu, n'osent pas s'approcher d'eux; et les Arabes des environs d'Akaba, vers les frontières méridionales de l'Idumée, sont, à ce que disent Pococke et Burckhardt, un peuple fort méchant; c'est une horde d'insignes voleurs faisant continuellement la guerre à toutes les autres tribus ^\

Ces témoignages, rendus sans intention, prouvent assez que l'Idumée est en effet « le pays de méchanceté » .

« Les épines croîtront dans ses palais , les char- « dons et les buissons dans ses forteresses. » — Sans examiner en détail l'accomplissement littéral de cette prophétie , il suffira de dire que les diameaux des Bédouins se nourrissent des branchies épineuses du Talh (gommier arabique) dont ils sont très friands ; que les grandes épines de ces arbres sont extrêmement incommodes pour les Bédouins ainsi que pour leurs troupeaux, et que dans plusieurs parties de l'Idumée elles sont en si grande abondance que chaque Bédouin porte à sa ceinture une paire de petites pinces pour arracher les épines qui peuvent lui entrer dans les pieds ^^ Nous pouvons maintenant puiser dans le récit de M. de Laborde un témoignage plus direct encore : en parlant de l'état actuel de

(33) Irby et Mangles, p. lx\l. — Macmichael, p. 202, 234-

(34) Détails sur rOrient , par Pococke, vol. I, p. 136.

(35) Burckhardt, p. 446.

CIL XiL ÉDOM. 283

Pétra^ il dit que les épines s'élèvent aussi haut que les colonnes 5 que des plantes épineuses cachent aux yeux les vestiges des travaux de Thomme ; l'épine ou les buissons grimpent au sommet des monuments, croissent sur leurs ruines, et cachent la base des colonnes. « Les épines croîtront dans « ses palais , les chardons et les buissons dans « ses forteresses. »

« Je te ferai petit entre les nations et mépri- « sable entre les hommes. » — Quoique le pays de la méchanceté, et la retraite de bandits fameux parmi les Arabes par leur rapacité et leur cruauté, cependant, comparée aux autres nations, ridumée est véritablement petite, et sans population fixe, puisque tous ceux qui vivent dans ses limites n'ont ni habitations permanentes , ni moyens de subsistance assurés. A ces superbes édifices dont s'enorgueillissait jadis cette contrée, ont succédé quelques huttes rares et misérables; et toutes petites et basses qu'elles sont, elles ne paraissent exister que dans une très petite partie de l'Idumée; dans tous les autres endroits oîi les Arabes vont à la recherche de pâturages pour leurs troupeaux, ils n'ont que des tentes pour abri. Celles qui appartiennent aux tribus les plus florissantes sont quelquefois nombreuses et grandes ; mais elles ne forment que de chétives habitations , et beaucoup d'entre elles sont basses et étroites. »

Près des ruines de Pétra, Burckhardt vit un camp arabe, dont la plupart des tentes étaient les plus petites qu'il eût jamais vues, n'ayant qu'environ quatre pieds de hauteur et dix de longueur; et vers la limite sud-ouest de l'Idumée il rencontra quelques voyageurs errant sans tentes, et n'ayant d'autre abri contre les rayons brûlants du soleil et la forte rosée de la nuit que les minces

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branches des Tailiiers. — Les moyens de subsistance des Bédouins sont souvent aussi précaires que leurs habitations sont frêles ; leurs seuls biens consistent dans des troupeaux qu'ils nourrissentj ou qu'ils enlèvent dans des régions plus abondantes; et dans le même pays où, pendant si longtemps, le commerce semblait concentrer ses richesses 5 et par lequel passaient tous les trésors d'Ophir, il ne reste plus aucune industrie, si ce n'est la misérable occupation des tribus vagabondes 5 celle de recueillir la gomme parmi les épines. Combien Edom est « petit parmi les nations, et combien il est méprisé ! » Lorsqu'on entend les autorités de Constantinople prétendre ne pas la connaître et déclarer ne pouvoir indiquer les ruines de cette capitale, jadis rivale de Rome, lorsqu'on raconte que la ville dePétra est oubliée et inconnue parmi les représentants des paysans deByzance, le mépris peut-il aller plus loin?

« Quant à Edom, ainsi a dit l'Eternel des ar» <f mées: N'est-ilpas vrai qu'il n'y a plus de sagesse « dans Théman? Le conseil a manqué à ses habi- « tants. Ne ferai-jé pas périr les sages au milieu « d'Edom, et la prudence dans la montagne d'E- « sail ? Malgré sa dégradation actuelle , Edom pourrait se faire reconnaître comme ayant été le premier siège de la science, aussi bien que le centre du commerce- Isaac Newton, dont le savoir chronologique est reconnu , et qui peut être considéré comme juge compétent , parle de lldumée comme du berceau des arts et des sciences , et appuie ces faits sur des preuves tirées de l'histoire sacrée et profane. — Les Egyptiens , dit-il, ayant appris Tart des Edomites, commencèrent k observer la position des astres et la durée de l'année solaire , afin de pouvoir toujours reconnaître la position des étoiles, et se

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diriger par ce moyen ^ même en pleine mer. Ce fut là le commencement de l'astronomie et de la navigation ^\ Il paraît que l'invention des lettres, de l'astronomie, et de l'architecture nautique, est due aux marchands de la Mer Rouge, et qu'elles se répandirent par l'Arabie Pétrée en Egypte, en Chaldée, en Syrie, dans l'Asie Mineure et en Europe^^

Tandis que le philosophe rend ainsi hommage au savoir del'Idumée, l'admirateur du vrai génie et l'homme véritablement pieux ne trouveront dans aucun pays un plus riche trésor de poésie élégiaquCjd'éloquencepassionnéejOudeprofonde piété, que dans ce livre de Job que l'Idumée a présenté au monde. — Là, nous voyons dans un langage pathétique et sublime tout ce que l'homme peut sentir , tout ce qu'il peut éprouver de souffrances physiques ou de douleurs morales; tout ce que son corps peut endurer de misères; tout ce qu'il peut perdre de bonheur ; tout ce qu'il est donné à l'esprit mortel de comprendre sur les œuvres de Dieu, sur la prescience et la toutepuissance de l'Éternel, et sur les avis mystérieux de la Providence ; là , pour la première fois , la sagesse humaine parle d'Arcture, d'Orion, et des Pléiades; là, on trouve ce dévouement de l'âme, cette immortalité de l'espérance, cette patience qui ne s'altéra jamais , même quand le cœur se brisait à force d'angoisses , et qui s'écrie encore : « Voilà, quand il me tuerait, je ne lais- « serais pas d'espérer en lui. » (Job, xni, 15.)

