GC
it
Fftoros DK TABLE DE MARTIN I.I THEK.
On peut lire tous les historiens sans trouver d’exemples d’un tyran qui ait été aussi cruel que N. et qui ait fait autant de ravages. On rencontre des tyrans qui ont sévi contre le corps , mais non contre la conscience. Mais N. veut forcer les gens à croire ce qui lui convient , à lui et aux papistes. Eu cela il surpasse le pape, qui se contente d'excommunier ceux qui n'obéis* sent pas à ses décisions , mais qui n'a pas essayé de violenter et de contraindre les consciences, quoiqu’il les ait souvent inquiétées et tracassées. N. va au delà de tous les persécuteurs et de tons les ennemis de l’Évangile.
Lorsque les rois et les princes frappent monnaie, c’est avec de l’or et de l’argent. Le pape tire de l’argent de toutes choses , indulgences, cérémonies, dispenses de carême, etc. Il n’y a que le baptême dont il n’a rien pu tirer, parce que les enfants viennent au monde nus et qu’ils n’ont pas de dents.
Le docteur Luther dit un jour : « La superstition fleurit, tandis que la véritable religion est méprisée. Si la pa(>auté avait encore duré dix ans , tous les monastères de l’Allemagne auraient été transférés à Rome ; car, en Italie, les monastères sont très-riches et ils ne renferment que deux ou trois moines ; le surplus de leurs revenus s’applique au pape et aux cardinaux. »
Une pieuse dame, veuve du consul HorndorfT, raconta un trait de l’avidité des moines qui pressèrent son père et sa mère , lorsqu’ils étaient à l’agonie, défaire un testament en leur faveur. Elle fut forcée de jurer qu’elle u’en dirait rien à personne, et ils gardèrent l’argent en dépit du droit des héritiers. EnOn , à la persuasion du magistrat , elle révéla les fraudes de ces moines. Le docteur Luther dit : « Pareils exemples sont à l'in- * fini , et personne n'osait cependant accuser les moines. » Il fit
DU PAPE, DE l’aNTECHBIST ET DES PAPISTES. 123
alurs le récit suivant ; « Un gentilhomme était au moment de la mort, et un moine qui l'assistait lui dit : « Seigneur, ne voulezvous pas donner à notre couvent ceci et cela ? » Le mourant, ne pouvant, parler réiKindit par signe, et le moine se tournant vers le fils lui dit : « Votre père nous l’accorde. » Mais le fils s'approchant dit à son père : « Mon père , votre volonté est-elle que je jette ce moine au bas des escaliers? » Et le père ayant répété le signe qu’il avait fait déjà, le fils expulsa rudement le moine. Semblables rapines ont été iininenses. En Lombardie, près de radouc , il y a un monastère de l’ordre de Saint-Benoît, tellement riche qu’il possède 30,000 ducats de revenu annuel ; 12,000 ducats sont consacrés aux frais de la table, 12,000 à réparer les édifices ou à en construire de nouveaux. J’ai moimême été reçu avec honneur dans ce monastère. Ah ! le culte de Dieu ne consiste pas dans cette opulence. Il y a un proverbe qui dit : « La religion a enfanté la richesse et la fille a ensuite dévoré la mère. » Jésus-Christ , le fils de Dieu , a mené , sous la forme humaine , la vie la plus simple et la plus modeste , et nous, misérables pécheurs, nous affectons une magnificence et une superbe diabolicpie. Les moines, surtout ceux de l’Italie, sont très-rusés et se couvrent du masque de la piété. Il y eut un abominable chartreux qui y nourrit longtemps en cachette une P — n qu’il logeait dans sa cellule ; ii quitta ensuite son monastère , apostasia et revint plus tard auprès du pape. A son retour, il entra d’abord dans la cuisine du couvent, et comme tous fuyaient devant lui et pensaient que le pape le ferait mettre à mort , il dit : « Donnez-moi d’abord un bon potage et que je boive un coup, ensuite je plaiderai moi-môme ma cause. » Quand il fut bien repu, il se rendit en présence du pape et il cria : « Miséricorde! miséricorde! miséricorde! » Le pape le poussa du pied en lui disant : « Que veux-tu? » Il répondit : • Très-saint Père ^ je veux m’amender. • Et il s’en fut absous, se moquant du pape; et de retour dans la cuisine, il dit : « Est ce que je ne vous avais pas annoncé que je saurais bien plaider ma cause sans avoir besoin de votre appui ? »
Aristote a dit que le cours de la nature était d’abord fort lent, mais qu'ensuite il devenait fort rapide et tendait à la destruction. Il en est de même de la marche qu’a suivie la papauté. Il y a cinquante ans, nul prêtre n'osait avoir deux bénéüces, cela aurait l>assé pour un abus intolérable ; maintenant il s’est développé à l’inlini , et il y a des dignitaires qui ont jusqu’à trois sièges épiscopaux.
Lorsque j’aperçus Rome pour la première fois , je me prosternai pour la saluer, disant : « Je te salue, sainte Rome. » Elle fut sainte en effet, étant baignée du sang de tant de martyrs, mais maintenant elle a été déchirée. Le diable de pape y a placé sa chaise percée. Un licencié de Magdebourg dit alors « qu’il y avait une vieille prophétie qui annonçait que Rome ne subsisterait pas longtemps. » Et Staupitz raconta le songe qu’avait eu un moine de l’ordre de Saint-François, et qui annonçait qu’il paraîtrait, sous le règne de Léon X, un étranger qui renverserait la papauté. — Le docteur Luther répondit : « Autrefois, quand nous étions à Rome , nous osions à peine regarder la ligure du pape , maintenant nous lui voyons le derrière '. »
Le dimanche après la Toussaint, un légat du pape arriva le soir à Wittemberg, et il avait à sa suite vingt-un chevaux et un âne; il fut reçu avec honneur par les magistrats et conduit au château pour y séjourner, jusqu’à ce qu’il eût une conférence avec le docteur Luther. De grand matin le docteur fit appeler un barbier et il prescrivit qu’on lui fit la barbe. Le barbier demanda au docteur Luther pourquoi il s’y prenait de si bonne heure, et le docteur répondit : « J’ai appris qu’un commissaire ou légat du saintpère le pape était arrivé pour conférer avec moi; si je me montrais à luisons une apparence de jeunesse, il dirait : « Ah ! diable, ce Luther, qui a déjà soulevé parmi nous tant de discordes, n’est
' Videmus et in culum.
DU PADE, DE l’a.NTECHRIST ET DES PAPISTES. 12λ
pas encore parvenu à l'àge viril ; qu’esl-cc qu’il fera donc et qu'accomplira-t-il s’il arrive à la maturité? » — Lorsqu’il eut été rasé, il se revêtit de ses plus beaux habits et il passa à son cou une chaîne d’or. — Le barbier lui dit : « Seigneur docteur, lu les offenseras. » — Martin Luther réponcyt ; « J’agis ainsi sciemment, car ils nous ont certes assez souvent offensés; c’est ainsi qu’il faut se comporter avec les renards et avec les loups. » — Le barbier répliqua : « Va en paix, et que le Seigneur soit avec toi pour que lu les convertisses. » — Le docteur répondit : « C’est ce que je ne ferai point, mais il est possible qu’ils reçoivent de moi une bonne correction et qu’ils soient ensuite renvoyés. » — Ayant dit ces mots, il monta dans une voiture et alla au château rendre visite au légat. Lorsqu’ils apprirent que le docteur Luther était arrivé, ils s’empressèrent de le recevoir, et Luther donna au légat des titres d’honneur, mais pas aussi pompeux que ceux que quelques années plus tôt l'on accordait aux envoyés du pape ; en parlant, ils eu vinrent à agiter la question du concile , et le docteur Luther dit : « Vous prétendez convoquer un concile, mais vous n’y songez pas sérieusement et vous vous jouez de nous ; vous ne voulez y discuter que des choses futiles, vous préoccuper des capuchons des moines , de la tonsure des prêtres , de ce qu’ils doivent Imire et manger; tout cela n’importe guère, car nous savons que les œuvres extérieures ne juslitient personne devant Dieu; quant à la foi , à la véritable pénitence, à la justification et aux autres choses nécessaires pour que les fidèles vivent en esprit 1 1 en foi , vous n’enseignerez rien à cet égard , parce que notre doctrine n’est pas de votre goût. En outre, nous avons, parle Saint-Esprit, la certitude de ces chosiîs : il n’est donc pas liesoin i>our nous d’un concile; mais vous, malheureux, qui séduisez les hommes par vos doctrines impies, il vous faut un concile, parce que votre foi est incertaine et chancelante. Toutefois , si vous le voulez absolument , accomplissez vos projets; moi , mettant ma confiance en Dieu, je me rendrai dans votre concile , dussiez-vous me brûler. »
Le légat répondit : « Dis-nousen quelle ville tu penses qu’il faudrait réunir le concile?» Le docteur Luther répliqua : « Que ce soit à Mantoutt, à Padoue ou à Florence, je m’y rendrai. — Le
i26 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER.
légat. Voudrais>tu te rendre à Bologne? — Luther. Sous la domination de qui est Bologne? — Le légat. Sous celle du pape. — Luther. Bon Dieu ! le i>ape s'est donc aussi saisi de cette ville? Eh bien! j’irai vous y trouver. — Le légat. Le pape ne refusera pas non plus de venir vers vous à Wittemberg — Luther. Eh bien ! qu’il vienne promptement ; nous l’attendons et le verrons arriver avec plaisir. — Le légat. Vous attendez-vous k ce que le pape vienne à main armée ou sans armes? — l.utber. Ce sera comme ill’cntondra; de quelque manière qu’il vienne, nous l’attendrons et le recevrons. — Le légat. Ordonnez-vous des prêtres? — Luther. Oui , quoique le pape nous ait interdit l’ordination ; voici un évêque onlonné par nous », et il montra du doigt Pomeramis. — Toutes ces choses, et d’autres qui ne sont pas venues à ma connaissance , furent dites entre eux. Le légat remonta ensuite à cheval et voulut se remettre en route, et il dit audocteur Luther : « Vois é te rendre au concile quand tu y seras mandé. »— Le docteur Luther répondit : « Oui , maître, j’y porterai ma tête et mon cou. »
Peu de gens font attention aux miracles qui annoncent la présence de Dieu; voyez comme ont péri quantité de. papistes. L’évêque de Trêves , après le couronnement de t'erdinand , est mort en un instant dans un accès d’épouvante. Ernest , comte do Mansfeldt, a été enlevé par une maladie de trois jours, lui qui , dans l’excès de son zèle, s’écriait, quand remi>creur vint : «Voici un sauveur qui nous arrive » ; et qui avait dit , en entendant chanter le cantique : Dieu est notre refuge: « Je veux renverser, à coups de canon , ce château fort et être le premier lorsqu’il s’agira de faire la guerre aux Luthériens. » Le comte de Werdemburg, notre adversaire décidé , est mort subitement à la diète d’Augslwurg. Le docteur Mathias , (ils d'Henning, qui célébra à Erfurt des cérémonies selon le rite des papistes, a péri misérablement; cartrois p— ns avec lesquellesil vivait, le menant à Erfurt dans un mauvais lieu, l’ont accablé d'outrages en présence de tous les habitants, lui crachant à la tigure et le revêtant , par dérision , d’une chasuble, ce qui lui a causé' tant de chagrin et de honte qu’il a succombé dans l’année. Le chancelier de Trêves, César Pflug et bien d’autres sont tous morts sans croix ni cierges.
