‹ Les propos de table de M. LutherChapitre 9 sur 62 · LE DIABLE, LES SORCIEBS, LES INCUBES, ETC · texte numérisé non relu

LE DIABLE, LES SORCIEBS, LES INCUBES, ETC

ble , et non pas Dieu , qui est l'auteur de toutes les calamités que nous éprouvons. Tout ce qui donne la mort, sous quelque nom qu'on l'appelle, est un insfrument dont le diable fait usage et qu'il emploie sans cesse contre le monde. Par contre, tout ce qui sert à la vio est un don, une^râce et un bienfait de Dieu. Il tue quelquefois, mais c'est pour donner la vie^ ainsi que le dit sainte Anne dans son cantique : « Le Seigneur tue et fait revivre»; mais lorsque rimpiélé et les péchés de tout genre prévalent partout, alors le diable est le bourreau du Seigneur. Dans les temps de peste, il soufDe sur une maison et il y répand la désolation.

Satan trouble et poursuit les hommes de toute manière : durant leur sommeil , il les vexe et les effraye avec des songes pénibles et des apparitions, et le corps tout entier est en sueur par suite de l'extrême anxiété du cœur. Il conduit parfois les gens endormis hors de leur lit et de leur chambre , dans des lieux élevés et dangereux ; et, si ce n'était à cause de l'assislance et de la protection des saints auges qui sont auprès d'eux , il les précipiterait en bas aûu de les tuer.

Le diable est non-seulement un habile docteur, mais encore plein d'expérience et d'habileté ; voici six mille ans qu'il est à l'œuvre, qu'il exerce son métier et qu'il déploie son savoir-faire. Personne ne l'emporte sur lui, si ce n'est Jésus-Christ. Il a aussi tenté d'employer son habileté vis-à-vis du Sauveur, puisqu'il lui dit, ainsi que le rapporte saint Matthieu (ch. iv, v. 9): « Si tu le prosternes devant moi, et si tu m'adores, je te donnerai tous les royaumes du monde. » Il ne disait plus, comme précédemment : U Es-tu le fils de Dieu?» mais il disait: « Je suis Dieu, tu es ma créature, car toutes les puis.sances et souverainetés du monde sont à moi, et j'en dispose ainsi que je l'entends; si tu veux m'adorer, je te les donnerai. » Jésus-Christ ne jml souffrir ce blasphème ; il appela le tentateur par son véritable nom , et il le Ch.'ts.sa : «Retire-toi, Satan. »

I'KOI'US UK TABLK UE HAKTIN LliUKR.

A Mühlbouig, dans le pays de ThiiriujJîe , non loin d’Erfurl , il y avait un iiiusieien qui allait jouer aux noces pour de l’arf^eiit : il se plaignit au ministre de sa paroisse d'Ctre tous les jours utta(iuo par le diable qui l’avait menacé dé l’enlever, parce qu’un jour il avait bu dans un grand verre où quelques gens avaient inélé , pa*’ espièglerie, du crotin de cheval avec du vin. Le ministre le consola , pria pour lui et l’instruisit, lui exposant beaucoup de passages de l’Écriture sainte qui sont diriges contre le diable. Le musicien fut tellement rassuré qu’il ne douta pins du salut de son àme et qu’il dit : « Le diable ne peut faire aucun mal à mon àme, mais il emportera mon corps. » Il reçut doue le suint sacrement du véritable corps et du sang de Jésus-Christ. Le diable lui annonça à l’avance quand il viendrait et l’emiHirturait. Alors on lui donna des gardiens pour veiller aVec lui dans cette crise I ils priaient avec lui et lisaient la parole de Dieu. Cela dura pendant quelques jours. Un samedi, à minuit, les gardiens étant à leur poste et quelques-uns se tenant auprès du musicien avec des lumières, il vint un grand ouragan qui éteignit toutes les lumières , et il enleva le musicien et le mena , en traversant des chambres qui étaient cependant fermées , jusqu'à une petite et étroite croisée d’où il tomba dans la rue. Et l’on entendit un grand bruit, un vacarme comme celui que feraient un grand nombre de gens armés de pied en cap qui combattraient ensemble. Et le musicien avait disparu , si bien que personne nb savait où il était. Le matin on le chercha de çà et de là , et on le trouva gisant les bras étendus , mort et noir comme du charbon , dans un |>etit ruisseau qui coule près de Mohlbourg. Cette histoire est très-certaine, dit le docteur Martin ; c’est ainsi que me l’a racontée Frédéric Mecum, pasteur à Gotha : et il la tenait de Jean Becken, qui était alors ministre à Mohlbuurg.