«Mais, pourrait-on encore demander, la sa- « gesse a-t-elle disparu du milieu d'Edom? » A cela la réponse est courte et précise ; « oui, elle en a

(36) Chronologie des anciennes nations, par sir Isaac Newton.

(37) Ibid.

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disparu. » L'esprit des Bedouins est aussi peu cultivé que les déserts qu'ils traversent. La sagesse pratique est en général ce que rhoninieai)prend en premier, et ce qu'il retient en dernier; mais le simple fait que déblayer quelques décombres, pour faciliter l'écoulement des eaux dans quelque ancienne citerne, qui par-là leur deviendrait utile, est une entreprise à la hauteur de laquelle ne sauraient s'élever les vues des Arabes vagabonds, nous montre assez clairement que leur sagesse s'est évanouie. Ils regardent les antiques monuments qui les entourent, non-seulement avec étonnement , mais encore avec superstition , comme étant l'ouvrage des génies. Chaque Européen est à leurs yeux un magicien , et ils croient qu'il lui suffit de jeter les yeux sur l'endroit oii ils auraient caché leurs trésors pour qu'il puisse ensuite commander au gardien dudit trésor de le lui remettre ^^ DansThéman, qui conserve encore une existence précaire, les habitants, curieux de s'instruire, n'en trouvent pas le moyen. Le Coran fait leur seule étude, et contient la substance de toute leur sagesse. Ce serait vainement qu'on chercherait aujourd'hui parmi eux un Thémanite qui pût discourir avec la sagesse d'Eliphaz , quoique Jobne le trouvât qu'un faible consolateur. « Il n'y a plus de sagesse dans Théman , ni de c( prudence dans la montagne d'Esaii. »

Ainsi nous voyons d'un côté quelle fut l'ancienne sagesse des habitants d'Edom, et de l'autre quelle est sa désolation universelle ; mais aussi nous verrons par la suite qu'elle sert encore de repaire a des créatures que Dieuavait désignées dans sa parole. Et tout insignifiant que cela peut paraître aux esprits incrédules qui veulent toujours

(38) Burckhardt , p. 429.

cil. XII. ÉDOM. 287

soumettre la vérité à la mesure de leurs étroites facultés 5 et faute d'autres armes , entrepreunent de jeter du ridicule sur tout ce qui dépasse les bornes de leur faible entendement 5 les détails suivants 5 renfermés dans la parole de Dieu, font encore comprendre à celui qui veut se donner la peine de les examiner, qu'ils ne peuvent provenir que de Celui qui sait toutes choses , et qui assigne à toute créature son occupation et sa demeure. Peut-être cette nouvelle mortification servira- 1- elle à ouvrir l'intelligence de l'incrédule , et à lui faire sentir quelle est la force et la vérité de cette parole qui donne la vie. « Et « le cormoran et le butor la posséderont ( l'Idu- « mée ) ; le hibou et le corbeau y habiteront ; elle (c sera le repaire des dragons et lé parvis des chats- « huants. Là, les bêtes sauvages des déserts rencon- « treront lesbêtes sauvages des îles , et la chouette « criera à sa compagne ; là même se reposera Force fraie et elle y trouvera du repos. Là, le marc( tinet fera son nid, il y couvera, il y éclôra, et ((il recueillera ses petits sous son ombre, et là (( aussi seront assemblés les vautours l'un avec t( l'autre. Recherchez au livre de l'Éternel, et lice sez ; il ne s'en est pas manqué un seul point ; « celle-là ni sa compagne n'y a point manqué , car (( c'est ma bouche qui l'a commandé , et son Esprit c( est celui qui les aura assemblées. Car il leur a «jeté le sort, et sa main leur a distribué cette « terre au cordeau. Ils la posséderont à toujours; ff ils y habiteront d'âge en âge. — J'ai mis les (( montagnes d'Esaiien désolation, et son héritage « pour les dragons du désert ^^ )>

La précision des prophéties est telle, leur langage est si éloigné de toute ambiguïté, et

(39) Esaïe, XXXIV, 11, 13-17. —Mal,, I, 3,

288 ÉDOM. CH. xn.

les événements qu'elles annoncent sont si bien détaillés, qu'il est presque inutile de faire observer que ces différents animaux ne devaient pas posséder dans le même degré la terre d'Edom. Quelques-uns d'entre eux devaient s'y reposer, d'autres s'y assembler. Le martinet et le vautour devaient y faire leur nid, les dragons devaient en faire leur habitation , tandis que, du cormoran et du butor, il est dit qu'il la posséderont. N'est-il pas plus que singulier, malgré le peu de renseignements que nous possédons sur l'Idumée, que, lorsque nous fîmes des recherches pour découvrir si véritablement il ne manquait pas quelqu'un de tous ces animaux, la première lumière que nous reçûmes des frontières d'Edom se rapportât précisément à l'animal dont il est fait mention en premier dans la prédiction? On admettra sans difficulté que, dans un pays où un animalquelconque est inconnu, on ne puisse pas donner une traduction convenable de son nom, et que, pour le désigner ou le spécifier, il faille se reporter à son nom primitif, et à l'histoire du pays où il a été connu; et sans qu'il y ait aucune difficulté par rapport au nom , ou au besoin de le traduire , il paraît que le mot même de l'original , avec une très légère variation, en raison delà ressemblance entre l'hébreu et l'arabe, est encore employé par les Arabes pour désigner l'oiseau dont on peut dire littéralement qu'il « possède le pays » .