DU PAPE, DE i/aNTECHRIST ET DES PAPISTES. 127
11 n'y a rien de plus révoltant que l'arrogance d’un ignorant qui parle de ce qu’il ne sait point et qui veut passer pour un homme des plus habiles. Il y a eu des papistes qui ont voulu faire usage contre moi de mes propres paroles , et un prédicateur de Leipsig, m'attaquant par des ci tâtions de mes commentaires sur la Bible, a reçu un cb&iiment de la main de Dieu, car il a été frappé d’apoplexie, en chaire , le dimanche après la Noël , lorsqu’il voulait démontrer la justification par les œuvres, par l’histoire d’Anne. Maître Adam fiudissina a écrit ceci : « Un bourgeois avait abandonné la doctrine de l’iivangile et il avait été fait pasteur à Kencrwald ; il prononça d’affreux blasphèmes contre la parole de Dieu , se vouant soi-même à la mort s’il approuvait la doctrine de Luther et consentant à ce que la foudre l’écrasât. Le même Jour il s’él.-va un grand orage. Le malheureux, épouvanté et se souvenant de ce qu’il avait dit, courut à l’église et se mit en prières devant le maitre-aulel,et la foudre tombant près de lui le fit évanouir; il reprit ensuite un peu ses sens et on voulut le imrter chez lui , et entre les mains de ceux qui le soutenaient, dans l’enceinte du cimetière, la foudre tomba derechef, lui entra par la tête, et ressortit par ses parties honteuses. Ce sont des signes de la colère de Dieu , mais le monde ne r<*garde ni la miséricorde ni le courroux de Dieu , et c’est un indice que hi (in du monde est prochaine. Un curé de Fridenberg, près de Francfort, s’élevait, il y a neuf ans, contre l’I-Ayngile , et comme la maladie anglaise ' s<-vissait alors, il disait que Dieu frappait le monde de
' supttc an;;laisc , d'abord exclusivrmenl bonice au pays dont elle porte le nom, Rl, lors île ss dernière apparition, une'invasion sur le conlineut I elle désola tout le nord de l'Europe. Cciio mala lie, des plu.s cionnantes, était une afTi-clion extrêmement aifiuè qui sc Jugeait en vingt-quatre heures au plus. l'ri.ssons, convuisioiis, délire, extrême dirTirullc de respirer. Une sueur abondante se mauifes'aii sur tous les points du corp.s, apportant le salut on le trépas, selon ipic la vie résistait à une aussi lioirible attaque. La siictteaeu cinq invasions, sép.irées l' S mies dc< autres par d’assez longs intervalles. Au moment ou elle parut, elle était une maladie complètement notnelie pour les hommes parmi Ic.-qucls che sévissait. C’est aux premiers jours d’août 1 185 que l'un fixe son apparition sur U le sol de l’Angletcrte ; elli! éclata è Oxford, dépeupla Londre.«, etdisparut subitement en janvier H86. Depuis, elle s’est montrée qu.itrc autres fois •n Angleterre, n’infectant de la France que Calais, alors occupé par les
128 PAOPOS DE TABLE DE JURTIN LUTHER.
nouveaux fléaux, parce qu’il avait adopte une noiivolle foi et une nouvelle doctrine. 11 conjura donc ses auditeurs de rester fidèles à la foi de l’ancienne Eglise, et il fixa un jour afin de faire une procession avec des litanies pour demander à Uieu la cessation de l’épidémie ; le matin même du jour marqué, ce curé mourut, et la procession accompagna ses restes. — Pareils exemples sont trèsdignes d’attention } la puissance de Dieu s’y manifeste avec éclat. En 1526, un moine osa traiter l’apôtre saint Paul de menteur et d’ignorant, disant qu’il ne fallait point croire en lui parce qu'il avait dit : « Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent »; et ce moine mourut subitement. — Un docteur, natif de Silésie et papiste des plus zélés, disputant dans l’académie de Kœnigsberg, avança cet argument : « Il n’est pas permis de rien changer au testament d’un homme , encore bien moins à celui de Dieu. La cène sous l’une et l’autre espèce est le testament de Dieu, il ne faut donc rien y changer. » La dispute étant finie, il sortit de la ville avec l’un des principaux citoyens et il lui dit : « La manière dont j’ai disputé est-elle de ton goût? » L’autre , lui touchant légèrement l’épaule, répondit : « Le serviteur qui enfreint sciemment la volonté de son maître sera doublement puni. » Le surlendemain ce docteur périt de mort subite.
ün parla des papistes, et le docteur Jonas lut une lettre qu’on lui avait écrite de Salzbourg, et où on lui disait qu’un chanoine en mourant avait légué la moitié de ses biens à sa concubine et qu’il avait recommandé son chien à un autre prêtre, lui laissant une rente qu’il possédait de quelques mesures de froment, afin que cet animal fût nourri et soigne jusqu'à sa mort. Il n’avait fait, en son testament, nulle mention des pauvres. Le docteur
Anglais:, rcspeciant toujours l’Irlande cl l’Écosse, n’ayant pénétré qu’une fois sur le continent. Dès lors, elle n’a plus reparu; elle est aujourd’hui entièromenl inconnue. On peut remarquer qu’elle offrait de grandes ressemblances avec \i maladie cardiaque ou diaphorèse de l’antiquité, épidémie que caractérise de même un flux de sueur abondant et qui semble s’ëtre montrée du temps des successeurs d’Alexandre pour disparaître vers le second siècle de notre ère.
Dt PAPE, DE l’ ANTECHRIST ET DES PAPISTES^ 129
Luther dit: «Voilà bien une créature du pape, un véritable épicurien, qui ne croit nullement à une autre vie. »
Il y a deux sortes de sainteté, la substunlielle et l'accidentelle. Saint François fut essentiellement saint par sa foi en Jésus- Christ ; mais ensuite il s'infatua de la sainteté accidentelle du capuchon, qui n'est qu'un accessoire étranger à la sainteté. Âh.' bon Dieu ! ce n'est pas parce que nous mourrons revêtus de tel ou tel costume que nous irons au ciel. Nous avons déjà bien assez d'affaires et de soucis à prêcher, à instruire les enfants, etc., sans que- nous ayons besoin de nous mettre en peine de porter un capuchon.
Il avait été réglé, parmi les papistes, que chaque maladie avait son saint particulier auquel il fallait s'adresser. Ah ! si Dieu avait permis que le pape pût exempter, pour de l'argent , de la maladie, des calamités, etc., que de trésors il aurait amassés !
Le docteur Luther dit un jour , que les empêchements aux mariages sous prétexte de parenté spirituelle n'étaient que sottises ; le pape avait imaginé ces prohibitions et elles lui avaient rapporté force écus.
Les papistes diffèrent entre eux , ils ne peuvent se mettre d'accord dans leurs propres jongleries. En 1530, lors des affaires d'Augsbourg, ils ne firent aucune mention de l'article de la primauté du pape ou de la succession de saint Pierre, et de ce point, qui était regardé comme le plus important de tout le papisme, il ne fut pas dit un mot. Nous devons ne pas nous lasser de tenir tête à un aussi mauvais , aussi impie et aussi insolent personnage; nous devons prêcher, enseigner et écrire contre lui. Si Dieu m'accorde seulement six mois de vie et de santé, je le ferai
130 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LliTHER.
sauter et danser plus qu’il ne voudra. Je voudrais que les légistes aussi prissent part à la fête ; je leur montrerai bien ce que c’est que ie subjectum jiiris Je conviens que Jus ou Justilia est une belle éiwuse, aussi longtemps qu’elle reste dans son lit, mais lors(]u’elle passe dans le lit d’un autre (et qu’elle veut dominer sur la théologie dans l'Eglise), alors elle devient une franche coureuse , une vraie catin ; Justilia doit donc se tenir respectueusement découverte devant la théologie.
æic
Moi, Martin Luther, j’ai été appelé et contraint, malgré ma volonté, d’être un prédicateur ; lorsque je fus investi de cette charge, je fis vœu et serment à ma bien-aiinée, c’est-à-dire à l’Écriture sainte, de prêcher et d’enseigner avec pureté , véracité, uniquement d’après ses leçons. En enseignant à cet égard, la papauté se trouve sur mon chemin, avec l’intention de m’arrêter ; de là les choses en sont venues avec le pape au point ou elles en sont , et elles iront, pour lui, de pis en pis ; il ne sera pas en état de me résister. Au nom de Dieu, au nom de ma vocation et appel, je marcherai sur le lion et sur la vipère, et je foulerai aux pieds le lionceau et le dragon. Celte œuvre commencera durant ma vie, et elle sera terminée après ma mort.
