‹ Les prophéties modernes vengées, ou Défense de la concordance de toutes les prophétiesChapitre 33 sur 49 · MO · texte numérisé non relu

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Et la voix faite aux limbes ? La voix frémissant par les manches? Ne rappellent-elles pas l'évocation des âraes des morts et les conversations avec les défunts, renouvelées de nos jours par les spirites ?

Que veut dire la flamme exiguë^ la flambe de feu^ V exiguë flamme ?

On ne saurait l'entendre des « bons anges, messagers de feu, entïarame missive » : l'ensemble des textes s'y oppose formellement. Cette « certaine puissance et volontaire faculté qui venait par certains personnages, commeflambe de feu apparaît », ne peut pasévidemraent signifier les anges.

On serait tenté -de rapprocher tout ce passage de l'enseignement donné par M. le docteur anglais Passavant (Londres, 1852) curies phénomènes du magnétisme transcendental.

a Cette 'force occulte *, dit-il, qui est la vision, ou a plutôt le principe de la vision chez les voyants (du a magnétisme), peut s'appeler vision solaire \ car le « voyant éclaire et pénètre son objet avec la lumière « organique qui lui est propre^ c'est-à-dire avec son éther a nerveux ou son fluide, qui .devient l'instrument de <c son esprit. Et dans des circonstances données, cette « lumière se rend visible 2. » Les adeptes appellent « encore cette lumière astrale et spectrale.

1. Nostradamus parle souvent de cause occulte, de vertu occulte, par laquelle l'esprit humain éclairé voit l'avenir. (Lettre à César.)

2. Voir La Magie au 19® siècle par M. Gpugenot des Mousseaux, 1871, p. 350. L'auteur prouve que le magnétisme et le spiritisme ne sont que des formes nouvelles de l'ancienne magie, et il démontre que ce fluide, cette lumière, n'est autre chose qu'un mauvais esprit ou bien l'agent, l'instrument dont il se sert.

Y aurait-il une grande différence entre cette lumière organique qui est propre au magnétisé et qui quelquefois se rend visible, et cette ceTiàine puissance et volontaire faculté de certains personnages venant par eux comme flambe de feu apparaît^

£st-i( possible d'admettre que le Dieu de toute sainteté ait voulu communiquer ses lumières par ces procédés delà magie, ou qu'il ait consenti à y mêler, ou à donner quand même, ses divines inspirations?

lil. La forme sous laquelle Noslradamus a mis ses prédictions est indigne de la majesté divine. Dieu n'a pas pu « révéler l'avenir sous une enveloppe si ténébreuse et si impénétrable, dans un langage qui n'est d'aucun peuple , puisqu'il emploie des mots de toutes les langues, avec la forme puérile et grotesque dulogogriphe, du calembour, de l'anagramme et des jeux de mots » : ce n'est point ainsi qu'un prophète inspiré et envoyé de Dieu aurait parlé aux hommes.

Les adeptes de l'astrologue répondent : que le prophète Daniel a joué sur les mots dans le jugement des vieillards accusateurs de Suzanne ; que Notre-Seigneur lui-même l'a fait aussi en disant : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise )>;que les contemporains de Nostradamus employaient cette sorte de langage hybride et mêlaient les mots de plusieurs langues.

Quelle qu'ait été leur culture intellectuelle, l'Esprit saintj pour l'honneur de sa majesté divine, ne pouvait pas permettre que les écrivains sacrés se servissent d'un autre langage que celui des hommes graves et raisonnables de leur temps. En réalité, les prophètes canoniques n'en ont point employé d'autres. Quand ils se sont

permis quelques jeux de mots , ils Tont fait, comme le font les hommes sérieux de tous les pays, fort rarement, d'une manière très-compréhensible, pour apporter du relief à leur pensée et frapper l'attention. On en compterait tout au plus une vingtaine dans les. saintes Ecritures répartis en 72 livres, entre une quarantaine d'auteurs différents, et dans une durée d'environ 2,000 années. Il n'y a certai4iement.pas abus.

Les érudits se sont donnés quelquefois entre eux, plus ou moins selon le goût de leur siècle, la licence de mêler dans leurs phrases des mots de plusieurs langues savantes Parmi eux, les gens sensés ne parlent point de la sorte quand ils s'adressent à tout le monde.

Mais jamais, en aucun temps et chez aucun peuple, on ' ne regarderait comme employant un langage raisonnable et comme étant un homme ipaisonnable , celui qui aurait composé un discours ou un livre en majeure partie avec des mots de langues différentes, avec des calembours, des anagrammes et des jeux de mots. C'est le cas de Nostradamus : il est le seul de son espèce en son siècle et dans Thistoire du monde. Son langage , qui n'est ni raisonnable, ni d'un homme raisonnable, ne peut donc pas être l'instrument d'une révélation divine et encore moins être inspiré par le Saint- Esprit.

On insiste : Cette forme était nécessaire pour voiler la pensée du prophète qui avait une sérieuse raison de lacacher: cil était absolument nécessaire, pour le repos « public et la liberté de tous, qu'une prophétie limitant « les lieux, temps et le terme préflx » des événements et

nommant bien des personnes par leur nom propre , fût un livre scellé comme TÂpocalypse ^

Ceci ne répond à rien et fait de nouvelles difficultés.

