PROPHÉTIES CONCERNANT CHRIST ET LA RELIGION CHRÉTIENNE
Un des caractères les plus remarquables de la religion judaïque, c'est que, tout en prétendant à une grande supériorité, et tout en se distinguant de toutes les autres religions par le culte du seul vrai Dieu, cependant elle ne s'annonce que comme Tavant-coureur d'une révélation future, plus excellente et plus parfaite. Dans son origine, elle était adaptée à un peuple particulier et restreinte à son usage. Dans beaucoup de ses institutions, en effet elle ne convenait qu'à la Judée ; sa morale était incomplète ; ses formes extérieures multipliées, onéreuses, et sans aucune valeur en elles-mêmes *^\ Il est donc évidentque cette première dispensation n'était que le présage d'une autre, et que, partielle, imparfaite et temporaire, remplie des promesses « de quelque chose de meil-
(68) ParcequMls n'avalent pas accompli mes ordonnances ^ ,et quMls avaient rejeté mes statuts et profané mes sabbats, et que leurs yeux étaient après les dieux infâmes de leurs pères, c'est pourquoi je leur ai donné des statuts qui n'étaient pas bons, et des ordonnances par lesquelles ils ne vivraient point. (Ezéchiel, X2(^f^2^25. — Actes, XV, 10.)
s 12 CHRIST. Cil. XIV.
leur», elle ne faisait qu'en préparer la voie. Ainsi, par sa nature même, elle ne pouvait aceomplir la promesse qu'elle dit avoir été faite à Abraham, qu'en lui toutes les familles de la terre seraient bénies, quoique cette promesse fût devenue la base de la dispensation, et quoique son accomplissement fût le grand but de la séparation des descendants du patriarche d'avec toutes les autres nations de la terre.
Mais la religion judaïque tendait en tout vers ce but , quoiqu'elle ne pût pas l'atteindre directement; car la venue d'un Sauveur était le grand sujet des prophéties et la croyance universelle des Juifs. Depuis le commencement jusqu'à la fin des Livres de rAncien Testament, ce fait est prédit ou représenté. Dès le premier acte de la justice divine sur les premiers auteurs de notre race, on voit la miséricorde de Dieu unie à sa justice. Avant l'expulsion du jardin d'Eden , un rayon d'espérance vint consoler les coupables ; ce fut la promesse d'un Libérateur destiné à souffrir et à triompher. La même promesse fut faite à Abraham sous une forme plus distincte. Jacob parle clairement de la venue d'un Sauveur. Moïse, le législateur et le conducteur du peuple hébreu, annonce un autre Législateur que Dieu devait susciter dans des siècles a venir ^^. Et tandis que ces premières prédictions sont faites dans la partie liistx)rique des Ecritures de manière à indiquer clairement le dessein de la dispensation de Moïse, les Livres prophétiques proprement dits contiennent une exposition parfaite de la venue du Sauveur, et de tout ce qui appartient au royaume qu'ir devait établir. Beaucoup de choses en apparence contradictoires sont prédites sur ce grand
(69) Deut., XVIII, 15-18.
Libérateur dont la dignité, le caractère et les fonctions étaient toutes spéciales , et auquel le sort de riiumanité tout entière devait se trouver lié. Beaucoup de passages qui ne peuvent avoir une autre application en font témoignage : Ton Roi vient. — Ton Salut approche. — Ton Rédempteur viendra en Sion. — Le Seigneur vient. — Celui qui vient au nom de l'Eternel ^^ On retrouve ces mêmes expressions dans toutes les prophéties. Elles parlent clairement de la venue d'unSauveur, et même, n'eussions-nous pas d'autres preuves, la prophétie de Daniel est assez précise pour établir le fait que nous affirmons, que la venue du Messie est prédite dans l'Ancien Testament. Le même fait est encore prouvé par la croyance universelle des Juifs dans tous les siècles. Elle est si profondément gravée dans leur cœur que, malgré la dispersion de leur race sur toute la terre, pendant dix-huit siècles après le moment fixé pour son avènement, l'attente d'un Messie forme encore entre eux un lien d'union qu'aucune distance ne peut rompre, et qu'aucune puissance humaine ne peut détruire. Donc, puisque l'Ancien Testament contient des prophéties sur un Sauveur qui doit paraître dans le monde, il reste à savoir si tout ce qu'elles prédisent se trouve accompli dans la personne de Jésus-Christ. Sur un sujet aussi intéressant et aussi important, qui a été si amplement traité par tant de théologiens distingués, nous ne pouvons offrir à nos lecteurs qu'un coup-d'œil sommaire, imparfait et incomplet; mais nous le présentons pour démontrer la liaison qui existe entre l'Ancien et le Nouveau Testament , et pour qu'il
(70) Zach., IX, 9. — Esaïe, LIX, 20; LXII, 11, — Mal, III, 1. — Ps. CXVIIT, 26. -- Dan., IX, 25, 26.
serve en même temps de conclusion a toutes nos autres preuves en faveur du christianisme.
