XV, C. XLIY
Mais les prophéties nous parlent de la nature de rÉyangile aussi bien que du caractère de son auteur^ et décrivent l'étendue de son règne aussi bien que ses souffrances. Il était prédit que le Messie révélerait la volonté de Dieu aux hommes, et qu'il établirait une religion nouvelle etplusparfaite.
« Je leur susciterai un prophète d'entre leurs « frères 5 et je mettrai mes paroles en sa bouche, « et il leur dira tout ce que j'aurai commandé , « et il arrivera que quiconque n'écoutera pas les « paroles qu'il aura dites en mon nom, je lui en « demanderai compte. — Car l'enfant nous est né , « le fils nous a été donné , et l'empire a été posé « sur son épaule , et on appellera son nom TAd- « mirable, le Conseiller, le Dieu fort, le Puissant, « le père de l'Eternité, le prince de la Paix. Et « il n'y aura point de fin à l'accroissement de (( l'empire , et à la prospérité du trône de David « et de son règne, pour l'affermir et pour l'éta- « blir dans l'équité et dans la justice, dès mainte tenant et à toujours. La jalousie de l'Éternel « des armées fera cela. — Il sortira un reje- « ton du trône de David, et un surgeon croîtra dé « ses racines; il ne jugera point par ce qui frappe « les yeux, et il ne condamnera point par un ouï- « dire, mais il jugera avec justice les petits, et il « condamnera avec droiture. — Moi qui suis l'É- « ternel , je t'ai appelé dans la justice , je te pren- « drai par la main et je te garderai, et je te ferai a être l'alliance du peuple et la lumière des na- « tions, afin d'ouvrir les yeux des aveugles. « — Prêtez l'oreille et venez à moi; écoutez, et « votre âme vivra , et je traiterai avec vous une (i alliance éternelle pour rendre stable la miséri- « corde promise à David. Voici , je l'ai donné pour « être témoin aux peuples, pour être conducteur, « et afin qu'il commande aux peuples. Je suscite-
« raisurcllos un paslenrqni les paîtra, et je traite- « rai avec elles une alliance de paix. — Et il y aura « une alliance éternelle avec eux. Je mettrai mon a sanctuaire au milieu d'eux à toujours, et eux « tous n'auront qu'un roi pour leur roi, et ils ne « se souilleront plus par leurs dieux infâmes; ils « auront tous un seul pasteur, ils marcheront dans <( mes ordonnances, et David mon serviteur sera « leur prince à toujours. — Voici, les jours vien- « nent, dit l'Éternel, que je traiterai une nouvelle « alliance avec la maison d'Israël et avec la maison « de Juda; et c'est ici l'alliance que je traiterai avec « la maison d'Israël; je mettrai ma loi au-devant « d'eux et je l'écrirai dans leur cœur, et je serai «leur Dieu, et ils seront mon peuple. Chacun « d'eux n'enseignera plus son prochain , ni chacun « son frère, en disant : Connaissez l'Éternel; car « ils me connaîtront tous, depuis le plus petit jus- «qu'au plus grand, dit l'Éternel, parceque je « pardonnerai leur iniquité , et que je ne me sou- « viendrai plus de leur péché ^^ »
Il est souvent et expressément déclaré que ces bénédictions s'étendraient plus loin que la Judée. « C'est peu de chose que tu sois mon serviteur « pour rétablir les tribus de Jacob et pour raft mener les restes d'Israël ; mais je t'ai donné « pour être la lumière des nations , et pour être « mon salut jusqu'au bout delà terre ^^ »
Tandis que plusieurs des prophéties, en dépeignant la gloire du royaume du Messie , se rapportent aussi à son étendue universelle et a la restauration finale des Juifs, elles décrivent en même temps la nature et les bienfaits de l'Évangile; et
(96)Deut., XVIII, 4.8-19. — Esaïe, IX, 5, 6; XI, j, S, 4; XLII, C; LV, 3, h. — Ezécbiel, XXXIV, 23, 25; XXXVII, 22-26, 28. — Jérémie, XXXI, 31, 33, 34.