Lorsque Burckhardt est en Moab, dans le dernier village voisin des limites d'Edom, il énumère les différents animaux qui se trouvent dans ce territoire, et particulièrement dans Shera, un des districts de ridumée ; il ajoute qu'on y rencontre une multitude innombrable d'oiseaux appelés katta ^^

(/^O) n^^p kath, espèce de perdrix. Quelquefois dans roriginal on écrit katha. Onkel ^np ; \ide Simonis Lexicon, p. 1393.

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lis volent en si grandes troupes, dit-il , que souvent il suffit aux petits Arabes d'y jeter un bâton pour en tuer deux ou trois d'un même coup ^\ • Quelqu'un objecterait-il ici que ce n'est pas chose bien étonnante qu'il se trouve dans un pays un oiseau particulier , qu'il y fasse sa demeure depuis nombre de siècles, et qu'un te! fait ne sort pas du tout des limites des probabilités humaines? Nous répondrons que nous admettons la possibilité de ce fait pour presque toutes les parties du globe ; mais qui vit jamais , dans un autre pays que celui-ci, des oiseaux sauvages se grouper en telle quantité qu'un enfant peut en tuer deux ou trois d'un même coup? et cette circonstance est notée , non point comme un incident extraordinaire, mais comme un fait habituel dans le pays. Or, qui entendit jamais parler d'une particularité semblable dans une autre contrée,non pas près de la mer, où les oiseaux s'assemblent communément en grand nombre sur les rochers, mais au milieu d'un vaste pays plat dont ils ont pris possession? Et quand même les recherches des voyageurs modernes parviendraient à nous faire connaître un autre pays oii la même singularité existe, qui donc pourrait découvrir dans les annales de l'antiquité une prédiction par laquelle elle fut annoncée et constatée? A quelle contrée maintenant peuplée pourrait-on prédire un semblable avenir? et où est le prophète capable de dstinguer un pays d'entre tous, et de désigner, parmi la multitude des oiseaux du ciel, celui qui le possédera le premier et en plus grand nombre? On n'a point encore de preuves de l'existence du butor (kephud ) qui devait aussi posséder la terre d'Edom; mais la parole de vérité

(41) Burckhardt, p. 406,

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peut en appeler à d'autres faits inconnus à Thistoire, mais écrits dans les prophéties et ainsi depuis longtemps révélés.

^ Le hibou et le corbeau y habiteront. » Le hibou et le corbeau en ont fait leurs demeures. Le capitaine Mangles raconte que pendant qu'il visitait avec ses compagnons les ruines de Pétra, le cri des aigles, des corbeaux et des hiboux qui planaient au-dessus de leurs tètes en innombrables légions, et qui semblaient se plaindre de ce qu'un être humain osât approcher de leur domaine, ajoutait à la singularité et à la tristesse de la scène. Les champs de Tafilé, situés dans le voisinage immédiat d'Edom,sont, à ce que dit Burckliardt , fréquentés par d'innombrables légions de corbeaux ^^ J'espérais, dit Seetzen, en parlant de son voyage projeté dans l'Idumée et d'après les ren^ seignements que lui avaient donnés les Arabes, faire plusieurs découvertes en minéralogie, aussi bien que sur les animaux et les plantes du pays, sur la manne du désert, les corbeaux ^% etc.

« L'Idumée sera le repaire des dragons ; j'ai « mis en désolation son héritage pour les dragons « du désert. » Les témoignages de deux voyageurs aussi opposés de vues et de principes que le sont Shaw et Volney sont cependant si complètement lesmêmes, que, bien que ces auteurs neparlentpas d'après leurs observations personnelles , on peut admettre leur rapport, faute de preuves plus directes. Le premier représente tout le pays d'Edomet le désert qui en fait partie comme remplis de lézards et de vipères d'une espèce très dangereuse "*% et le rapport de Volney, déjà cité, est concluant à cet égard. Les Arabes en général évitent les ruines des villes de l'Idumée « à cause

(42) Burckhardt, p. 405, — (43) Seetzen, p. 46. (44) Voyages de Shaw, \ol. II, p. 105, 338.

€ti* Xlï. ÈDOtf. 291

des énormes scorpions qui y abondent. » Ainsi abandonnée par l'homme et habitée sans contrainte par ses possesseurs héréditaires, Tldumée peut être justement appelée « Théritage des dragons du désert. »

a La les bêtes sauvages des déserts rencon- « treront les bêtes sauvages des îles » (oudesbords de la mer). Au lieu de ces paroles, Parkhurst avait rendu cette phrase : « Les oiseaux de proie « du désert.... » Mais cette interprétation fut donnée longtemps avant que le fait fût reconnu ; et maintenant Ton a pu s'assurer *" (sans aucune allusion à la prédiction) que des aigles, des vautours, des faucons, tous oiseaux de proie, se trouvent par milliers dans Tldumée; ainsi Taccomplissement de cette prédiction est littéral et complet. — Mais s'il est dit que des animaux de différentes régions sV rencontrent, cela signifie sans doute qu'il s'y en trouve qui n'appartiennent pas naturellement au sol, et une explication semblerait nécessaire. Parmi beaucoup d'autres choses remarquables dans Thistoire de l'Idumée, il est un fait singulier qui mérite que nous le fassions connaître ici. Une ancienne chronique nous dit que l'empereur Dèce fit transporter d'Afrique , sur les frontières de l'Ara- Ijie ou de la Palestine, des lions et des lionnes, afin que ces animaux féroces, en se multipliant, inquiétassent les Sarrasins et servissent de barrières contre eux. Entre la Palestine et l'Arabie se trouve la terre maudite de l'Idumée. Ne peut-on pas présumer que cette cause si peu naturelle et si peu prévue a contribué a hâter la destruction des troupeaux et la désolation de tout le territoire voisin , et ne peut-on pas dire littéralement que « là les bêtes sauvages des déserts