Nous rapporterons ici les traits principaux des prophéties qui se rapportent à Jésus-Christ , et leur accomplissement, en tant qu'elles indiquent l'époque de son avènement , le lieu de sa naissance 5 et la famille de laquelle il devait sortir; sa vie et son caractère , ses miracles, ses souffrances, et sa mort; la nature de sa doctrine, le but et l'effet de sa venue , et l'étendue de son royaume.
L'époque de la venue du Messie dans le monde, ainsi qu'elle est indiquée dans l'Ancien Testament, est déterminée par nombre de circonstances accessoires, qui la fixent avec précision à la date de l'avènement de Jésus-Christ. La dernière bénédiction que Jacob donne à ses enfants, lorsqu'il leur commande de s'assembler devant lui , afin qu'il leur prédise ce qui doit leur arriver dans les derniers temps , contient cette prophétie qui se rapporte à Juda. « Le sceptre ne « sera point ôté de Juda, ni le législateur d'entre « ses pieds, jusqu'à ce que le Sçilo vienne; et « c'est à lui qu'appartient l'assemblée des peu- « pies '* . » Le moment fixé par cette prophétie pour la venue du Sçilo , ou du Sauveur , ne devait pas dépasser le temps pendant lequel les descendants de Juda continueraient à former un peuple uni, gouverné par un roi , d'après leurs propres lois , et ayant des juges pris d'entre leur nation. La prophétie de Malachie nous permet encore de fixer cette époque : « Voici, je vais envoyer mon « ange, et il préparera la voie devant moi, et aus- « sitôt le Seigneur que vous cherchez et l'ange de « l'alliance que vous désirez entrera dans son tem-
(71) Genèse, XLIX, 10.
« pie; voici : il vient, a dit rÉternel des armées^^» Il n'y a point d'expressions qui puissent indiquer plus clairement la venue du Messie promis , et elles annoncent d'une manière également précise sa présence dans le temple, avant sa destruction. On peut encore remarquer ici que Malachie a été le dernier prophète; après ses prédictions le sceau fut posé sur les visions et sur les prophéties , et l'Ancien Testament fut complet. Quoiqu'il y eût plusieurs prophètes immédiatement avant lui, il n'y en eut point en Israël après lui; eependant tous les Juifs, soit des temps anciens, soit des temps modernes , s'attendent à un précurseur du Messie, pour annoncer sa venue. La longue succession des prophètes approchait de sa fin , et les dernières paroles de l'Ancien Testament, jointes à un commandement de se ressouvenir de la loi de Moïse, semblent signifier que le premier prophète qui apparaîtrait serait l'avant-coureur du Messie.
Quanta ce qui se rapporte à la venue du Messie avant la destruction du second temple, les parolesd'Aggée sont d'une clarté remarquable: « Le c( désiré de toutes les nations viendra, je rempli- « rai cette maison de gloire, a dit l'Éternel des <c armées. La gloire de cette dernière maison sera «plus grande que celle de la première; et je a mettrai la paix en ce lieu'^» Le contraste que le prophète vient d'établir entre la gloire du temple de Salomon et celui qui avait été rebâti à sa place, en comparaison duquel il déclare que le premier n'était rien ; la manière solennelle par laquelle il eommence : « Car ainsi a dit l'Éternel des armées : « encore une fois , et ce sera dans peu de temps , « j'ébranlerai les cieux et la terre ; « rexcellence
(72) Malachie, III, 1. — (73) Aggée, II, 7, 9.
de celle dernière maison bien supérieure à celle de l'or on de l'argent ; l'expression caraclérislique du Messie, « le désiré de toules les nalions, » et le bienfait de la paix qui devait accompagner sa venue; tout, en un mot, tend a nous montrer que c'est de lui seulement qu'il est parlé, de lui qui était l'attente d'Israël, à qui tous les prophètes rendaient témoignage , et dont la présence devait donner à ce temple une gloire plus grande que celle du premier.
Le Sauveur devait ainsi venir , selon les prophètes de l'Ancien Testament, pendant le temps de la durée du royaume de Juda, avant la destruction du temple, et immédiatement après le dernier prophète. Mais le moment est spécifié plus clairement encore. Dans les prophéties de Daniel, il est prédit non seulement que le royaume du Messie doit commencer à l'époque de la quatrième monarchie, ou de l'empire romain; mais le nombre précis des années qui devaient s'écouler avant sa venue est exactement indiqué : « Il y a soixante-et-dix semaines déter- « minées sur ton peuple et sur la ville sainte , « pour abolir le crime , pour consumer le péché , « pour faire propitiation pour l'iniquité, et pour « amener la justice des siècles, et pour accom- « plir la vision et la prophétie, et pour oindre le « saint des saints; tu sauras donc , et tu l'enten- « dras, que depuis que la parole sera sortie, « pour s'en retourner et pour rebâtir Jérusalem, «jusqu'au Christ le conducteur, il y a sept se- « maines et soixante-deux semaines ^\ » Les semaines d'années sont un calcul employé assez fréquemment par les Juifs, et chaque septième était l'année sabbatique ; soixante dix-semaines
(7/0 Daniel, IX, 24-25.