(97) Esaïe, XLIX, C; LVI, 6-8.
il serait impossible de donner maintenant un exposé plus correct ou une définition plus juste de la doctrine de Jésus-Christ, et des conditions qu'il a proposées à l'homme, que ceux que contiennent ces mêmes prophéties, publiées plusieurs siècles ayant son apparition dans le monde. L'Evangile, comme son nom l'indique, signifie bonne nouvelle ; Christ lui-même invitait ceux qui étaient travaillés et chargés a venir à lui pour obtenir le repos de leurs âmes. Il était le messager de paix. Il vint, ainsi qu'il le dit lui-même, s'offrir en sacrifice pour les péchés du monde et révéler à l'homme la volonté de son Père céleste. Il publia les termes de notre pardon. Sa parole est encore la parole de conciliation; sa loi, une loi de bonté ; et tous les devoirs qu'il inculque tendent à rendre l'homme digne de participer à la félicité éternelle; tel estlebut de toute son œuvre. Qu'aurait-il pu donner de plus, qu'aurait-il pu exiger de moins?
Les prophètes des anciens temps emploient les mêmes termes en parlant de la nouvelle loi qui devait être révélée, et de la venue du Sauveur : « Rejouis-toi extrêmement, fille de Sion, « jette des cris de rejouissance , fille de Jéru- « salem ; voici , ton roi viendra à toi. — Que les « pieds de ceux qui annoncent la paix sont beaux, a de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles. « L'esprit du Seigneur l'Eternel est sur moi , « c'est pourquoi l'Eternel m'a oint pour évangé- « User aux débonnaires; il m'a envoyé pour guérir c( ceux qui ont le cœur brisé, pour publier aux « captifs la liberté , pour publier l'année de la ft bienveillance de l'Eternel. » Ayant lu ces paroles à haute voix dans la synagogue, Jésus s'écria : a Aujourd'hui l'Écriture est accomplie. » Il est en effet le prédicateur de la justice et de la
33G rjiiusr. ch. xiv.
paix^et CO n'élail qu'en Inique l'Ecriture pouvait trouver son aecomplissenient.
U'aulres pjoplièles encore parlent de la joie qui devait surtout caractériser le rèj^ne du Messie. Il devait mettre fin aux transgressions , effacer le péché, et réconcilier les pécheurs; il devait faire rejaillir de l'eau pure sur le peuple de Dieu, arroser de son sang les nations pour les laver de leurs iuiquités, et ouvrir une source pour purifier le péché et la souillure. « Que le méchant « délaisse sa voix , et l'homme inique ses pen- « sees, et qu'il retourne à l'Éternel, et il aura « pitié de lui. — Je pardonnerai leurs iniquités « et je ne me souviendrai plus de leurs pé- « chés, » Le Messie devait être « oint pour gué- « rir ceux qui ont le cœur brisé; pour publier à « ceux de Sionqui pleurent, que la magnificence a leur sera donnée au lieu de la cendre, l'huile <( de joie au lieu du deuil , un manteau de louange «au lieu d'un esprit affligé ^^ » L'Évangile de paix réalise toutes ces bénédictions promises. Nous voyons maintenant ce que beaucoup de prophètes et beaucoup de sages ont désiré de voir.
La religion chrétienne a été malheureusement pervertie et altérée ; mais ces corruptions mêmes ont été le sujet des prophéties. La bigoterie n^a que trop souvent terni sa perfection ; sa beauté a disj)aru sous le voile de la superstition , de la tyrannie et du meurtre ; mais la " religion de Jésus, sortie pure de la bouche de son auteur et de la plume de ses apôtres , a en elle tout ce qu'il faut pour répandre universellementle bonheur, pour avancer efficacement la culture morale et la civilisation de l'humanité, etpour améliorer la condition et perfectionner la nature
(98) — Esaïe, LV, 7. — Jérémie, XXXÏ, 34. —Daniel, IX, 9. Esaïe, LXI, 1-2.