Le docteur Luther dit : « Satan m’a donné bien de l'oecupatioo. Ce n'est pas une petite besogne de changer toute la religion des papistes qui est si profondément enracinée. » À cela le docteur Jonas répondit : « Il est étonnant que Satan ail ainsi le pouvoir de vous tourmenter, vous qui accomplissez l’œuvre do Dieu, ainsi que vos écrits le témoignent. » Le docteur Martin répondit : « Nous obéirions volontiers au pape et aux évêques, mais ils ne veulent pas se contenter de notre soumission ; il faudrait, pour se conformer à leurs exigences, renier Jésus— < Christ, regarder Dieu comme un menteur, l'Évangile comme uue fausseté. Nous ne pouvons ni ne voulons agir ainsi , qu’il en soit donc de nous comme Dieu voudra ; nous avons pris l’engagement, lors de notre baptême, d’être fidèles à Dieu et à sa parole, de croire fermement en lui, et de renoncer au diable et à tous ses mensonges. »
t>t PiflC, bE l’anteoiiust et des pamstes. 131
Le docteur Luther dit que Gersun avait été le premier qui, dans ces derniers temps, avait commencé à expliquer au monde la parole de Dieu et qu’il avait consolé beaucoup de consciences. Mais le pape l'a condamné, car il avait commencé à discuter si le pape était au-dessus d’un concile , et il écrivit à ce sujet un dialogue qui m’a be.aucoup plu et où il introduit deux individus, un détracteur et un adulateur qui s’entretiennent du pape. Il avait trouvé un moyen terme et il aurait voulu qu’on n’accordât au pape ni trop, ni trop peu. *
En 1530, lorsqu’à Augsbourg j’appelais du pape au concile, le Cardinal me qualiüa de gersoniste. Je répondis : « J’ai pour moi l’autorité et l’avis du concile de Constance, lequel s’est le premier élevé contre le pape et qui a même déposé trois papes. » Alors le Cardinal répliqua : « Oh ! ce concile est réprouvé, il n’a plus de poids. » Le pape voulait ainsi se mettre au-dessus du concile et de la parole de Dieu ; mais aujourd’hui que la lumière de l'Evangile se montre si clairement, c’est une grande impiété de sa part, et c’est aussi ce qu’a dit notre Seigneur : « Voici la condamnation; c’est que la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que
leurs œuvres étaient mauvaises. » (Saint Jean, ch. iii,v. 19.) Et il
a dit aussi : « Croyez en la lumière tandis que vous avez la lumière, aOn que vous soyez enfants de lumière. » (Ch. xii, v. 36.) Mais nous n’écoutons pas et nous ne faisons pas attention aux choses, et nous agissons comme les Juifs. « Le docteur Luther dit nn jour toutes ces choses à maître Jérôme Besolde, de Nuremberg, et il dit un autre jour à maître Veit Dietrich : « Un grand docteur en droit canon, Panormita , a avancé que l'opinion d’un simple particulier est préférable à celle de tout un concile, si elle est raisonnable ou meilleure, étant appuyée du témoignage de l’Écriture. Mais de pape l’a excommunié à cause de cotte assertion. »
Il y avait à Wittemberg un professeur ès arts, nommé Vitus Ammerbach, qui avança que dans l’Église il fallait un chef ealérienr, que l’on pouvait reconnaître le pape pour tel. Le doc-
leur Luther dit à cet égard : «Jamais la Grèce n’a été sous l’autorité du pape, ni l’Inde, ni la Scythie, comme l’écrit saint Jérôme, et il y avait beaucoup de chrétiens d’une grande piété dans ces divers pays. Jamais ni l’Occident tout entier, ni l’Orient n'ont été soumis au pape. C’estbien de la présomption de la part d’Ammerbach d’avancer chose semblable. J’en suis peiné pour lui ; il tombera d’erreur en erreur. » Et le docteur Luther dit un autre jour en parlant d’Ammerbach : « Wittemberg donne sMie à de grands insensés, mais il faut se souvenir de ce que dit saint Jean (épitr. I, ch. ii, v. 19).
Les faux apôtres et les faux frères doivent provenir des apôtres. Qu’étaient d’abord les démons? des anges. Et les p— ns? des vierges. D'où viennent les débauchés ? des gens pieux ; le mal
doit sortir du bien. D’où vient Caïn? d’Adam et Éve.
Quelqu’un dit que les papistes assuraient que notre doctrine ne se maintiendrait pas longtemps, mais qu’elle tomlierait bientôt dans le néant ainsi que celle d’Arius, qui n’avait pas duré beaucoup au delà de quarante ans ; le docteur Luther répondit: « La secte d’Arius s’est maintenue durant près de soixante ans, mais comme elle était basée sur des principes hérétiques, elle a fini par la confusion et par la destruction. Mais ceux qui nous contredisent sont contraints d’avouer, malgré eux, que le bon droit est pour nous; la vérité éclate à tous les yeux et elle se montre au grand jour; aucun être doué de raison ne pense à la nier. Les mensonges de nos ennemis sont maintenant, grâce à Dieu, bien connus et rendus publics ; quiconque n’est pas complètement aveugle est forcé de les apercevoir. »
SI
Il est impossible que le pape puisse rester en repos lorsqu'i voit quels coups l’on a portés à son autorité ; il ne songe qu’à tirer vengeance, quand et comme il pourra , du tort qu’on lui a fait , et il emploiera des stratagèmes occultes pour arriver à ce
DU PAPE, DE l/ANTECnRIST ET DES PAPISTES. 153
1)111. Il osl plus facile d’être vainqueur d’un lion que d’un dragon. Saint Augustin, parlant du diable, dit qu’il a été un lion du temps des martyrs, et un dragon à l’époque des hérésies. Veillons donc sans relâche et prions assidûment ; c’est indispensable, car « nous n’avons pas à lutter contre le sang et la chair, mais contre les mauvais esprits qui sont dans les airs. » (Épilre aux liphésiens, ch. VI, V. 12.J
Le pape a deux piliers sur lesquels il s’appuie ; l’un se nomme : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié lians le ciel, etc. ; l’autre est ce que notre Sauveur Jésus-Christ dit â Pierre : Tais paître mes brebis, etc. Le pape a tiré si grand parti de ces deux sentences, qu’il s’en sert pour défendre le pouvoir qu’il a usurpé, de faire et d’agir dans l’Église et dans le gouvernement temporel suivant sa volonté et son bon plaisir. De la sorte, il a enseigné ce qu’il a rêvé, il a corrompu la vraie doctrine, il a damné et sauvé ceux qu’il a voulu. Ensuite il a déposé les emi)creurs, les rois et les princes selon son caprice, comme si notre Seigneur lui avait donné pour l’administration extérieure et temporelle cette puissance qui n’appartient qu’à des consciences repentantes et brisées et à la doctrine de la foi. Il a fini par adopter comme principe, guod auctoritas sacræ Scriplurœ pendeat à sede romana. Maintenant, lorsque le pape a pu faire croire cela au peuple, il a pu aussi enseigner tout ce qui lui a plu. Il a, en effet, poussé les choses si loin, qu’un chrétien a pu renier le sang répandu de notre Seigneur, et s’affubler d’un capuchon de moine, cherchant ainsi à assurer son salut. C’est une chute si abominable, que si pareille chose s’était faite parmi les païens, ç’aiirait été trop fort. Oh .' combien je m’étonne parfois que de pareilles ténèbres aient enveloppé la papauté! Je ne connais d’autre manière d’en juger que suivant l’opinion de saint Paul, lorsqu’il a dit : « Parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés , Dieu leur enverra efficace d’erreur pour croire au mensonge. » (2“« F.pttreaux Tkessaloniciens, chap. ii, v. 11.)
it
'134 i^RuiKis i>r: table i>l Martin li’thcr.
Lor»(uc J'étais à Worms, l’évéquti Magdebourg vint me voir
et me dit : « Je sais que nous défendons une mauvaise cause et que votre doctrine est juste, mais, pour des raisons que nous connaissons, nous ne pouvons, ni ne voulons l'udiuellre. » De meme, le cardinal de Salzbourg me dit : «Nous savons et il est écrit en nos consciences que les prêtres peuvent équitablement se marier, et que le mariage vaut bien mieux que la conduite honteuse et déréglée que mènent les prêtres; mais nous ne pouvons ni changer, ni réformer cet état de choses, car l’empereur ne souffrira pas que l’Allemagne soit agitée pour des motifs de conscience.* Qu'est cela, sinon un mépris complet de Dieu ? Ce sont des paroles diaboliques , et Dieu méprise et raille à leur tour ceux qui les ont proférées, car nous voyons que les empereurs, les rois, les princes et que toutes les villes Impériales les quittent et abandonnent. Ils ne peuvent se défendre que sous le nom de l’Église; leur fureur et leur tyrannie sont contre leurs propres consciences , car ils savent bien que l’Église est assujettie à la parole de Dieu et qu’elle ne peut être que là où Jésus-Christ est enseigné et prêché. Ainsi, ils sont contraints d’avouer que notre doctrine est la doctrine de Jésus-Christ. Les misérables savent que la papauté n’est pas l’Église de Dieu,et toutefois ils ne veulent pas nous entendre, ils ne veulent pas convenir que Dieu est audessus de l’Église, mais ils prétendent que l’Église est au-dessus de Dieu ; ainsi la papauté u’est pas l’Église de Dieu.
dGS,
Le 9 mai 1530, le docteur Luther soutint à Wittemberg une dispute très-vive qui dura trois heures, contre le pape, ce monstre abominable , ce loup qui surpasse toute tyrannie et oppression, puisqu'il veut vivre seul affranchi de toute loi et agir uniquement selon sa volonté, et qu’il veut même être adoré, sous peine de damnation et de perte de beaucoup de pauvres âmes. Aussi le docteur ajouta-t-il: « Quiconque a à cœur l’honneur de Dieu et entreprend de sauver son âme, doit de toute sa force résister au pape. »
fOÉ
DU PAPE, DE l'aNTECHRIST ET DES PAPISTES. 13S
J'espère que le pape a fait ce qu'il pouvait faire de pis; quoiqu'il ne tombe pas encore tout à fait, il nu s'agrandira plus, mais il ne fera que déchoir. Les anciens papes étaient plus jus~ tes et plus honnêtes, mais quand ils ont commencé à rechercher le pouvoir et la domination (craignant de redevenir esclaves comme précédemment), alors Caïn n'a pu supporter son frère plus longtemps. Il ne faut jamais ajouter foi à ce que promettent les papistes , quelle que soit la manière dont ils garantissent et jurent la paix. A la diète impériale de Nuremberg, ils nous retinrent avec des disputes trompeuses dans le but de réussir, pendant ce temps, à nous renverser et à nous détruire. Veillons et prions dans ce moment où les armes sont posées, alin que, parle moyen de la lumière de l'Evangile, le nom de Dieu soit glorifié.