équivalaient ainsi à quatre cent quatre- vingt dix années. Par ces paroles : le prophète indique précisément l'époque et la venue du Messie ; même il emploie l'expression ^ « Christ le conducteur. » On peut tirer une conclusion très simple de toutes ces prophéties: toutes supposent une connaissance exacte de l'avenir ; toutes sont annoncées publiquement; toutes sont parfaitement connues plusieurs siècles avant l'événement auquel elles se rapportent; les témoignages les plus respectables parmi les Juifs sont d'accord sur leur application à l'époque de la venue du Messie ^^ ; elles ont toutes rapport à d'autres événements différents nullement liés les uns aux autres ^ et que toute la sagacité humaine ne pouvait ni déterminer, ni concevoir; mais elles s'accordent parfaitement sur un point oîi leurs différentes lignes vont toutes se rencontrer, le temps précis oil Jésus parut. Un roi régnait alors sur les Juifs, ils obéissaient à leurs propres lois, et le conseil de leur nation exerçait son autorité. Dès avant cette période j les autres tribus étaient éteintes et dispersées parmi les nations. Juda restait seul, et le dernier sceptre n'avait pas encore quitté Israël. Le temple était encore entier; il faisait l'admiration des Romains , et aurait pu subsister pendant des siècles encore ; mais il ne se passa pas longtemps avant que toutes ces circonstances qui devaient servir à constater l'époque de la venue du Messie eussent disparu. Dans l'an^ née même , la douzième de son âge , oîi Christ apparut pour la première fois publiquement dans le temple, le roi Archelaiis fut détrôné et exilé. Coponius fut nommé procurateur, et le royaume de Judée, dernier débris de la puissance d'Israël,
(75) Grolius, de verit., 1. V, c, xvi, — Opera, t. IV,
318 CHRIST. CH. XlV.
fut abaissé jusqu'à devenir une simple province de la Syrie. Le sceptre fut ôté des mains de la tribu de Juda, la couronne ne ceif^nit plus sa tête, sa gloire s'évanouit, et bientôt après la mort de Christ il ne resta pas de leur temple pierre sur pierre; leur état politique lui-même tomba en ruines et fut divisé, et depuis lors tout ce peuple a été dispersé sur la terre, conservant son nom, mais n'étant plus une nation '^ Environ 400 ans après la prédiction de Malachie, parut un autre prophète qui fut le précurseur du Messie ; et le témoignage de Josèphe confirme ce que l'Evangile raconte de Jean-Baptiste ".
Tous les signes qui marquaient l'époque de la venue du Messie disparurent bientôt après la crucifixion de Christ ^ et ne purent jamais être renouvelés. Et, quant aux prophéties de Daniel , il est remarquable combien , à une époque éloignée, il y a eu peu de différence d'opinion parmi les hommes les plus savants, par rapport au temps qui s'écoula depuis la publication de l'édit, pour rebâtir Jérusalem après la captivité de Babylone, jusqu'au commencement de l'ère chrétienne 5 et jusqu'aux événements qui suivirent, et que la prophétie avait annoncés. Notre plan ne nous permet pas les détails, mais la parfaite coïncidence des faits dont il est question dans le Nouveau Testament, et de l'histoire des Juifs, avec les subdivisions de temps qui y sont enumérées , sont encore des preuves de son exactiîude générale par rapport au Christ. Cette coïncidence est d'autant plus frappante qu'elle n'est point relevée par les historiens des faits qui
(76) Josèphe, Aiitiq., 1. XVII, c. xv; XVIII.
(77) Ibid., Antiq., XVIII, c. y.
cil. XiV. RELIGION CHRÉTIENNE. 319
la constatent, et elle a été laissée à la découverte des chronologistes modernes.
Les observations suivantes du docteur Samuel Clarke , qui lui ont été suggérées en partie , dit-il, par sir Isaac New^ton , jettent une grande clarté sur la prophétie.
Quand range dit à Daniel : « Il y a soixante-eta dix semaines déterminées sur ton peuple, » cela fut-il écrit après Févènement? ou peut-on raisonnablement regarder comme l'effet du hasard que , depuis la septième année du roi Artaxerxès , lorsque Ezra fut envoyé de Babylone à Jérusalem ( avec la mission de rétablir le gouvernement des Juifs ), jusqu'à la mort du Christ ( de l'année Nabon. 290 à l'année Nabon. 780 ) , il y eut exactement 490 ans (70 semaines d'années )? — Quand Fange dit à Daniel que « dans sept semaines et soixante-et-deux semaines Jerusalem serait rebâtie, et que les places et la brèche seraient rebâties dans un temps fâcheux, » (mais non pas en des temps fâcheux semblables à ceux qui devaient accompagner la venue du Christ, du Conducteur) , cela fut-il écrit après que Févènement eut eu lieu ? ou peut-on avec raison regarder comme Feffet du hasard que, depuis la 28 année d'Artaxerx es, époque à laquelle la ville fut rebâtie jusqu'à la naissance du Christ (de l'an Nabon. 311 jusqu'en 745 ), il y eut précisément 434 ans (ou 62 semaines d'années)? — Lorsque Daniel ajoute encore : « Et il confirmera l'alliance à plusieurs dans une semaine ? » a~t-on écrit cela après Févènement? Est-ce un effet du hasard que, en comptant depuis la mort du Christ ( 33 de Fère chrétienne ) jusqu'au moment où le commandement fut donné à Pierre de prêcher à Cornelius et aux gentils ( en Fan 40), il y eut exactement sept ans (une semaine d'années )? — Quand il ajoute : « Et à la moitié de
