BABYLONE, CH. II
w soil foulée; le temps de sa moisson \ieiidra « bieniôt^\ » — «Je dcsséeherai sa mer, et Je fe- « rai tarir sa souree, et lîabylone sera réduite en « moneeaux, en demeure de draj^ons, en éton- « nement et en opprobre, sans que ])ersonne y « habite. Je les ferai échauffer dans leurs festins, « alin qu'ils dorment d'un sommeil perpétuel, et « qu'ils ne se réveillent plus. » — « Comment celle « qui était célèbre par toute la terre a-t-elle été « saisie? Comment Babylone a-t-elle été réduite « en désolation parmi les nations? La mer est « montée sur Babylone , elle a été couverte de la « multitude de ses flots ; ses villes ont été ré- « duites en désolation , en une terre sèche et de « landes , en un pays oîi personne ne demeure , et « oil il ne passe pas un tils d'homme. Je punirai « aussi Bel à Babylone, et je tirerai de sa bouche « ce qu'il avait englouti, et les nations n'aborde- « rontplus vers lui-même; la muraille de Baby- « loue est renversée. » — « Des nouvelles vien- « dront une année, et après cela d'autres nouvelles « une autre année , et la violence sera dans le « pays , et un dominateur succédera à un autre c< dominateur. C'est pourquoi voici, les jours vien- « nent que je punirai les images taillées de Baby- « lone ; tout son pays sera rendu honteux , et « tous ses blessés à mort tomberont au milieu « d'elle^^. )) — « J'enivrerai donc ses principaux et w ses sages , ses gouverneurs et ses magistrats , ^ et ses hommes forts ; ils dormiront d'un sommeil « perpétuel, et ils ne se réveilleront plus, dit le « roi dont le nom est l'Eternel des armées. Il n'y « aura aucune muraille de Babylone, quelque large « qu'elle soit , qui ne soit entièrement rasée , et «ses portes qui sont si hautes seront brûlées;
(43) Jérémie, LI, 25, 27, 33.— (44) îbid., 35, 37, 39, 41, 44,46, /j 7.
« ainsi les peuples auront travaillé pour néant , et « les nations pour le feu ^ et elles s'y seront lasce sees. » — c( Et sitôt que tu auras achevé de lire « ce livre ^ tu le lieras à une pierre ^ et tu le jette- « ras dans TEuphrate ^ et tu diras : Babylon^ « sera ainsi plongée; elle ne se relèvera point du « mal que je m'en vais faire venir sur elle^". »
Toutes ces prédictions sur les ennemis de Babylone, sur la frayeur de ses habitants, sur la manière dont la ville fut prise , et toutes les circonstances remarquables qui accompagnèrent ce siège, sont annoncées parles prophètes comme les faits nous ont été racontés depuis par les auteurs anciens.
« Hélamites, montez; Mèdes 5 asssiêgez^^! » — « L'Eternel a réveillé l'esprit des rois de Médie , c( car il a résolu de détruire Babylone. » Les rois de Médie et de Perse, poussés par unintérêt commun , formèrent une alliance contre Babylone , et confièrent le commandement de l'armée alliée à Cyrus ^% parent des deux princes, et plus tard possesseur des deux royaumes ; mais la prise de Babylone ne dut pas être l'œuvre de ces deux nations seules.