Le docteur Luther dit en 1543 : « Il y a vingt ou vingt-sept ans que vivait à Eisenach un musicien qui était aux prises avec diable ; Satan voulait l’enlever parce qu’il avait joué à la noce

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I K UIABU., I.ES soiiciicns, LES INCUBES, ETC. 4>1

it'une niarit'-o qui avait M promise à un autre homme que celui qu’elle épousa. Dans son angoisse, ce musicien s'adressa à Juste Menius et à plusieurs pasteurs, qui tous le consolèrent avec des scptences tirées de l’Écriture sainte, lui donnèrent le sacrement et l’absolution, veillèrent nuit et jour auprès de lui et scellèrent les fenêtres et les portes afin qu’il ne fût pas emporté. Enfin il dit : « Il ne peut faire aucun mal à mon ^inc , majs il emportera mon corps aujourd’hui à huit heures. » L’on redoubla de surveillance , mais le diable vint et il fracassa deux ou trois des carreaux du poêle et il enleva le musicien. Le matin on le chercha de tous côtés , et on le trouva, non loin de la ville, roide mort et accroché à un coudrier. »

Un noble, non loin de Torgau , alla un jour se promener, et il rencontra un homme auquel il demanda s’il voulait se mettre il son service , car il avait liesoin d'un serviteur. Celui-ci lui répondit qu'oui et qu’il le servirait. Le noble lui demanda comment il s’appelait, et l’homme réponditqu’en bohémien on l’appelait K. N. « Eh bien ! dit le noble , viens avec moi. » Et il le mena il ses écuries, et il lui montra les chevaux qu’il avait à soigner.

Ce noble était un homme sans pitié et adonné à la rapine. Il s’absenta un jour et il ordonna à son serviteur d’avoir grand soin d’un cheval auquel il était fort attaché. Dès qu’il se fut éloigné, le serviteur conduisit le cheval au sommet d’une tour élevée ; quand le noble revint, le cheval l’aperçut et le reconnut , et il se mit à hennir et étendre la tête. Le noble demanda ofi était son cheval, et le valet répondit qu’il avait agi de la sorte pour mieux accomplir les intentions de son maître. On ne put jamais faire repasser le cheval par où il était monté, et il fallut le descendre du haut de la tour par le moyen de cordes et de poulies. — Quelque temps après, ce noble ayant été fait prisonnier et étant retenu en prison , demanda à son valet s’il ne pouvait pas le secourir. Celui-ci lui répondit : « C’est en mon pouvoir; uÿaisfl’étends pas ainsi les bras devant toi, car je ne peux le

souffrir. » Il parlait ainsi parce que le noble avait étendu ses bras en forme de croix. Puis il le prit et l’emporta à travers les airs avec toutes ses chaînes et ses fers. Le noble épouvanté s’écria : « Bon Dieu , où suis-je? * Aussitôt le valet le laissa tomber dans une mare; il alla ensuite trouver la femme de ce gentilhomme et lui dit : •< Ton mari est en tel endroit, n Elle ne voulut pas d'abord y croire, mais il lui dit: «Eh bien! vas-y voir. » Elle y fut, et elle trouva son mari enfoncé dans le bourbier; elle le débarassa de scs liens et le ramena .'t son château.

.Satan essaya de faire périr notre prieur, il fit tomber sur lui un pan de mur; mais Dieu le préserva miraculeusement de ce danger.

Le diable fait courir certaines gens , durant leur sommeil , de côté et d’autre ; on dirait , à les voir agir, qu’ils veillent. Les papistes prétendaient , dans leur superstition , que ces géns-là n’avaient pas été bien baptisés , ou que le prêtre était ivre lorsqu’il leur admniistra ce sacrement.

Nous ne pouvons aujourd’hui chasser les démons avec certaines cérémonies et certaines paroles , comme le faisaient le.s prophètes, Jésus-Christ et les aj)ôtres. Nous devons prier, au nom de Jésus-Christ , pour que le Seigneur veuille bien , dans sa miséricorde, délivrer les possédés. Et si cette prière est faite avec foi, ainsi que l’assure Jésus-Christ ( Saint Jean, ch. xvi , v. 23 ), elle est si puissante et si efficace que le diable ne peut y résister, ainsi que je pourrais en rapporter des exemples. Mais nous ne pouvons nous-mêmes chasser les mauvais esprits, nous ne (louvons même l’entreprendre.