320 CHRIST. en. XIV.
« cette semaine-là, il fera cesser le sacrifice et « rohiation, et parle moyen des ailes al)()minables « la désolation fondra snr le désolé! » cela fn t-il écrit après révènement, ou pent-on attril)uer au hasard qu'entre l'époque de l'entrée de Vespasien en Judée, dans le printemps de l'année ()7, et celle de la prise de Jerusalem par Tite, dans l'automne de l'année 70, il y eut la moitié d'une semaine d'année ou trois ans et demi ^*?
Que l'époque de la venue du Messie soit clairement indiquée par les prophéties; que Tattente de l'avènement d'un grand roi ou libérateur fût générale, non-seulement parmi les Juifs, mais aussi parmi toutes les nations de l'Orient, en conséquence de ces prophéties; que cette espérance ait ensuite porté !e peuple à se révolter et ait été la cause de sa destruction, c'est ce qu'atteste le témoignage non suspect des auteurs païens , joint à celui même des Juifs^ quoiqu'ils ne l'aient donné qu'à regret.
Tacite, Suétone, Josèphe et Philon s'accordent à témoigner de l'antiquité de ces prophéties et du rapport reconnu qu'elles ont à cette époque '^^. Les Juifs mêmes de nosjours admettent que le temps.de la venue de leur Messie, selon leurs prophéties, est passé depuis longtemps, et ils attribuent le retard
(78) OEuvresde Clarke, édit. in-folio, vol. II, p. 721.
(79) a Pluribus persuasio inerat, antiquîs sacerdotum lileris contiiieri, eo ipso tempore fore, ut valesceret Oriens, profectique Judœa rerum potirentur. Quae ambages Vespasianum et Titum praedixerant ; sed vulgiis (Judœorum) more liumaiiiier.upidinis, sibi tantam fatorum magnitudinem înterpretati, ne adversis quidem ad vera mutabantur. » (Tacit., Hist., 1. V, eh. xiii.) — « Percrebuerat Oriente toto vêtus et constans opinio esse in fatis, ut^ eo tempore, Judœa profecti rerum potirentur. Id de imperio romano, quantum postea eventu paluit, pr.nedictum Judœi ad se trahentes rebeliarunt. » Suet. in Vesp. 1. VIII , ch. iv. — Julius Marathus, cité par Suet.^ 1. II, ch. XXIV. — Josephe, De bello, 1. VIh ch. xxxi. — Philon de Praem. et Pen., p. 923-924. — Clarke, etc.
de son avènement à l'état de corruption de leur nation. Ainsi donc^ et par le témoignage des auteurs profanes, et parles concessions des Juifs, nous obtenons la preuve que Jésus- Christ est venu au monde précisément à l'époque oii toutes les circonstances du moment tendaient à indiquer l'instant que marquaient les prophéties comme celui de l'apparition du Messie.
Les prédictions contenues dans l'Ancien Testament sur la famille dont le Messie devait sortir, et le lieu de sa naissance, sont presque aussi circonstanciés, et s'appliquent autant à Jésus-Christ que celles qui se rapportent à l'époque de sa venue. Il devait être Israelite, de la tribu de Juda, de la famille de David, et de la ville de Bethlehem. Les deux premiers faits sont compris dans la promesse faite à Abraham, dans la prédiction de Moïse, dans la bénédiction prophétique donnée par Jacob a Juda, et dans la raison donnée pour la supériorité de cette tribu, savoir que de son sein devait sortir le grand chef de la nation. Et les deux derniers faits, que le Messie devait être un descendant de David, et naître à Bethlehem , sont clairement énoncés. « Il sortira un rejeton du tronc d'Isaïe, et un « bourgeon croîtra de ses racines , et l'esprit de « l'Eternel reposera sur lui ^\ » Que cette prédiction se rapporte au libérateur du genre humain , c'est ce qui est clairement indiqué par tout le chapitre qui décrit le règne du Messie, Tappel des gentils, et la restauration d'Israël.
Le même fait est prédit dans plusieurs passages des prophètes : « Ta maison et ton règne seront « assurés pour jamais devant tes yeux. — J'ai traité « alliance avec mon élu. J'ai fait serment à David
(80) Esaïe, XI.
S22 CHÏIIST. eu. XIV.