€H. XiV, RELIGION CHRÉTIENNE. - 33?
de riiomme. Sa doctrine est sainte, elle prescrit des règles de conduite pures et parfaites ; elle abolit l'idolâtrie ; elle enseigne le culte du seul vrai Dieu , elle annonce des promesses faites à tous ceux qui obéissent à sa loi; elle révèle Ix seule voie du pardon pour le pécheur et lui indique le moyen d'y parvenir. L'Évangile est une bonne nouvelle pour les débonnaires ; il bande les plaies des coeurs, et nous offre l'huile de joie au lieu du deuil, un manteau de louange au lieu d'un esprit d'affliction, ou, en d'autres mots, la consolation la plus complète dans tous les maux delà vie. Pour obtenir la confirmation de toutes ces prophéties, il ne nous est pas nécessaire de recourir au témoignage des Juifs ou à celui des premiers chrétiens; c'est une question d'expérience et de fait. La doctrine de l'Evangile s'accorde en tout avec les prédictions qui l'ont annoncée ; et si nous la comparons avec la cruauté, l'impureté, l'absurdité dégradante des systèmes de religion qui existaient au temps des prophètes, nous ne pouvons qu'être pénétrés de sa supériorité et reconnaître son incomparable excellence. On adorait alors des dieux dont les vices faisaient honte h l'humanité , et l'incrédulité même n'oserait les comparer au Dieu des chrétiens ; l'usage des sacrifices était partout établi, et souvent le sang humain coulait là où la doctrine chrétienne de la réconciliation pour l'iniquité était inconnue. Et dès que nous sortons des pays chrétiens, si nous regardons vers l'Afrique, vers l'Inde, ou vers la Chine, nous avons encore devant les yeux les spectacles lesplus révoltants dans les cérémonies religieuses des hommes. En envisageant donc la supériorité du christianisme seulement comme ayant été le sujet de la prophétie, on ne peut guère se refuser à reconnaître
338 CHRIST. ni. XIV.
(jue les prédictions qui se rapporleiit à celle excellence et les bieiirails qu'elles promettent ont leçu leur entier accomplissement clans l'Kvant;ire de Jésus-Christ.
Mais, tout en prouvant sa vérité par l'accomplissement même de ces anciennes prophéties, on ne demande point h l'incrédule de renoncer a iui seul iota de son incrédulité , sur aucune matière qui puisse admettre le moindre doute; car il y a beaucoup de prophéties à la vérité desquelles chaque chrétien peut rendre témoignage, et dont Faccomplissement est prouvé par les incrédules eux-mêmes. Que l'Evangile ait pris sa source a Jérusalem, que la plupart des Juifs l'aient rejeté, qu'il ait eu à combattre la puissance humaine, que l'iclolâtrie ait été renversée devant lui, que les rois de la terre se soient soumis h son joug, qu'il existe depuis plusieurs siècles, qu'il s'étencîe sur un grand nombre de contrées, voilà des faits clairement prédits et littéralement accomplis.
« Car la loi sortira de Sion et la parole de l'Ea ternel de Jérusalem; il exercera les jugements a parmi les nations '^^. 11 sera votre saxactuaire: « mais il sera une pierre d'achoppement et un « rocher de trébuchement aux deux maisons d'Is- « raël, en piège et en lacs aux habitants de Jé- « rusalem ! Pourquoi les rois de la terre s'as « semblent-ils et les princes consultent-ils en- « semble contre l'Eternel et contre son Christ* ?» De la même manière. Christ prédisait souvent à ses disciples la persécution qui les atteindrait et le triomphe final de l'Evangile, malgré toute Topposition qu'il aurait à combattre ^ . « L'Eternel
(99) Esaïe, II, 3, /i. — Michée, IV, 2.
(1) Esaïe, VIII, lA. — Ps. II, 2.
(2) MaU., X, 47; XVI, 18; XXIV, 14; XXVÏII, 19.