« Levez l'enseigne sur la terre ; sonnez de la « trompette parmi les nations, préparez les na- « tions contre elle , convoquez contre elle les « royaumes d'Ararat, de Minni, et d'Asckénaz. «^ Car voici, je m'en vais susciter et faire venir « contre Babylone une assemblée de grandes na- « tions du pays d'Aquilon. » Cyrus subjugua les Arméniens qui s'étaient révoltés contre les Mèdes; il épargna leur roi, les fit rentrer de nouveau sous le joug, plutôt par la douceur que par
(45) Jérémie, LI, 57, 58, 63, Qfr — (AG) Esoïe, XXI, 2. (47) Xénophon, Cyrop,, 1, I. p. 53; id., p. 12,
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la force, et incorpora leur armée dans la sienne**. 11 reçntlesHyrcaniens, <(ui avaient secoué le Joug des Chaldéens, au nombre des alliés et des confédérés des Mèdes et des Perses'^ H maîtrisa les forces réunies des Chaldéens et des Lydiens, prit Sardes , s'empara de Crésus et de tous ses trésors, lui épargna la vie lorsqu'il était déjà sur le bûcher, le rendit à sa famille et à sa maison, le reçut au nombre de ses conseillers et de ses amis , et prépara ainsi les Lydiens, jadis les alliés de Babylone, à «monter contre elle*^^. » Il renversa les Phrygiens et les Cappadociens , etréunitleursarmées à ses troupes victorieuses^*. Ainsi, par des alliances et des conquêtes successives, par une politique sage et modérée , par une grande générosité et par une habileté sans pareille, il changea dans l'espace de vingt ans en confédération contre le roi de Babylone une ligue que celui-ci avait formée contre les Mèdes et les Perses eux-mêmes. C'est ainsi que « l'enseigne fut levée parmi les nations contre Babylone; ainsi ^elles furent convoquées 5 assemblées contre elle , et même une assemblée de grandes nations de l'Aquilon. » C'est-à-dire, Ararat et Minni, ou la petite et grande Arménie, et Asckénazou laPhrygie, selon Bochart, «furentsuscitées contre Babylone. » Sans leur aide , et avant qu'elles fussent soumises à sa puissance , Cyrus avait essayé en vain de se rendre maître de Babylone , et même lorsqu'il eut « assemblé et préparé » toutes ces nations, sa conquête fut le résultat plutôt de la ruse que de la force.
«Ils prendront l'arc et l'étendard; ils seront « montés sur des chevaux. » Quax^ante mille cavaliers perses furent équipés par les nations que Cyrus avait subjuguées 5 et beaucoup de chevaux
(48) Xénophon, 1. III, p. 156. — (49) Ibid., IV, p. 215, 217. (50) Ibid., Ill, p. 408, 416. — (51) Ibid., IV, p. 427, 428.
furent aussi distribués parmi les alliés. Cyrus monta contre Babylone avec une grande multitude de chevaux , et avec une grande multitude d'archers 5 c( de gens qui tendaient Tare et la javeline "^ . » A peine Cyrus fut -il arrivé devant Babylone avec les nations qu'il avait rassemblées que, dans l'espoir de trouver quelque endroit accessible, ilfit le tour de ses murailles, accompagné de ses principaux officiers et de ses amis , et les examina de tous les côtés , ayant déjà à cet effet placé son armée «tout autour» delaville^^ «Rangez- vous « en bataille contre Babylone , mettez-vous tous à « Tentour d'elle. » Déçu dans son attente, ne trouvant pas dans toute la circonférence des murailles un seul point attaquable, voyant qu'il lui était impossible de se rendre maître de ces murs si élevés et si forts , et craignant que son armée ne fut trop exposée aux attaques des Babyloniens sur une ligne aussi étendue, Cyrus, debout au milieu de son armée, commanda aux corps pesamment armés de se diriger en sens opposé des extrémités au centre. La cavalerie et l'infanterie légère s'avancèrent en première ligne; la phalange étant ainsi doublée et resserrée , les troupes les plus braves occupèrent l'avant et l'arrièregarde, et les troupes inférieures se trouvèrent au centre de l'armée^*. Cette disposition de l'armée , selon Xénophon, lui-même général fort habile, était admirablement calculée pour combattre et pour empêcher la fuite. Mais le chrétien voit encore ici l'accomplissement d'une prophétie ; car lorsque l'armée , quoique formée de tant de nations , se tenait ainsi autour de la ville en bon ordre, et non comme une masse indisciplinée, « ces nations se rangeaient en bataille contre
(52) Xénophon, p. 428, 429. — (53) WM,, IV, p. 429. (54) Ibid., p. 430.