«mon serviteur, disant: J'établirai ta postérité « pour toujours et j'affermirai ton trône d'âge en « âge. — Voiei^lesjoursviennent, dit l'Eternel, que ^ je susciterai à David un germe juste, et il régnera u comme roi, il prospérera et il exercera lejuge- (( ment et la justice sur la terre, et c'est ici le « nom duquel on l'appellera: rEternel notre jus- « tice ^*. »
Le lieu de la naissance du Messie est ensuite clairement prédit : « Mais toi, Bethlehem vers « Ephrath, quoique tu sois petite entre les mil- «tiers de Juda, c'est de toi que sortira (ou, « comme signifie le mot hébreu, naitra ) *^^ celui « qui doit être dominateur en Israël, et ses issues « sont d'ancienneté, dès les jours éternels ^'\ » Que toutes ces prédictions aient trouvé leur accomplissement en Christ, qu'il ait appartenu à ce pays,àcette tribu, à cette famille, qu'ilait été de la maison et de la postérité de David, et qu'il soit né à Bethlehem, c'est ce que nous prouvent de la manière la plus évidente le témoignage de tous les évangélistes , deux généalogies complètes et distinctes ( c'est-à-dire la filiation naturelle et la filiation légale ) , lesquelles , selon la coutume des Juifs , étaient toujours conservées avec soin, l'acquiescement des ennemis du Christ à la vérité du fait , contre lequel l'histoire ellemême ne contient pas un seul démenti, et l'appel fait par quelques-uns des premiers chrétiens aux registres mêmes du recensement fait au moment de la naissance de notre Sauveur par les ordres de César ^^ Il est impossible même de ne pas être frappé de l'accomplissement
(81 j IL Sam., VII, 16.— Ps. LXXXIX, 4, 5.— Jérémie, XXIII, 5. 6. — (82) Genèse, X, 1/i; XV, 4- XVII, 6 — II. Sam. VII, i2.
(83) Michée, V, 2. —(84) Justin, Martvrs. Ap., II, p. 55, édit. Thirl. — TerU sur Marc, IV, 19.
CH. XiV. RELIGION CHRÉTIENNE. 32S
exact de ces prophéties en apparence contradictoires et inconciliables, et de la manière proYidentielle dont elles se sont accomplies* Le lieu de la naissance du Christ était éloigné du lieu de la demeure de ses parents, et le pays où il commença à exercer son ministère était à une grande distance de celui de sa naissance; c'est ainsi que fut accomplie une autre prédiction: «Yersle pays de « Zabulon et yers le pays de Nephtali, sur le che- « min de la mer, au-delà du Jourdain, dans la « Galilée des Gentils ; les peuples qui marchaient <i dans les ténèbres ont vu une grande lumière, « et la lumière a relui sur ceux qui habitaient dans « le pays de l'ombre de là mort ^^ » . Ainsi , l'époque où le Messie promis devait paraître , la nation, la tribu et la famille dont il devait sortir, le lieu de sa naissance, ville peu populeuse et presque inconnue, tout est clairement prédit; ces prédictions se rapportent aussi clairement à Jésus-Christ, et trouvent toutes leur accomplissement en lui.
Mais les événements de sa vie et les traits de son caractère sont aussi décrits avec une précision sur laquelle il est impossible de se méprendre. On nous peint ainsi l'obscurité, la simplicité et la pauvreté de sa condition : « Or, il est monté «comme un rejeton devant lui, et comme une « racine qui sort d'une terre sèche. Il n'y a en « lui ni forme , ni éclat , quand nous le regardons; « il n'y a rien en lui à le voir, qui nous le fasse tf désirer. — Ainsi a dit rEternel à celui qui est « méprisé , à la nation détestée , à celui qui est « l'esclave de ceux qui le dominent : Les rois lé « verront et se lèveront , et les principaux se « prosterneront devant ^ui^^ » Que tel ait été
(85) Esaïe, VIII, 23; IX, i, — (86) Esaïe, LUI, 2.; ^ IX, %
'52 i CIIRÏST. CH. XIV.
Texlérieiir sons lequel le Christ se montra aux lioiinues , loule son histoire nous le prouve.
Les Juifs, attendant dans l'orgueil de leur eœur un roi terrestre^ ne firent aucune attention à toutes ces prophéties , et trompés par leurs traditions ne trouvèrent qu'une pierre d'achoppement la oîx 5 s'ils avaient sondé l'Ecriture avec simplicité, ils auraient trouvé toutes les marques du Messie. « N'est-ce point ici le fils du charpente tier? n'est-ce point ici le fils de Marie?» disentils dans leur dédain. Son humble entrée dans Jérusalem, la manière dont il fut vendu pour trente pièces d'argent, les coups et les injures qu'il reçut, le vinaigre etl'hysope qu'on lui offrit à boire en dernier lieu , le partage de ses- vêtements , le sort qu'on jeta sur sa robe , son supplice , son ensevelissement , sa résurrection sans avoir senti la corruption ^^ , tout avait été expressément prédit, et toutes ces prédictions reçurent un accomplissement littéral. Si toutes ces prophéties peuvent s'appliquer aux événements de la vie d'un seul individu , ce ne peut être qu'à celle de l'auteur du christianisme. Et quel autre religion peut avancer un seul fait prédit sur l'apparition de son fondateur?
Quoique les prophètes juifs représentent la personne et la condition du Messie comme dénuées de toute grandeur , cependant on dépeint son caractère comme infiniment supérieur à celui des fils des hommes. « Et la justice « sera la ceinture de ses reins , et la fidélité la « ceinture de ses flancs. Il n'avait point fait d'ou- « trage , et il ne s'est point trouvé de fraude en « sa bouche. L'Esprit de l'Eternel reposera sur « lui , l'Esprit de sagesse et d'intelligence , l'Es-
(87) Zach. IX, 9; XI, 4 2. -— Esaïe, L, 6. — Ps. XXII, 16; LXIX, 21 ; XXII, 18. — Esaie, LUI, 9. — Ps. XVI, 10.