(M, XïV. UELîGiO?^ CÎÎUÉTIENNE. 339
« sera seul haut élevé en ce jour -là; et pour ce « qui est des idoles elles seront toutes détruites. « Et je vous nétoyerai de tous vos dieux infâmes. « Je retrancherai les noms des faux dieux du « pays et on n'en fera plus mention ^ . A celui qui « est esclave de ceux qui le dominent : Les rois « le verront et se lèveront, et les principaux se « prosterneront devant lui. Et les nations mar « cherontà ta lumière , et les rois à la splendeur « qui se lèvera sur toi. Et les rois seront tes nour- << riciers et les princesses leurs femmes tes nour- « rices ^ . Les nations verront ta justice , et on « t'appellera d'un nouveau nom que la bouche de A TEternelaura expressément déclaré. En cejour- <( là il arrivera que les nations rechercheront la « racine d'Isaï, dressée pour enseigne despeuples^ ^< et son séjour ne sera que gloire. Et je traiterai « avec vous une alliance éternelle. Voici tu « appelleras la nation que tu ne connaissais point, « et les nations qui ne te connaissaient point ac- « courerontà toi^ . »
A l'époque oîi ces prophéties parurent, il n'y avait pas sur toute la surface du monde le moindre signe de ce royaume spirituel, de cette reli-* gionpure qu'elles prédisent si clairement devoir s'étendre non-seulement sur la Judée et sur toutes les contrées éloignées que les prophètes seuls connaissaient, mais aussi sur tous les oeupîes des gentils, et même jusqu'aux extrémités de la terre. Maintenant chacun sait que la religion qui enseigne la piété , la pureté , la charité, qui délivre Fhomme de tous ces rites pénibles , qui l'affranchit de toutes ces institutions barbares , et qui offre à l'humanité le plus
(3) Esaïe, II, 17, 18. — Ezéchiei, XXXVI, 25.— Zach., XIII, 2.
Ih) Esaïe, XLIX, 7, 23; LX, 3.
(5) Ibid., LXII, 2; XI, 10; LV, 3-5,
3iO ciinisT. cii. xiT-
grand des bienfails; que celtc religion , disonsnous 5 prit naissance en Judée , au sein du peuple le plus égoïste et le plus sensuel de la terre ; que persécutée à son origine, et rejetée par les Juifs, elle s'est cependant répandue sur plusieurs na~ lions, qu'elle s'est étendue jusqu'à celles qu'un immense intervalle séparait de son berceau et de son centre d'action, et qu'elle invite sans exception le monde entier à participer aux privilèges qu'elle accorde , sans faire de distinction quelconque entre le Barbare et le Scythe , l'esclave et l'homme libre.
Unpoëte latin, qui vécut au commencement de l'ère chrétienne, parle des Bretons barbares comme séparés delà terre entière. Et cependant, quoique la Grande-Bretagne fût plus éloignée de la Judée que de Rome , la loi sortie de Jérusalem lui a fait perdre sa réputation de barbarie; dans cette île éloignée des gentils, les prophéties qui déclarent que le royaume du Messie s'étendra jusqu'aux bouts de la terre ont recti leur accomplissement ; et aujourd'hui, si d'une île éloignée des gentils nous portons nos regards vers une autre île, de l'océan du nord à l'océan du sud , d'une extrémité du globe à l'autre , nous verrons encore l'influence régénératrice de l'Evangile dans l'extinction de l'idolâtrie , et l'abolition des rites cruels et barbares du paganisme.
Mais ce fut à une époque où, excepté la seule terre de la Judée, la lumière de la vérité divine n'éclairait pas le m.onde, ce fut lorsque toutes les autres nations , par rapport à la religion , étaient plongées dans les ténèbres, adonnées à une superstition grossière et à une idolâtrie aveugle; ce fut lorsque lès hommes se formaient à euxmêmes des divinités de choses corruptibles;
ce fut lorsqu'on déifiait ^ après leur mort, ceuxlà mêmes qui avaient donné l'exemple des vices les plus grossiers ; ce fut lorsqu'on remplaçait la religion par des rites affreux et obscènes ; ce fut lorsque la nation la plus éclairée du monde élevait publiquement un autel au Dieu inconnu , et ne mettait point de bornes au nombre de ses divinités ; ce fut au moment oii l'un des plus célèbres philosophes du paganisme , l'un des plus purs de ses moralistes , désespérant de parvenir à la vérité par des moyens humains 5 demandait une révélation divine comme unique voie de salut ^; ce fut lorsque le nombre des esclaves dépassait celui des hommes libres; ce fut lorsqu'il n'y avait aucun espoir de pouvoir sortir de cet état d'esclavage spirituel et temporel; ce fut alors que la voix de la prophétie se fit entendre dans ia terre de la Judée, ce fut alors qu'elle annonça le jour glorieux qui allait luire sur le monde.