(45) Burckhardt, p. 405,

292 KOOM. CII. XfK

« ont ronconlié les l)etes sauvages des bords de « la mer? »

« Elle sera le parvis descliats-lmanls; là même *( se reposera l'orfraie, et y trouvera du repos; « là le martinet fera sgn nid, et y couvera, il y « éelora, et il recueillera ses petits sous son (( ventre, et là seront assemblés les vautours l'un «avec l'autre. Celle-là ni sa compagne n'y ont « point manqué. » — Nous avons déjà dit que les aigles, les faucons et les chats-huants, qui s'assemblaient en troupes au-dessus de leurs têtes, fatiguaient, même en plein jour, quelques-uns de nos voyageurs. M.Laborde, qui a visité ce pays plus récemment encore et qui y a séjourné plus longtemps , dit en passant que pendant la nuit on entendait principalement le cri du chat-huant. « Il « se repose là et y trouve son repos; » et comme le cri de l'oiseau de proie, le hurlement des bêtes féroces , sont maintenant le seul son qui se fasse entendre dans toute l'ancienne capitale de l'Idumée , véritablement « ils sont assemblés l'un avec l'autre. »

Toutefois on n'est pas encore parvenu à découvrir l'existence de tous les animaux que la prophétie désigne comme devant être les possesseurs de l'Idumée, et il est réservé peut-être à quelqu'autre d'aplanir cette difficulté, d'interroger le livre de l'Éternel, et de s'assurer « qu'il n'en a pas manqué un seul au rendez -vous. » Cependant les preuves que nous sommes déjà parvenus à recueillir, et que nous offrons mainmaintenant à l'examen des esprits impartiaux , doivent être suffisantes pour prouver combien il jurait été impossible à l'homme de préciser de tels faits et d'en prévoir l'accomplissement. Certes, on ne peut manquer de reconnaître encorq ici l'œuvre de Celui devant qui les siècles à venir

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ne sont que comme le jour d'aujourd'hui et à la puissance duquel toute la nature est soumise.

Fameux comme Tétait Edom par « sa force et sa puissance » , et possédant une capitale hors de laquelle il eût été difficile de chasser même un peuple faible , sans doute il n'a jamais dû être question , même parmi les anciens , de savoir à quelle nation il appartiendrait un jour ; et certes il était impossible qu'un prophète d'une nation étrangère imaginât de lui-même qu'un peuple qui existait depuis si longtemps ^ et dont la richesse et la grandeur étaient connues depuis tant de siècles , dut jamais être totalement détruit , que toutes ces villes seraient réduites en des monceaux de ruines^ que ces habitations deviendraient désertes, et que telles ou telles bêtes féroces en feraient leur repaire etleur domaine, de génération en génération.

v( Il n'y aura rien de reste dans la maison d'E^ « sail. J'étendrai ma main sur Edom , et j'en « retrancherai les hommes. » Les exilés de Jucla tournent constamment un œil de désir vers la terre de leurs pères; maisoii trouver maintenant un Edomite qui cherchât à disputer aux animaux sauvages la possession de la terre de ses aïeux , ou à chasser de ses temples et de ses palais ruinés le chat -huant qui en fait sa demeure? Cependant la maison d'Esaû existait encore à une époque postérieure au commencement de l'ère chrétienne, et à une période trop éloignée de celle où fut prononcée la prédiction, pour que son histoire future pût alors être connue. Peu après ce temps les Edomites se fondirent dans les Nabathéens ; au troisième siècle on cessa de parler leur langue, et leur nom, comme désignant un peuple , disparut d'entre les nations ^^ ;

(40) OrigèneJ. III, in Job.

2di ÉDonf. en. xir.

enfin leur pays, rejeté par la Syrie dont il faisait partie depuis lonj,^temps, fut uni à l'Arabie-Pétrée. Ainsi les descendants des deux frères, Esaii et Jacob, ont eu h subir un sort totalement différent, de même que les prédictions relatives à cet avenir différaient essentiellement entre elles. Tandis que les enfants de Jacob « ont été « dispersés dans toutes les contrées sous la face « du ciel, et parmi toutes les nations de la terre» , tandis qu'ils ont conservé leurs traits distinctifs, et qu'il a été dit qu'ils ne seront jamais entièrement détruits, les Edomites au contraire , après avoir existé comme nation pendant plus de dix-sept siècles, ont cependant été « retranchés à toujours « ; et tandis que dans tous les pays on retrouve des Juifs, « il n'y a rien sur la terre de reste de la <c maison d'Esaii. »

Pour secourir un état voisin, Tldumée envoya au premier signal une armée de vingt mille hommes ; elle possédait dix-huit villes plusieurs siècles encore après l'ère chrétienne; une longue succession de princes et de rois régnèrent à Pétra ; le voyageur est étonné à chaque pas de rencontrer des palais magnifiques, des temples immenses, des habitations dont l'architecture merveilleuse date d'une tout autre époque que celle oîi furent prononcées parles prophètes juifs les prédictions qui la regardent ; ces prédictions qui disaient que , malgré toute cette force et toute cette richesse, « la maison d'Esaii serait retranchée pour « toujours, qu'il n'y aurait là plus de royaume, « et que les bêtes sauvages la posséderaient en hé- « ritage. » — Et l'idumée est tellement « méprisée» qu'il n'existe plus dans les annales de l'antiquité rien qui puisse nous faire connaître ce qu'elle était dans les jours de sa grandeur, aussi clairement que les prophéties nous font voir sa désola-

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lion. Là où jadis s'assemblaient les princes et les grands du royaume, là oîi ils célébraient leurs fêtes, là oil se réunissent mille preuves de leur ancienne opulence , on ne retrouve plus que des restes de richesse et de magnificence; «aucun « homme ify habite ; » les oiseaux , les bêtes et les reptiles en ont fait leurs demeures ; c'est le parvis du chat-huant; « aucun fils d'homme n'y « séjourne , » et l'éternelle tranquillité de ses habitations désertes n'est interrompue que par le bruit des pas du voyageur solitaire.