« prit de conseil et de force 5 l'Esprit de science ef « de crainte de TEternel. — Le Seigneur FEter- « nel m'a donné une parole savante pour savoir « parler à propos à celui qui est abattu. —-Il paî- « tra son troupeau comme un berger, il rassema blera les agneaux entre ses bras , et les portera « dans son sein. — Il ne brisera point le roseau « froissé 5 et il n'éteindra point le lumignon qui «fume encore. — Voici, ton roi viendra à toi, « juste et sauveur, humble et monté sur un âne. « — Il ne criera point , il n'élèvera point sa voix « et ne se fera point entendre dans les rues. « — On le presse et on l'accable , et il n'a point « ouvert sa bouche ; il a été mené h la tuerie «comme un agneau, et comme une brebis « muette devant celui qui la tond; même il n'a « point ouvert sa bouche. — J'ai exposé mon dos « à ceux qui me frappaient^ et mes joues à ceux « qui m'arrachaient ma barbe ; je n'ai point caché « mon visage pour éviter l'ignominie des cra- « chats. Le Seigneur m'a ouvert l'oreille , et Je « n'ai point été rebelle , et je ne me suis point « retiré en arrière. Mais le Seigneur l'Eternel « m'a aidé ; c'est pourquoi je n'ai point été confus; « c'est pourquoi j'ai rendu ma face semblable à « un caillou ; car je sais que je ne serai point « rendu honteux ^^ .
Combien de vertus caractérisent le Messie, ainsi que l'avaient annoncé les prophètes! avec quelle précision elles s'appliquent uniquement à Christ, et comme son caractère les réunit toutes! sa sagesse et sa science , sa parole qui ne ressemblait à celle d'aucun homme , la sainte douceur de ses manières et de ses entretiens , sa candeur parfaite , sa pureté sans tache , sa sainteté , sa bonté
(88) Esaïe, XI, 2, 5; XL, i 1; L, 4-7; XLII, 2, 3; LUI, 7, 9. — Zacharie, IX, 9,
32(5 ciiuist. eu. iiV.
et sa coinpassion 5 sa ])r()r()iule limuilité, son caractère i)aci!i(]ue , sa ])aUence inrali^ahle, son invincible couraj^e, sa l'ernielé plus (ju'liéroïcjne, son indulgence plus qu'humaine, sa conliance en Dieu, sa résignation parfaite à sa volonté, tout est décrit dans les termes les plus précis , les plus toucliailts et les plus vrais; et de tous les mortels qui ont paru sur la terre, Jésus est le seul k qui Tonpuisse appliquer un semblable portrait "^.
Mahomet prétendait avoir reçu une autorité divine qui sanctionnait ses impuretés passées, et légitimait ses nouveaux crimes. Combien est différent l'appel que fait Jésus de la terre au ciel? — « Si je ne fais point les œuvres de mon « père , ne me croyez point. » — « Sondez les « Ecritures, car ce sont elles qui témoignent de c< moi. y> — Oui , elles portaient témoignage de la venue d'un Messie, derexcellence surhumaine de son caractère moral. Et si la vie de Jésus est merveilleuse et sans pareille en elle-même , ne paraît-elle pas plus miraculeuse encore, lorsque Ton considère que toutes ses actions développent le caractère prophétique du Sauveur promis? Les preuves extérieures et intérieures se réunissent ici , et si la vie de Christ prouve sa sainteté , elle prouve en même temps , ainsi qu'il a été annoncé par les prophètes, qu'il est le Fils de Dieu.
En décrivant les bienfaits du règne du Messie , le prophète Esaïe prédisait la grandeur et Texcellence de ses miracles : — « Les yeux des aveu- « gles seront ouverts , et les oreilles des sourds « seront débouchées ; alors le boiteux sautera « comme un cerf, et la langue du muet chantera «avec triomphe ®\)) —L'histoire de la vie de Jésus nous montre combien de fois de tels actes
(39) Voy<^ Barrow sur le Credo. — (90) Esaïe, XXXV, 5-6. ^
servaient à manifester sa puissance. A sa parole « les aveugles recouvrent la vue, les boiteux « marchent , les sourds entendent , les lépreux « sont nettoyés^*.»
La mort de Christ a été aussi extraordinaire que sa vie , et les prophètes parlent de ses souffrances avec autant de détails que de ses vertus. Non-seulement l'agneau pascal , qui devait être tué chaque année dans toutes les familles d'Israël, qui devait être sans défaut, dont on devait répandre le sang sans rompre un seul de ses os, et qui devait être mangé avec des herbes amères; non-seulement le sacrifice d'Isaac et l'élévation du serpent d'airain dans le désert, vers lequel il fallait lever les yeux pour être guéri, et beaucoup d'autres cérémonies des Juifs, non-seulement tout cela préfigure la mort de Christ, et le sacrifice qu'il devait faire pour le péché ; mais beaucoup de passages des prophéties déclarent encore positivement que le Christ devait souffrir une mort ignominieuse.