Les papistes sont des gens superbes, sans connaissance de l’Ecriture sainte ; ils ne comprennent rien de ce qu'ils lisent et ils n'écrivent jamais avec sincérité, mais ils s'arrêtent de préférence au siégé du gouvernement. Ils s'écrient ; « Les décrets et les conclusions des Pères ne doivent être ni révoqués en doute, ni controversés. » Ainsi, le pape (comme étant plein de diables) défend sa tyrannie, il la defend avec une extrême vigueur, ainsi que nous levoyonsdans ses décrétales : Si papa, etc. (10 Dist.) 11 est donc clairement écrit que le pape, menât-il tout le genre humain en enfer, aucune créature humaine ne pourrait s'opposer à lui à cet égard, et personne n'aurait la hardiesse de lui demander pourquoi et comment il agit ainsi.
C’est chose bien affreuse et effroyable que, pour son autorité usurpée , nous perdions nos âmes que Jésus-Christ a si chèrement sauvées et rachetées au prix de son précieux sang Jésus- Christ a dit : Celui qui vient à moi, je ne le ry'elterai pat, etc. A cela le pape oppose : « Voici ce que je commande et ce que je veux voir exécuter. Avant que mes ordres soient violés, vous serez tous perdus et détruits.» Malgré tout cela et bien plus encore, nos princes tombent devant lui, l’adorent et baisent
15G l>ROI>OS UE TABLE DE UAHTIN LUTHER.
ses pieds ; nous devons donc lui résister, nous opposer à lui et le vaincre avec les armes de la prière et de la parole de Dieu. Il y a trente ans , qui aurait osé avoir une pareille pensée au sujet du pape? Alors, il jetait qui il voulait dans l'enfer la tète la première et il l'en retirait à son gré.
Les décrétales du pape renferment beaucoup de canons affreux et diaboliques; c'est une grande peste et un grand mal pour l'Eglise. Le pape, exempt de toute honte, ose y dire : « Si quelqu'un ne croit pas en mes décrets et ne s'y soumet pas, il ne lui servira en rien de croire en Jésus-Christ ou d'ajouter foi aux quatre Evangélistes. » N'est-ce pas le langage du diable iuimème, la ruine de l'Eglise et le plus grand poison qui puisse s'y glisser? De même, le pape dit, dans une de ses décrétales, que « s'il menait les gens en enfer, ils devraient l'y suivre »; taudis qu'au contraire son devoir et son emploi est de consoler les cœurs affligés et de les conduire à Jésus-Cbrist. Fi donc de ce misérable réprouvé ! faut-il qu'il enseigne aux consciences à désespérer de la sorte?
Quiconque lira les décrétales du pape , trouvera souvent que de belles sentences de l'Ecriture servent de preuve à une assertion. Mais, quand il a cité tout ce qui convient dans l'Ecriture, alors il conclut contre et il dit : « L'Eglise romaine en a autrement décidé. » Ainsi, comme un chien infernal, il ose assujettir la parole de Dieu aux créatures humaines. 11 en est de même de Thomas d'Aquin qui, dans ses livres, dispute pro et contra, et, lorsqu'il cite un passage de l'Ecriture, dit ensuite : « Aristote, au sixième livre de ses Ethiques, maintient lecontraire. «l'Ecriture sainte doit donc céder à Aristote, à un philosophe païen ! Le monde ne fait pas attention à cet horrible aveuglement; mais il méprise la vérité et il tombe dans d'horribles erreurs. Faisons
Dl‘ PAPE, DE l’aMECHRIST ET DES PAPISTES. l37
donc bon usage du temps, car il ne restera pas toujours ce qu'il est.
Lorsque les hommes servent Dieu sans se conformer à ses paroles et à scs commandements, toute leur religion , quels que soient le nom et l’éclat de sainteté dont elle peut se recouvrir, n’est qu’idolîltrie toute pure. Plus cette religion semble sainte et spirituelle, plus elle est nuisible et empoisonnée, car elle séduit le peuple, l’éloignant de la foi de Jésus-Christ et le portant à se fier à sa propre force, à sa droiture et à ses œuvres. Ainsi tous les ordres religieux delà papauté, tous les jeûnes, prières, cilices, les austérités des capucins, qui passent pour l’ordre le plus saint qu’il y ait parmi les papistes , tout cela n’est qu’œuvre de la chair, et pourquoi? parce que cés papistes prétendent qu’ils sont saints et qu’ils seront sauvés par les règles de leur ordre , et non à cause de Jésus-Christ , qu’ils craignent comme un juge courroucé et sévère.
Les hypocrites et les idolâtres ont en eux les mêmes qualités (|ue ces chanteurs qui ne chantent presque pas si on les en prie , mais qui ne cesseront pas de chanter si l’on ne leur demande rien. 11 en est de même des faux faiseurs d’œuvres saintes; lorsque Dieu leur ordonne d’obéir à ses commandements , qui sont d’aimer le prochain , de l’assister en l’admonestant , le consolant , lui donnant, lui prêtant , etc , personne ne peut les amener à accomplir cela; mais au contraire, ils s’appliquent et s’attachent à ce qui leur convient et à ce qu’ils choisissent, prétendant, d’après leur goût particulier, que c’est ce qu’il y a de plus propre à honorer Dieu et à lui plaire, ce qui est une grande illusion de leur part. Ils tourmentent et torturent leur corps à force de jeûner, prier, chanter, lire , coucher sur la dure, etc.; ils alfectent une grande sainteté et beaucoup d’humilité, ils font toutes ces choses sans relâche et avec beaucoup de zèle et de dévotion ; mais leur récompense sera conforme à la nature de leurs services et de Umrs œuvres, ainsi <[ue Jésus-Christ lui-même l'a dit ; « Ils m’hono-
rent en vain , enseignant des doctrines qui ne sont que des com> mandements d'hommes. »
Le docteur Luther, parlant un jour du culte rendu à l’idole Moloch, dit : « Celle idolâtrie, à ce que je comprends, avait une apparence qui en inspirait, comme si c'était un genre d'adoration plus agréable à Dieu que le service ordinaire prescrit par Moïsc; de là, beaucoup de gens dont l’extérieur était celui d’une grande sainteté cl voulant accomplir une chose grandement agréable à Dieu (à ce qu'ils imaginaient), olTrirent en sacrifice leurs fils et leurs filles ' ; ils pensaient sans doute qu'en agissant ainsi ils suivaient l'exemple d'Abraham, et qu'ils accomplissaient un acte très-projire à honorer Dieu. .Ses prophètes prêchèrent contre cette idolâtrie avec un zèle bouillant ; ils qualifièrent ces sacrifices d'offrandes non à Dieu, mais aux idoles et aux démons, comme le montrent le psaume cvi, et Jérémie, chapitre xxni. Mais ces prophètes furent sans doute regardés comme des imposteurs et de maudits hérétiques.
Ce culte des idoles était, de mou temps, très-fréquent parmi les papistes, et il l'est encore, quoique d'une autre manière, car l'on regardait comme saints et zélés les parents qui donnaient un ou plusieurs de leurs enfants aux couvents, afin qu'ils embrassassent la vie religieuse et qu’ils servisi^cnl , ainsi qu'on le disait, Dieu nuit et jour. De là vint cette expression proverbiale :
‘ .Meniionnons ici un oiivragpsavanl, hanli, paradoxal drG. F. naumi rsur le culte du feu et du Molorhdi's anciens llébreu.x (iripz'e, 1842, in-8«); culte ju>qu'ici regardé; comme é rangorausol ei h l’orthodoxie mo«aTq”e, et que l’crudil allemand con.<idère au contraire comme le jéhovi^me primitif, pur et orthodoxe d’Israël. D'après lui, la pâque primitive, dans le rite molochio-mosa'iqiie, était une solennité annuelle, gènérate, où se fai- *saiemles sacrifices humains, c'eÿt-.i-dire où l’on immolait des enfauts et Où on les mangeait. Quant aux ossements, pré-ervé-' a*ec soin, ils étaient brûlé* en l’Iionneur de Dieu. La réforme de cette solennité fut l’objet des eCTorts de deux rois, Ezéchias et Josias ; aux enfaois du peuple ils substituèrent l’holocauste et le repas île l’agneau pascal. — Une analyse de cet ouvrage, que nous ne pouvons qu’indiquer, se renconirc dans un excellent recueil que publient MM. Miller et Aubenas, dsns la Revue âe Bihlioqrnphie analytique, l»43, p. 654-657,
DU PAPE, DE l’a>TECHRIST ET DES PAPISTES. 139
« Heureuse la mère qui a mis au monde l'enfant qui se consacre à la vie spirituelle! » Maintenant, il est vrai que bien que ces bis et ces filles ne soient pas brûlés corporellement et sacrifiés auA idoles, comme l’étaient les enfants de ces Juifs dont nous venons de parler, ils sont toutefois spirituellement (ce qui est bien pis) enfoncés dans la gueule du diable qui , par le moyen de ses disciples, le pape et sa troupe de ionsurés , tue misérablement leurs âmes en les remplissant de fausses doctrines.
Il faut qu’il y ait des sectaires et des séducteurs pour pratiquer l’idolâtrie aussi longtemps que durera ce monde qui, avec une grande division apparente , donne beaucoup d’encouragements à l’erreur.
L’invocation des saints est une hérésie aboininableet un aveuglement extrême ; cependant les papistes ne veulent point y renoncer. Le pape tire un beaucoup plus grand profit des morts que des vivants ; l’invocation des saints lui a rapporté des sommes énormes cl des richesses considérables. Mais ainsi va 1e monde; la superstition, l’incrédulité, l’erreur, l’idolâtrie, obtiennent plus de crédit que la religion pure, juste et droite. Celle-ci n’est que la servante ; l’auire est la maîtresse et l’impératrice. Huit cents prophètes de Baal pouvaient être nourris et entretenus à la table de Jézabel, mais le royaume entier d’Israël ne imuvait subvenir à l’entretien du seul prophète Elle; il fut nourri par la veuve de Sarepla parmi les païens.
