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LE DROIT AU VICE

Celui-là paraît avoir été inscrit, depuis quelques années, au nombre des droits de l'homme et de la femme. De la femme surtout.

Mais, comme on est en général vicieux à deux, il y a coup double dans le résultat.

L'Académie de médecine, quoiqu'elle ne fasse pas de morale, a dû s'occuper de cette situation, parce qu'elle fait de rh3'giéne.

Et ce n'est pas le cas, ici, d'invoquer le refrain que Milly-Meyer a popularisé :

'J64 Les Propos d'un Boulevardier.

Ugène, Ugèue, Tu mïais languir ; Où y a dThygiène, Y a pas dplaisii".

Ugèue languira, s'il le faut ; il y aura moins de i^laisir, c'est possible; mais il est absolument nécessaire que l'autorité se décide à intervenir, car le fléau chanté jadis en vers par Barthélemj^ et importé par Christophe Colomb est en train d'exercer des ravages effro3^ables.

M. le docteur Fournier, qui a une compétence spéciale, on peut même dire spécialiste, en la matière, a donné un exposé aussi terrible que lumineux des périls que l'incurie actuelle fait courir à la santé des générations nouvelles.

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La source principale du mal est dans le développement toujours croissant de la prostitution insoumise.

On dirait que la devise du jour (et de la nuit) est : La prostitution libre dans l'État libre.

M. le docteur Fournier constate avec précision les progrès faits par la provocation publique dans toutes ses formes.

«Certes, dit-il, elle a existé et existera de tout temps; mais il faudrait fermer les yeux à l'évidence pour ne pas reconnaître qu'elle a pris, de nos jours, un développement supérieur à tout ce qui a existé jusqu'alors. Il faut ajouter qu'elle s'est multipliée sous les masques les plus divers et sous

^*o'o' Les Propos d'un Boulevardier.

des formes daulant plus grossières qu'elles sont honnèles d'apparence. ->

Pour peu que vous désiriez contrôler l'affirmation, allez-vous-en aux Champs-Elysées, à l'avenue de TObservatoire, dans les squares, — partout, parbleu! — et vous verrez avec quelle impudence les rouleuses de toute sorte pratiquent le recrutement.

Tout cela est de l'irrégulier qui ne passe pas par la Préfecture et qui échappe, par conséquent, à tout contrôle médical.

Résultat : la disparition de presque toutes les maisons spéciales, là dépopulation de celles qui subsistent.

On ne trouve plus de personnel qui veuille se soumettre aux règles officielles du métier.

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Encore la voie publique n'est-elle pas la principale coupaijle.

Les brasseries à dames, voilà, d'après M. le docteur Fournier et d'après la vérité aussi, le grand fo^'er de corruption physique et morale.

Là, — ce qui rend la chose plus redoutable encore. — on opère sur la jeunesse, voire même sur lenfance.

C'est une fabrique permanente dé gâteux prématurés, de putréfiés précoces.

Pas lombre de surveillance.

Les choses sont poussées à un tel point qu'on s'en va débaucher et embaucher des collégiens à la porte même de leur collège.

Parfaitement. Les jours de sortie, il n'est

pas rare de voir distribuer devant un lycée des prospectus célébrant les douceurs de ces rendez-vous de triste compagnie.

Comment voulez-vous qu'ensuite il n'y ait pas dévastation générale dans un paj^s où l'on dit : « Laissez venir à elles les petits enfants ? »

D"autre part, cette même prostitution clandestine s'exerce, au détriment de l'armée, chez les mastroquets interlopes.

Il n'y a pas que la brasserie à femmes ; il 3' a le cabaret aussi. Le dernier mot de l'ignoble, sous touiles rapports.

C'est là que le brave troupier réalise la traditionnelle union de Mars et de Vénus, — en y ajoutant Mercure.

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Les effroyables et périlleuses drùlesses qui opèrent sans contrôle dans ces repaires infects font des milliers de victimes tous les ans.

Et la police regarde! Et la police se croise les bras !

C'est monstrueux.

Mais il faut le dire aussi afin détablir équitablement les responsabilités, la police n'est pas maîtresse de faire autrement.

Chaque fois qu'elb est intervenue avec quelque énergie, il y a eu des vociférations et des grincements de dents.

On lui a reproché sa brutalité. On lui a reproché son ar])i traire.

Les délinquantes qu'elle empoignait poussaient des cris farouches, ameutant non seulement les alphonses, mais aussi les gogos trop sensibles.

270 Les Propos d'an Boulevardier.

Comment voulez-vous qu'on en sorte ?

C'est cet énervement de la police qu'on retrouve au fond de tous les abus. Nous périrons par là, si nous n'y prenons garde.

Il ne manque pas dames sentimentales pour demander que la police n'ait plus aucun droit à exercer sur la prostitution.

Ce serait un commerce comme un autre!

Et vive le beau sexe !

Que ceux qui partagent cette manière de voir aillent demander au docteur Fournier quelques renseignements statistiques. Peut-être finiront-ils par comprendre qu'il estcriminel de laisser tomber ainsi la France en pourriture, et que la police est aussi nécessaire contre le vice que le bistouri contre la gangrène.

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