Quelque cachée qu'ait été depuis bien des siècles l'histoire d'Edom, cependant chaque nou~ velle découverte que l'on est parvenu à faire sur son état actuel devient une preuve que la parole de l'Éternel ne retourne jamais à lui sans effet, mais qu'elle se vérifie dans toutes les choses pour lesquelles il l'a envoyée ^^ Toute son œuvre n'est pas encore accomplie en Edom, et de même que l'évidence des prophéties n'est pas encore complète, de même toutes les malédictions prédites ne sont pas encore venues sur ce pays. Il a été prédit que la Judée , Ammon et Moab reviendraient de leur désolation, et les bêtes sauvages, qui ont aidé les hommes barbares à désoler ces contrées, trouveront finalement un refuge assuré dans la possession d'Edom, lorsque, l'année de rétribution étant passée pour Sion, «cette terre leur sera distribuée au cordeau, et ils la posséderont à toujours, et ils y habiteront d'âge en âge. » Mais au lieu de regarder plus avant dans l'avenir, nous pouvons maintenant jeter un coup d'œil sur le passé, et en tirer une dernière conséquence.

Il faut que Tincrédule soit d'une crédulité bien

(47) Esaïe, LV, H.

2yC ÉI>O.M. cil. \l\.

sinj^ulièrc, si, après avoir exainirie toutes les prédictions coiiteiincs dans la Bible sur rjduniée, et dont les faits démontrent TaccoinpIisscHnent, il les rejette comme les elîets d'un pur hasard, lui le résultat de conjectures fortuites; certes, i'iionune qui peut ainsi « couler le moucheron et avaler le chameau, » et qui peut mettre une semblable opinion parmi ses articles de foi, mérite la pitié de ceux qui « savent en qui ils ont <( cru; » et s'il neperdpas tout droit au titre de philosophe, du moins s'ôte-t-il le droit de blâmer dans autrui telle ou telle erreur, quelque grossière qu'elle soit. S'il persiste dans cette opinion prétendue philosophique, qu'est-ce qui l'empêche de croire également que d'autres mots, effets du hasard , comme ceux qui prédisent le sort d'Edoni, et qui se trouvent encore dans le livre de rEteroel , n'annoncent pas aussi le sort qui attend les hypocrites et les incrédules? Cette opinion ne peot-elle pas être appuyée par l'expérience que plusieurs des prédictions de l'Écriture ont été accomplies? et ne peut-il pas trouver quelque analogie sur laquelle il puisse baser cette conviction^ tandis cjue celle qu'il soutient dans le premier cas est entièrement dépourvue de tout ce qui en peut garantir la vérité? Ou bien toute sa grande sagesse se borne-t-elle à soutenir la fausseté de toute prédiction , jusqu'à ce que son « expérience personnelle » le force à en reconnaître la vérité par le passé, et qu'il ne lui reste plus que le mérite d'une foi forcée et arrachée par le désespoir? — Ou si des preuves moins fortes l\ ses yeux peuvent le contenter, qu'il lise, qu'il examine, qu'il réfute toutes les déclarations de la révélation , avant d'oser traiter le croyant de (îrédule, ou l'incrédule de sage; ou bien il sera forcé de reconnaître un jour^ malgré toute la per-

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versitë, rincrédulité, et l'orgueil du cœur de riiomme, que Tldumée ne sera pas le seul monument terrible de la colère et des jugements de Dieu. Nous pouvons ici en passant dire un mot aux sages eux-mêmes. Que ces sages selon le monde, qui ne sont pas instruits dans cette « crainte du Seigneur qui est le commencement de la véritable sagesse, » à qui manque la connaissance de sa parole qui rend sage à salut, et qui sont étrangers aux préceptes et aux vérités de rÉvangile, apprennent aussi par le sort d'Edom que sans tout cela il en serait de toutes les sciences, dont ils sont si fiers^ comme de la prudence des sages d'Edom. Quand ils parviendraient à perfectionner l'astronomie, la navigation, la mécanique, ces sciences dont, suivant Newton, les Edomites furent les premiers inventeurs, à quoi les avancerait, comme êtres moraux et responsables, d'arranger la matière à leur volonté, s'ils n'ont pas conformé leurs cœurs à la volonté divine? Et quel serait en définitive le résultat de leurs grands travaux? car lors même qu'ils parviendraient à élever colonne sur colonne, à tailler une autre ville dans' l'épaisseur des rochers, il suffirait d'une autre parole de ce Dieu qu'ils ne cherclientpointk connaître, d'une seule parole prononcée contre leur ouvrage ; et tous leurs travaux , tout leur génie n'aboutiraient qu'à ce que Pétra est devenue et ce que Rome elle-même est destinée à devenir, « le repaire de tout oiseau immonde et exécrable. » L'expérience en a déjà été faite , on peut bien s'en rapporter à cette leçon qui est devant nos yeux , afin qu'au lieu d'attirer sur nous des jugements plus terribles encore, nous puissions être avertis par « l'esprit de prophétie, qui est le témoignage de Jésus, » d'entendre et d'obsçrver les paroles de Celui « qui nous délivra