Sans parler de ces descriptions de souffrances si souvent répétées dans les psaumes , qui s'appliquent littéralement à Christ, et qui se lient à des prédictions sur le règne du Messie , le prophète Daniel, tout en fixant l'époque de sa venue, affirme que le Messie sera retranché ; et , faisant allusion au même événement, Zacharie emploie ces solennelles expressions : « Epée , réveille - toi « contre mon pasteur, et contre l'homme qui est «mon compagnon, dit l'Eternel des armées; « frappe le pasteur, et les brebis seront disper- « sees. Et je répandrai sur la maison de David et «sur les habitants de Jérusalem l'esprit de « grâces et de supplications , et ils regarderont
C91)MaU., IX, 33;XI, 5,.
328 CHRIST. eu. XIV.
« vers moi qu'ils auronl percé cl ils en feront le «deuir\«
Esaïe,(jui décril avec une éloquence digne d'un prophète les gloires du royaume futur , caractérise avec la précision d'un historien l'humiliation 5 les épreuves et les injures qui doivent précéder les triomphes du Rédempteur du monde ; et l'histoire de Christ sert à la lettre de commentaire et d'accomplissement a chacune de ses prédictions. Dans un seul passage , dont la liaison est claire , l'antiquité indisputable , et l'application évidente 5 les souffrances du serviteur de Dieu 5 qui^ sous la même appellation, est auparavant désigné comme celui qui doit être la lumière des gentils , le salut de Dieu jusqu'aux bouts de la terre , et l'élu de Dieu en qui son ame prend plaisir, sont prédites avec une telle exactitude que toute discussion serait superflue pour prouver qu'elles se rapportent h Jésus- Christ ^^ — Parmi la multitude des passages semblables du Nouveau Testament, nous en choisissons quelques-uns que nous ajouterons à la prophétie :
« 11 est le méprisé et le dernier des hommes.» — Il est venu chez soi, et les siens ne l'ont point reçu; il n'avait pas où reposer sa tête ; ils se moquaient de lui. — c( Un homme de douleur et qui sait ce que « c'est que la langueur. » Jésus pleura sur la tombe de Lazare, il pleura sur Jérusalem; il ressentit l'ingratitude et la cruauté des hommes; il souffrit la contradiction des pécheurs; et voici les expressions propres de sa douleur : « Mon Père , que cette coupe passe loin de moi, s'il est possible ; mais pour cette fin suis-je venu au monde? — Mon
(92) Ps. II; XXII, 2, 6, 7, 16, 18; XXXV, 7, 11, 12; LXIX, 20, U; CIX, 2, 3, 5, 25; CXVIII, 12. —Dan., IX, 26. — Zacharie, XIII, 7; XII, 10,
(93j Esaie, LU, 13-15; elch. LUI; XLIX, 6 ; LU, 1.
Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'as-tu abandonné ! » --^ « Nous avons comme caché notre face de lui; « il était méprisé et nous n'en avons fait aucun cas. »
— Alors tous ses disciples l'ayant abandonné, s'enfuirent. — Non pas celui-ci, mais Barabbas;or, Barabbas était un brigand. — Et les soldats, s'agenouillant devant lui, se moquaient de lui. — Le prophète continue ainsi le tableau de ses souffrances :
« Il s'est chargé véritablement de nos lan- «gueurs; nous avons cru qu'il était frappé, « battu de Dieu et affligé. On le presse et on l'ac- « cable; il a été mené à la tuerie comme un « agneau. 11 a été enlevé par la force de l'angoissé a et par la condamnation. » Et à cette description générale il ajoute des détails plus minutieux encore, qui en déterminent visiblement l'application à Jésus : c( Il a été retranché de la terre des vivants . »
— Il fut crucifié a la fleur de son âge. — « Le peu- « pie avait ordonné son sépulcre avec le méchant, « mais dans sa mort il a été avec le riche . » — Joseph d'Arimathée, homme riche d'entre les Juifs , alla demander le corps de Jésus , et le déposa dans son sépulcre neuf. — « Il aura été mis au rang « des méchants. » — Il fut crucifié entre deux malfaiteurs. — « Tu étais défait de visage plusqu'au- « cun autre , et sans apparence , plus que pas un « des enfants des hommes. » — Ces paroles ont été littéralement accomplies; la sueur de sang, la couronne d'épines, les crachats au visage , les coups sur la joue, la flagellation, les clous dans les mains et dans les pieds, la lance qui lui perça le côté , tout tendit à rendre le corps de Jésus plus défait que pas un des enfants des hommes.
Or, afin de prévenir toute ambiguïté dans le sens de cette description soutenue et circonstanciée des
souffrances du Messie, la dij^^nité de sa personne, IMucrédulité des Juifs, l'innocence de la victime, et son élévation iinale , tout est spécialement détaillé , et tout s'accorde avec la doctrine de l'Évangile. « Il sera fort exalté, et il s'agrandira ex- « trémement. — Qui a cru à notre prédiction? Et à « qui le bras de l'Éternel a-t-il été révélé ? » — « Or, « il est monté comme un rejeton devant lui, etc.»