Certains étudiants, .à Bologne, sollicitèrent du pape une dispense au sujet de la récitation des heures canoniales. Le pape leur répondit ; Surge manins et oru citiiis ; levez-vous de meilleure heure et priez plus vite. Mercurinus, chevalier de l’empereur Charles-Quint , suivait cette règle ; il se levait de grand matin et précipitamment pour prier. Le diable lui apparut sous la forme d’une âme en peine et lui dit : Tu non jmia hora ora$ ! tu ne pries pas à l’heure convenable. C’e^l ainsi que le
110 PBOPOS~DE TABLE DE MARTIN LLTHER.
diable pouvait se jouer d’eux. De mon temps, il y avait un frère au monastère d'Erfurt qui, à cause de ses nombreuses occupations, négligeait diverses heures dans ses prières , et comme il ne put obtenir de dispenses, il fut forcé de louer quelqu'un pour prier pour lui, afin qu'il pût avoir le temps de lire deux fois en un jour.
Je crois que le pape eut des raisons particulières pour fixer et établir la célébration des fêtes de saint Sylvestre et de saint Thomas de Canterbury huit jours après la Noël. L'un de ces saints apporta au pape l’empire romain, l’autre le royaume d’Angleterre. Le pape ne faisait aucun cas de l’apôtre saint Thomas en comparaison de l’autre Thomas, car le principal but du pape est de s'assurer la possession des bénéüces. Aussi ai-je noté et montré toutes ses voleries dans les Clefs dupape, ce qui l'irrite et l’exaspère beaucoup , car ses actes et ses décrets s’accordent, ainsi qu’on le voit fort bien, avec ce que j’en ai dit. Il était grandement temps que tous ces méfaits fussent exjmsés aux yeux du monde.
Quoique les erreurs et les impostures du pape fussent bien grandes , nous les adorions, avant que la lumière de l'Evangile se montrùl ; aujourd’hui nous en sommes honteux. 11 y avait des reliques des culottes de saint Joseph et des caleçons de saint François ; on les a montrées ici , à Wittemberg. L’évèque de Mayence se vantait d’avoir de la flamme de ce buisson que Moïse vit en feu. A Compostelle, l’on montre le drapeau de la victoire ((ue Jésus-Christ remporta sur l’enfer ; ou fait voir également la couronne d’épines, la croix, les clous, etc.
Je suis persuadé que si, en ce moment , saint Pierre en personne prêchait tous les articles de la sainte Ecriture, niant seulement l’autorité, le jKiuvoir et la primauté du pape, en disant que le pape n’est pas le chef de la chrétienté entière, alors
UU PAPE, ÜE l'a.NTECURIST ET DES PAPISTES. 141
certainement on le ferait pendre. Oui, si Jésus-Christ lui-même était encore sur la terre et s’il prêchait , sans aucun doute le pape le crucifierait de nouveau. Attendons-nous donc au même traitement ; mais il vaut mieux s'appuyer sur Jésus-Christ que sur le pape. Si, au fond de mon cœur, je ne croyais pas qu'après cette vie il y en eût une autre, alors Je chanterais uue autre chanson et je mettrais le fardeau sur le cou d’autrui.
Le pape Adrien fut élevé à la papauté par l’empereur Charles, dont il avait été le précepteur, mais il ne gouverna pas longtemps ; il était d'extraction obscure, son père étant un bourgeois de Louvain. 11 y eut une fois en Angleterre un cardinal qui était fils d'un boucher et un bouffon dit : « Dieu soit loué que nous l’ayons pour cardinal ; s'il devient pape , nous pourrons manger de la viande lesjours de jeûne et d’abstinence ; saint Pierre était pêcheur, et ce fut pour vendre son poissou plus cher qu'il a défendu de manger de la chair ; mais ce fils d’un boucher en autorisera l’usage afin qu'il s’en délMte davantage. »
On a trouvé dans de très-vieux livres des images et figures qui représentaient la tyrannie et l’impiété du pape, ses idolâtries et ses tromperies , car il y avait des gens qui voyaient bieu ce qui en était; mais ils n'osaient le dire et ils en étaient réduits à déguiser leurs seutimenls sous le voile de figures emblématiques que l’on se montrait secrètement. On a découvert à Nuremberg et ailleurs de semblables images et on les a imprimées '.
' Les bibliophiles recherchent avec empressenienl quelques écrits satiriques dirigés contre l’Eglise romaine et illustrés de gravures sur bois, pour ta plupart fort bizarres. VExposiiio vera harum imagiuum olim Surembergæ repertnrum, 1570, petit volume de 48 feuillels, imprimé soui le nom de Théophraste l’aracelse, s’est payé 90 fr. 50 c. à la vente G. D., en mai 1S43. Citons encore \'AiUithesis Christi cl Ànlichrisii, dont il y a (ilusieurs éditions, 1557, 1558, i578, et dont il existe une traduction française mise au jour en 1561; elle reparut en 1578, en 1584 et en i«oo. M. le
142 PROPOS l>E TABLE DE HAHTIIf LUTHER.
Après que la persécution eut cessé dans l'Eglise, les papes aspirèrent à s'emparer de la domination; ils y furent poussés par leur ambition et leur avidité. Le premier fut Uildebrand ou plutôt llollebrand Ils effrayèrent tous les hommes en infligeant l'excommunication. L'excommunication était une chose si effroyable, qu’elle passait aux enfants par héritage. D'un autre côté , les papes, voulant capter la bienveillance de la foule et se l'attacher, accordèrent et vendirent le pardoiule tous les péchés, même des plus énormes. Quelqu'un aurait-il fait violence à la vierge Marie ou crucifié derechef Jésus-Christ, le pape l’eût absous s’il avait eu de l’argent. Dieu a privé et dépouillé le pape de ce pouvoir et de cette domination par le moyen de ma plume, car de rien il peut tout faire, et il lui est facile d'amener les plus grands résultats par les plus petits moyens.
Le docteur Luther dit un jour que le coucou avait l'adresse de dérober à la fauvette ses œufs et de mettre les siens à la place dans le nid où la fauvette vient les couver ; quand les petits coucous sont éclos et qu'ils ont grandi , la fauvette ne peut plus les couvrir de ses ailes, et ils la dévorent. Le coucou a aussi une antipathie extrême contre le rossignol. Le pape est le coucou ; il dérobe à l'Eglise ses œufs et il y substitue d'avides cardinaux. 11 veut aussi dévorer la mère qui l'a nourri et élevé, c'est-à-dire l'Eglise; il ne peut supporter la prédication ni le chant de la véritable doctrine.
Là où est la fauvette est aussi le coucou, car il s'imagine qu'il
marquis du Rourn a consacré h celle dernière édition une nolice cu- Tieu»e {An ileciabibliou, 1836, l. I, p. t34-437). Le plus rare peiil-èirede tous CCS recueils c’esl l’Àtiiil/iesls fijitrnia vitcB Cbrlsil et Aiilichrtsii, opuscule de I4 feuillels, exécuté eu Allemaftne de 1530 A I54(i, ei dont lea flgures sur bols sont Irés-singuliéres. Il se répandu égatemeiil une roule d’estampes satiriques, devenues fort dilTIriles S rencontrer. Le Uiitre de la Caricature {itZi, T« livraison; en a reproduit une; U. Ducliesne en a décrit une autre, Jusqu'alors inconnue, dans ton rayage d'un leonophile.
' Il y a ici un Jeu de mots intraduisible i Hallebrantf signifie tison d’enfer.
i>r pam:, de i.’a>tf.christ et des papistes. 143
peut chanter mille fois mieux ((u'elle. Le pape s'établit de même dans l'Eglise, et atin que l’on n'enlcnde que son chant, il s'efforce, en faisant beaucoupde bruit, de couvrir la voix de l'Eglise. Le coucou est utile en cç que nous savons, lorsque nous l’enten* dons, que l’été est prociic ; de même, le pape sert à nous faire connaître que le jour du jugement dernier u'est pas éloigné.
On montre à Rome la tète de saint Jean-Baptiste, quoique les docteurs enseignent et les chroniques rapportent que les Sarrasins ont ouvert son tombeau, en ont ôté le corpset l’ont réduit en poudre. L’on ne saurait trop réprouver de pareilles impostures de la part du pape. 11 en a fait de même pour plusieurs autres saints.
SGC
Le pape et les siens ont mis trop de confiance en leur grande puissance, aussi se sont-ils renversés eux-mêmes; s'ils avaient agi plus doucement et plus prudemment , ils n’auraient pas été culbutés. Mais la papauté devait s’écrouler. Lorsque j'allai à Rome, on l’appelait la source de justice ; mais je vis que Rome n’était qu’une p— n et une maison de p— ns. Le cardinal Campége a dit en 1530, à .\ugsbourg : « Le cardinal Cajetan a tout gâté en voulant agir avec violence et en menaçant; si l’on s’y était pris avec dextérité et finesse, la chose aurait pu être étouffée dans le principe. »
Je ne m’étonne pas que les papistes me voient avec tant de haine et d’inimitié , car j’ai bien mérité leur courroux. Jésus- Christ reprit les Juifs avec plus de douceur que je ne reprends les pajûstes, et ils le crucitièreiit. Ils croient ainsi avoir le droit de me poursuivre, mais d’après les lois de la justice et du bon plaisir de Dieu, ils verront en quoi ils ont erré. Lors du jugement dernier, je parlerai au pape et à ses tyrans qui méprisent et qui attaquant la parole de Dieu et ses sacrements. Le duc Georges par-
iii FROPOS RE TABLE DE MARTIN LL'THER.
s<l‘cut« aussi ceux qui sont fidèles à la vraie doctrine; il a expulsé d’Oschitz dix bourgeois et pères de famille avec vingt-sept enfants ; leurs plaintes crieront contre lui jusque dans le ciel, ainsi que l’a dit Sirach, au chapitre XXXV du livre de V Eccléiiattique.
Les papistes enseignent qu’un homme , lorsqu’il fait ce qui est en son pouvoir et ce qui dépend de lui, mérite la grâce, dont l’eflFet est de le rendre agréable à Dieu et de lui procurer la béatitude. Cette doctrine a toujours prévalu parmi eux , même du temps de l’excellent et habile docteur Gerson, et elle s’est maintenue jusqu’à nos jours; mais il n’y a aucune différence entre elle et l’hérésie, seulement les mots sont changés.