208 rHiLFsîiË. en. xnï.

do la colère à venir. « Car eoinl)ien sera terrible pour une Ame la malédiction prononcée contre elle par rÉlernel, lorsque au lieu d'être renouvelée à l'image de Dieu, et d'avoir été rendue digne de le contempler dans sa gloire, elle se verra passer d'un état de ténèbres a cet état de vie spirituelle, oil toute la connaissance des choses terrestres ne sera plus que néant et vanité, où l'absence de foi et d'amour laissera Tame aussi vide que les habitations désertes des rochers, où les pensées de grandeur et de puissance mondaines viendront occuper l'ame immortelle d'une manière bien plus affreuse que les bêtes féroces n'occupent maintenant les palais de l'Idumée , et où toutes les passions et tous les péchés de la vie passée viendront prendre possession de cette âme, comme les scorpions et les reptiles s'attachent aux ruines d'Edom et aux autels des faux dieux, sans que rien puisse leur arracher Théritage éternel' qui leur aura été assigné^

CHAÎ^ITRE XÎIL

PROPHÉtiES CONCERNANT LA PHÎLISTIE.

La terre des Philistins, à l'ouest et au sudouest, confinait à la Judée, et se trouve à l'extré^ mité sud- est de la Méditerranée. Le pays au nord de Gaza est très fertile, et, longtemps après l'ère chrétienne, il était habité par une population nombreuse et protégé par des villes supérieurement fortifiées ; rien ne pouvait faire présager au temps des prophètes, ni même à une époque postérieure, révèneinent de sa destruction. Mais depuis

en. \m. PHiLisTiE. 299'

bien des siècles il présente le contraste de tout ce que la fertilité de son sol, Texcellence de son climat et de sa position semblaient promettre pour Tavenir. — La voix des prophètes s'est aussi fait entendre contre la Philistie ; et leurs prédictions étaient aussi opposées h toute probabilité humaine qu'elles sont véridiques dans leurs descriptions de son état actuel.

« Je m'en vais étendre ma main sur les Philis- « tins, et je ferai périr le reste de leurs ports de « de mer *^ Gaza est devenue chauve; Asçkélon « ne dit plus mot, avec le reste de leur vallée ^^)) « A cause de trois crimes de Gaza, même à cause « de quatre, je ne rappellerai point cela; mais « j'enverrai le feu à la muraille de Gaza, et il dé- « vorera ses palais. Et j'exterminerai d'Asçdod « ses habitant^ , et d' Asçkélon celui qui tient le « sceptre ; puis je tournerai ma main sur Hékron , « et le reste des Philistins périra, aditl'EterneP^. « Asçkélon sera en désolation . on chassera les hac( bitants d'Asçdod en plein midi, et Hékron sera « arrachée. Chanaan, quieslepaysdesPhilistins, « je te détruirai tellement que personne n'y haft bitera, et la contrée maritime ne sera que ca- « bane§ , que des loges de bergers , et que des « parcs de brebis ^'.)) « Il n'y aura plus de roi à « Gaza, et Asçkélon ne fleurira plus ^'\ »

« Le pays des Philistins sera détruit. »— -Il partage aujourd'hui la désolation commune a la Judée et aux contrées voisines, et les ruines dont elles sont couvertes abondent plus particulièrement le long des cotes de la mer , qui formaient la partie méridionale du royaume des Philistins. Mais son aspect présente quelques particularités que les

(SB) Ez^iel, XXV, 16. — (49) Jérémie, XLVIl, 5. (50) Amos, I, 6, 7, 8. — (51)Sophonie, II, 4, D, 6. (52) Zachiine, IX, 5.

300 PilïLISTIE. Cil. XIH.

>()yageurs modernes ifoiit pas marKjné de spécilier, et qui nous font voir clairenieni que la desiîription des prophètes était aussi exaete que s'ils avaient été eux - monies spectateurs de cette scène, et aussi (îdèle que s'ils avaient reçu leurs informations de la source la plus authentique. Mais nous pouvons encore ici nous en rapporter a une autorité que nous avons bien souventcitée. — Volney,par la justesse de ses remarques topographiques, et la sagacité de ses recherches, fait ressortir plus qu'aucun autre voyageur la vérité et l'exactitude des descriptions prophétiques, tandis que d'un autre côté son inimitié bien connue contre le christianisme rend son témoignage non équivoque et non suspect. Nous nous en rapportons donc aux récits de ce voyageur, pour prouver l'accomplissement des prophéties suivantes :

« La contrée maritime ne sera que cabanes, « que loges de bergers et parcs de brebis. L'Éter- « nel s'en va saccager les Philistins; Gaza est de- « venue chauve^ elle sera abandonnée. Iln'yaura « plus de roi à Gaza. J'exterminerai d'Ascdod « ses habitants: Asckélon sera en désolation, elle « ne dit plus mot, avec le reste de leur vallée; per- « sonne n'y habitera. » Dans la plaine entre Ramla et Gaza ( précisément celle qui appartenait aux Philistins, le long des côtes de la mer ) , on rencontre d'espace en espace quelques villages mal bâtis en terre , qui , comme leurs habitants, portentl'empreintede la pauvreté et de la misère. Les maisons, vues de près, sont des huttes tantôt isolées, et tantôt rangées en forme de cellules, autour d'une cour fermée par un mur de terre. En hiver, l'appartement habité est aussi celui des bestiaux; seulement la partie oil l'on se tient est élevée de deux pieds au-des-

CH. XIH- PFIILÏSTIE. 301

SUS du sol des animaux (« des cabanes ^ des loges de bergers et des parcs de brebis»). Tout le reste du pays est désert ^ et livré aux Arabes Bédouins qui y font paître leurs troupeaux ^^ « Je feraipé- « rir le reste; le pays des Philistins sera détruit^ «personne n'y habitera, et la contrée maritime « sera lademeuredes bergers et un parc aux bre- « bis. »

