‹ Les propos de table de M. LutherChapitre 18 sur 62 · I.E PARAUlS TERRESTRE, ADAM, ETC · texte numérisé non relu

I.E PARAUlS TERRESTRE, ADAM, ETC

Ah ! ce fut sans doute (tour Adam un grand crève-cœur et une t&che pénible, lorsqu'il fut forcé de bannir et de proscrire son nouveau-né et son lils unique, de l’expulser de sa maison et de lui dire : « Éloigne-toi de moi et ne parais plus devant mes yeux ; je sens encore tout ce que j’ai déjà perdu en {)erdant le paradis; je ne veux pas, pour toi, accroître mon mal. J’apporterai dorénavant une nouvelle application à me conformer aux commandements de Dieu. » Et il n’y a pas de doute qu’Adam, depuis, ne prêcha avec un redoublement de zèle.

Adam engendra plus d’enfants qu’il n’en est mentionné dans la Bible. Si elle fait une mention particulière de Seth, c’est à cause de la généalogie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui devait descendre de ce patriarche. Adam eut sans doute beaucoup de fils et de tilles. Je suis persuadé qu’il eut au moins deux cents enfants, car il atteignit à une extrême vieillesse, à neuf cent trente ans. Il est probable que Caïn naquit trente ans après la chute de ses parents-, puisqu’ils furent alors consolés. Je pense que les anges leur apportèrent souvent des consolations ; autrement, il leur aurait été impossible de supporter l’existence, tant ils devaient ressentir de chagrin et d’elTlroi. Au dernier jour, Ève se trouvera avoir surpassé toutes les femmes en afEUction et en misère. Il n’a jamais existé une femme qui ait éprouvé des peines aussi amères que celles d’Ève ; elle sut qu’à cause d’elle, nous devions tous mourir. Quelques-uns affirment que Caïn fut conçu avant la promesse de la semence qui devait écraser la tète du serpent. Mais je suis persuadé que la promesse fut faite moins d’une demi-journée après la chute.

Philip|»e Mélanchton fit un jour au docteur Luther diverses questious concernant le roi David et les grandes tribulations qu’il eut à souffrir, quoique Dieu lui-mème l’eût investi de la puissance royale ; cl le docteur lui ayant répondu, dit ensuite :

« Ah ! mon Dieu ! comment peux-tu soufirir que du si grands personnages succombent? Ce David avait six femmes, qui, sans doute, étaient des femmes sages et prudentes, comme cette sage Abigali. Si eiles étaient toutes ainsi, ii avait vraiment d'excelientes femmes. De plus, ii avait dix concubines, et cependant il fut adultère.

Quelques-uns pensent qu’il commit une faute, lorsqu’à son lit de mort ii ordonna à son iils Salomon de punir Shimél, qui l'avait maudit et qui lui avait jeté des ordures à la face lorsqu’il fuyait devant Absalon. Mais je dis qu’il fit bien, car il est du devoir d’un magistrat de punir les coupables et les malfaiteurs. Il fit un vœu de ne pas le punir, mais cela ne doit s'entendre que durant sa vie.

Dans un gouvernement aussi étrange et aussi confus, où personne ne savait, comme dit le proverbe, qui est cuisinier et qui est sommelier, David fut forcé souvent de fermer un œil, et, pour nous servir d’une expression vulgaire, de regarder, à travers les doigts, beaucoup d’abus, beaucoup de méfaits ; mais, plus tard, lorsque du temps de Salomon la paix fut rétablie, il punit les coupables par l'entremise de Sâlomon. Dans des temps de troubles et d’agitation , un prince n'ose pas agir comme il le ferait durant des époques de tranquillité, mais il faut que le mal soit puni à la fin.

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Ni Cicéron, ni Virgile, ni Démosthène, ne sont à comparer à David sous le rapport de l’éloquence , comme nous le voyons dans le psaume cix qu’il divise en vingt-deux parties composées chacune de huit versets, et cependant dans chacune d'elles, il n’y a qu'une même pensée : « Ta loi (ou la parole) est bonne , Seigneur. » David avait reçu de grands dons et il était l'objet des faveurs spéciales de Dieu ; je pense que Dieu l’a laissé chuter d’une manière si horribie, afin qu'il ne devint pas trop lier cl trop superbe.