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elle. » — «Chacune cVelle raiifjoailses lioniines de « giienc contre Bal>yIone. »
On creusa une tranchée tout autour de la ville, on éleva des tours, on partagea Tannée en douze corps, qui devaient être successivement, et pendant un mois chacun, de garde autour de la ville : ce fut ainsi que, sans s'en douter lui-même, Cyrus accomplit le commandement de l'Eternel des armées: «Que personne n'échappe. »
« Les hommes vaillants de Babylone ont cessé « de combattre, ils se sont tenus dans leurs forte- « resses; leur force a manqué, et ils sont deve- « nus comme des femmes. » Babylone avait été le marteau de toute la terre , elle avait brisé les nations et détruit les royaumes; ses hommes de guerre avaient porté la terreur de son nom jusqu'aux contrées les plus lointaines; mais « l'alarme fut au pays, » comme l'avait prédit la parole de Dieu, lorsque les habitants de Babylone virent toutes ces nations étrangères se ranger contre elle. Ce fut de cette frayeur même , si clairement annoncée , que se plaignirent ses ennemis qui essayèrent en vain de les provoquer au combat. Cyrus défia même leur monarque en combat singulier , mais également sans succès; «car les mains du roi de «Babylone étaient devenues lâches. » Le prince et son peuple avaient perdu courage, et personne ne fit un effort pour délivrer son pays , ou pour chasser les assaillants loin des murailles. On ne fit aucune sortie contre rennemî, on n'essaya point de le couper, même lorsque la vaste étendue de sa ligne offrait pour cela la plus grande facilité. Toutes les portes restèrent fermées, et chacun se tint «dans sa forteresse.» Ne parvenant donc point à réveiller leur courage ou à les décider à combattre en rase campagne , se voyant également dans l'impossibilité de dé-
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molir la moindre partie de leurs fortes murailles, ou de forcer leurs portes d'airain, Cyrus se persuada que plus leur nombre était considérable , plus il lui serait facile de les réduire par la famine et de les forcer à se rendre par ce moyen , puisqu'ils ne voulaient pas en venir aux armes. Ce fut là pendant deux ans son seul espoir de succès; mais Babylone 5 si long temps « marteau du monde,» se laissa tranquillement assiéger. Elle possédait des champs fertiles et un abondant approvisionnement pour vingt ans ; ainsi renfermée dans ses inexpugnables murailles, elle défiait toute la puissance de Cyrus. Rien ne put d'ailleurs diminuer la méchanceté et la fausse sécurité de ses habitants; ils vivaient dans la débauche, abandon nés au plaisir, mais ils ne retrouvèrent plus leur force; et Babylone la grande ne fit pas un seul effort pour se délivrer de son ennemi, ou pour reconquérir sa liberté.