Et d'où cette lumière pouvait-elle descendre , que du ciel? — Le Messie fut promis ; le prince de la paix allait paraître ; une pierre allait être détachée de la montagne sans main , qui devait frapper et mettre en pièces les royaumes du monde . Mais le règne spirituel du Messie est décrit en termes qui indiquent tout à la fois sa nature , sa durée, son étendue: « Sa renommée durera tou- « jours, sa réputation ira de père en fils, tant que «le soleil durera. On sera béni en lui. Toutes les <( nations le publieront bienheureux. Il dominera « depuis une mer jusqu'à l'autre , et depuis le «fleuve jusqu'aux extrémités de la terre. De- « mande moi , et je te donnerai pour ton hé- « ritage les nations , et pour ta possession les « bouts de la terre. Tous les bouts de la terre
(6) Platon, in Phœdone et in Alcibiade, II.
3i2 f:ni{(ST. cif. xiv.
« s'en souviendront et se con ver! iront à FH- « lornel , et tontes les familles des nations se « prosterneront devant toi \ — Je t'ai donné pour « être la linnière des nations, et pour être mon t< salut jns(pi'anx bouts de la terre. — La j^^loire de « l'Eternel se nsanifestera, et toute eliair la vena «en même temps, car la bouche de rElern<*i ^< a parle ^ — L'Eternel a découvert le bras de sa <^ sainteté devant les yeux de toutes les nations. ^^11 ne se retirera point, ni ne se précipitera « point jusqu'à ce qu'il ait établi la justice sur la « terre, et les îîes s arrêteront à sa loi ^ — Il enlè- « vera l'enveloppe redoublée qu'on voit sur tous «les peuples, et la couverture qui est étendue « sur toutes les nations *^ . — J'étais recherché par « ceux qui ne s'informaient pas de moi , et j'ai été « trouvé par ceux qui ne me cherchaient point; «j'ai dit à la nation qui ne s'appelait point de « mon nom : Me voici, me voici ** . — - Il arrivera « aux derniers jours , disent Esaïe et Michée dans « les mêmes paroles, que la montagne de la mai- « son de l'Eternel sera affermie au sommet des « montagnes , et élevée par-dessus les coteaux , « et toutes les nations y aborderont*^ . — Il arri- « vera que dans le lieu où on leur aura dit : Vous « n'êtes pins mon peuple , on leur dira : Vous « êtes les enfants du Dieu fort et vivant '^ . — L'a- « bondance de la mer se tournera vers toi, et !a <( puissance des nations viendra à toi *^ . — Réjouis- « toi avec des chants de triomphe: stérile qui n'en- « fantais point; éclate de joie avec des chants de «triomphe, car les enfants de celle qui était « abandonnée seront en plus grand nombre qiw*
(7) Ps. LXXII, 8-17; II, 8, XXII, 28.
(8) Esaïe, XLIX, 6; XL, 5. — (9) Ibid., LU, 10; XLIII, 4. (10) Ibid., XXV, 7. — (11) Ibid., LXV, 1.
(12) Ibid., IL 2. — Miellée, IV, 1. — (15> Osée, I, 10. (l/i)Esa:e, LX; 5.
Cïl. Xiy. RELIGION CHRÉTIENNE. 2i3
« les enfants de celle qui était mariée (plus de «Gentils que de Juifs). Elargis le lieu de ta « tente 5 et qu'on étende les rideaux de ton pavil- « Ion 5 ne néglige rien; allonge tes cordages; « car tu te répandras à droite et à gauche , et ta « postérité possédera les nations , car celui qui « t'a formé sera ton époux ; l'Eternel des armées « est son nom , il sera appelé le Dieu de toute la « terre *" . — Le désert et le lieu aride se réjoui- «ront, et la solitude sera dans l'allégresse, et « fleurira comme une rose *^.