Le docteur Luther raconta une histoire qui est consignée dans les écrits de saint Bernard. Un chartreux en voyage vint h tomber dans les mains de quelques brigands. Comme il n’avait pas, ce jour-là, récité son rosaire, ainsi qu’il en avait l’habitude, il se mit aussitôt à genoux et il pria. Les brigands virent alors une femme d’une merveilleuse beauté qui était près de lui et qui recevait dans ses mains des roses qui s’échappaient de la Bouche du moine, et chaque dixième rose était d’une éclatante couleur de pourpre. Elhî les ajusta et elle en fit une superbe couronne. Frappés de ce spectacle, les voleurs laissèrent passer le chartreux sans lui faire aucun mal. Ah .' bon Dieu ! que ne nous avait-on pas amenés à croire? Y a-t-il eu quelque histoire absurde et ridicule à laquelle nous n’ayons ajouté foi ? Le pape voudrait bien nous ramener à ce temps-là ; il dit qu’il va réunir un concile, mais appliquons-nous à la prière et soumettons-nous à la volonté de Dieu. Si le pape nous condamne , nous le condamnerons derechef et nous déclarerons hautement qu’il est l’antechrist. Il sera confondu, ainsi que tous ses adhérents.
nu PAPE, DE l’aNTECHRIST et des papistes.
Les sophistes de la Sorbonne, à Paris, ont t^rit contre moi'; ils ont dit qu'au fond ce que j’enseignais sur la justidcation par les mérites de Jésus-Christ était conforme à ce qu’ils croyaient, et qu’entre eux et moi il n’y avait qu’une dispute de mots. On pourrait leur répondre et leur demander pourquoi ils ont fait périr, pendre , étrangler, noyer, brûler, exiler tant de personnes pieuses , savantes , respectables , pour une dispute de mots! Malheur à eux! ils se sont abandonnés à un esprit d’aveuglement; des docteurs et des prédicateurs remplis de la crainte de Dieu ne les ramèneront pas. Les papistes sont ignorants , grossiers et impies, de véritables tètes d’ûne. Un de leurs curés fut cité devant son évêque, car on se plaignait qu’il ne baptisait pas régulièrement ; l’évèque lui donna à baptiser une poupée et se tint prêt à écouler de quels termes il se servait. Et le curé dit ; « Ego te baptiste in nomine Christe. » L’évèque le reprit vertement de son ignorance et de ce qu’il n’employait pas les expressions consacrées. Alors le curé jeta par terre la poupée et il dit : « Tel enfant , tel baptême et telles paroles. »
Le 13 janvier 1539, le docteur Luther soupira profondément et se plaignit avec beaucoup d’amertume de l'horrible aveuglement des papistes; il dit ; « Ces pauvres insensés croient toujours que la papauté va se relever et regagner son ancienne splendeur, et ils répè'tent volontiers un proverbe qui a cours entre eux : « La barque de saint Pierre peut être ballottée parles vents et par les Ilots , mais elle ne saurait périr. »
' Luther était Tort irrite contre la Sorbonne, qui avait condamné plusieurs de sns propositions. Mélanchton répondit à la Faculté de Paris, rtl.iitlior, prenant lui-même la plume, écrivit une sorte de comédie, un dialogue mi il emploie les armes de l’ironie et de la dérision contre scs adversaires. Celte bouffonnerie mordante est intdulée : l.ndiis Lutheri a stolida et xcicrilega Sorboiiiia damiiati. M. Audin en cite quelques traits (Hiaf. de Luther, 1811 , 1. 1, p. 384); il y trouve avec raison beaucoup de sol, de colère el de verve.
La f>tupart des papistes , ceux surtout qui sont dans les couvents , sont de véritables tètes d'âne , il y en a qui savent à peine lire. L’un d'eux, en chantant, disait elema au lieu de clama , et , en ayant été repris , il continua de crier plus fort et tant qu’il put, elema, elema. Un autre lisait elictre au lieu de dieere. Un ignorant personnage, membre du chapitre de L., disait, en rendant grâce, lors d'une promotion au doctorat : inelyti eenati, et l’on en a fait un chanoine à M.
A Bamberg, l’on montre tous les ans, comme une relique, un livre où est ndalé l’histoire de l’empereur Henri et de sa femme Ciinégonde , qui Tirent vœu de conserver dans le mariage l’état de virginité*. Birkhemer passa par Bamberg, et il désira voir le livre où était rapporté le contrat qui avait été conclu entre ces deux époux , et les chanoines le lui ayant montré , il reconnut que c’était une copie des Topique* de Cicéron. Des moines lisaient dans un couvent munsimut au lieu de nmpsimui. Un jeune moine, fraîchement sorti des éludes de la grammaire , les en ayant repris, les autres pères lui dirent : « De quoi te mêlestu , étourdi que tu es? Voici bien longtemps que nous lisons muntimus , et nous n'y changerons rien. »
Le livre d’un moine italien , que l’on appelle les Conformités ai qui expose les analogies entre la vie de saint François et celle de Jésus-Christ, est un tissu de si grands mensonges, qu’il semble que celui qui Ta écrit a été possédé du diable, non-seulement spi-
‘ Henri II, dit le Boiteux ou le Saint, empereur d’Allemagne, mort en 1024. On trouve sa vie dans le recueil des Dollandistes, tom. III de juillet. Les légendaires racontent, qu’accusée d’adultère, sainte Cunégonde se justiOa en marchant pieds nus sur des socs de charrue rougis au feu, sans ressentir le moindre mal. On cite quelques autres pieux personnages qui ont imité l’exemple dont parle Luther, nous nommerons seulement ici saint Elzéar, et sainte Delphine, dont le jésuite Binet a écrit la vie (Paris, 1623) et au sujet desquels on peut consulter les Bollandistes, tom. VII de septembre, p. 52S et suivantes.
DU PAPE, DE l’aMTëCUHIST ET DES PAPISTES. 147
rilucllenienl , mais même corporellement , car il débite d'horribles faussetés; il appelle Jésus-Christ une figure ou emblème de François, et il dit que Jésus-Christ avait donné à François le droit de sauver ou de réprouver ses religieux
11 y a encore aujourd’hui , dans un couvent de Lunebourg , un grand autel où sont représentés tous les miracles et les actions
' Luther parle ici du célèbre ouvrage de Barlheiemy de gli Albizzi , Liber conformilalwn (vilæ S. Francisci ad vilain J, C.). L’édition originale de Milnn, 1510, et la seconle (Milan, 1513) sont rares, et jadis elles occupaient un rang distingué parmi les joyaux bibliographiques; mais, de nos jours , les amateurs recherchent beaucoup moins les livres de celte espèce. Les réimpressions de i59o et de 1620, ayant subi des modiOcalions cl des suppressions considérables, n’ont aucune valeur. Parmi les morceaux retranchés, nous citerons le miracle de l’araignée qu’avala saint François dans le calice et qui sortit de sa jambe. Iste, dicendo missam, reperlt in sanguine Chrisii, in calice, araneam, et nolens araneam sanguine Chrisii intiiiclnm extra projicere, calicem cum aranea bibil. Post ipse fricans crus et scalpens iibi pruriium seniiebal, ipsa aranea sine fratrie lesione allqua ex entre exivit (isio, f<> 72).
On peut d’ailleurs consulter le Dietioimaire historique de Prosper Marchand, article Albizti; la Itibliothêqiie curieuse de David Clément, t. VIII, p. 443, etc.
Ajoutons qu’une traduction Trançaisr, faite par J. Marée , du livre des Conformités, a paru à Liège, 1638, 4 tomes in-4<>. Barthélémy de gli Albizzi commençait par établir la possibi lté de la transformation de l’objet aimant en l’objet aimé ; il dressait ensuite un arbre allégorique divisé en dix branches, portant chacune pour fruits quatre conformités , savoir : deux alfributs de Jésus-Christ et deux ressemblances de saint François. Il n'avait su irouier que quarante conformités entre son saint patron cl lu Sauveur du monde ; un cordelier espagnol, le père Pédro de Alva y As< torga, en a porté le nombre à quatre mille dans un in-folio publié i Madrid en 1638 ; Katurœ prodigium et gratia portenlum, etc.
Les protestants se saisirent avec avidité d’un livre aussi propre à prêter au ridicule que le livre des Conformiiis ; en 1542, il parut 3 Francfort l’Alcçranus franeiscoruin, i. e. Epitome præcipuas fabulas et blasphemias cotnpkclens eorum qui B, t'ranciscum ipso Clirisio mquare ausi sunt. Cet ouvrage, réimprimé plusieurs fois à Genève, l’a été également avec une traduction française à Amsterdam, 1734, 2 vol. in-i2; les flgurci gravées par Bernard Pieart font rechercher celle dernière édiliM.
148 PnOI‘US DE TABLE BL MAIUTN I.LilILIl.
de Jésus-Chrisl , sa naissance, son entrée à Jérusalem, sa passion, sa mort, sa descente aux enfers, sa résurrection, son ascension; Pou y voit aussi les miracles de François, sa mort et son ascension au ciel , de sorte que l'on met de pair la vie cl les actions de Jésus-Clirist avec celles de François , ce qui est un grand blasphème.
On dit que le pape promet de faira grâce à tous les lutlRi iens et de les accueillir, pourvu qu'ils n’enseignent et ne suivent désormais d’autre doctrine que la sienne et qu’ils renvoient leurs femmes, les traitant comme si elles étaient des p— ns et des cuisinières. Fi donc ! agir ainsi et ne pas condamner l’adultère , c’est faire l’œuvre du diable. Attaquer le mariage, c’est attaquer Dieu lui-mème.
Le pape se moque à la fois de Dieu et des hommes, car il méprise et viole les lois de la religion , de la justice et du gouvernement; il le prouve bien, puisqueson fils , cet enfant de p— n , a épousé une tille naturelle de l'empereur, et il a été créé duc de N. Au lieu d’en avoir aucune espèce de honte, il prétend que tout le monde doit l’honorer.