Les ruines de marbre blanc que Ton trouve encore quelquefois à Gaza prouvent que jadis elle fut le séjour du luxe et de l'opulence; mais elle a participé à la décadence générale , et malgré son titre de capitale de la Palestine, elle n'est plus qu'un bourg sans défense (« Gaza est devenue chauve » ), peuplé tout au plus de deux mille âmes ^\ « Il n'y aura plus de roi. » Sur la droite est Asçkélon, dont les mines désertes s'éloignent de jour en jour de la mer, qui jadis les baignait ^". « Elle sera en désolation. » L'on rencontre successivement diverses ruines dont la plus considérable est Edzoud (Ascdod), l'ancienne Azot, célèbre en ce moment par ses scorpions. Cette ville, puissante sous les Philistins, n'a plus rien qui atteste son ancienne activité, (f J'exterminerai d^Ascdod ses habitants. »

Quoique le voyageur chrétien doive céder le pas à Volney, lorsqu'il se fait le topographe de la prophétie , et qu'ainsi tout autre témoignage devienne superflu, cependant il ne sera pas inutile d'insérer ici les observations suivantes :

Asçkélon était une des plus opulentes satrapies des Philistins; aujourd'hui ses murs ne renferment pas un seul habitant. Ainsi s'est accomplie la prédiction de Zacharie : « Il n'y aura plus (' de roi à Gaza, et Asçkélon ne fleurira plus. » A

(53) Volney, Voyages en Syrio, ch. xxxi, p. 309. (5/|) Ib'd., 313. — (55) Ibid., 312.

302 piiiLisTiE. en. XIIL

répoquo oil celle prophétie fut prononcée , ces deux villes étaient également florissantes, et il ne fallait rien moins que la prescience de Dieu pour décider sur laquelle des deux et de quelle manière serait répandu le vase de sa colère. Gaza en effet n'a plus de roi. Les superbes tours d'Asçkélon gisent éparses sur le sol et au-dedans de ses murailles; ses murs ne servent d'asile k aucun être humain. ((Certainement la fureur de l'homme tournera à ta louange. » Cet oracle fut rendu par la bouche du prophète , plus de cinq cents ans avant l'ère chrétienne , et c'est plus de dix-huit siècles après cette époque que nos yeux sont témoins de son accomplissement^^.

Quelque péremptoire que soit ce raisonnement, cependant les faits rapportés par Volney sont plus remarquables encore. Non - seulement il décrit le sort de telle ou telle ville, mais il parle de l'aspect général du sol, des cabanes et des huttes de bergers qu'il trouve dans une partie du pays seulement, tout le reste n'étant qu'un vaste désert sans habitants, ou bien abandonné aux troupeaux des Arabes ; U dit que Gaza est privé de son roi , que ce n'est plus qu'un bourg sans défense et sans fortifications , qu'Asçkélon n'est qu'une désolation, qu'Asçdod n'a plus d'habitants, que des scorpions y ont remplacé les hommes; eh bien , toutes ces choses sont l'objet d'une prophétie spéciale, et chaque fait que Volney énumère nous force à nous demander si la description la plus frappante sort de la bouche de l'incrédule ou de la bouche du prophète inspiré. Il n'y a nulle part la moindre obscurité ; aucune circonstance, aucune preuve ne manque. L'accord est parfait, trop parfait pour que l'on puisse s^^y niépren(Jrpf

(56) Ricàardson, vol II, p. 20$.

Cfï. XIII. PHILISTIÊ. 303

Il est facile au plus ignorant de s'assurer que la prédiction est de bien des siècles antérieure aux événements, et telle était la fertilité naturelle du sol, la beauté de ses villes et la force de leurs fortifications 5 qu'il était impossible a un être humain de prévoir une destruction aussi com« plète et une désolation aussi universelle. Même après l'époque de l'oracle. Gaza soutint pendant deux mois le siège que lui fit Alexandre-le-Grand à la tête d'une puissante armée. Cette armée, avec laquelle il renversa plus tard l'empire des Perses, ayant été repoussée, là aussi bien qu'à Tyr, le roi ayant été lui-même deux fois blessé , il en fut tellement exaspéré qu'il fit attacher aux roues de son chariot l'intrépide général qui avait défendu la ville et le traîna deux fois autour des murailles de Gaza ^^

Asçkélon étaitnon moins célèbr e jadis par T^xcellence de ses vins que par la force des ouvrages qui la défendaient ^^ Un ancien historien, en parlant d'Asçdod, nous dit que cette ville soutint sous Psamméticus, roi d'Egypte, le plus long siège peut-être dont l'histoire fasse mention, puisqu^il dura 29 ans ^^ Strabon, au commencement de l'ère chrétienne, met les Asckélonites au rang des principaux habitants delà Syrie. Gaza, Asçkélon, et Ascdod formèrent chacun un sièee episcopal, depuis le règne de Constantin jusqu'à l'invasion desSarrazins. Et nous avons encore une preuve positive de l'existence de ces différentes villes à une époque bien postérieure à celle de la prédiction , par les monnaies dont on a encore une collection, et qui ont été décrites dans différents ouvrages sur les médailles et les

(57) Quinle-Curce, 1. IV, clu xxvr.

(58) Relandi Palaeslina, p, 351, 586.