Le* homme* sont possédé* de deux manières, le» uns en

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corps, les autres en esprit, comme tous les impies. Quant aux furieux qu’il possède corporellement, il a , par la permission de Dieu, puissance-sur le corps qu’il agile et qu’il vexe , mais il ne peut rien sur rümc , qu’il est forcé d’épargner. Les impies qui persécutent la doctrine divine et qui traitent la vérité de mensonge , ceux-là sont malheureusement bien nombreux de nos jours , et ils sont en esprit possédés du diable; ils ne peuvent en être délivrés , mais ils demeurent ( c’est horrible à entendre ) ses prisonniers, comme, du temps de Jésus-Christ, Anne, Caïpbe et tous les Juifs impies que Jésus-Christ lui-méme ne pouvait délivrer du diable , et tel qu’est aujourd’hui le pape avec ses évêques , ses partisans , ses satellites et ses tyrans cruels.

Le diable peut être expulsé par les prières de l’Sglise entière, lorsque tous les chrétiens se mettent de concert à genoux et adressent à Dieu une oraison fervente , laquelle est si puissante qu’elle s’élève au-delà des nues et qu’elle est exaucée , ou bien celui qui veut expulser le diable doit être très-éclairé en esprit et avoir une ferme et constante résolution , et alors il est certain d’èlre entendu , ainsi qu’il est arrivé à Élic , Élisée , Pierre , Paul , etc.

Un moine était en voyage, et il rencontra un homme qui était bien armé et qui portait une arquebuse. Le moine fut bien con- i tenl d’avoir rencontré un compagnon de voyage , car la routo n’était pas sûre. Lorsqu’ils eurent fait une partie du chemin , le moine demanda àson compagnon s’ils fiaient dans la bonne voie, et celui-ci répondit: «Non. » Le moine, se voyant sur une route qui lui était tout tout à fait inconnue, commença à avoir grand peur. Son compagnon lui dit : « Moine , donne-moi ton manteau. » Et il lui sembla alors qu'un tourbillon de vent furieux lui enlevait son manteau. 11 prit la fuite à toute jambe et il courut jusqu’au village le plus proche, où il arriva à demi mort et i raconta ce qui lui était arrivé.

.“K) l*ROP()S I>r TABI.F, BE MABTtN I.ITUEII.

I.c prieur d'un monasUVe sc mil en voyage avec un aulre friVe, el quand ils furent arrivés à une anl>erge, l'hôte leur dit qu’ils étaient les bienvenus et qu’ils lui porteraient bonheur, car il avait dans une chambre un malin esprit que personne ne pouvait chasser, cl ceux qui logeaient là étaient battus et tourmentés de toutes façons. Et il ajouta qu'il ferait placer, pour les respectables pères, un bon lit dans celle chambre, car le diable n’aurait aucune prise sur d’aussi saints personnages. La nuit, lorsqu’ils se furent couchés cl qu’ils voulaient dormir, l’esprit commença à faire du bruit et à les tourmenter; les moines se dirent alors l’un à l’autre : « Mon frère , demeure en repos et laisse-moi dormir. » Le diable revint une seconde fois et il prit le prieur par la tète , el celui-ci s’écria : « Retire-toi , au nom du Père , et du Fils el du Saint-Esprit , et reviens nous trouver dans le couvent. » El après qu’il eut ainsi parlé ils restèrent en repos el ils s’endormiront. Lorsqu’ils revinrent dans le couvent, le diable était assis sur le seuil de la porte et il se mit à crier :

« .Sois le bienvenu , père prieur. » Ils ne furent point troublés, car ils voyaient qu’il était en leur puissance et en leurs mains , et ils lui demandèrent ce qu’il voulait. Il répondit qu’il désirait les servir dans le couvent , et il demanda qu’on lui indiquât un endroit où ils pourraient le trouver lorsqu’ils auraient besoin de son service. El ils lui assignèrent un coin de la cuisine ; et afin qu’on pùt le reconnaître, ils lui donnèrent un froc auquel ils attachèrent une petite clochette, comme un signe auquel on le distinguât. Ensuite ils l’appelèrent pour qu’il leur apportât de la bière. Alors ils l’enteudirent courir el dire : « Donnez-moi de la bonne bière, el je vous apporterai de bons écus. » Il fut connu dans la ville entière. Lorsqu’il allait chez un débitant et qu'on ne lui donnait pas la quantité jconvenable , il disait ; « Donnezmoi pleine mesure el bonne bière , je vous ai donné de bon argent. » Ces papistes pensaient qu’il y avait de bons esprits qui pouvaient obtenir le salut el qui servaient les hommes ; c’est ainsi que les païens envisageaient leurs dieux lares , ignorant qu’ils n’adoraient que des démons. Un cuisinier du couvent se plut à tourmenter cet esprit en jetant des plats et des débris dans le coin où il était , et ayant continué, quoique averti plu—

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