Deux fous disputaient un jour ensemble devant le pape qui était à table, et ils agitaient la question de savoir si l’âinc était immortelle ou non ; l’un soutenait qu’elle l’était, l’autre argumentait pour prouver le contraire, et le pape dit que celui (jui maintenait l’immortalité de l’âme avait donné de fort bonnes raisons , mais que , pour son compte , il se rangeait du côté de celui qui prétendait qu’elle était mortelle , car c’était une doctrine fort commode et une i>erspective agréable.
Et c’est à de tels scélérats, à de semblables épicuriens que doit être confié le gouvernement de l’Église de Jésus-Christ ! Il fut décidé au concile de Bâle que les prêtres devaient porter de longues |-0bes tombant jusqu’à la cheville du pied et des souliers élevés;
DU PAPE, 1>E l’aMECUUIST ET LES PAPISTES. Î49
qu’ils (levaient s'inlcrdirc dans leurs vôlenients les (ilolTes de (x>uliuir verle ou rouge ; mais l’on ne put agiter la (luestion relative à riinmorlalité de l’âme. Le pape est un roi sans Dieu et sans mariage ; ce qu’il y avait de divin, il l’a écarté, et il a changé ce que Dieu avait établi dans le monde, comme le mariage.
Le docteur Ussiiiger, moine augustin qui était avec moi dans le monastère d’Erliirl, me dit un jour, me voyant lire la Bible avec beaucoup d’assiduité : « Frère Martin, qu’est-ce que la Bible? Lisons plutôt les anciens docteurs et les pères, car ils ont extrait la sève et la vérité de la Bible ; la Bible est la cause de toutes les dissensions et des rébellions. » — Telle est la censure du monde concernant la parole de Dieu; laissons-le donc courir vers le séjour qui lui est réservé.
Albert, évêque de Mayence, avait un médecin attaché à sa l)Crsonne, lo(|uel était protestant et, par eonséciuent, ne jouissait pas de la faveur du prélat. Cet homme étant avare et gonflé d’ambition, renia sa religion et revint au papisme, disant : « Je laisserai de côté Jésus-Christ pendant quelque temps, jusqu’à ce (pie je sois devenu riche , et alors je le rappellerai derechef à moi. » De telles paroles blasphématoires méritent le plus rigoureux châtiment, ainsi ([u’il arriva à ce misérable hypocrite , car, le lendemain , on le trouva dans son lit dans un étal affreux, la langue arrachée de la bouche, le visage noir comme charbon et le cou tordu. Moi qui me rendais alors de Francfort à Mayence , je fus témoin oculaire de celte juste punition de Dieu. Si un homme jiouvait ainsi laisser, quand il le voudrait , Dieu de côté et le rappeler à son choix , alors Dieu serait son prisonnier. Ces paroles étaient dignes d’un épicurien réprouvé; il fut traité comme il le méritait.
3ÜX
J’ai connu un grand docteur qui, en 1527, était chapelain d’un puissant évêque papiste; il était d’abord grand ami du saint
is.
150 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LDTilER.
ËvaogÜe, au point qu’eu dépit des instrucUons de son évêque, il reçut la communion sous les deux espèces , suivant rinstitution de Jésus-Cbrist; mais lorsqu'il s'aperçut qu'il était tombé en disgrâce auprès de son maître et qu'il vit que beaucoup de protestants étaient chassés et bannis, alors il se rétracta et déserta l'Evangile. Ensuite, quand il vit que les protestants s’exposaient joyeusement à la persécution et qu'ils affrontaient la tyrannie de cet évêque, alors sa conscience se réveilla et le tourmenta cruellement , lui reprochant d’avoir abandonné la vérité plutôt que d’avoir bravé les rigueurs vlu bannissement. Il tomba dans une grande agonie d'esprit, au point que toutes les exhortations et les conseils au sujet des promesses de Dieu n'avaient aucun effet sur lui. Enfin il s’abandonna au désespoir et il dit ces paroles: «Jésus-Cbrist est à côté de son père céleste et il m’accuse. Il dit : O mon père, n’étends pas la miséricorde sur cet homme et ne lui pardonne pas ses péchés de blasphème, car il ne m'a pas confessé, moi et mon Evangile, devant son évêque; au contraire, il m’a renié. » Et le docteur, disant ces mots, expira misérablement dans le désespoir.
Nous voyons là la plus grande ruse du diable, qui consiste à tirer la loi de l’Evangile. Si je savais toujours saisir comme il faut la différence des deux doctrines, je ne donnerais pas un fétu de toutes les tentations et de toutes les machinations du diable.
Ce docteur aurait dû se rappeler ce que saint Paul disait aux Romains : « La grâce l’emporte sur le péché, de môme «lue la vie est supérieure à la mort. » Dieu, par rentremise de saint Paul , a fait aux fidèles qui sont tentés la promesse rassurante, qu’il est fidèle, qu’il ne souffrira pas que nous soyous tentés au delà de nos forces et qu’il donnera à nos prières un terme favorable ; cependant Dieu permet parfois que nous soyons si rudement pressés que nous ne pouvons avoir patience plus longtemps.
Les papistes maudissent chaque année le sang de JeanHuss
' Jean tluss fut ainsi appelé du lieu de sa naissance en Bohème, Huss ou Hussenetz ; le nom de scs parents est resté inconnu ; ses talents et son érudition lui firent obtenir, en 1109, le poste de recteur de l’Université de Prague ; les écrits de Wiclof lui étant parvenus, il embrassa avec avidité
DU PADK, DE L'aMTEUHIUST ET DES PAPISTES. IM
C'éUil vraiioenlun homme honnête et savant, ainsi qu'on peut le voir dans son livre D» FEglisty que j’aime extrêmement. Il y a bien quelque faiblesse en lui, mais c'est la faiblesse d’un chré' tien; la puissance de Dieu le ranime et le relève. Il est délicieux et doux d'observer, dans Huss, le combat de la chair et de l’esprit. Il reste des preuves sûres et certaines que Jcrônie de Prague était un homme éloquent , mais que IIuss avait beaucoup de savoir. Il a accompli ce que le monde entier n’aurait su faire. Depuis que ce sang innocent a été versé , la Papauté a graduellement déchu. Constance est devenue, depuis la mort de Huss , une ville pauvre et misérable. Je crois que la vengeance de Dieu s’est appesantie sur elle , parce que ce saint homme d'Uuss y a été brûlé; après que les habitants l’eurent abandonné , le Saint-Esprit montrait sa puissance dans la personne d’Uuss, qui défendit avec tant d’allégresse et de fermeté la parole de Dieu contre tant de grandes et puissantes nations , contre l’Allemagne , l’Espagne , l’Italie , l’Angleterre et la France ; toutes avaient leurs représentants réunis au concile de Constance; seul, il tint tète à leurs assauts, à leurs cris, à leurs attaques; il en fut écrasé et livré aux flammes. Et moi, de même, sauf ie bon plaisir de Dieu , Je serais, une fois mort, plus en sûreté que de mon vivant.
les opinions de l'auteur anglais, il se posa en réformateur, il attaqua Rome et le clergé avec une hardiesse extrême, accumulant dans scs ouvrages, suivant l'usage du temps, les injures les plus grossières et les expressions les plus cyniques. Excommunié par le pape Alexandre V, il en appela au concile qui allait se réunir à Constance; il s’y rendit, mais l'on discute encore sur la question de savoir s'il y vint ou non avec un saufconduit. Presse de rétracter ses doctrines, il fut inflexible; il déclara préférer (ce furent ses expressions) qu’on lui mit une meule d'Ane au cou et qu'on le jelit àl’eau. Livré su bras séculier, il fut brûlé le 15 juillet Les œuvres de Jean Huss ont été recueillies pour la première fois vers 1525, i Strasbourg, sans indication de lieu ni de date; elles ont reparu plus complètes, à Kuremberg, en 155S (2 vol. in-f°), cl dans la même ville en 1715 ( 2 vol. in-f°). Sa vie a été écrite en allemand par A. Zitte (Prague , 1709, 2 vol. in-8°)et par Fischer (Leipzig, 1804, in-8<>). ün peut consulter également la Commenlalio de W. Seifrid, revue par Mylius, de fila, fath ei scripiis Joh. Hiusi (1743, in-S”), VUisioire du concile de Constance, parLcnfaiil, Amsterdam, 1727, 2 vol. in-4«, etc.
i52 PROPOS UR TAULE UE .MARTIN LITHER.
Le pape connaît bien l’art de régner et de gouverner. Le moindre des papistes est plus liubile , en fait de gouvernement , que di.v seigneurs de notre cour. Mais consoler et diriger une seule conscience, c’est chose sii|)érieure à la possession de cent royaumes.
Sous Cbarles-Quiiit, vingt mille soldats périrent eu Italie, les Italiens ayant empoisonné les fontaines et les puits. Philippe Melancbton raconta les détails suivants qu’il tenait d’un Italien qui avait rempli des fonctions importantes à la cour de Clément Vil. Chaque jour, aussitôt que le pape avait dîné ou soupé, son échauson et ses cuisiniers étaient mis en prison ; deux heures après, lorsque nul symptôme d’empoisonnement ne s’était déclaré, ils étaient relâchés. Le docteur Luther dit ; « N'est-ce pas là un genre de vie bien misérable? tel que celui qu’a dépeint Moïse, lorsqu’il a dit au chap. xxviii du Deutéronome : « Ta vie sera comme en suspens devant toi et tu seras eu effroi nuit et jour , et tu ne seras point assuré de ta vie. Tu diras au matin : Qui me fera voir le soir? et au soir tu diras : Qui me fera voir le matin ? » Le pape Clément était fort versé dans la science des poisons , aussi ne négligeait-il rien |K)iir se préserver ; il mourut toutefois empoisonné *.
«Que nos ennemis se livrent à la rageels’i nllenlde colère tant qu’ils voudront. Dieu a prescrit des bornes à la mer; il la laisse se courroucer et rouler ses vagues agitées comme si elles allaient tout engloutir, mais elles ne peuvent outrepasser le rivage, et Dieu les enferme dans des liens non defer, mais d’un sable débile.» C'est ainsi que parla le docteurLuther, lorsque vinrent des lettres de la diète de Francfort, annon(;ant l’intention des papistes de tomber de tous côtés sur les fidèles.
