FEU LES CHAMPS-ELYSÉES
Pendant longtemps, la devise fut, de l'autre côté des Alpes : L Italie a.ux Italiens.
Faudra-il donc que nous exercions des revendications insurrectionnelles au nom de ce principe : Paris aux Parisiens ?
Ce n'est pas même en faveur des Parisiens que je réclame exclusivement. C'est au nom de ceux qui vivent dans notre capitale hospitalière ou qui la traversent. Nou§ avions une promenade appelée les
72 Les propos cVun Boulcvardie)*.
Champs-Elysées. Je dis : « Nous avions, » vu que bientôt il n'en restera plus rien, du train dont vont les choses. C'est un travail lent, mais sûr, d'invasion et d'expropriation.
On commença, il y a bien longtemps de cela, par bâtir quelques cafés, un cirque et un panorama. A la rigueur, c'était admissible.
Second empiétement : on se mit à édifier cette ignoble baraque qu'on appelle le Palais de l'Industrie. L'affreuse bâtisse ! En manière d'ampoule. On croit toujours qu'elle va crever ; le malheur, c'est qu'elle ne crè« vera jamais.
Du coup, un bon quart des Champs-Elysées se trouvait encombré par ces plâtras et ces vitrages.
Si, du moins, on s'en était tenu là!
Feu les Champs-Elysées.
Mais, depuis lors, sous n'importe quel prétexte, tous les ans on signale une nouvelle usurpation dans le domaine du public.
Les cafés-concerts se sont démesurément agrandis et embastionnés de verdure. Les restaurants étendent chaque jour plus loin leurs gueuletonnages, qui barrent le chemin aux promeneurs.
Le Jardin de Paris prend un coin. Un second panorama (pourquoi faire^ ô mon Dieu ?) en a pris un autre.
Les chalets de nécessité sont venus à la rescousse. Puis les bureaux d'omnibus, les buvettes, les baraques. Est-ce que je sais !
L'autorité incohérente estima que ce n'é-
tait pas encore assez. Elle apporta des détritus malpropres d'un vieux pavillon en ferraille.
Ces détritus prirent la place d'un charmant jardinet, solitaire et pittoresque, qui se trouvait là près du quai, ayant échappé comme par miracle.
Et depuis lors, ce pavillon sinistre est devenu le centre d'un tas de petites expositions spécialistes qui se succèdent avec une désolante régularité.
Le Cours-la-Reine est aboli.
Vous n'imaginez pas quelles drôles d'exhibitions s'installent là-bas, avec la permission de la Préfecture.
Est-ce que cela ne finira pas, ces mystifications ? Un de ces jours, il ne restera plus, des Champs-Elysées, qu'une sorte de corridor dans lequel on ne pourra pas marcher deux de front.
Feu les Gnamps-Ehjsèes. 75
Protestons, vociférons, faisons des pieds et des mains. Il s'agit de sauver les restes de notre promenade populaire.
Quant à ce qui se passe à l'intérieur du Palais de l'Industrie déjà nommé, c'est encore un sujet d'ébahissement.
Chaque année, l'expositionomanie trouve moyen d'3' faire reparaître, sous des noms divers, les mêmes vitrines, les mêmes vendeuses, les mêmes produits.
Nous sommes si gogos qu'on gagne, à ce que je me suis laissé compter, des centaines de mille francs à ces rabâchages.
Une année, c'est \ Exposition des Travailleui's. L'année suivante, Y Exposition des Laborieux. Ensuite, YExposition des
Arts iridiistriels.CiQS Arts 2:)ratiques, des Ans modernistes^ des Arts universels.
On trouve toujours de nouvelles épithètes. Malheureusement il n'y a jamais que cela de nouveau.
Et personne ne s'étonne de ces récidivismes mystificateurs. Et l'on apporte ses pièces de vingt sous avec une sérénité que rien ne décourage.
Paris est décidément la terre bénie de la reni?aine.