La pauvreté apparente de la condition de Jésus- Christ est la raison que la prophétie assigne au rejet que les Juifs ont fait de lui, et c'est la raison qu'ils en donnent eux-mêmes. La prédiction spécifie la cause de ses souffrances. « Il s'est chargé « véritablement de nos langueurs, et il a porté « nos douleurs. » Christ , dit saint Paul , fut offert une fois pour ôter les péchés de plusieurs. « Il a été navré pour nos forfaits , et frappé pour « nos iniquités; le châtiment qui nous apporte la ce paix est tombé sur lui , et nous avons la guéri- « son par sa meurtrissure. » Il a porté nos péchés en son corps sur le bois, dit saint Pierre, afin qu'étant morts au péché nous vivions à la justice ; et nous avons la guérison par sa meurtrissure, ff Nous avons tous été errants comme des « brebis , nous nous sommes détournés pour sui- « vre chacun son propre chemin , et l'Eternel a « fait venir sur lui l'iniquité de nous tous. » Car vous étiez comme des brebis errantes, dit le même apôtre, mais vous êtes maintenant retournés au pasteur et à l'évêque de vos âmes. « Il n'avait « point fait d'outrage , et il ne s'est point trouvé « de fraude en sa bouche. Toutefois l'Éternel a mis « son âme en oblation pour le péché. » Celui , dit saint Paul, qui n'avait point connu le péché, il Ta traité à cause de nous comme un pécheur , afin que nous devinssions justes devant Dieu par lui.
Toute cette prophétie se rapporte donc au
Messie. Elle décrit son abaissement et sa dignité ; son rejet par les Juifs , ses afflictions et son agonie, sa grandeur et sa charité , la manière dont son ministère fut méconnu , la bassesse de sa condition , son silence au milieu des souffrances les plus terribles 5 silence qu'il ne rompt que pour intercéder pour les pécheurs. Complètement opposée à toutes les autres dispensations de la Proyidence, enregistrées dans les annales des Juifs, la prophétie représente une innocence parfaite souffrant par la volonté du ciel, la mort comme la suite d'une obéissance entière 5 le serviteur de Dieu abandonné par lui , et celui qui était parfaitement pur portant le châtiment des coupables , lavant les nations de leurs péchés par la vertu de son sacrifice, les justifiant par sa science, ayant son héritage parmi les grands, et partageant le butin avec les puissants, parcequ'il a livré son âme à la mort. — Cette prophétie , considérée simplement comme prédiction antérieure à l'événement, fait donc de l'incrédulité même des Juifs un argument contre eux , change le scandale de la croix en preuve du christianisme, et nous présente un épitomé de la vérité , un abrégé des traits les plus frappants de l'Evangile. La simple explication de cette prophétie suffit pour opérer la conversion de l'eunuque d'Ethiopie, et sans le secours d'un apôtre elle a la gloire d'avoir obtenu dans les temps modernes un plus noble triomphe, en renversant les préjugés si fortement enracinés, et l'incrédulité si hautement déclarée d'un homme illustre par son rang et par son génie , alors un des avocats les plus spirituels et les plus heureux de l'impiété, et un des ennemis les plus déclarés du christianisme ^*.
(94) Mémoires de Rochester, par Burnet, p. 70, 71.
C'est ainsi qu'il a été écrit que le Christ souffrirait, c'est ainsi qu'il fallait cjue le Christ souffrit, selon les Ecritures; et c'est ainsi que l'apôtre l'atteste : « Dieu a accompli ce (pi'il avait pré- « dit par la bouche de tous ses prophètes, que le « Christ devait souffrir. »
Que les Juifs conservent encore ces prophéties 5 et qu'ils soient ainsi un des instruments de leur conservation et de leur propagation sur toute la terre , quoiqu'elles témoignent si fortement contre eux-mêmes, quoiqu'elles déclarent si clairement qu'un Sauveur devait premièrement souffrir et être ensuite exalté, ce sont là des faits aussi indubitables qu'ils sont singu-^ liers, et qui ne peuvent qu'attester la vérité du christianisme, de la manière la plus forte et la plus convaincante. — Ces prédictions, comme nous l'avons vu par la courte analyse que nous en avons faite, n'ont pas besoin d'interprétation forcée , mais elles s'appliquent de la manière la plus claire, la plus simple et la plus littérale, à l'histoire des souffrances et de la mort du Christ. Le témoignage des Juifs sur l'existence de ces prophéties longtemps avant l'ère chrétienne , leur conservation jusqu'à ce jour, le récit que donnent les évangélistes de la vie et de la mort du Christ , le témoignage des auteurs profanes , et les arguments même des premiers adversaires du christianisme, fondés sur l'humble condition de Jésus et sur le genre de sa mort, toutes ces choses concourent ensemble à donner sur Taccomplissement de ces prophéties des preuves plus décisives que nous n'aurions cru possible d'en obtenir dans un temps aussi reculé ^^.
(95) Auctor nominis ejus Christus, Tiberio imperitante, per procuratorem Ponlium Pilalum supplicio adfeclus erat. Tacili Annal.,