Ces prophéties ont toutes rapport à l'étendue du règne du Messie, et toutes claires, tout amples qu'elles sont, elles ne forment qu'une très petifci^. portion des prédictions qui ont le même objet. Nous devons donc examiner non-seulement ce qui en reste encore à accomplir, mais tout ce qui en a déjà été accompli, et dont il aurait été impossible à notre sagesse bornée de concevoir la moindre idée. Toutes elles ont été publiées plusieurs siècles avant l'existence de cette religion dont elles décrivent si minutieusement les progrès; cependant, lorsque nous comparons l'état actuel des pays oil l'Evangile est professé dans &a pureté, avec celui dans lequel ils étaient k l'époque où le soleil de justice commença à luire sur eux , nous voyons partout la lumière dissipant les ténèbres , l'ignorance et le paganisme disparaissant devant les efforts de la science et de la culture morale. — Malgré toutes les probabilités humaines , malgré toutes les prévisions de la sagesse et de la puissance de l'homme, l'Evangile de Jésus, propagé d'abord par quelques obscurs pêcheurs de la Galilée , a sapé dans leurs fondements les temples païens, a renversé les autels impurs , a jeté hors des palais et des chaumières les faux dieux;
(15) Ibu!., LIV, 1-3, 5. — (16) Ibid., XXXV, 1.
Sii CHRIST. CH. XIV
toules les nations civilisées reconnaissent son autorité; il a trioniplié depuis son origine jusqu'à ce jour , niali;ré la persécution , malgré l'opposition la plus forte et la plus yiolente, malgré les attaques les plus directes, malgré tous les pièges de ses adversaires cachés ; et combattant, comme il a toujours combattu, contre les mauvaises passions de l'homme qui les portent à lui résister et ix la pervertir, il demeure encore debout, et le cours de quinze siècles ne fait que confirmer toutes les anciennes prophéties , et vérifie à l'heure qu'il est la déclaration de son auteur : c( Les portes de reiifer ne prévaudront point contre lui. »
Qui aurait pu concevoir que jamais un tel système religieux serait formé , qu'il serait institué, combattu , établi , propagé sur toute la surface du globe , embrassé par tant de nations , protégé par des rois et des princes, et regardé comme règle de foi , comme la volonté même de Dieu ? Comment toutes ces choses et beaucoup d'autres encore auraient-elles pu être prédites, comme elles l'ont été sans aucun doute , tant de siècles avant la venue de l'auteur du christianisme, si ces prophéties n'étaient pas en elles-mêmes une preuve venue d'en haut , que chaque prophétie et son accomplissement sont l'œuvre de Dieu , et non celle de l'homme ? — Quel mortel non inspiré eût pu décrire la nature, les effets et les progrès du christianisme, quand aucun d'eux n'aurait pu se faire seulement l'idée de son existence ? car le paganisme ne consistait qu'en cérémonie-s extérieures, en sanglants sacrifices et en prétendus mystères. Sa tolérance , il est vrai, a été vantée , et non sans cause ; car il tolérait tout ce qui est impie et absurde en religion , tout ce qui est impur et vicieux en morale.
CH.XIV. BELIGiON CÎIÎIÉTÎEÎS^E. ?>4;)
Mais les prophètes jaife, alors même que le monde était plongé dans les ténèbres et ne pouvait leur fournir aucune lumière pour les guider dans cette connaissance, annoncèrent la naissance d'une religion qui ne se piquerait point de cette espèce de tolérance, mais qui révélerait la volonté et enseignerait le culte du seul vrai Dieu; religion qui consisterait en obéissance morale, quideman^ derait de la pureté dans la vie et dans les mœui*s, qui abolirait tous les sacrifices, en révélant un seul moyen de réconciliation avec Dieu ; qui se ferait comprendre à tous par la simplicité de ses préceptes , mais qui ne saurait tolérer le mal en aucune manière; doctrine en tout contraire au paganisme , et pour laquelle rien sur la terre n'aurait pu leur servir de modèle. — Ces prophètes, dans toutes les nations qui existaient autour d'eux , ne pouvaient découvrir que le culte d'un nombre infini de divinités et d'idoles ; ils auraient parcouru le monde entier, qu'ils n'y auraient trouvé que dépravation spirituelle et morale ; et cependant ils annoncent l'abolition finale du polythéisme et de l'idolâtrie. Le système religieux des Juifs était local, et les Juifs prédisaient une religion qui devait commencer à Jérusalem, et s'étendre ensuite jusqu'aux extrémités de la terre. — Il est donc improbable, ou plutôt absolument incroyable que ces prédictions eussent jamais pu être faites par la sagesse humaine, ou accomplies par la puissance de l'homme; et lorsque ces deux merveilles se rencontrent , elles fournissent une nouvelle preuve de la vérité. — Comme point d'histoire, les progrès du Christianisme sorrt au moins étonnants, et comme accomplissement de tant de prophéties, ils sont évidemment miraculeux.