(59) Hérodot., Hîst>, U II, ch. clviu

BOl niiLisTiK. en. xiii.

liioiinaies des anciens '^ On reconnailcMicoreranrienne niaj;rii licence de Gaza « a ses mines de jnarbri» hlanc», et à la maison de l'ai^ja actuel, composée de fraiîfments de vieilles colonnes, etc. : dans la cour du bâtiment et enfoncés dans les murs, on retrouve des chapiteaux de colonnes d;:^ granit ^*. En un mot « des loges de bergers et << des parcs pour les brebis » sont jetés çà et là sur « la côte maritime ; » ce sont les seules grandes villes que toute la Philistie puisse présenter maintenant, et le reste de ce royaume qui donna tant de gloire et de puissance à ses anciens possesseurs « est détruit aussi. » — Gaza, une des principales satrapies, «le séjourduluxe etde Fopulence, » est maintenant « privée de son roî, et elle est devenue chauve » de toutes ses anciennes fortifications ; elle n'est plus que le séjour sans défense du gouverneur d'une province dévastée^ et les ornements de ses édifices , jadis si superbes, ne forment plus maintenant que des pans de murs pour les étables des bestiaux. Une poignée d'hommes pourrait aujourd'hui s'emparer de cette place si forte, et qui résista si longtemps au conquérant du monde. — Les murailles, les habitations et les habitants d' Asckélon ont été détruits, et quoique ce nom fût répété avec des cris de triomphe, pendant la guerre des croisés, à travers toutes les contrées de l'Europe, maintenant « il ne fleurit plus » . Et Asçdod, qui soutint un siège trois fois aussi long que celui de Troie , a « été retranchée » devant la parole de Dieu qui est plus pénétrante que mille épées à deux tranchants, et devant qui elle s'est trouvée sans défense.— Il y a encore une autre ville sur laquelle nous ne savons presque rien^ et dont le nom même

(60) Relandi Palaeslina, p. 595, 609, 797.

(61) Manuscrit du général Stralon.

CH. Xlir. LIBAN. 305

n'existe pas sur plusieurs des cartes de la Palestine . et cette ignorance même dans laquelle nous sommes est une puissante preuve de Tac-^ complissement de la prophétie. « Asçkélon sera arrachée,» et elle est retranchée. Elle était une des principales yilles de la Philistie ; mais parmi les ruines d'Asçkélon, de Gaza et d'Asçdod, on cher^ che en vain le nom d'Hékron^^

Cette différence remarquable entre l'état dit sol et celui de chacune des villes de la Philistie, s'accorde parfaitement avec les paroles de la prophétie , et le témoignage de Volney constate tous ces détails. Après avoir examiné tous ces événements^ et après s'être assuré de la priorité de la prédiction, comment l'expliquer autrement qu'en l'attribuant à la prescience de Dieu ?

La Judée est bornée au nord par les mon-^ tagnes du Liban, célèbres jadis par l'étendue des forêts dont elles étaient couvertes, et par la grandeur et la beauté de leurs cèdres ^'\ On y trouva partout des sapins, des cyprès et des vignes, etc. Mais en parlant de ce qu'est le Liban maintenant , Volney dit : Vers le Liban , les montagnes sont assez hautes, et cependant elles se couvrent en beaucoup d'endroits d'autant de terre qu'il en faut pour devenir cultivables à force d'industrie et de travail. Là parmi les rocailles se présentent les restes peu magnifiques des cèdres

(62) Dans la carie qui accompagne les Voyages de Shaw, Akrotï est marquée, il est vrai , mais elle est placée sur le côté, et la véritable Hékron était plutôt dans Tintérieur du pays. Shaw n'a pas visité ce site , et Richardson se borne à supposer que des ruines près d'Asçdo délaient celles d'Hékron. Mais ces ruines ne correspondent pas à celles dusited'Hékron, qui se trouvait, selon Bust be, entre Asçdod et Jamnia, vers Forient, ou dans finlérieur* (Voyez Relandi Palœstina, p. 77.)

(63) Relandi Paliestina, p. 320, 379. — Hist. Tacili , K V, c* vu

306 JUDÉE. en. XIII.

si vantés *^\ Les paroles des prophéties d'Esaïe conlirincnt ce sarcasme et en font un témoignage de la vérité. « Liban est sec et coupé. Les a plus hauts seront abaissés et le Liban tombera « avec impétuosité **^. Les branches sont tombées « sur les montagnes et sur toutes les vallées. C'est « pourquoi tous les arbres ne s'élèveront plus a dans leur hauteur et ne produiront plus de cime « touffue ^'^. Liban, ouvre tes portes et le feu con- « sumera tes cèdres : le cèdre est tombé , la forêt « qui était comme une place forte a été coupée *^. »

Telles sont les prophéties qui se rapportent expressément à la terre de Judée et aux contrées adjacentes, et tels sont les faits qui, diaprés les écrits de divers voyageurs, constatent leur accomplissement; nous avons tâché de rassembler les preuves les moins suspectes, et beaucoup d'autres témoignages viennent à l'appui de celles-là. Les prédictions et les preuves de leur accomplissement sont si nombreuses qu'il est impossible de les concentrer en un seul point de vue, sans en exclure beaucoup de très importantes, qui sont en elles-mêmes si claires et dont l'application est si facile, qu'en voulant les expliquer davantage on ne ferait que les obscurcir ou en diminuer la force. Il n'y a point d'ambiguité dans les prophéties, et elles n'admettent aucune autre interprétation que celle que les faits actuels leur donnent. On ne peut plus douter de leur authenticité ou de leur antiquité, puisque les pays dont elles

(64) Volney, ch xx, § il. — Volney fait observer dans une noie qu'il n'y a plus que quatre ou cinq de ces arbres qui aient quelque apparence, et nous pourrions, à notre tour, ajouter une note tirée des paroles d'Esaïe : « Et le reste des arbres de ses forêts seront « aisés à compter, tellement qu'un enfant les mettrait bien en écrit, n (Esaïe, X, J9.)-C65j Esaie , XXX, 9 ; X, 33, 3ii.-(66; Ezéclu, XXXI, 12, 14.-(67;Zach.,XI, 1, 2.

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