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Ezéchias était un roi très-bon et pieux, plein de foi ; copendRRt ii tomba. Dieu ne peut soufltir qu’une créature humaine

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se repose sur ses propres œuvres cl mette sa conflance en elles. Nul homme ne peut entrer au ciel .sans la rémission des péchés.

Un chrétien fidèle est comme Jonas qui fut jeté dans la mer, c'est-à-dire, dans l'enfer. Il vit la gueule du monstre ouverte pour l’engloutir; il resta trois jours dans son ventre ténébreux sans y périr. Cette histoire doit être pour nous un motif de la plus alx>ndante consolation et un signe manifeste de la résurrection des morts. De cette manière Dieu a coutume d'humilier ceux qui sont à lui. Mais ensuite Jonas alla trop loin, il cul la présomption de commander au Dieu tout-puissant; il devint un grand homicide et meurtrier, car il voulait qu’une si grande ville et une si grande multitude fussent détruites, quoique Dieu eût résolu de les épargner. C’était un étrange saint.

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Le livre de VEcclétiastique , c’est-à-dire de Jésus Syrach ' nous est parvenu fort corrompu ; son auteur est un vrai légiste, il ne sait rien de Jésus-Christ. Le livre de VEcclitiasle n'est pas entier, il y manque bien des choses, il n’a mis ni bottes ni souliers, c’est-à-dire qu’il ne montre aucune sentence complète; il chevauche sur un long roseau, comme je le faisais dans mon monastère.

Je ne crois pas que Salomon soit condamné, mais ces choses ont été écrites pour effrayer les rois. Ce n’est pas lui qui a écrit VEccliticute ; il a été composé du temps des Machabées ; mais il est excellent et on le lit avec plaisir à cause des conseils sur

' Jésus, flis de Syrach, florissait trois siècles avant notre ère ; le livre de \’EcclésiasHf/ue, dont il est l’auteur et dont nous ne possédons qu’une version grecque, ne fait point partie de ceux que les Juifs regardaient comme inspirés, mais l’Eglise catholique l’a admis ; les protestants le rejettent.

l'administration intérieure. Dans le livre des Proverbes, il y en a qui ont été recueillis de la bouche du roi ; sa sagesse et sa majesté y éclatent.

Je rejette entièrement le troisième livre d’Esdras. Dans le quatrième il y a des sentences divertissantes, comme celle-ci : « Le vin est fort, le roi est plus fort, les femmes sont encore plus fortes, la vérité l’emporte sur tout cela.»

Il était sagement défendu chez les anciens Juifs de lire le livre de Judith avant d'avoir trente ans, car il contient des choses mystérieuses que les ignorants ne sauraient saisir. Je ne puis croire que ce livre de Judith soit historique ; il ne s’accorde pas avec la géographie ; je crois qu’il est une fiction comme les légendes des saints ou un poëme composé par un homme pieux afin d’énoncer que Judith (c'est-à-dire le royaume des juifs mettant leur confiance en Dieu) doit vaincre Holopherne, c’està-dire tous les royaumes du monde. Judith me parait une tragédie retraçant la fin des tyrans, Tobie une comédie qui roule sur les femmes. Le docteur Jonas dit qu’il y avait dans Tobie bien des choses ridicules et sottes ' , surtout au sujet des trois nuits et du foie de poisson qui est grillé pour) faire fuir le diable. Le docteur Luther répondit; «C’est un poëme hébraïque. Le diable est un ennemi fort redoutable qu’il n’est pas aisé de mettre en fuite; il possède la lance de Goliath avec laquelle il nous attaque; en outre. Dieu raffermit son char et lui donne des armes, pour qu’étant vaincu par les hommes pieux, son dépit et son frémissement augmentent. » Parlant du second livre des Machabées, il dit : « Je hais ce livre et celui A'Ësther', j’aimerais mieux qu’ils n’existassent pas ; ils ressemblent beaucoup aux livres des païens. » Maître Forsteim dit : « Les Juifs font plus de cas du livre^d’£'*lèer que de quelque prophète que ce soit, de

' RIdtcula et siulla.

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