L'influence et l'étendue du règne de l'Évangile
^ia cmi^t. au t\v.
ne sont pas moins clairement |)iédils dans le Noii veau Testament que dans l'Ancien. Une seule* (*itation peut nous suffire : « Je vis un autre an^e « qui volait par le milieu du ciel, poitant KKvan- <c gile éternel, pour Tannoncer à ceux qui liahi- « tent sur la terre, à toute nation, à toute tribu, ii « toute langue et a tout peuple. » — Telles sont l(\4 paroles d'un homme banni, exilé dans nue petite île d'où il ne pouvait sortir; d'un disciple d'imi^^ religion nouvelle partout décriée et persécutée. Elles furent prononcées k une époque où il était impossible qu'elles fussent réalisées autant qu'elles le sont maintenant, lors même que tout le pouvoir de Thomme se fût réuni pour propager l'Evangile, au lieu d'hêtre employé à l'éteindre. Il était alors extrêmement difficile de répandre la science; Tart de Timprimerie était ignoré: et plusieurs pays qui professent maintenant le christianisme étaient encore inconnus. Et quelque nombreux que soient maintenant les ouvrages imprimés, et ils le sont plus qu'à aucune autre période de l'histoire, quelqu'étendues que soient les relations actuelles du commerce , la manière dont l'Ecriture Sainte a été répandue est bien plus étonnante que raccroissement des uns ou des autres. Elle est parvenue dans des régiontr inconnues à tous les autres ouvrages du génie de l'homme, elle a pénétré dans des contrées que n'a point encore exploitées la fureur des spéculations commerciales.
La vérité de la prophétie du pauvre exilé de Patmos est n:aintenant mise au jour; elle a en sa faveurune prescription de dix-sept siècles; il esl évident maintenant que ce n'était point là une vision humaine, puisque l'Évangile éternel a été communiqué d'une manière inouïe à tous ceux qui habitent sur la terre, à toute nation, k
en. XîV. RELIGION CîIîlKTlE^^'I^.^ 317
toute tribu, a toute langue , a tout peuple. L'Europe et l'Amérique professent le christianisme; dans toutes les portions du globe on trouve des chrétiens. L'Évangile est traduit en 150 langues . et dialectes qu'on parle d'une extrémité de la terre à l'autre; et quel autre livre depuis la création a été lu ou connu dans la dixième partie de ce nombre de langues!.. Quelles que soient donc les causes secondaires qui ont amené ces événements, ou quelles que soient les opinions des hommes par rapport à eux , il n'en est pas moins vrai qu'il faut que les prophéties dont ils sont l'accomplissement aient été inspirées par Celui qui est la première grande cause de tout. Quelle autorité divine l'incrédulité peut-elle offrir , quelles doctrines l'incrédule peut-il avancer, qui équivaillent à cette preuve de la vérité du christianisme?
Il est évident, d'après un coup d'œil générai jeté sur les prophéties qui se rapportent à Christ et à la religion chrétienne, qu'elles contiennent des prédictions exclusivement relatives à plusieurs doctrines de l'Évangile, qui ne pouvaient émaner que d'une révélation divine, et que la raison à elle seule n'aurait jamais pu découvrir; et ces mêmes doctrines , contre lesquelles la suffisance de la sagesse humaine se révolte le plus, souvent, sont par là même des preuves de leur divine origine ; car si ces doctrines n'avaient pas été contenues dans les Saintes Écritures, les prophéties qui les regardent n'auraient pu s'accomplir. Et plus elles sont merveilleuses, plus il est improbable et inconcevable qu'elles aient pu être annoncées par de simples moriels ^ ou qu'elles aient été plus tard constituées en système religieux.