‘ Ceci e.st exlrènietncnl douteux ; nous avons consulté nombre d'écrivaius, parmi lesquels nous ne citerons (|ue VHûtoire des Papes du protestant Ururys (1733, l. IV, p. tSi); aucun d'eux n’attribue au poison la mort de Clément Mi.
ItL PAI'E, I)E l’aSTECHKIST ET DES PAPISTES. J 53
Le second psaume est un des meilleurs de tous ; je l'aime de tout mon caur. II frapi>e vaillament parmi les rois, les princes et les grands seigneurs. Si ce que dit ce psaume est vrai, les desseins des papistes ne sont que pure folie. Si j’étais à la place du Dieu, et si j'avais remis le gouvernement à mon fils comme il l'a conüé au sien , et si ces méchants personnages étaient aussi désobéissants qu'ils le sont à présent, je jetterais le monde tout sens dessus dessous.
Marie , l'humble vierge de Nazareth , frappe aussi sur ces grands rois et sur ces princes lorsqu'elle chante : « Il a déposé les puissants de leurs sièges. » Nul doute qu'elle n'eût une trèsbelle et courageuse voix ; pour moi, je n’ose pas chanter ainsi. Les tyrans disent : <t Brisons les liens qui les rattachent. » C’est ce que l’expérience nous montre ; car voyez comme ils noient, pendent, brûlent, étranglent, torturent, bannissent. Et ils font tout cela en 'dépit de Dieu. Mais il est assis au plus haut des cieux , et ils ne sont pour lui qu’un objet de dérision et de risée. Si Dieu voulait me donner un peu de temps atin que je pusse expliquer un couple de petits psaumes , je me remuerais avec tantd'audace, qu’à l’exemple de Samson, j’entraînerais tous les papistes avec moi.
J'ai maintenant bien irrité le pape en l’attaquant au sujet de ses images et de son idolâtrie. Oh ! comme la truie hérisse son poil! J’ai un grand avantage sur lui, car a le Seigneur a dit à mon Seigneur : « Asseois-toi à ma droite, je te ferai un marche- |)ied de tes ennemis. » Il a dit aussi « Je voue ilèveraiau dernier jour. «Alors il nous appellera et dira : «O Martin Luther! Philippe Mélancliton , Jean Calvin ! etc. , levez-vous et venez ! » et Dieu nous appellera chacun par son nom , comme Jésus-Christ dans l’Évangile de S. Jean. Et vocat eos nominatim. Allons! courage ! et soyons rassurés.
Les décréules du pape ne signidenl rien , car leur auteur est un âne *. Le pape n’y enseigne rien touchant l’Eglise, il ne s’y occupe que des choses politiques. Il prétend toutefois que ces décrétales doivent avoir ia même autorité que i'Ëvangile et les écrits des ap êtres.
Le docteur Luther dit à maître Jean Houslein , un de ses commensaux, qui s’appiiquaità i'étude du droit: « Lesdécrétaies du pape renferment beaucoup de canons affreux et diaboliques ; c’est ce que tu ne dois pas perdre de vue lorsque tu les liras. Eiies sont une grande piaie pour l’Eglise. »
Les décrétales ne sont que de la iiente d'âne , que les excréments du pape ; décret, décrétales, m.... *.
' Les recueils de décrétales se inuIlipUèreot au moyen Age ; l’on en pourrait compter une centaine d’éditions , plus ou moins complètes antérieures A isoo. Le diacre liaynicr, Bernard de Compostelle, Pierre de Bénévent, Raymond de Pennafort, Henri de Suse, furent les principaux compilateurs de ces corps de décisions sur lesquels reposa, durant plusieurs siècles, le droit qui régissait l’Europe. On peut consulter A cet égard la dissertation de J. H. Boehmer : De Decret, pontif. romanor. variis coUect. et forma, el les deux écrits de A. Theiner ■' Comment, de roman, pontif. epistol. decreiaiium antiquis coUeet. (Lips., 1B2P, in-4»). Recherches sur plusieurs collections de décrétales du moyen âge {Psri*, 1832, in-go). Le docteur Cralae, dans son Manuel (en allemand) d'Mlsiotre littéraire universelle, a fort bien débrouillé (t. Il, 3* section , p. 635-6S2) la bibliographie un peu embrouillée de cette branche du droit canonique.
' Encore un intraduisible Jeu de mots : drecketal, drecket , dreck. Luther aimait les plaisanteries de ce genre : il s’écriait une autre fois : » Pape, tu n’es pas pape, mais Priape ; papistes, dites priapistes. » — Voici d'autres échantillons de l’emportement de l’ex-moine saxon lorsqu’il venait A parler de Rome : « Puisque nous pendons les voleurs, que nous décapitons les brigands, que nous infligeons aux hérétiques le supplice du feu, pourquoi n'sttaquons-nous pas avec toutes les armes qui sont en notre pouvoir ces professeurs de perdition, ces cardinaux, ces papes et toute cette sentine de la Sodome romaine qui corrompt sans cesse l'Eglise de Dieu? pourquoi ne lavons-nous pas nos mains dans le sang de ces gens-IA? (Cur non manus nostras in sanguine islorum lavamus? » Opéra, 1. 1, p. 60, édit, de Jena ). «Dis donc, ignorantissime anlecbrist, lu es donc bien
LA DlfcTE »K WOKMS.
LA DIÈTK DE WOEM8.
Le mardi de la semaine de la Passion , je fus cité par le hé» raut, à comparaître devant la diète. Il apportaitavec lui un saufconduit de l’empereur et de beaucoup d'autres princes, mais ce sauf-conduit fut bientôt violé , car, dès le lendemain mercredi, je fus condamné à j^^orms et mes livres brûlés. Lorsque j’arrivai à Erfurt , j’appris que j’étais condamné à Worms et que l’arrêt était publié et répandu dans toutes les villes et lieux d’alentour, si bien que le héraut me demanda si j’avais l’intention d’aller à Worms ou non.
Quoique je fusse un peu étonné de ces nouvelles , je répondis au héraut, et je dis : « Y eût-il à Worms autant de diables qu’il y a de tuiles sur les maisons, j'irai! »
Lorsque j’arrivai à Oppenheim, dans le Palatinat, non loin de Worms, Bucer vint vers moi pour me dissuader d’entrer dans la ville, car, à ce qu’il me dit, Sglapion,' le confesseur de l’empereur, avait été le trouver et l’avait prié de me conseiller de ne pas venir, car je serais brûlé; il me recommandait plutôt d’aller chez un gentilhomme qui demeurait non loin de là, François de Sickingen , et de rester avec lui , car il me recevrait et m’hébergerait volontiers. Ces misérables avaient ourdi ce complot contre moi, aGn que je ne comparusse imint, car si j’avais laissé écouler le temps fixé, et si j'étais resté trois jours sans me montrer.
bétf, pour croire que le genre humain va se laiaier effrayer par une bulle de ta façon? S’il luffisait pour condamner de dire ; « Ceci me déplaît ; Je no veux pas cela, » y a-t-il un mulet, un Sne, une taupe, une bûche, qui ne pût aussi rendre des arrêts ? Ton front de p— n ne rougit-il pas d’opposer aux foudres des paroles célestes la fumée de tes vaincs et ineptes paroles (t. Il, p. S9}? N’ayez pas peur de la bulle ; si quelqu’un meurt de peur, lorsqu’on le portera en terre, il ne faudra pas sonner les cloches, mais bien péter pour loi. — Si j’étais le mattre de l’empire. Je ferais on même paquet des papes et des cardinaux pour les Jeter tous ensemble dans ce petit fossé de la mer de Toscane. Ce bain les guérirait ; J’y engage ma parole et Je donne Jésus-Cbrist pour caution.» Dans une lettre i Spalatin, du ta avril isaa.nous remarquons l’expression suivante : Infetuut €tl Satan tesa p*rmerdas$e in taplemia tua.
alors mon sauf-conduit aurait expiré , et aussitôt l'on aurait fermé les portes de la ville , et, sans vouloir m’entendre , l’on m’aurait condamné et expédié. Hais j’allai de l’avant eu toute simplicité, et iorsque je vis la ville, j’écrivis à Spalatin et je l’instruisis de mon arrivée, et je demandai où je serais logé. Tout le monde fut bien étonné de me voir paraître, car c’était contre l'attente générale ; on pensait que je me serais tenu à l’écart , effrayé des menaces qui m’avaient été faites. Deux nobies seigneurs, Jean d’Hirshfield et Jean Schott me reçurent d’après l’ordre du prince électeur et m’amenèrent à leur logis.
Aucun prince ne vint me voir, mais seulement des comtes et des gentilshommes qui me regardaient avec beauconp de curiosité et qui avaient présenté quatre cents articles à Sa Majesté Impériale contre ctnix du clergé, et ils désiraient que l'on fit droit à leurs plaintes et remontrances, déclarant qu’ils seraient autrement forcés de remédier aux abus qu’ils signalaient et dont aujourd’hui iis sont délivrés par le moyen de l’Evangile que, grâces à Dieu, j’ai remis eir iumière. Le pape écrivit, à cette époque, à l’empereur pour le presser de ne pas avoir égard au sauf-conduit, et tous les évêques pressèrent aussi l’empereur dans le même sens ; mais les princes et les États de l’empire ne voulurent pas y consentir, car ils alléguèrent que de grands tumultes en résulteraient. Je reçus d’eux de grandes marques d’égards, tellement que les papistes avaient plus peur de moi que je n'avais de crainte d'eux.
Le landgrave de Hesse , qui était aiors un jeune prince , demanda que je fusse entendu, et il me dit publiquement : « Votre cause est-elle juste et légitime? alors je prie Dieu de vous assister. » —Etant à Worms, je m’adressai àSglapiou, lui demandant de faire un pas vers moi, mais il ne voulut pas. Etant appelé, je comparus dans la maison du Sénat , devant toute la diète impériale ; l’empereur et tous les électeurs étaient pn'*sents L
' Un écrivain ailemand a jeté sur celle assemblée célébré un coup d’œtl tagace.Les personnages lllusires qui s’étalent rassemblés le iT avril I5ii, â Worms, dans la grande salle de la diète, pouvaient avoir dans l’âme des pensées qui différaient de leurs paroles. Là siégeait un jeune empereur qui s’enveloppait de sa pourpre neuve arec toute la joie et l’ardeur que
Digilized by Goc^le