Après avoir perdu beaucoup de temps, et la prise de la ville n'étant pas plus avancée que le premier jour, Cyrus se trouva dans un grand embarras; il était dans une position en effet fort diffi cile, quand on lui proposa de détourner le cours de l'Euphrate ; expédient extraordinaire qu'il adopta avec joie. Mais ce travail était loin d'être facile : le fleuve était large d'un quart de mille et profond de 1 2 pieds ; et selon quelques-uns de ses officiers la ville était encore plus forte par sa rivière que par ses murailles. On fit à la hâte de grands préparatifs pour exécuter ce projet à l'insu des Babyloniens , et la grande tranchée faite ostensiblement pour en former le blocus fut creusée tout autour des murs afin d'y faire couler les eaux de l'Euphrate, dont le lit servirait ensuite de chemin pour arriver dans le centre de la ville qu'il traversait. « Mais, dit Hérodote , si les assiégés avaient eu la moindre
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idee du dessein de Cyrus, ou s'ils s'en élaiiîiit aperçus avant l'exécMition, ils auraient pu s'en servir eux-mêmes pour détruire toute son armée; ils n'auraient eu qu'à fermer les petites |)oites qui eonduisaient vers le (leuve, et garnir de trou[)es les quais, et les Perses auraient été pris dans un fdet hors duquel il leur aurait été impossible d'échapper ^^ » Cyrus se tint autant que possible sur ses gardes contre une pareille catastrophe, et il choisit pour l'exécution de son projet l'époque d'une grande fête annuelle des Babyloniens, pendant laquelle selon leur coutume « ils s'abandonnaient à la débauche toute la nuit. » Tandis que les habitants se livraient ainsià la danse età la joie, la rivière fut subitement détournée; elle remplit le lac, les tranchées et le canal; et dès que le lit du fleuve se trouva à sec , les troupes perses, infanterie et cavalerie, profitèrent du chemin qu'il leur ouvrit pour pénétrer avec leurs alliés dans la ville ^^ « Ainsi ditrÉternel,qui dit à l'abîme: Sois « desséché; je tarirai tes fleuves.^ »
On porta un détachement de troupes à l'entrée du fleuve dans la ville et un autre à sa sortie'^^ et « courrier vint sur courrier, et messager sur mes- « sager pour annoncer au roi de Babylone que sa « ville est prise par un bout, et que ses gués sont « surpris. » La ville fu tprise, ditHérodote, « par surprise, et son étendue était telle que les habitants eux-mêmes assurent que ceux qui demeuraient dans les faubourgs furent faits prisonniers avant que le moindre bruit arrivât au centre de la ville^S) où était le palais du roi : pas une seule des portes de la ville ne fut ouverte, on ne démolit pas une seule pierre. Mais «je t'ai tendu des filets et aussi « tu as été prise, ô Babylone ! et tu n'en savais
(55) Ilérod., 1. I, ch. csci. — (56) Ibid. — Xénop., Cyrop, VII, p. 434, 437. — (57) Hérod., I, ch. cxci. ^ (58) Ibid.
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«rien; tu as été trouvée et même surprise parce- « que tu t'en es prise à l'Eternel. Comment celle «qui était célèbre par toute la terre a t-elle été « saisie? car tu t'es confiée en ta malice. Ta sagesse « et ta science est celle qui t'a séduite ; c'est pour- « quoi le mal viendra sur toi , et tu ne sauras « point quand il sera près d'arriver ; et le mal- « heur qui tombera sur toi sera tel que tu ne le « pourras point détourner ; il n'y a personne qui « te délivre. »
« Je les ferai échauffer dans leurs festins , et je « les enivrerai afin qu'ils se réjouissent , et qu'ils « dorment d'un sommeil perpétuel , et qu'ils ne se « réveillent plus, dit l'Eternel. Je les ferai des- « cendre comme des agneaux k la tuerie , etc. etc. « J'enverrai donc ses principaux et ses sages , « ses gouverneurs et ses magistrats , et ses « hommes forts ; ils dormiront d'un sommeil per- « pétuel. » A mesure que la nuit s'avançait, Cyrus encourageait ses troupes à pénétrer dans la ville, parceque , dans cette nuit de débauche, beaucoup de gens devaient sommeiller , d'autres devaient être ivres , et la confusion devait être générale. Après avoir traversé la ville sans obstacle, les Perses, tout en massacrant quelques personnes, et en mettant d'autres en fuite , arrivèrent au palais , avant qu'aucun messager y fût parvenu pour annoncer au roi la prise de sa capitale. Les portes du palais , fortifiées avec soin , étaient fermées ; les gardes bivouaquaient autour d'un grand feu lorsque les Perses fondirent sur eux ; des cris élevés , mais non plus des cris joyeux , parvinrent auxoreillesduprince, et unelueur vive vint éblouir ses yeux et lui annoncer une œuvre de destruction dont il ignorait encore la cause. Ce fut donc le roi lui-même, qui, sans se douter de la présence de rennemî, se réveilla le premier de sa léthargie 3,