SA STUPIDITE H MODE
SA STITIDITK LA MODK
Nous n'avons plus d'Aristote, ce qui n'empêche pas le chapitre des chapeaux de rester une actualité palpitante. Tellement palpitante, qu'on bataille autour de cette question comme s'il s'agissait d'une crise ministérielle.
Je ne crois pas qu'il puisse y avoir deux opinions sur le compte des coiffures hideuses, absurdes, — disons tout d'un mot, Eiffelesqzœs.— dont les femmes croient devoir se surmonter depuis un certain temps. Ce n'est pas comme le chapeau de l'Auvergnat.
iH Les Propos d'un Bouleva relier.
Ça tient de la place, et c'est abominable par surcroît.
Forcera-t-on les femmes à se décoiffer au théâtre? Le sens commun le voudrait. Surtout aujourdhui que le sexe faible revendique toujours l'égalité devant les lois. Or, quelles clameurs pousserait-il, le sexe faible, si nous nous avisions de garder, une fois le rideau levé, nos chapeaux sur la tête dans les salles de spectacle ! Nos « haut de forme » pourtant sont infiniment moins gênants que les pains de sucre de nos élégantes.
Et puisque l'occasion s'en présente, passant du particulier au général, je vous demanderai la permission, mesdames, de vous dire franchement et résolument un tas de choses que j'ai depuis longtemps sur le cœur.
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X'3' voyez qu'une preuve du très vif intérêt que je vous porte. Qui aime bien critique bien, et je suis prêt à vous prouver^ mesdames, à quel point je vous aime.
Ce chapitre des chapeaux n'est qu'un détail dans un déplorable ensemble.
Je vous le dis tout net : les modes actuelles attestent une décadenc^ navrante dans le goût national. Et si vous n'y prenez garde, la France aura bientôt perdu une des dernières suprématies qui lui restaient.
Que dis-je ? Elle est presque perdue déjà. Vous qui imposiez vos élégances fantaisistes à toute l'Europe, vous voilà à la remorque des Anglaises. Des Anglaises qui, si le
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laid n'existait pas. l'auraient certainement inventé.
Car il n'y a pas à vous le dissimuler, vous pastichez maintenant les ladies aux grands pieds et les misses aux grandes dents. Vous que toute la gentry d'outre- Manche copiait servilement, vous vous faites copistes à votre tour, et copistes de quoi, mon Dieu !
De ces accoutrements disgracieux qui font qu'à Londres on se demande souvent si c'est une femme ou un homme qu'on a devant soi.
Vous vous masculinisez à l'instar des hermaphrodites hritanniques, qui s'en vont par les rues, jouant des coudes et secouant leur parapluie fermé, comme un hâtonniste qui prépare un moulinet.
A Londres vous avez pris ces cols-carcans, faits tout entiers d'étoffe, qui vous
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serrent le cou en vous immobilisant la tête, sans qu'un bout de linge ou de dentelle vienne égayer le voisinage de la figure et servir d'heureuse transition.
Ces colliers-là sont bons pour les cbiens, mesdames.
Vo3'ons ! ayez le courage et la franchise de vous planter devant une glace, d'oublier que vous avez obéi à un mot d'ordre. Et maintenant, regardez-vous.
N'accumulez vous pas, avec un cruel raffinement, tous les modes de déformation possibles dans votre mise actuelle?
Je vous parlais tout à l'heure de ces sinistres cols qui font penser au supplice de
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la cangue. Tournez-vuus maintenant et contemplez-vous par derrière. Des Parisiennes faisant concurrence aux Hottentotes !
Cela n'a plus rien d'humain, encore moins de féminin, cette tournure grotesque qui vous prolonge de telle façon que votre appendice tourne le coin d'une rue deux minutes après vous. Cet excédant de bagage vous donne la démarche de l'autruche, peu réputée pour sa grâce, même dans les livres des plus indulgents naturalistes.
Impossible, avec ces adjonctions-là, de mettre en pratique le Cherchez la femme. On ne la trouve plus.
On a affaire à un paquet de je ne sais quoi qui déconcerte l'observateur et qui désole l'artiste.
Si ce n'était qu'affreux encore ! Mais c'est ridicule ! On a une terrible envie de vous
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éclater de rire, je ne dirai pas au nez, mais du côté opposé.
Ah ! mesdames, mesdames...
Je n'ai pas fini.
Il faut que je vous dise encore pourquoi vous êtes en train de perdre le goût. C'est que vous avez pris la déplorable habitude de l'uniformité dans l'absurde.
La pluparjl d'entre vous s'en vont maintenant chercher, aux magasins de nouveautés, les défroques-omnibus que ces Belle- Jardinière pour dames confectionnent à la centaine.
Alors on rencontre à chaque coin de rue le même manteau, le même mantelet, la même jupe, tirés à des milliers d'exemplai-
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res, bâclés sur un banal patron, comme les tuniques et les capotes qu'on fait endosser aux Dumanet quand ils arrivent à la caserne.
Ces redites perpétuelles agacent notre regard abominablement. C'est toujours la même femme qui passe.
Autrefois, vous vous donniez la peine de trouver. Autrefois, chacune de vous savait adapter sa toilette à son type, à sa forme, à ses allures. Vous avez perdu ce souci délicat. Vous n'êtes plus que les épreuves d'une seule et même photographie.
Les grosses, les minces, les longues, les courtes s'habillent de la même façon. Il n'y a que la différence du format. Quelle hérésie !
Buffon a dit : « Le style, c'est lliomme même. »
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La toilette, ce doit être la femme même.
Il faut que, dans sa mise, on pressente son caractère.
Comment pourrait-il en être ainsi avec les uniformes que vous allez prendre dans les casernes de la nouveauté?
Cela devient horripilant, à la fin, cette singerie universelle.
Si l'une de vous se met du jais, voilà que le jais inonde vos cinq cent mille corsages.
Si l'une de vous arbore une aile d'oiseau à son chapeau, cinq cent mille ailes d'oiseaux se dressent vers le ciel.
Ah! quand donc l'abolira-t-on, la mode?
Ce serait l'idéal.
Plus de mot d'ordre. Plus de sottises obligatoires — et pas du tout gratuites.
L'initiative personnelle reprenant ses droits et permettant à la femme de goût d'affirmer ce qu'elle veut, au lieu d'être confondue dans le troupeau des brel3is do Panurge,
Et surtout quelle joie si vos toilettes pouvaient reconquérir leur nationalité, au lieu d'être cosmopolites à tort et à travers !
Il ne s'agit pas de chauvinisme, mais c'était une de nos gloires les plus inattaquables que celle-là.
Toujours la femme française avait excité l'envie et imposé l'admiration.
La plus petite ouvrière portant l'estampille de Paris faisait prime sur les marchés européens.
C'est fini»
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J'ai même vu — horreur 1 — sur la devanture d'une boutique, ces mots : Cotiturière anglaise.
Quelle humiliation !
Elles viennent chez nous se vanter de nous apporter la décadence et la disgrâce.
C'est un nouveau Waterloo.
Déjà les hommes avaient commencé, je ne le sais que trop, adonner le fatal exemple de l'anglomanie.
Mais les hommes, ça a le droit d'être vilain,d'être saugrenu, d'être déformé. Tandis que vous, mesdames, vous avez le devoir d'être plaisantes. charmeresses, distinguées.
Croyez-moi, vous êtes en train de courir après un tas de pouvoirs chimériques, et vous abdiquez votre vraie, votre seule puissance.
C'est un marché de dupes.
A BAS LES CBIEXS!