D*abord, quoique l'Apocalypse soit un livre scellé et presque incompréhensible , le langage en est toujours digne de Dieu par sa gravité, sa noblesse, sa sublimité. Us mots, les phrases, les idées mêmes sont trës-comprëhensibles ; on sait ce que veut dire le prophète ; la difficulté commence seulement quand il s'agit de déterminer à quels faits s'appliquent ou .s'appliqueront les paroles inspirées. La parité en ce point, comme en bien d'autres^ n'existe donc pas entre Nostradamus et saint Jean.

Ensuite, ou bien Nostradamus a prophétisé uniquement pour son époque: alors, selon Thypothèse, étant un prophète inspiré de Dieu et ayant mission d'éclairer l'Eglise <, il ne devait pas plus craindre « de troubler le repos public et d'entraver la liberté » que les prophètes sacrés. Il était nécessaire qu'il Ht ce que Isaïe, Jérémie et tous les autres ont fait, qu'il annonçât clairement l'avenir aux rois, aux grands et aux peuples, sans crainte comme sans dissimulation. Agir autrement, c'était mentir à sa mission, résister à l'Esprit de Dieu.

Ou bien ses prophéties ne portent que sur notre siècle. Dans ce cas, pour l'époque de Nostradamus, la nécessité d'être obscur se comprend encore moins. Car princes et sujets ne se seraient guère tourmentés d'événements très-clairement prédits, mais qui ne se réaliseraient que

l Lettre du grand prophète : Mac-Mahon et Napoléon IV. 1873, yarM.Tomé.

dans trois cents ans; et de telles prédictions ne devaient pas vraiment gêner beaucoup la liberté de ceux qui les auraient entendues.

Quant aux temps actuels, s'il y a réellement lieu de craindre que ces prophéties, qui « limitent les lieux, le temps, le terme préflx des événements, et nomment les personnes par leur nom , troublent le repos public et entravent la liberté », c'est à MM. les interprètes de Nostradanvus, et en particulier à celui qui a trouvé cette belle raison, de cesser tout à fait leurs travaux, puisque sans eux nous ne verrions dans'l'astrologue ni faits, ni lieux, ni temps, ni terme préfix de quoi que ce soit.

Ou bien enfin, comme Nostradamus le dit lui-même, il a voulu prophétiser à partir de son époque jusqu'à la nôtre et au delà. Alors c'aurait été pour lui une situation analogue à celle de saint Jean : il faisait une Apocalypse nouvelle. Mais rien ne l'obligeait de prendre exprès une forme ridicule pour que l'avenir fût caché. Même avec un langage clair et convenable, l'étendue de la prophétie , le lointain des événements , auraient nécei^sairement formé une obscurité suffisante pour que, en aucun siècle, ni le repos public, ni la liberté ne fussent troublés ou entravés. Si l'Esprit saint avait été véritablement l'illuminateur de Nostradamus, ce Dieu de majesté lui aurait fait prendre, comme au voyant de Pathmos, cette forme sérieuse et digne, parce qu'il devait prévoir que l'enveloppe bouffonne et absurde dans laquelle son prophète enfermait ses visions, rendrait sa mission et son iuspiration plus que douteuses et, pour tous les âges, inutiles à TEgliâe.

Enfin, est-ce que la prophétie peut jamais entraver la

— dis —

liberté ? Ne restons-nous pas toujours libres , après qu'elle nous a été révélée, comme avant, de faire ce qu'il nous plaît ? La prédiction si claire d'Agabus a-t-elle « entravé la liberté » de saint Paul,? La prophétie est donnée pour aider la liberté, et pour cela il est nécessaire qu'elle soit suffisamment compréhensible.

Le motif réel de cette obscurité calculée, Nostradamus le donne, et il n'est pas à son honneur. C'est pourquoi ses admirateurs le cachent et en inventent d'autres.

11 avait peur, dit-il piteusement, « de l'injure, de la a calomnie des méchants, de la censure qui troublait a son repos nocturne, de donner cause aux calomnia- « teurs de le mordre ». Il réclame contre eux la protection du roi. C'est-à-dire qu'il redoutait les rudes critiques et les moqueries de ses confrères en astrologie, qui n'auraient pas manqué, s'il avait parlé clairement, de l'attaquer à l'occasion de dates aventurées et de fausses prophéties. Il voulait éviter ce que déjà il avait plus d'une fois expérimenté. Aussi, en homme habile, s'est-il efforcé de donner à ses prédictions une tournure obscure et ambiguë, afin qu'on ne pût jpoint pendant sa vie lui en reprocher la fausseté.

On ne reconnaît pas là le vrai prophète, Thomme qui a reçu l'inspiration divine., qui a la certitude de cette inspiration, et qui ne craint pas « qu'aucune de ses paroles ne tombe à terre * » .

Malheureusement pour sa réputation posthume, Nostradamus n'a pas craint de se lancer dans les prjédictions nettes et précises à dates séculaires. C'est seule-

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