Il est aussi évident qu'il y a plusieurs prophéties applicables à Jésus, et auxquelles aucune allusion n'est faite dans l'histoire de sa vie. L'es-^
'Ii8 CHRIST. eu. XIV.
prit de ses disc iples fnt longtemps prévenu contre lui à cause de la bassesse de sa condition ^ préjuge très général parmi les Juifs. — Ils ne virent les prophéties qu'à travers le \ oile de ces traditions (pii agrandissaient la puissance terrestre à laquelle ils s'atlendaient, et qui avaient obscurci la nature divine du Messie promis. — Ce ne fui qu'après la résurrection de Christ , nous dit l'Écriture , que leur entendement fut ouvert pour comprendre les prophéties. — Mais tandis que raccomplissement de beaucoup de ces prédictions n'est pas remarqué dans le Nouveau Testament 5 l'accomplissement de toutes et de chacune est écrit comme par une plume de fer 5 dans la vie ^ la doctrine et la mort du Sauveur, et cette preuve secondaire, indirectement mais pleinement donnée, est plus forte que ne serait un appel fait à chaque prophétie : af- Ixanchis des préjugés des Juifs, nous pouvons maintenant rassembler toutes les prophéties antérieures qui se rapportent au Messie , et les comparer avec l'histoire du Nouveau Testament, et avec la nature et la marche du christianisme; et après avoir vu jusqu'à quel point les premières sont une représentation fidèle du dernier, nous pourrons tirer la conclusion légitime, que « l'esprit de prophétie est en effet le témoignage de Jésus ».
Après avoir repassé le tout ensemble, ne pouvons-nous pas affirmer avec hardiesse que l'époque et le lieu de la naissance de Christ, la tribu et la famille dont il sortait, son genre de vie, son caractère, ses miracles, ses souffrances et sa mort^ la nature de sa doctrine et le sort de sa religion , avaient été depuis longtemps révélés ; que cette doctrine devait prendre naissance à Jérusalem , que4es Juifs la rejeteraient, que dès son origine
en. XIV. BELIGÏON CHRÉTIENNE. 349
on la combattrait, et qu'elle s'étendrait jusqu'aux Gentils; que l'idolâtrie disparaîtrait devant elle, que les rois de la terre se soumettraient à son autorité, qu'elle se répandrait parmi toute les nations, même jusqu'aux extrémités du monde : toutes ces choses n'ont-elles pas été l'objet des anciennes prophéties?
Pourquoi donc toutes ces prophéties? — Pourquoi , depuis l'appel fait à Abraham jusqu'à nos jours , les Juifs ont-ils été un peuple à part, séparé d'avec toutes les autres nations de la terre ? Pourquoi , depuis le temps de Moïse jusqu'à celui de Malachie, pendant un espace de mille ans , a-t-on vu s'élever une race de prophètes qui tous témoignèrent de la venue d'un Sauveur? Pourquoi le livre des prophéties fut-il scellé 400 ans avant la naissance du Christ? Pourquoi y a-t-il encore jusqu'à ce jour une évi dence incontestable, sinon miraculeuse, de l'antiquité de toutes ces prophéties, en ce qu'elles ont été religieusement conservées pendant tous ces siècles par les soins mêmes des ennemis du christianisme? Pourquoi une telle multitude de faits, qui ne peuvent être appliqués qu'à Jésus- Christ, ont-ils été prédits? Pourquoi? — afin que ces immenses préparatifs pussent amener enfin l'Evangile de salut, et aussi pour que, comme toutes les autres œuvres du Tout-Puissant, sa parole par Jésus-Christ ne fut jamais sans témoignage au milieu des hommes.
Ah! si, par le rapide coup d'œil que nous venons de jeter sur elles , ces prophéties rendent témoignage à la vérité de l'Evangile et à la sagesse de son auteur , quelle force n'auraient elles pas pour celui qui sonderait avec soin les Ecritures, et qui apprendrait par là avec quelle clarté elles parlent de Jésus!
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